Bord de mer en hiver

Dimanche 10 janvier 2010 - environ 6 km - 98 photos - 33 sélectionnées - Temps tristounet

Du sud de la baie de Cayola jusqu'au Port Bourgenay, chemin côtier (Sud des Sables d'Olonne, en Vendée)


Le froid commence à désserer son étreinte. Deux petits degrés au-dessus du zéro fatidique, et ça se sent. C'est mieux, beaucoup mieux. Je respire un peu. Je sors de ma tanière. Une petite balade à pied ne devrait pas me faire trop de mal, bien que je sois encore à moitié malade. Décidément, ce froid ne me réussit pas, je commence à me sentir vraiment bien à partir de 7-8 degrés Celsius. Et vraiment pas bien en-dessous de zéro.

Il faut dire que, franchement, je ne vois pas trop ce que le froid apporte ! Il permet de conserver les aliments ? Oui, c'est vrai. Mais d'un autre côté, si on ne peut pas conserver, on ne peut pas stocker. Et ne pas stocker signifie consommer selon ses besoins, et au fur et à mesure, ce qui n'est pas mal non plus. Je HAIS le froid. C'est douloureux, ce n'est pas écologique (ça coûte très cher, chauffage, vêtements, etc...), ça a des tas d'inconvénients (voiture qui démarre mal ou pas, serrures gelées (vécu), portières bloquées puis, une fois dégivrées, tellement débloquées qu'elles ne ferment plus (vécu), verglas (risque d'accident très élevé pour les deux-roues, et pas seulement), l'eau gèle, emmenant avec elle un long cortège de problèmes (canalisations...), des êtres humains meurent dans la rue sous ses attaques. Bref, je ne vois là rien de réjouissant.

Si, la neige. C'est beau. C'est blanc, c'est propre, ça recouvre les saletés. Enfin, ça manque un peu de couleur, non ? Oui, c'est un peu ça. L'hiver, c'est noir et blanc. Et je n'aime pas le "noir et blanc", je préfère la couleur, et la vie.

Dégel, dégel... Oui, enfin, ça va très doucement, n'est-ce-pas ? Il faut bien laisser le temps au temps, comme toujours. Pauvres végétaux, entourés d'une épaisse gangue de glace. Mais cette feuille est bien verte, elle est bien vivante, elle supporte ! Quant aux cailloux, ils ont une espérance de vie énorme.

Dégél, dégel. Les flaques d'eau, sur le chemin... Il faut faire attention, ça glisse par endroits, et le pépé n'a pas envie de se casser le col du fémur !

Le ciel est pratiquement sans couleur, terne et triste. L'océan a presque la même teinte, un poil plus vert cependant. Le chemin se situe sur la falaise, et surplombe par conséquent le littoral de quelques mètres. L'érosion fait son boulot de sape. Ici, c'est l'eau qui creuse, s'insère, pénètre, ouvre des galeries dans le sol qui s'effrite. Le froid y ajoute sa force, et élargit les fissures d'année en année. C'est ainsi que des stalactiques, sous l'action du gel.

Evidemment, les traces de pas sur le sable sont très rares à cette époque. Ce n'est pas pour me déplaire. L'hiver aurait donc des avantages ?

Légèrement en retrait de la falaise, la dune et le bosquet situé entre le Bois Saint Jean et le bois de Bourgenay. J'admire toujours ces arbres côtiers, qui savent se comporter face à Eole. Devant ce dieu violent lorsqu'il se fâche, il faut savoir courber l'échine. C'est ce qu'ils font, à tel point qu'ils s'assemblent en groupes et enroulent mutuellement leurs bras les uns autour des autres en s'inclinant devant celui qui est plus fort, le vent d'ouest. Et sous leur voute, tu peux entrer, comme l'on pénètre dans une cathédrale. Il y fait un peu sombre, certes, mais on y est protégé. Les animaux le savent bien. Là débouchent les terriers de lapins, là nichent les oiseaux. Quelle bel exemple d'adaptation aux éléments.

Je suis toutjours émerveillé lorsque je vois ces minéraux plantés dans le sol. Comment est-ce possible ? Quelles forces monstrueuses ont-elles été capables d'enfoncer ces rochers presque à la verticale pour certains ? Depuis combien de temps ? Pourquoi ? Je suis venu ici il y a dix ans, il y a vingt ans, il y a quarante ans, c'était exactement pareil. Ils n'ont pas pris une ride. Ce qui est terrifiant, c'est de voir que nous nous enfonçons, finalement, bien plus vite qu'eux. Et c'est bien pour ça que nous nous posons tant de questions à leur sujet, car nous n'avons pas pu assister au spectacle. Non, ils ne sont pas figés depuis l'éternité, et, oui, bien sûr, ils bougent. Mais nous ne voyons qu'un instantané du film, un instantané tellement infime...

Sur ma gauche, un grillage. Subitement, cette vieille porte, et ces deux hideux piliers de béton. Des propriétés privées, qui, heureusement, n'ont pu s'implanter jusqu'au rivage, nous laissant un espace. Ouf... Mais la falaise s'effrite, le chemin est devenu dangereux côté mer. Il a fallu le décaler, et interdire l'accès des piétons trop près du rivage. Du coup, le chemin est doublement grillagé. A gauche par les privilégiés qui ont pu s'installer presque jusqu'au bord de l'eau, et à droite pour se protéger de la nature qui bouge. Elle va doucement, je vous le disais. Mais l'érosion est assez rapide

C'est plus joli de ce côté. Et un peu plus lumineux également. Vous apercevez bien maintenant l'érosion dont je vous parlais. On voit nettement les blocs rocheux qui finissent par se séparer de leur socle, et vont irrémédiablement rejoindre l'eau, dans laquelle ils finiront par se dissoudre, un jour ou l'autre, dans quelques milliers ou dizaines de milliers d'années. Des centaines, des milliers de générations humaines seront passées entre-temps !

Oh là là, je suis très gai, moi, en ce moment. Ah, je vous parlais de traces dans le sable. Il y en a une, qui possède tout un charme, justement parce qu'elle est unique. Un être humain a marché ici, aujourd'hui même ! On a marché sur le sable sablais. Youpeee !

Quelques traces de neige demeurent (il en est tombé très peu) ! Et quelques malheureux arbustes ont réussi l'exploit de survivre tout en créant un abri naturel jusqu'ici, au sommet de la falaise. Le sentier s'enfonce sous leur maigre ramure.

Vestiges humains. Que s'est-il passé ici ? De quel souvenir s'agit-t-il ? Une vie humaine se serait-elle arrêtée à cet endroit précis ?

Ce panneau se trouve au niveau de la maison située au premier tiers du parcours, au fond de la petite anse. C'est d'ailleurs près de cette anse que se trouve aussi le vestige dont je vous parlais plus haut. La promenade continue non pas dans le bois (sujet du panneau) mais sur le chemin côtier. Et cette anse se trouve tout à gauche de ce plan, là où arrive la petite route.

Un géant est venu avec sa pelle, et a décidé de créer une belle bordure bien droite. C'est propre, il a bien bossé !

On aperçoit, au sommet de la falaise, le fameux grillage protecteur dont je vous parlais. Il y a donc quelques mètres de "no man's land" livrés à la nature seule, et c'est très bien. Juste dommage qu'il faille pour cela mettre un grillage si haut, mais je crois bien qu'il n'existe pas d'autre solution pour empêcher nos congénères -et pour tous nous empêcher, je m'inclus évidemment dans le nombre- d'y marcher.

A main gauche, des chemins s'enfoncent dans le bois de Bourgenay. Admirez le toit naturel créé par les arbustes ! Et les traces de neige...

Très visible ici, la protection grillagée de droite. L'eau s'infiltre lentement. En fait, il a énormément plu, puis gelé très fort et très soudainement. Ici, cette étendue d'eau s'est fait piéger avant de poursuivre son chemin vers le bas. Mais elle y parviendra, d'une façon ou d'une autre, et nous le savons tous. Comme je ne pense pas que la température monte à 30 degrés dans les heures qui viennent, cette eau ne s'évaporera pas. Elle pénètrera dans le sable, puis s'insinuera lentement, mais sûrement, goutte après goutte, dans les fissures de la pierre sous-jacente...

Encore un chemin vers le bois. Ici, les arbustes et les genêts cèdent lentement la place aux pins maritimes.

Le fameux "no man's land" et ses avantages : une nature vierge de toute intrusion humaine.

C'est beau.

C'est très beau.

Le chemin s'éloigne par endroits du littoral, et pénètre donc en sous-bois

La zone n'est pas constructible, l'homme demeure sur les sentiers, la nature s'en donne à coeur joie. Tant mieux.

Retour à la lumière. Le port artificiel de Bourgenay fait son appartion. Comme c'est moche...!

Un autre morceau de "no man's land".

Tout reste posé là où c'est tombé, poussé par le vent, déplacé par un animal. J'aime bien regarder ce fouillis naturel.

Encore un vestige du fameux Mur de l'Atlantique. Le port de Bourgenay en arrière-plan. Bien sûr, dans le blockhaus, à travers les quelques ouvertures, on peut apercevoir le contenu. Un énorme tas de détritus, sacs poubelle remplis de toutes sortes de déchets, bouteilles, cartons... Horrible !


A droite, les bateaux dans le port articiciel. C'est plein, il ne semble pas rester beaucoup d'endroits disponibles, à supposer qu'il en reste !

Où sont les propriétaires ? Sans doute loin d'ici pour la plupart d'entre eux. Mais ce n'est qu'une supposition.

Une information glanée sur le Net : ce port offre 580 places. Port Bourgenay fait partie de la commune de Talmont-Saint-Hilaire.

Au début de la jetée s'avançant vers l'océan se trouve cette grande et belle statue de bronze.

Oui, je la trouve magnifique, et tellement explicite dans son dépouillement.Voici de quoi il s'agit. Sous la statue, une pancarte. On y lit ceci :
"A Chalotte-Flandrine de Nassau, abbesse du monastère Sainte-Croix de Poitiers et fondatrice du couvent de bénédictines des Sables. Rescapée d'un naufrage, elle fit édifier Notre-Dame du Bourgenay en 1631". Cette oeuvre a été réalisée par le sculpteur Jean-Michel Solves en 2003.

16h30. Il est temps de faire demi-tour. Le soleil -enfin, les légères lueurs à l'horizon permettant de deviner sa présence- décline déjà.

Il s'agit d'un "crop" de la précédente, de la découpe d'un rectangle. On distingue les contours d'un bateau au large.

Les oiseaux se rassemblent. Passent-ils la nuit ici ? Je ne sais pas.

La mer est calme. Le ciel s'embrase -un peu seulement, ne nous enflammons pas non plus ! La nuit tombe. Doucement, mais fermement, le froid reprend vie, et s'agrippe autour de mes doigts. Je range l'appareil-photo dans sa sacoche, et mes mains dans la leur... Une journée s'achève.

Merci de m'avoir accompagné virtuellement jusqu'ici.

Et si vous avez aimé, gentil lecteur, gentille lectrice, soyez sympa, écrivez-moi quelques mots sur le livre d'or, ce sera mon cadeau, et c'est également l'aiguillon qui me pousse à poursuivre mes récits photographiques. A bientôt quelque part dans et sur ce monde.

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