La Rochette

Mardi 5 mai 2009 - 46 km - Pas de photo
Mercredi 6 mai 2009 - 192 km - 171 photos - 49 photos sélectionnées
De la Vendée à la Charente, par la Venise Verte, la forêt de Chizé, loin des grands axes. Grand ciel bleu!


Nous aimons partir le soir. Histoire d'être sur la route, d'être déjà partis. C'est ainsi que nous démarrons le mardi 5 mai vers 19 heures! Arrêt toute la soirée chez la fille de Béa, qui nous avait invités à manger. Il fait nuit noire lorsque nous la quittons. Nous voulons juste nous éloigner de La Roche-sur-Yon rapidement, et nous installer dans le premier village. Ce sera La Chaize-le-Vicomte. Un petit parking tranquille.

Que nous découvrons mieux le lendemain matin. J'essaye toujours de faire une photo de chaque bivouac car, curieusement, elle me permet très souvent de me remémorer les événements. Je ne suis pas souvent venu dans ce village, et je fais quelques pas aux alentours, comme souvent le matin.

Juste derrière nous se trouve cette superbe vieille maison noble, le genre de vieille bâtisse que nous adorons.

Admirez cette toiture... qu'il faudrait bien reprendre, d'ailleurs! En regardant de plus près, je peux lire les noms des premiers occupants, et la date de construction. J. Loiseau et M.A. Mandin, an 1825. Moins vieille que je ne pensais. Mais peut-être a-t-elle été refaite sur une plus ancienne, ce qui est probable.

Par contre, ce qui est vraiment extraordinaire, c'est que je me souviens... De quoi, me direz-vous? Eh bien tout simplement, je me souviens maintenant être venu ici avant-hier dimanche, dans la soirée, en moto! Il y avait foule sur la place, et j'ai même eu du mal à poser Akitsu, la Transalp. Il y avait en effet un vide-grenier, et j'ai même acheté, ici, tout près, à moins de deux cent mètres, quelques livres d'histoire... Alors, le monde est vraiment petit, car jamais je n'aurais imaginé que je dormirais ici, sur ce parking, le surlendemain. Et comme j'avais fait un grand tour de Vendée dimanche avec la moto, et traversé nombre de villages, j'avais tout simplement oublié être passé à La Chaize-le-Vicomte... Etonnant, non?

Dernière petite photo avant de retourner dans le camping-car et prendre mon grand bol de café.

Ah non, une petite dernière de la grande belle vieille maison avant de rentrer... Et le ciel, me direz-vous? On aperçoit du bleu, c'est plutôt bon signe.

D'abord quitter la Vendée, que nous connaissons, pour trouver le plus rapidement possible des paysages nouveaux. La D948 en direction de Niort. Paysage de plaine, agriculture intensive depuis Fontenay-le-Comte. Des champs de culture identique à perte de vue. C'est moche. C'est à Benet, une dizaine de km avant Niort, que nous quittons définitivement la grande route. Pas encore terre inconnue pour nous, mais déjà le sentiment que, cette fois, ça y est, nous sommes bien en vacances. Arrêt pour remplir les coffres de nourriture, traversée -sans pause- de la Venise Verte via Coulons. A Epannes, nous prenons la D1 vers Beauvoir-sur-Niort pour arriver dans la forêt domaniale de Chizé, si souvent vue sur les cartes, mais jamais traversée.

La voici. Déception. C'est ici que nous faisons halte pour nous restaurer. Il fait une chaleur estivale. Tout simplement génial!

Nous sommes exactement au Carrefour de l'Empereur. Des routes forestières s'enfoncent dans les bois, je dirais plutôt les taillis.

La plupart sont interdites à tout véhicule, comme en témoigne la barrière. Avec plus de 5 000 hectares, la forêt de Chizé proprement dite constituait la plus importante forêt du Poitou médiéval, et aujourd’hui, c’est une forêt domaniale de 3 435 hectares. Chizé fut l'un des derniers bastions anglais en Poitou. Richard Coeur de Lion vint chasser en 1182 et 1184. François 1er, fanatique de chasse et surnommé le « père des veneurs » y vint en 1542. Comme dans les autres forêts du Poitou, les loups y furent nombreux à certaines époques.

Pour l'apprécier à sa juste valeur, il faudrait prendre les routes forestières. C'est évidemment hors de question avec un camping-car...

L'altitude dans la région oscille autour de 100 mètres. Pas de grand panorama... Nous poursuivons une ligne imaginaire tirant grosso-modo vers le sud-est, en ne prenant que des routes secondaires. J'ai sous les yeux mon dernier achat, qui se trouve être un bijou: le GPS IGN Evadeo Primo. Bradé à 78 euros (au lieu de 249...!!) pour cause de nouveaux modèles, je me suis laissé tenter, et je ne le regrette vraiment pas. Il contient toute la cartograhie IGN au 1/1.000.000ème, au 1/250.000ème, et... au 1/100.000ème. Mon rêve. Enfin, pas tout-à-fait, car mon rêve absolu serait d'avoir aussi celle au 1/25.000ème... Mais pour le camping-car tel que je le pratique, le 1/100.000ème s'avère être idéal (comme aussi pour la moto). Il correspond aux cartes appelées Top 100, mes préférées. Toutes les petites routes y sont. Donc, sous les yeux, la carte au 1/100.000ème défile. Je ne demande pas au GPS de me calculer un trajet, ni de me dire par où je dois passer. Surtout pas (sauf éventuellement/ponctuellement pour traverser une grande ville, et il sait aussi le faire), ce serait m'enlever le plaisir de la préparation d'un voyage! Non, je veux juste voir la situation du camping-car sur la carte en temps réel, et en même temps enregistrer la trace. Si nous nous trompons de route, on corrige en temps réel, voilà tout.

Nous traversons donc une région qui nous était totalement inconnue, nos trajets habituels passant 20 km plus au nord (D948) ou au sud (D939). Après la forêt de Chizé, nous traversons celle d'Aulnay, puis celle de Chef-Boutonne, plus jolies. La route n'est pas directe, loin s'en faut, et le ruban d'asphalte se déroule autour de hameaux et fermes, dans lesquels semble régner un calme total, mis à part le son de quelques tondeuses et ou tronçonneuses. C'est agréable, c'est la campagne. Tous les villages aux alentours sont signalés par le signe d'une belle église à visiter, mais ils sont à l'écart de notre route. Il faudra que je revienne... Soudain, peu après Chillé, j'aperçois une église, seule au milieu des champs. Nous stoppons. Sur ce petit parking. Le camping-car se voit à peine, caché par de magnifiques chênes sûrement centenaires. Ce bâtiment, seul immeuble à perte de vue, excepté l'église et le cimetière situés à 200 mètres, est la mairie d'Oradour, sur la D67. Pas Oradour-sur-Glane, si tristement célèbre, mais un Oradour extrêmement curieux, puisqu'il est constitué par une mairie et une église. Point. Et quelques fermes disséminées alentour!

L'église d'Oradour. La mairie est à ma gauche. Tout le village est là!

Un mur ceinture complètement l'église, elle même entourée par son cimetière!

La porte d'entrée est datée de 1866. Une inscription: "Passants, priez pour nous".

L'église est fermée à clef. Les frises de calcaire sont complètement érodées par l'eau. Une femme vient juste de pénétrer dans le cimetière, et nous parle gentiment de ce lieu qu'elle semble vraiment aimer. La chaleur est très forte, une chape de plomb semble littéralement tomber du ciel. Mais quel touriste s'en plaindrait?

Il y a de très vieilles tombes, curieuses, en forme de sarcophages.

Certaines sur-élevées, comme celle-ci. J'avais déjà vu ça dans d'autres cimetières en Charente.

Ci-git Anne Rosalie.... 1855 dans sa 65ème année... passants priez pour elle...

Le pauvre, tué au tout début de cette terrible guerre, en Belgique. Ces combats de Rossignol ont été un désastre pour les Français. J'ai lu les témoignages, le déroulement des opérations. Les habitants du village ont prévenu les Français, leur disant que les Allemands étaient en grand nombre dans la forêt. Mais les chefs n'ont pas voulu écouter... Dans cette bataille, des hommes ont été envoyés attaquer des mitrailleuses à la baïonnette!

Deux curieuses tombes, certainement très vieilles, gisent le long du mur de l'église.

Nous traversons ensuite la petite ville d'Aigre sans nous y arrêter (la dame au cimetière nous a pourtant dit qu'il y avait plein de choses à visiter), puis nous prenons la D739 qui traverse Villejésus -on se croirait en Espagne avec un tel nom!- et Fouqueure pour arriver à La Terne, lieu-dit face à la Charente que nous devrions franchir ici, sur ce très joli pont, dit "pont de la Terne", et faisant partie de la commune de Luxé. Or, la route est fermée, et une déviation -très courte- permet de passer de l'autre côté. Concernant ce pont, j'ai trouvé cet article sur Internet:

Voici les détails qui étaient transmis sur les dégâts occasionnés dans différentes parties du département par les inondations des 1er et 2 novembre 1859 ; "A Aigre, les maisons les plus voisines de la rivière ont été inondées ; les habitants ont été forcés d’en faire sortir leurs bestiaux ; au village du Fouqueure, les maisons, envahies par les eaux, ont dû être abandonnées par les habitants... Les eaux de la Charente sont complètement débordées et elles menacent de rompre la chaussée entre la gare de Luxé et le pont de la Terne, par-dessus laquelle elles commencent à passer. "

Toujours difficile à imaginer, quand on se trouve sur les mêmes lieux, mais dans une période sèche...

Je vais au milieu du pont faire un panorama de la Charente, vers le nord. A gauche, les vestiges d'une ancienne minoterie, je suppose!

Au zoom...

Les maisons de La Terne vues depuis le pont. Nous venons de la gauche, et sommes obligés de poursuivre à droite, longer l'ancienne minoterie, et traverser par le pont de Luxé.

Toujours le Pont de La Terne.

Le coin regorge de dolmens et de tumulus, mais nous ne prenons pas le temps d'aller voir. Nous poursuivons sur la D739 jusqu'à Mansle, jolie ville, mais très animée. La chaleur est écrasante. Nous prenons ensuite la petite D40.

Que voici. Appelée "route de la duchesse" sur la carte au 1/25.000ème. Vue du paysage, et prise en roulant -ce n'est pas moi qui conduisait, je vous rassure. D'ailleurs, c'est très rarement moi qui conduit, car Béa adore ça! Ici, peu avant Coulgens. De grandes lignes droites!

Peu après Coulgens, à La Rochette, je vois le sigle d'une vieille église, et nous bifurquons pour aller voir, à 200 mètres de la D40. Nous posons le camping-car sous une magnifique allée bordée d'arbres centenaires, avec d'un côté une vieille église romane, et de l'autre un vieux château.

L'église Saint Sébastien, cachée par les arbres. Malheureusement fermée, elle aussi!

Le petit château, au bout d'une autre allée d'arbustes beaucoup plus jeunes (on dirait des platanes).

Entre les deux, sur les pelouses, ici un vieux puits...

Là un vieux sarcophage. Normal, ici se trouvait autrefois le cimetière!

L'église Saint Sébastien de La Rochette remplaça dans les années 1180 un édifice charpenté du XIème siècle. Son plan est simple: une nef unique, un faux carré du transept et une abside semi-circulaire. Pour une description fort intéressante datant de 1922, voir ici.

Copié sur le document cité plus haut:

"Le médaillon de droite représente un dragon à quatre pieds portant sur son dos un cavalier au panache; le personnage semble remettre une aumône à un homme à demi-renversé que le dragon soutient avec sa patte gauche. N'est-ce pas là une personnification de la Charité?"

Au-dessus des contreforts, sur tout le pourtour de l'église, une suite de mascarons très variés soutiennent la banquette de pierre sur laquelle s'appuie la toiture. Le bestiaire du Moyen-Âge, les combats entre le bien et le mal. Je vous en transmets quelques unes.

Et un toit recouvert de lauzes surmonte l'ensemble, sur lequel l'herbe pousse.

L'imaginaire du Moyen-Âge. Un homme dans le corps d'une louve (frayeur de la mort?).

Vue d'ensemble. Les couleurs sont mauvaises, complètement écrasées en cette fin d'après-midi, en contre-jour!

Vue depuis l'autre côté. On aperçoit le camping-car sous l'allée des arbres.

Détail des lauzes.

Homme dans une position indécente... C'est la première fois que j'en vois une comme ça.

Le château. Construit au lieu-dit "Les Marthes" vers 1580. "Petit édifice rectangulaire jadis cantonné de tourelles en encorbellement couvertes en poivrières. Un décor de bossage vermiculé enjolive leur base. De pitoyables remaniements ont sévèrement altéré cette construction, jadis pleine d'intérêt".

L'endroit nous plait beaucoup. Il est 16 heures, et nous décidons de rester ici pour cette nuit.

Eu nous avons presque l'impression d'habiter dans un château! Les merveilles du camping-car...

Du coup, vu l'heure, nous commençons notre soirée par de la lecture. Pour ma part, sauvegarde des photos et de la trace GPS sur le PC, consultation de la carte IGN pour préparer un itinéraire sympa pour demain... La soirée est superbe, l'arrivée des étoiles féérique! Un minuscule village de France. Rien à voir avec les villes, les habitants de ces lieux ne vivent pas dans le même pays que les citadins, c'est évident! Comme ils ont raison.

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