Tulle - Corrèze

Mardi 12 mai 2009 - 45 km - 140 photos, 67 sélectionnées - Beau temps.

Tulle - Corrèze


Comme prévu hier soir, nous laissons le champ libre pour le poids lourd stationné à côté de nous. Du coup, nous partons sans manger, bien décidés à trouver une belle place pour prendre tranquillement notre petit-déjeûner. Ce que nous ne tardons pas à trouver, dans le village suivant, à Favars. Une immense place, de quoi stationner plus de 100 véhicules... Et pas une seule voiture ne se trouve sur ce parking! Normal, il est 8h20, nous sommes très matinaux! Du coup, nous avons le choix! C'est Béa qui conduit. Elle tourne, hésite, retourne, et finit enfin par se décider. Elle recule, comme vous pouvez le voir sur la photo. Soudain, un gros "Boum", et arrêt brutal du camion... Je lui dis: "tu as tapé dans un truc, là...". Elle répond; "Mais non, c'est juste une haie, t'inquiète". Et elle avance un peu. Pas convaincu du tout, vu la violence du choc, et le bruit, je descends voir aussitôt. Et je reviens, plié en deux, avec un énorme fou-rire. Il y a un lampadaire derrière le camping-car, et c'est lui qui est à l'origine du choc, lorsqu'il a plié (légèrement) le porte-vélo que nous avons à l'arrière... Il faut savoir que sur cet immense parking vide, il n'y a pas trois lampadaires, et que, pour s'en prendre un, il faut vraiment le chercher! Un grand souvenir, qui est toujours- et le restera sûrement- un excellent rappel lors de manoeuvres même apparemment faciles...

Nous prenons bien notre temps, et assistons au ballet des véhicules des parents conduisant leurs enfants à l'école, des employés de mairie arrivant pour l'embauche... Tout ça en mangeant nos tartines de confiture, c'est vraiment un plaisir du camping-car! Il est finalement près de 10h30 lorsque nous repartons, repus et en pleine forme. Ciel bleu parsemé de nuages blancs, j'aime beaucoup. Direction Tulle par la grande route, la D9. Nous filons directement dans un grand centre commercial, histoire de refaire le plein. Il y a un accès WiFi au bistrot de la galerie marchande, nous venons donc nous installer pour relever les mails, en envoyer, et surfer un peu. Un vrai plaisir. Vers 13h30, nous allons en ville. La circulation est très dense, et nous stationnons le camion dès que nous trouvons un emplacement. Le reste se fera à pied, ça ne nous fera pas de mal!

Je suis venu dans cette ville le 10 octobre de l'année dernière, lors de la deuxième randonnée organisée par l'ami Bruno le Corrézien (voir ici). Nous avions retrouvé les amis randonneurs à Tulle place de la cathédrale, et j'avais trouvé le lieu très joli, sans toutefois le visiter, puisque nous étions repartis aussitôt. C'est pourquoi j'avais envie de revenir voir de plus près le centre de la capitale de la Corrèze.

La Corrèze, rivière qui donne son nom au département, traverse Tulle de part en part, et c'est, je pense, ce qui m'avait plu. Du coup, de nombreux ponts jalonnent le centre ville, permettant de passer d'une rive à l'autre.

Par contre, comme vous pouvez le constater, le cors de la rivière a été bien cloisonné, et je trouvfe qu'il manque de verdure, ou au moins de parcs longeant la rive. Or, on ne voit que ces quelques arbres alignés sur un côté seulement. Dommage.

A chaque fois que je passe dans cette ville, je suis obligé de penser à l'ignoble massacre perpétré par les Nazis le 9 juin 1944. Le massacre de Tulle désigne les crimes commis dans la ville de Tulle par la 2e division SS Das Reich en juin 1944, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Après une offensive des FTP, le 7 et 8 juin 1944, au cours de laquelle les troupes allemandes assassinent dix-huit gardes-voies, l'arrivée d'éléments de la Das Reich contraint les maquisards à évacuer la ville. Le 9 juin 1944, après avoir raflé les hommes de seize à soixante ans, les SS et des membres du Sipo-SD vouent 120 habitants de Tulle à la pendaison, dont 99 sont suppliciés. Dans les jours qui suivent, 149 hommes sont déportés à Dachau, où 101 perdent la vie. Au total, les crimes de la Wehrmacht, de la Waffen-SS et du Sipo-SD font 213 victimes civiles à Tulle. (dossier ici).

Je suis aujourd'hui encore triste de voir que cet acte terrible soit pour ainsi dire caché. Nulle part je n'ai vu une liste comportant le nom de toutes les personnes tuées ce jour, ne serait-ce que pour leur rendre hommage...

Par conséquent, je ne peux m'empêcher de vous soumettre ce qui suit. Ce texte est extrait de l'intervention de Véronique Nahoum Grappe, anthropologue, venue à Tulle le 9 juin 2001 à l’invitation de Peuple et Culture.


DEVOIR D’HISTOIRE.
« En France, le nom d’Oradour sur Glane est familier même à ceux qui ne savent pas exactement ce qui s’est passé. À la libération, Oradour est devenu d’emblée un symbole de la barbarie nazie et a suscité un travail d’histoire et de mémoire, des articles, des ouvrages, un musée qui deviendra plus tard centre de la mémoire. Oradour est dans les manuels scolaires. Tulle a échappé à la mémoire nationale. Pourquoi ? Peut-être est-ce dû au fait que les Tullistes ont assisté au martyr des leurs après un processus de tri. Je crois qu’il n’y a rien de plus avilissant que de trier les futures victimes devant leurs proches, de sélectionner ceux qui resteront en leur laissant la culpabilité inconsciente d’avoir pris la vie d’un autre. Peut-être faut-il aussi prendre en compte la différence de statut plus ou moins consciente entre la mort par le feu, quasi sacrificielle et « purificatrice » et celle par pendaison, souvent perçue comme infamante et « basse » dans de nombreuses civilisations dont la nôtre. Il est troublant de constater que le poids du silence peut envahir tout l’espace de communication collective : silence dans les familles, silence sur la place publique, silence dans tout le pays. Les nouvelles générations ne savent rien, mais parfois elles sentent peser quelque chose. Dans les années 90, Peuple et Culture décide de prendre contact avec les familles des victimes. Jusqu’alors, seule la commémoration annuelle rappelle ces évènements tragiques sur lesquels ont pesé pendant des années une chape de silence, de non dits et de souffrances tues. La cérémonie, le rituel, peuvent commémorer sans convoquer la mémoire, paradoxalement : on peut ainsi pendant quarante ans évoquer en fanfare et drapeau, le souvenir d’une période historique douloureuse et en effacer en même temps l’histoire réelle ! La commémoration ritualisée peut alors en se répétant, enterrer de plus en plus profondément son propre objet. Il faut revenir aux témoignages enfouis, aux souffrances réelles, aux faits avérés et précis : il faut accepter le miroir difficile de ces faits et ainsi exhumer les « cadavres dans les placards » (qui eux aussi doivent être enterrés normalement !), les culpabilités diffuses qui sont des ferments de désespoir secrets et de haines détournées, matrice d’une vie politique pétrie de fausseté et de ressentiments. Un tel travail a seulement été ébauché à Tulle et il serait indispensable de le continuer. Qu’est-ce que le devoir d’histoire ? C’est donner sa place à la version des victimes en recueillant leurs témoignages, leur parole. À partir de là, un travail d’historien consiste à rassembler un faisceau de faits, dégager une logique historique des choses inscrites dans le respect de la parole des survivants. Il y a eu crime ici et ça a fracturé la vie de bien des gens, il faut en faire l’histoire très sérieusement. D’autant plus sérieusement, justement documentée, sans idéologie, sans à priori, c’est ce qui fait que la victime survivante peut enfin être délivrée. Lorsque le silence est aussi inscrit dans le rapport à soi-même et que la force du déni a envahi tout le champ de la conscience, entendre ou lire le récit des faits peut avoir une valeur de réconciliation avec la vie, après un moment de crise intense et d’émotion terrible. À quoi sert le souvenir de ces morts s’il n’implique pas un devoir de présence à ce qu’il aurait fallu et ce qu’il faudrait faire si on voulait vraiment lutter contre ce qui les a tués ? Dénoncer, dénoncer, à défaut de résister. Plutôt que le recueillement et la commisération, ne faut-il pas privilégier la réflexion sur la présence du passé, dénoncer les ressemblances du présent, dévoiler la permanence de l’horreur pour mieux prévenir son renouvellement ? Car qu’il s’agisse du Rwanda, de l’Algérie, de l’ex-Yougoslavie, du Soudan, du Congo Brazzaville, de la Tchétchénie ou de la barbarie nazie, l’histoire répète de terribles crimes contre l’humanité : être fidèle aux pendus de Tulle, c’est, en acceptant leur histoire sans trou ni blanc, réagir et agir contre les pouvoirs assassins qui les ont massacrés et continuent sous des formes différentes à massacrer. La vraie mémoire des victimes du nazisme, c’est la résistance à tout ce qui peut lui ressembler de près ou de loin. »

Extraits de l’intervention « Violence d'état » de Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue, Tulle le 9 juin 2001.


 


Nous allonsfaire un tour dans cette ruelle en pente, où nous découvrons cet immeuble en restauration.

Puis nous traversons le pont pour aller vers la cathédrale.

Très difficile à photographier, car à la fois longue et haute, et sans recul ni position dominante permettant un bon point-de-vue!


L'office du tourisme se trouve ici. Il y a une bien une possibilité de visiter la ville par nos propres moyens, un peu comme hier à Donzenac. Mais la chaleur est étouffante, et nous n'en avons pas le courage... d'autant plus que les rues, un peu plus loin à droite, sont très abruptes!

Détail sur les côtés.


Zoom sur une des statues. A droite, une magnifique porte d'entrée.

Nous décidons néanmoins de faire une petite escalade par une rue grimpant abruptement, à tel point que des escaliers y ont été ajoutés!

Découvrir la ville aux sept collines; privilège que Tulle partage avec Rome; ça se mérite et ça implique souvent de grimper bien des marches!  En témoigne le circuit des "mille marches" qui démarre de la cathédrale ou encore les 213 marches que compte le plus long escalier de la ville! En effet, la singulière topographie de la ville a imposé la construction de nombreux escaliers (une centaine), qui courant entre les maisons, permettent de gagner un quartier à l'autre, la vallée à une colline. Pour ne citer que les plus connus d'entre eux, parlons des "quatre vingts", de celui qui remonte au Marquisat, de celui qui tombe dans la rue de la Barrière pour atteindre la place Martial Brigouleix  ou encore celui de l'avenue de Bournazel qui rejoint l'ancienne caserne des Pompiers, rue Marc Eyrolles. Les quartiers difficiles à pénétrer viennent de l'histoire médiévale. En effet, compliquer les accès était un moyen de défense. Les escaliers de Tulle sont partout et font partie de l'identité et du patrimoine de la ville. (extrait du site officiel de la ville de Tulle).



Porte ouverte donnant sur un escalier pleine de mystères... A droite, coup d'oeil arrière après la difficile ascension.


Et nous amorçons la descente par une autre rue. Non, je confirme, je ne voudrais pas habiter ici non plus, bien trop crevant! A droite, quels mystère se cachent derrière cette très vieille porte? Un jardin? Un patio? Un séjour? Je vous laisse imaginer...


On devine les pentes. Même en moto/scooter, ce doit être très difficile! Et je n'ose pas imaginer l'hiver, avec la neige et le verglas... La photo de droite a été prise dans la rue se trouvant à gauche, sur la photo de gauche.. Pas trop difficile? Je recommence? Non? OK.


Pour résumer: les maisons sont fort hautes (4-5 étages), et les rues fort étroites. Plus nous nous rapprochons de la cathédrale et plus elles sont belles.

Cette inscription se trouve au pied de la maison photographiée plus haut à droite. On reconnait l'écriteau. Je l'ai photographié pour son inscription en occitan, qui m'a intrigué par sa similitude avec le français, l'espagnol et le latin... Ce qui est bien normal, ma foi! L'occitan ou langue d’oc (en occitan : occitan, lenga d’òc ou óucitan, lengo d'O) est une langue romane parlée dans le tiers sud de la France, les Vallées occitanes et Guardia Piemontese (en Italie), le Val d’Aran (en Espagne) et à Monaco (minorité niçoise[1]). Pour les linguistes l'Occitanie est l’espace linguistique et culturel de l’occitan. Les dialectes de l'occitan sont l'Auvergnat, le Gascon, le Languedocien, le Limousin, le Niçois, le Provençal et le Vivaro-alpin. (extrait de wikipedia)


Une magnifique porte en bois sculpté. A droite, dernière ruelle avant la place de la cathédrale.

Têtes sculptées sur une maison, du même genre que celles que l'on peut voir sur les façades des églises romanes de la région. Dans tout ce quartier se trouvent encore plusieurs maisons des XVème et XVIème siècle, de style Renaissance.

Place de la cathédrale, qui se nomme en fait place Gambetta. A gauche, l'entrée du musée du cloître. Elle est superbe.


Toujours très impressionnant, ce genre de clocher. La cathédrale actuelle a été bâtie à partir du XIIe siècle, à l’emplacement d’une abbaye mérovingienne dont les titulaires avaient acquis la dignité épiscopale. La construction de l'abbatiale, actuelle cathédrale, et de son abbaye débuta selon un plan classique bénédictin. Les retards pris dans la construction firent évoluer les plans par rapport à ceux initialement prévus, passant du style roman au style gothique, notamment le cloître du XIIIe siècle qui abrite aujourd'hui le musée des arts et traditions populaires.


A gauche, au coin d'une maison. A droite, dans la cathédrale. Mais ça, vous l'aviez compris!


A l'intérieur de la cathédrale Notre-Dame.


Curieuse statue près du bénitier. A droite, dans la crypte, où sont présentés les découvertes archéologiques les plus anciennes.


Depuis la crypte, on aperçoit le cloître Saint-Martin, jouxtant la cathédrale.

Le voici, le musée du cloître. Au cœur de la Cité - fortement marquée par son efflorescence abbatiale puis épiscopale et laïque au XIVème siècle particulièrement, avec aussi de hauts développements à la Renaissance puis au Grand siècle - le musée de Tulle d’art et d’histoire occupe une partie de l’enceinte et des bâtiments de l’abbaye saint Martin de Tours et saint Michel archange, jouxtant la cathédrale Notre-Dame de la Nativité. L’ensemble est classé parmi les Monuments historiques depuis 1862, propriété de l’État.

L'imposant pied du clocher, supportant un poids énorme, telle la patte d'un dinosaure!

Là où sont les arbres coule la Corrèze.

Vue depuis le cloître (à gauche).


La cathédrale vue depuis l'autre côté, à peu près devant la maison natale de Marcelle Tynaire.

Nous retournons maintenant vers le camping-car.

Pas besoin que je vous présente ce bâtiment, n'est-ce-pas?

Ce serait parfait sans l'énorme circulation. Une zone entièrement piétonne serait fort agréable...

Prise en photo, tout simplement parce que j'aime bien cette façade.

Il est plus de 16 heures lorsque nous quittons la ville par la jolie D23, qui longe les méandres de la Corrèze. Nous passons sous l'ouvrage de l'autoroute A89 (Bordeaux -Lyon) enjambant la Corrèze. Enorme!

La Corrèze est pratiquement invisible, cachée par l'épaisse végétation, comme toujours dans toute cette région. La route est tellement étroite que, lors du croisement avec une camionette, les rétroviseurs se frappent! Je descends voir ceux qui nous ont croisé. Leur rétro est cassé, mais ils me disent qu'il l'était déjà, donc que ça ne les dérange pas du tout! Quelle surprise. En ce qui nous concerne, rien de cassé, le rétro s'est juste fermé. La chance!

Le paysage, que je photographie pendant que nous roulons.

Et nous finissons par arriver à... Corrèze, en... Corrèze, sur les bords de la... Corrèze! Je ne savais pas que ça existait! Le village a l'air sympa. Un groupe d'hommes est en train de faire une partie de pétanque sur la place du village, deux marchands ambulants sont également installés (poissonnerie, et pizzas). Il ne nous faut pas longtemps pour décider de bivouaquer ici. Le gars du camion de poissonnerie nous aide même manoeuvrer sur la place!

La commune est située dans le Massif central, au sud du plateau de Millevaches, au sein du Parc naturel régional de Millevaches en Limousin. Elle est donc arrosée par la rivière Corrèze. Elle est le chef-lieu du canton constituté de neuf communes: Bar, Chaumeil, Corrèze, Eyrein, Meyrignac l'Eglise, Orliac de Bar, Saint Augustin, Sarran, et Vitrac. (Voir ici)

Superbe dessin présentant la ville.

L'église Saint Martial en arrière-plan des joueurs de pétanque.

Photo prise le lendemain matin...

Au-dessus de la porte d'entrée de l'ancien bourg fortifié.


Dès le IX ème siècle, il est fait mention de sa première église connue, dédiée à St Martial évangélisateur du Limousin. De son passé médiéval subsiste encore un patrimoine de granit et d'ardoises. La Porte Margot, encore en parfait état, permet de pénétrer dans une enceinte dont les contours sont restés préservés. L'église paroissiale soutenue par de puissants contreforts se distingue par un clocher anglais et un rétable d'inspiration baroque (fin du XVII ème siècle).

Un superbe Chemin de Croix haut en couleurs.


Un superbe retable baroque, haut en couleurs. Je n'aime pas trop le baroque, car je trouve que trop, c'est trop, mais il faut bien reconnaître le travail des artisans artistes!

Retour vers la place du village, à l'extérieur du vieux bourg.

Du coup, comme nous avons ce camion de pizzas juste à côté, nous décidons de nous en offrir, une fois n'est pas coutume.

Merveilleuse soirée, dans une ambiance de soirée estivale, avec les enfants qui jouent, les pétanqueurs, les jeunes se réunissant, les gens venant acheter une pizza... Tout ça visible depuis notre fenêtre, lorsque l'on lève la tête de notre bouquin... Encore une bien belle journée qui s'achève dans le calme. Petit à petit, les bruits s'estompent, se font plus rares, puis les lumières s'allument...

Nous fermons nos volets!

 


Depuis le 06/06/2005 Visites:873352 Aujourd'hui :321 Maintenant:7 (Passage du cap des 50.000 visiteurs le 09/01/2009)