F2011_056

Jour 056 - Mardi 30 août 2011 - 34 km - 459 photos (3.852 km - 9.895 photos)
Autour de Vallouise (Hautes-Alpes)

Et encore un ciel bleu intense pour cette nouvelle journée qui commence.

Je vous mets ici la dernière photo prise hier soir avant de fermer les écoutilles : la tête de la Cucumelle, derrière à recevoir les rayons solaires.
On distingue sur la crête de la Roche Gauthier les téléskis en provenance de Serre Chevalier, situé derrière.

Ce matin, la Cucumelle est évidemment en contre-jour. Il est 8 heures, la buvette est encore fermée, mais les premiers randonneurs sont déjà là.

Un peu plus bas dans le Vallon de Chambran, rencontre avec un mouton grimpeur, perché sur un gros rocher.
Il n'est pas souriant du tout, je dirais même qu'il a plutôt une "sale gueule".

Petit arrêt à Saint Antoine pour acheter du pain.

Toujours à Saint-Antoine. Oublié sur les listes, Joachim Denizot a été rajouté, photo à l'appui.

Ensuite... Traversée d'Ailefroide (1507 m), village-souvenir des trois merveilleuses semaines de vacances passées ici en août 1979. Puis c'est la lente montée vers le Pré de Madame Carle, le long du torrent de Saint-Pierre. Le vallon de Chambran se trouve de l'autre côté de cette chaîne de montagnes aux pics acérés, le massif de Clouzis. Le vallon de Saint-Pierre, autrefois vallon de la Grand Sagne, prolonge le vallon d'Ailefroide  jusqu'au pied de la haute montagne au Pré de Madame Carle. C'est une belle auge glaciaire bien calibrée, dominée par la masse rocheuse du Mont Pelvoux , que le Torrent de Saint-Pierre dévale avec fougue. Vue la profondeur actuelle de l'auge, déjà bien remblayée par les cônes de déjection des torrents, l'épaisseur du glacier ancien devait approcher les 500 m.

Le vallon est balayé au printemps par de terribles avalanches descendues du Pelvoux  et du massif de Clouzis. L'avalanche du Ravin du Pelvoux  sous le Névé Pelissier, ou du Chazalet remonte même parfois sur le versant opposé comme en 2001 ; on a aussi vu celle descendue du Glacier des Violettes se maintenir jusqu'en août à l'entrée du Pré de Madame Carle. Le Riou Blanc préfère recouvrir périodiquement la route de cailloux descendus de la Combe toute droite du Riou et du Ravin de la Feste.

Avant de parvenir dans le Parc National des Ecrins, la route traverse la Réserve Naturelle du Torrent de Saint-Pierre. Elle va d'ailleurs prochainement être intégrée au parc. En face, le massif sud du Glacier Blanc avec, de droite à gauche, la Pointe du Serre Soubeyran (3472 m) et son glacier juste en dessous, la pointe Frendo (3526 m), la Pointe de la Grande Sagne (3660 m), la Pointe Mettrier (3620 m), la Barre Blanche (3864 m), la Barre Noire (3661 m), le Dôme de Neige des Ecrins que l'on perçoit et la Barre des Ecrins (4102 m), non visible. En bas, on distingue déjà la moraine basse du Glacier Noir. A gauche, ce sont les énormes contreforts du Pelvoux, masse imposante qui domine seul la totalité du vallon de Saint-Pierre.

Zoom sur la moraine basse du Glacier Noir.

Vue d'ensemble. Le Glacier Blanc apparaît au fond à droite. Et à droite, le massif de Clouzis.

Zoom sur le Glacier Blanc. Le Glacier Blanc se trouve dans le Parc national des Écrins. Il débute à 4 102 m d'altitude au pied de la Barre des Écrins pour finir sa course à 2 300 m d'altitude près du refuge du Glacier Blanc. Il donne accès à de nombreux sommets connus : Dôme de Neige des Écrins, Barre des Écrins, Roche Faurio, pic de Neige Cordier et la montagne des Agneaux. Le front du glacier s'atteint facilement (hum hum, ça dépend pour qui... -NDLR-) par un chemin qui démarre au Pré de Madame Carle. Le refuge du glacier Blanc permet de passer une nuit au pied du glacier. Ce glacier qui descend du versant nord de la Barre des Écrins, d'une longueur de 5 km, a une forme concave et arquée, et son front est orienté vers le sud. Sa largeur, relativement constante, est comprise entre 800 m et 1 000 m sur l'ensemble du glacier, et s'élève à 1 500 m dans le bassin supérieur, en prenant en compte les petits glaciers qui l'entourent. Son épaisseur est d'environ 200 m au niveau du bassin supérieur. Sa surface quant à elle a dû passer en dessous des 7 km² suite au recul des dernières années. Du fait qu'il est peu encaissé dans son environnement montagneux, seule une légère superficie de roches surplombe le glacier Blanc. Ceci engendre l'absence presque totale de moraine sur la surface du glacier, qui possède donc une surface blanche immaculée de pierres, et explique l'origine de son nom « glacier Blanc ». La vitesse d'écoulement de ce glacier n'est pas régulière à tous ses niveaux: à la sortie de son bassin d'alimentation elle est de 350 m par an, alors qu'au niveau de la langue elle n'est plus que de 50 m par an.

Si vous voulez voir d'autres photos du Pré de Madame Carle, allez ici, lors de mon passage en moto en septembre 2009.

La confluence du torrent émissaire du glacier Blanc, le Gyr, et de celui du glacier Noir avoisinant forme le torrent de Saint-Pierre. C'est ici que cvommence le Parc National des Ecrins. Nous sommes en vue du Pré de Madame Carle.

Qu'est-ce que c'est ? (Tout ce qui suit est extrait du site passé en lien). Allez voir ce site fort bien documenté sur la Vallouise.

D'abord, il ne s'agit pas d'un pré, mais d'une zone de divagation caillouteuse du Torrent de Saint-Pierre, que parcourent ses différents bras au gré de leurs débordements. Seul un bosquet de mélèzes a réussi à se développer au bout de la route à l'abri de l'ancienne moraine frontale du Glacier Noir.  Ajoutez à ce bosquet quelques vernes en bordure de la zone de divagation, et on aura fait le tour de la verdure du secteur, où le minéral donc prédomine. Ensuite, qui est cette Madame Carle qui a réussi à donner son nom à un lieu inculte d'une façon tout à fait atypique en montagne  ? En fait, il faut remonter au début du XVIe siècle, 500 ans en arrière donc, pour trouver la réponse à ces deux interrogations. Le climat alors était plus chaud que maintenant avec des glaciers extrêmement réduits. Glacier Noir et Glacier Blanc ne devaient pas sortir de leurs plateaux supérieurs. Les chroniques de Chamonix, par exemple, indiquent que l'emplacement actuel de la Mer de Glace était une zone d'alpage. Les chroniques de la Vallouise, elles, indiquent que le Pré existait bel et bien, là où, maintenant, il n'y a que des cailloux. C'était une belle prairie d'alpage qui faisait partie des biens donnés en 1505 par le Roi Louis XII à Geoffroy Carle, Président du Parlement du Dauphiné. À la mort de Geoffroy Carle, sa femme, Louise Sereyne originaire de la vallée, administra ses biens et donna ainsi son nom à cette partie de ses propriétés.  Le lieu était même habité au Moyen Âge.

La fin du XVIe siècle vit le début du Petit Âge Glaciaire marqué par une forte crue des glaciers  à travers toutes les Alpes. Les Glaciers Blanc et Noir envahirent le Pré au moins jusqu'à l'emplacement du bosquet actuel et transformèrent le Pré en une zone de débordements de leurs torrents aux débits amplifiés. Malgré quelques fluctuations - enregistrées dans l'enchevêtrement des moraines latérales du Glacier Noir, leur front commun recouvrait encore tout l'amont du Pré en 1815 et atteignait l'emplacement actuel du Refuge Cézanne. Les blocs rocheux situés à proximité correspondent à l'ancienne moraine frontale, déjà complètement enfouie sous les alluvions. La carte d'État-major de 1853 indique un recul d'une centaine de mètres du front. Il reste de cette époque un morceau de moraine latérale en rive droite en aval du cône de la Mômie. C'est le terme du Petit Âge Glaciaire et le début d'un recul continu des deux glaciers, malgré quelques brèves poussées bien vite interrompues. Après encore une vingtaine d'années de front commun et un recul de 200 mètres supplémentaires, la séparation est effective en 1880, le Glacier Blanc atteint encore le bas des rochers, tandis que le front du Glacier Noir stationne au niveau de la passerelle actuelle, derrière une moraine dont une partie subsiste derrière le banc de pierre. En 1896, le Glacier Blanc a bien remonté sur ses rochers alors que le Glacier Noir, protégé par sa couverture morainique, atteint la cote 1980 m.

Le Glacier Blanc, en perte encore cette année 2011 (voir ce dossier).

Le chemin d'accès au Glacier Blanc. C'est là que nous allons....

Le front du Glacier Blanc.

Et c'est parti. J'ai laissé Mygoo sur l'immense parking situé dans le bois de mélèzes du Pré de Madame Carle, j'ai pris mes deux bâtons de marche -indispensable désormais pour le pépé-, mon appareil photo, et mon petit sac à dos contenant quelques victuailles et de quoi désaltérer le bonhomme qui va sans doute perdre un peu d'eau (hi hi...), et peut-être de graisse (ce qui serait mieux).

Traversée du bois, puis du torrent s'écoulant du Glacier Noir.

Ce torrent fait partie de La Grande Sagne, qui est (nouvel extrait du site) une plaine de dépôts glaciaires et d'alluvions torrentiels grossiers (galets, graviers et sables) balayée par plusieurs torrents et leurs ramifications secondaires. Le site est composé de roches cristallines (granites et gneiss). D'une point de vue morphologique, il s'agit d'un "Sandur" formé par les eaux de fonte et de lavage glaciaire provenant du Glacier Blanc et du Glacier Noir. Le fond rocheux se situe probablement à plus d'une centaine de mètres du niveau actuel, un sondage a pu descendre à - 80 mètres, mais sans atteindre le rocher [Communication orale de Louis Reynaud, Laboratoire de Glaciologie-CNRS Grenoble]. Vous vous rendez compte ? Plus de 100 mètres d'épaisseur de cailloux ! La Grande Sagne présente un intérêt particulier pour ses ripisylves, bras morts et zones humides connexes. On y trouve en particulier, le saule faux daphné - Salix daphnoides, le saule soyeux - Salix glaucosericea, le saule pubescent - Salix laggeri et le trèfle des graviers - Trifolium saxatile. (voir photos plus bas dans ce reportage).

Au fond du Glacier Noir, le Pic La Temple, le Pic Coolidge (3774 m) et le Fifre (3699 m, la pointe à droite).

Les choses sérieuse commencent. Le Pré de Madame Carle était à 1874 m. On voit la passerelle enjambant le Torrent du Glacier Noir.

Vue de La Grande Sagne, décrite précédemment.

Je ne suis pas le seul à souffrir. La chaleur est torride. Il est 11h30... Pas vraiment le meilleur moment pour attaquer une grimpette !

Glacier Noir : sa moraine. On devine la glace et les tunnels sous la glace recouverte de dépôts morainiques noirs, d'où le nom du glacier.

Je me retourne souvent pendant la montée pour admirer la moraine du Glacier Noir qui se révèle dans mon dos.
En même temps, ces pauses -nombreuses- me permettent de souffler, car le sport n'est pas mon point fort, loin s'en faut !

Je vous copie à nouveau un extrait du site sur la Vallouise.

Le Glacier Noir est un glacier de vallée très encaissé entre la Barre des Écrins au nord et le Mont Pelvoux  au sud. Il est largement dominé de hautes crêtes, approchant ou dépassant 3900 m, qui le surplombent de 500 à 1000 mètres au niveau du bassin d'alimentation et de 1500 à 2000 mètres dans son secteur aval. D'une surface proche de 600 ha et long de 5,5 kilomètres dans son grand développement, il se compose de deux glaciers en voie de séparation constituant un bassin supérieur et une vallée inférieure. Le raccord se fait ou plutôt se faisait par une rupture de pente, autrefois soulignée par une chute de séracs - entre le Pic Coolidge et la Bosse de la Momie. Le bassin supérieur, partie sud de la zone d'alimentation, situé sous les hauts sommets de l'Ailefroide  Orientale (3847 m) et Centrale (3927 m), du Pic Sans Nom (3913 m) et du Mont Pelvoux (3943 m), est peu encombré de matériaux morainiques. Le glacier inférieur s'amorce dans un cirque de réception situé au pied du Pic Coolidge (3774 m) et de la Barre des Écrins (4102 m) ; jusqu'au confluent avec le glacier supérieur, la surface de la glace est encore peu salie. Par contre, à l'aval, le glacier remarquablement calibré sur près de 2 kilomètres pour 400 mètres de large environ, disparaît sous les matériaux qu'il charrie provenant pour l'essentiel de la face sud de la Barre des Écrins complètement déglacée : c'est un glacier noir, d'où son nom [D'après Vivian].

C'est un des grands glaciers du massif des Écrins, celui qui descend le plus bas, vers 2200 m. Cela tient à une double influence : d'abord et surtout à la topographie du bassin qui fait que le glacier s'écoule dans une vallée étroite et profondément encaissée avec encore une alimentation à l'aval par les avalanches descendues de la Bosse de la Momie, ensuite à l'abondance de la couverture morainique qui ralentit l'ablation et ajoute ses effets à ceux d'un ensoleillement réduit par l'encaissement et l'orientation de la vallée [D'après Vivian].

Devant moi, enfin, à main droite plutôt, c'est la totalité de la Grande Sagne qui s'offre à mes yeux émerveillés.

Si la montée était jusqu'à présent relativement facile, elle devient lentement plus sportive. En un mot, ça commence à grimper "sec"...

La preuve....

La moraine va bientôt diparaître de ma vue. En effet, mon chemin tourne vers le Glacier Blanc.

La vue devient lentement aérienne : la Grande Sagne dans sa totalité, le Pré de Madame Carle dans son bois de mélèzes à droite, et, au loin, la cassure vers la partie inférieure du Vallon de Saint-Pierre et sa réserve ! Au premier plan, les lacets déjà passés.

Attendez un moment, je bois un coup.

Dans mon dos maintenant, l'énorme massif du Pelvoux. En haut à gauche, le glacier de la Momie. En face, le Pelvoux (3943 m).
Je suis impressionné par cette énorme brèche dans la roche.

Le glacier de la Momie.

Zoom sur la brèche. La végétation s'installe même ici !

De mon côté, j'arrive en vue du Glacier Blanc.

Et du refuge. Il est sur cette photo, mais trop petit pour être vu. Lorsque jy suis monté en 1979, il était près de la glace; il est maintenant sur l'herbe !

Sans le cercle (enfin, le cercle....), vous ne l'auriez pas trouvé ! J'ai moi-même eu du mal à le voir, en vrai !

Zoom sur la langue terminale du Glacier Blanc.

En bas, le torrent des eaux du glacier.

En tout cas, ça coule à plein régime !

Le Pelvoux.

C'est ici que je m'instalkle pour casser la croûte. C'est fantastique. J'enlève chaussures et chaussettes. Quel bonheur !
A mes pieds, la D241T qui quitte le Pré de Madame Carle.

Les roches limées par le glacier.

Cette cupule est de la taille d'un homme; je pourrais m'y allonger presque entièrement !

Un petit coucou en mode automatique.

La dernière fois que je suis venu ici, la glace recouvrait la roche. La végétation s'installe !

Contre-jour sur le glacier de la Momie, sur le Pelvoux.

Les eaux d'origine du futur torrent de Saint Pierre.

Evidemment, je ne vais pas me casser le derrière à grimper au refuge sur l'herbe. Et je ne me sens pas le courage de monter jusqu'au glacier.
J'ai vu ce que je voulais. Demi-tour. Admirez les roches arrondies, témoins du rabotage effectué par le Glacier Blanc.

Joli passage en surplomb.

La descente, c'est facile.

Une jolie vue de la Grande Sagne.

Passage du Torrent du Glacier Noir.

Le Glacier Blanc depuis le bois de mélèzes. Il est 16 heures.

A droite, les belles eaux glaciaires envahissent la Grande Sagne en de multiples bras secondaires.

Le courant est puissant et me surprend. Vu la chaleur, les glaciers fondent encore davantage.
On aperçoit le sentier d'approche que je viens de grimper.

Ravin de Clouzis, Pic de Clouzis, Pic de Coste Vieille.

Dernier regard sur le Glacier Blanc pour cette année 2011, vu depuis la réserve du vallon de Saint-Pierre.

Dans la réserve naturelle.

J'hésite à aller au camping d'Ailefroide, mais je n'en vois finalement pas l'utilité. Par contre, je récupère un spot WiFi, et préfère m'en servir maintenant, ne sachant pas si j'en trouverai un autre ce soir. Puis je descends dans la vallée de la Vallouise. A Saint-Antoine, je trouve un endroit merveilleux pour bivouaquer, près du Gyr, au pied de la Tête des Lauzières, de toute beauté. Le coucher de soleil sur les sommets est un moment d'exception !

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