F2011_079

Jour 079 - Jeudi 22 septembre 2011 - 101 km - 297 photos (6.064 km - 17.344 photos)
De Vauquois à Musson (Meuse - Belgique)

Je suis réveillé par un camion rempli de cantonniers.... qui viennent me déranger justement ici. Dans un village de 25 âmes !
Et tout le monde de me regarder comme si j'arrivais en droite ligne de la planète Mars... Je file.

Je viens juste de quitter Vauquois : D212, en direction de Boureuilles.

Monument aux morts et mairie de Boureuilles.

Tiens, c'est vrai, ça, je ne suis pas allé voir ce cimetière, alors que j'étais juste à côté.

Le Mémorial de Pennsylvanie à Varennes-en-Argonne.

Le Monument de Pennsylvanie (Pennsylvania Memorial) a été construit et financé par l'Etat de Pennsylvanie en 1927 en mémoire des soldats de cet état américain qui ont péri durant les combats de 1918 pour libérer cette zone. Il se présente comme une console inversée en bronze posée une plate-forme surélevée entre 2 colonnades massives jumelles réalisées dans un style grec simpliste.

De style néo-grec très sobre et dépouillé, il est constitué d'une série de colonnes autour d'une esplanade sur laquelle est posée une vasque où l'on peut lire "The right is more precious than peace" (le droit est plus précieux que la paix), citation du Président Woodrow Wilson du 2 avril 1917. Sur son socle, un texte est gravé en anglais Sa traduction se trouve à l'arrière du monument : "L'Etat de Pennsylvanie a érigé ce monument en mémoire de ses fils qui combattirent dans l'armée américaine pour le triomphe du droit et en pieux hommage à ceux qui donnèrent leur vie pour la libération de Varennes 1927".

L'Aire à Varennes. Elle qui prend sa source dans le Sud Meusien et se jette dans l'Aisne à hauteur de Senuc (Ardennes).

Et Varennes.... ça ne vous rappelle pas un autre événement de l'histoire de France ?

Le village s'est rendu célèbre lors de l'épisode de l'arrestation de Louis XVI et de sa famille, le 21 juin 1791 au soir, lors d'une tentative de fuite qui échoua. Leur projet était de rejoindre des troupes restées fidèles à la monarchie à Montmédy. Le roi et sa famille furent arrêtés à cause de Jean-Baptiste Drouet, maître de poste de Sainte-Menehould. La municipalité de Sainte-Menehould ayant des doutes sur des passagers signalés au relais de poste demanda à Drouet de rattraper la Berline qui s'était arrêtée dans son relais de poste une heure auparavant. Il prit, accompagné de Guillaume, la route de l'est et rencontra ses postillons qui l'informèrent de l'itinéraire de cette Berline; soit la direction de Varennes. Il arriva avant la Berline et, avec l'aide des autorités locales qu'il avait convaincu de faire contrôler scrupuleusement les passeports des occupants il organisa un barrage. La famille royale fut confondue. Une plaque, située près de l'actuel beffroi de la ville, indique l'emplacement de « l'auberge du bras d'Or », devant laquelle la route du Roi s'est arrêtée1. C'est à la suite de cette tentative de fuite au mépris du respect de la Constitution que la destitution du roi et l'idée d'une République prirent corps dans l'esprit de la Nation.

Le pont et l'hôtel du grand monarque.

Vers 23h30 (21 juin 1791, voici 220 ans....), après avoir alerté les buveurs attablés au Bras d'Or, Drouet et Guillaume se dirigent vers l'étroit pont de bois qui franchit l'Aire et que l'on peut facilement obstruer ou détruire. A l'aide de meubles et de deux charrettes, ils édifient une barricade plus importante qu'efficace. Afin de renforcer cette barrière la municipalité décide, entre minuit et une heure, d'y placer un antique canon de fonte, fabriqué à Monblainville et dont le commandement est confié à Etienne Radet. A 5h, cette barricade gardée par les Gardes Nationaux de Montblainville est devenue vraiment redoutable et s'avère suffisante pour arrêter les 62 hussards du capitaine d'Eslon venant de Dun....

Très intéressant article : que sont devenus les acteurs du "drame" de Varennes ? Le mot "drame" utilisé ici est ambigu. En effet, on peut aussi considérer cet événement comme une "chance" pour notre pays. Tout dépend de l'opinion de chacun.

L'église de Varennes.

Juste à côté de Varennes-en-Argonne, à l'est. Regardez le joli chat qui ne me quitte pas des yeux ! Sans doute peu habitué aux touristes.

Je reconnais le pavement typiquement allemand.

Le portail est d'une qualité redoutable. En effet, j'ai été "bluffé" par le mécanisme d'ouverture facile et, surtout, de fermeture automatique du portillon, dans un état de service parfait, et qui se referme avec une douceur incroyable.

Le cimetière militaire allemand de Cheppy a été créé fin septembre 1914, après les premiers combats entre l’Argonne et la Meuse, par les troupes allemandes elles-mêmes. Il regroupait les soldats morts lors des combats autour de Varennes-en-Argonne et de Montfaucon les 2 et 3 Septembre, ainsi que lors des combats d’Apremont et de Cheppy dans les derniers jours de septembre 1914.....

L'alignement des croix n'a pas la rigueur de celui des cimetières américains, orfèvres en la matière !

Les croix sont en acier ou en bronze ? Sobre, mais très propre, avec une impression d'inaltérabilité.

Les plaques sont métalliques. Par contre, il faudrait repeindre les lettres, faute de quoi ce sera bientôt illisible !

Réserviste alors qu'il a tout juste 18 ans ! Vauquois, ça vous dit quelque chose ?

Beaucoup de noms gravés sur ces belles dalles rectangulaires en acier.

Retour vers Cheppy.

Le monument américain de Montfaucon d'Argonne.

Il commémore la participation de l'armée américaine à l'offensive Meuse-Argonne durant la Première Guerre Mondiale. Inaugurée le 1er août 1937, cette colonne dorique en granit massif est surmontée d'une statue représentant la Liberté.

Texte, carte et photo sont gravés dans la pierre.

"Erigé par les Etats-Unis d'Amérique pour commémorer la brillante victoire de leur première armée dans l'offensive de Meuse-Argonne 26 septembre - 11 novembre 1918 et pour honorer les héroïques services des armées de France sur cet important front de bataille pendant la guerre mondiale".

Une fois de plus, il faut bien admettre que les monuments commémoratifs des américains envers leur histoire sont de très grande qualité, bien au-dessus des nôtres. Tout y est impeccable, les matériaux utilisés (ici le marbre), la géométrie, la propreté, l'entretien sont des signes qui ne trompent pas. Bien sûr, ça doit "coûter", mais justement, ils mettent le prix pour honorer leurs ancêtres.

Pas nous, enfin pas à ce niveau !

Et pourtant, c'est beaucoup plus notre histoire que la leur, c'est notre pays, nous y avons laissé beaucoup plus de nos ancêtres qu'eux, mais force est de constater ce que j'écris ici. Ce sera mon amère constatation à la fin de cette petite traversée de notre histoire.

Encore une carte de la bataille, gravée dans le marbre, à l'abri des intempéries.

Extrait du livre d'or.

L'intérieur est également "nickel". La montée vers la plate-forme située à 57 mètres au-dessus du sol est longue et difficile : 234 marches en colimaçon, mais toutes d'une parfaite égalité et vrégularité, avec des paliers offrant des bans de pierre pour reprendre son souffle.

La vue à 360 degrés est parfaite, d'autant plus nque j'ai la chance de bénéficier d'une météo parfaite. Ici encore, tout est parfait. Les lieux sont indiqués par des flèches et lettres en métal collés sur large pierre sommitale. Là-bas, à 8 km, c'est Vauquois. Et il est incroyable de constater que la coupe sommitale créée par les mines ayant échancré la butte est encore visible à une telle distance !

Zoom vers la butte de Vauquois, au centre, bien reconnaissable donc par l'échancrure de son sommet.
En bas, les maisons du nouveau village de Montfaucon d'Argonne.

Le village, reconstruit dans les années 20 au pied de la colline, et l’église Saint-Laurent dont les vitraux retracent la bataille de Montfaucon en 888. En effet, Montfaucon a déjà été le théâtre d'une autre terrible bataille. Après avoir mis à sac la Champagne, incendié Troyes et menacé Reims, Toul et Verdun, les Vikings ont été battus ici par le roi Eudes Ier de France le 24 juin 888 lors de la bataille de Montfaucon en Argonne en 888.

Je ne le savais pas, faute de quoi j'y serais allé pour les voir (les vitraux, pas les Vikings, que je pense aller voir l'an prochain, en 2012).

En me penchant, je peux voir les seuls vestiges de l'ancien village situé sur la butte, les restes de l’ancienne collégiale Saint-Germain, du XIIe siècle.

La terre et les bois d'Argonne.

A mes pieds, l'inscription photographiée précédemment.
Elle est alors pour moi à l'envers vue d'ici, mais j'ai retourné la photo pour vous permettre de lire.

Heureusement, la rampe de protection est solide.

Ouf, on arrive en bas.

Un monsieur venu sur les traces de son grand-père; nous avons discuté un peu. Il n'a pas la force de monter.

Les vestiges de l'abbatiale vus depuis le sol !

La D19 à la sortie de Montfaucon, vers Gercourt-et-Drillancourt.

Eglise de Gercourt-et-Drillancourt

Traversée de la Meuse à Consenvoye.

Visite du cimetière militaire allemand de Consenvoye.

Créé par les français en octobre 1920, ce cimetière a été rénové par le Volksbund en 1928.
Ensuite, en 1978, les croix de bois ont été remplacées par des croix en métal.

Un des témoignages relevé sur cette page est particulièrement émouvant. Je cite :

"Mon grand-père s'est noyé en traversant la Meuse, poursuivi par ceux qui reposent ici. Tous victimes !".

En effet, juste en bas, la Meuse coule paresseusement.

Une grande paix règne ici. Forcément, me direz-vous !

Beaucoup plus sobre que les cimetières américains, il est cependant fort bien entretenu.

Sans doute, peut-être, en raison de ce que je découvre ici.

C’est en effet dans ce cimetière qu’a eu lieu le 22 septembre 1984 la rencontre entre le chancelier allemand Helmut Khol et le président de la république française François Mitterrand, après leur passage à l'Ossuaire de Douaumont.

Les alignements ne sont pas très rigoureux.

D 964. Sivry-sur-Meuse, juste au nord de Consenvoye.

A Sivry, je prends une toute petite route dans la campagne, vers l'est.

Voici la terre sur laquelle les hommes ont été tués par dizaines de milliers.

Le monument américain de Sillon-Fontaine, tout près de Sivry-sur-Meuse.

Ce monument fut érigé au bout d'une allée de résineux en 1928. Ce monument, érigé à l'initiative du Capitaine GLOCK de Pittsburg, est l'œuvre de l'architecte Marcel DELANGLE et de l'entreprise Large. Cette construction est érigée en souvenir des officiers et des soldats du 316° régiment de la 79° division américaine morts en 1918 dans le secteur de Verdun. L'une des faces du monument relate l'histoire du régiment, depuis son organisation au camp de Meade, dans l'État du Maryland, aux États-Unis, le 29 août 1917, jusqu'à sa démobilisation, le 9 juin 1919. En outre les noms de Montfaucon-d'Argonne, de Troyon et de Grande-Montagne sont gravés sur les faces du socle du monument. Le 316° a perdu 78 officiers et 3128 soldats.

Dans l'herbe autour du monument, une typique petite croix de bois anglo-saxonne déposée par un touriste anglais ou américain.

Terre chargée de pierres, comme on peut le lire si souvcent dans les récits des poilus !
Si eux sont passés, elles sont toujours là, et pour longtemps encore !

C'est ici, au pied du monument et face à ces tristes immensités, que je fais ma pause.

Je poursuis ensuite sur la charmante petite route champêtre vers Réville-aux-Bois.

Arrivée à Damvilliers, qui a sauvé sa vieille église.

1654... Je suis heureux de voir cette date car, depuis quelques jours, je ne vois rien de plus ancien que 1915....

On distingue des traces de peintures sur les piliers à l'intérieur de l'église.

Entrée du petit cimetière allemand de Damvilliers.

Je quitte alors la D102 pour une toute petite route comme je les aime qui traverse le bois de Merles.

Un chêne majestueux marque l'entrée de la forêt. Ce chêne pédonculé Quercus robur, haut de 18 mètres, d'un diamètre de 147 cm, âgé d'environ 200 ans, évoque force et sérérité (recopié sur l'écriteau placé à côté). Il est planté là, comme le gardien inébranlable de la forêt, et sert de repère aéronautique.

J'engage Mygoo sur la petite piste qui s'engouffre bientôt dans le bois.

Merles-sur-Loison, à la sortie de la forêt.

Je continue vers le nord-est. Longuyon, première ville importante depuis Verdun, située sur le Chiers.

Je vais suivre ensuite la petite D17 le long de la vallée du Chiers jusqu'à Cons-la-Grandville, ici.

Pour arriver à Gorcy. Au nord de la petite ville, mais sans aucun signe permettant de s'en apercevoir, je traverse la frontière franco-belge.

Ah si, là, dans l'herbe, une vieille borne la matérialise.....

Là, juste après, se trouve Musson, en Belgique, où je rencontre pour la première fois un passionné de cartographie, aussi "fou" que moi -ce qui est extrêmement rare-, j'ai nommé Eric. Nous ne nous connaissons que par la Grande Toile, et c'est la première fois que nous nous voyons. Il m'attendait, devant sa jolie maison. Accueil princier, je fais connaissance avec son épouse et sa fille. Nous passons une excellente soirée, nous allons nous restaurer de délicieuses frites belges, nous partageons nos passions communes autour de nos PC respectifs.... Les heures se transforment en minutes, il faut bien en rester là et aller se reposer ! Bien que gracieusement invité à dormir au chaud à la maison, je préfère rester dans mon "jus", avec Mygoo, formidablement bien installée à l'abri de la rue, dans le jardin.

Une paix royale règne ici, dans cette petite ville belge, m'offrant par contre-coup une nuit... tout aussi royale !

 

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