France 2011_Jour 049

Jour 049 - Lundi 16 mai 2011 - 39 km - 244 photos (3463 km et 11078 photos)
De Meyrueis au Rozier (Lozère) + 5 km à pied

Le grand beau temps est de retour. Par contre, cette nuit, il a fait froid, et j'ai été obligé de me couvrir. Mais ce n'est pas un problème, j'ai de quoi supporter même des températures négatives !

Sur la carte, en rouge, grosso-modo, la balade vers les Arcs de St Pierre, entre autres.

Tout d'abord, un petit tour de ville, pour changer...

J'avais vu que c'était sympa, hier soir, en traversant, et je voulais aussi aller à l'Office du Tourisme.
Etonnant, et rigolo, ces petits chevaux en train de brouter en pleine ville au bord de la petite rivière.

Dans les ruelles étroites et sombres. Toutes les maisons sont recouvertes de crépis, pas très joli, en fait.

L'église.

Je rencontre un couple de motards en BMW R1200 GS. Forcément, j'ai eu envie de discuter un peu. Ils sont de l'Allier, et sont venus faire un petit tour de 3 jours dans le coin qu'ils aiment bien. Biien sûr, ils peuvent poser la moto dans le milieu du village, avantage que je n'ai plus... Comme je le dis toujours, faire un choix implique forcément des compromis... comme toujours ! Et je ne regrette pas du tout le mien, bien au contraire !

Déjà 10h30.... C'est fou comme le temps passe vite en vacances, hein ? D996, direction Le Rozier, le long des gorges de la Jonte.

C'est toujours aussi beau. Franchement, je regrette de ne pas avoir sorti le VTT, c'était la route idéale.
Pas trop de dénivellé, et la possibilité de faire de nombreuses et superbes photos.

Avec la voiture, c'est nettement plus délicat. La route est passagère, je ne peux pas stationner n'importe où !

Je vous en fais quelques unes quand même, mais vous avez de la chance d'être tombé sur un gars comme moi.
Tout le monde me regarde comme si j'étais un extra-terrestre... c'est curieux. Je ne fais QUE prendre des photos, c'est pourtant très banal !

Arrivé au Maynial, je prends sur ma droite la D63 qui grimpe sur le Causse Méjean. Je vous livre cette description : Situé en France dans le Massif central en Lozère, le Méjean est ceinturé des vallées impressionnantes de la Jonte au sud, du Tarnon à l'est et du Tarn au nord et à l'ouest. Il doit son nom de Méjan[1], qui signifie « médian » ou « moyen » en occitan, à la position centrale qu'il occupe, entre le causse de Sauveterre au nord, et le causse Noir au sud.

La route est très étroite, je la déconseille aux camping-caristes. Pourtant, j'y ai croisé un bus qui roulait plutôt vite ! Je savais qu'il allait rencontrer des travaux en descendant, et j'ai esquissé un sourire : "toi, mon bonhomme, tu vas bien être obligé de te calmer...". Et je pense qu'il a du être obligé de raser le précipice pour passer ! Sur ces routes, je ne comprends pas que l'on puisse se permettre de rouler vite ! Elles sont terriblement impressionnantes.

Une fois parvenu sur le plateau, le paysage reprend son aspect plus traditionnel de Causse.

Je prends ensuite une MD pour visiter un peu plus profondément ce Causse Méjean. Je suis un peu déçu. Ici, Saint Pierre-des-Tripiers.

Je m'installe ici, en face de la petite église, à l'ombre -il fait très chaud au soleil- afin de commencer mon journal de la journée d'hier. Pendant que je bosse, bien assis sur mes deux sièges à l'avant, je suis un peu comme le pépé du village, assis sur le bord de la route, qui regarde passer les touristes. Je peux vous dire qu'ils sont rares ! Un couple d'allemands vient remplir un jerrican à la source se trouvant derrière moi. Puis une famille de français que je qualifierais de "famille Adams", si vous voyez ce que je veux dire. Ouh là là, le genre qui fait peur, le style "détrousseur de cadavres", très curieux, les mains dans le dos, la tête qui gigote dans tous les sens, rictus aux lèvres. Je dis "bonjour", puisqu'ils me regardent. Mais ils continuent de sourire, regardent Mygoo, et ne me répondent pas... Ils sont installés dans une voiture un peu plus loin, et restent ici à manger. Je décide de visiter l'église, et de m'éloigner de ce petit groupe...

Glaciale, c'est l'impression ressentie ici. Physiquement aussi, d'ailleurs.

Cependant bien restaurée. Je peux y lire l'histoire d'un curé du lieu, pendant la Révolution Française, qui a refusé de prêter le serment constitutionnel, comme tant d'autres. Il est parti vivre dans un grotte, pendant deux ans, ravitaillé par de fidèles paroissiens, jusqu'à ce que l'un d'entre eux le dénonce. Une troupe va se saisir de lui, et il est condamné à mort et fusillé. Les soldats du peloton d'exécution, par jeu, l'ont d'abord criblé de balles dans les membres, jusqu'à ce qu'un soldat lui tire une balle dans le coeur, dégoûté du comportement de ses camarades... L'histoire des hommes....

Un peu gelé - il fait chaud au soleil, mais vraiment froid à l'ombre, je vais manger un peu plus loin, dans la nature. Enfin, pas tout-à-fait : Mygoo est dans la nature, je mange assis à l'arrière de Mygoo, au soleil, avec la nature sous mes yeux : une belle forêt de sapins, à côté de cette belle enseigne en fer forgé.

Et, un peu plus loin, sur le territoire de la commune de Saint Pierre-de-Fripiers, je vois sur ma carte quelques curiosités semblant intéressantes à visiter.

Comme il est déjà 14 heures passées, ce sera ma balade pour la journée.
Ici, la forêt est essentiellement composée de sapins. Et curieusement, le sol est plutôt sablonneux !

Mais les pierres ne sont jamais bien loin !
Ici, à l'abri du vent, il fait chaud. J'ai fait l'erreur d'emporter un pull... que je dois rapidement enlever !

Partout autour de moi, de gros blocs calcaires sont disséminées, certains d'entres eux sont énormes.

Tous sont érodés, criblées de trous, de cavités plus ou moins importantes. En m'approchant, je fais volontairement beaucoup de bruit, peu désireux de me retrouver en face d'un homme de Cro-Magnon comme hier.... ou plus simplement devant un loup, un ours, une vipère... Allez savoir !

Plusieurs chemins se présentent. Le balisage est très "moyen", certaines pancartes sont manifestement détournées, d'autres arrachées... Ceux qui font ça sont vraiment des débiles mentaux ! Bref, j'avais dessiné le chemin sur un bout de papier avant de partir, tel que je le voyais sur la carte IGN au 1/25.000ème, ce qui me rassure un peu. A la bifurcation vers la grotte de la Baumelle, je "tombe" sur un autre chemin. Curieux, je vais voir, et j'arrive à cette vaste clairière, au centre de laquelle se trouve ce majestueux champignon, qui n'est pas sans me rappeler quelque peu la Cappadoce turque -en version très "miniature" quant au nombre des "cierges-, ou les Cheminées de Fée que l'on peut voir dans les zones d'érosion de roches tendres.

En me retournant, j'ai la surprise de découvrir cette superbe arche naturelle. Remarquez, une fois de plus, la capacité de vie de la nature : un sapin est allé s'installer sur le bout de roche sommital, à droite.... Rien ne l'arrête !

Je retourne sur le chemin conduisant à la grotte. Elle est là-haut, il faut presque escalader pour l'atteindre.

Les photos, en sous-bois, sont bien mauvaises, car j'ai beaucoup de mal à "doser" la lumière : dans les parties ensoleillées, il faut cligner des yeux tant c'est aveuglant, et dans les parties ombragées, c'est presque la nuit ! Très très difficile pour la cellule de trouver le bon compromis. Je n'y parviens pas.

Un bel exemple ici.
Devant la grotte, tout est blanc, comme si un énorme faisceau lumineux en balayait les abords. Et, quelques centimètres plus loin, c'est la nuit !

Je m'avance, courbant la tête. Je parle fort, histoire de faire fuir les esprits présents, surtout les mauvais...
Vous vous doutez bien que je ne me couche pas pour avancer plus loin : c'est profond, et je n'ai pas l'âme d'un spéléologue...

Je me trouve ici dans la partie la plus haute, comme arrondie par le passage d'une énorme rivière pendant des milliers d'années. Est-ce le cas ? Je ne sais pas si des fouilles ont été entreprises ici, au fond de ces grottes, mais il ne me paraît pas idiot de penser que nos ancêtres aient pu vivre dans de telles cavités.

Un groupe important de touristes, ou plutôt de randonneurs de la région -manifestement des retraités, pour la grande majorité d'entre eux- arrive, et je leur laisse la place. Tout le monde parle, plaisante, rigole, et le charme est rompu. D'un autre côté, ils me rassurent...

Je reprends le chemin principal, qui passe à côté de la Grotte de l'Homme Mort. Pas très rassurant, ce nom....

Il s'agit plutôt d'un étroit boyau qui traverse la roche de part en part.
J'avance un peu, mais je ne traverse pas, peu désireux de marcher ici à quatre pattes...

Le sentier contourne l'énorme pierre, elle aussi creusée par d'impétueux flots disparus !

Soudain, le paysage se dévoile au-dessus de la canopée.
En fait, la forêt nous cache la présence d'un énorme ravin facile à imaginer... C'est le ravin de Rounzenas.

Le chemin s'enfonce donc vers le fond, attiré, lui aussi, par l'incontournable attraction terrestre, et m'entraîne avec lui dans sa course folle.

Un nouveau croisement : à droite, un ancien village de résiniers. Le résinier, aussi appelé gemmeur (arrousiney ou rousiney en gascon), est celui qui pratique le gemmage. Il s'occupe de récolter la résine des 4000 à 6000 pins de sa parcelle. On rencontre surtout des résiniers de la seconde moitié du XIXe siècle à la fin des années 1980. Ils effectuent des saignées dans les pins (cares) et récoltent la résine qui s'en écoule, dans des pots de résine fixés aux arbres. Le gemmeur est celui qui récolte la gemme, tandis que le résinier est celui qui la transforme dans la distillerie. Progressivement, les deux termes ont été associés, l'usage les confond aujourd'hui. Sous l'Ancien Régime, la condition matérielle des résiniers était des plus précaires. Les contrats draconiens qui les liaient aux propriétaires leur laissaient à peine de quoi subsister...

Je vais voir, toujours curieux.

Il ne reste pas grand chose, et aucune explication. Quelques murets attestent de présence humaine, mais aucun indice sur une quelconque datation.

La carte IGN mentionne, quand à elle, "village proto-historique".

Et j'arrive au but principal de cette petite balade : les Arcs de Saint Pierre.

Vous l'avez compris : ce sont de grandes arches naturelles qui se sont formées au cours des temps géologiques.

Je suis admiratif des piliers, comme rongés par des castors géants ....

Il y a trois arches dans un rayon d'environ deux cent mètres, disséminés sur différentes hauteurs.

C'est beau. Mais comme c'est en pleine forêt, c'est en même temps un peu angoissant.

Curieusement, des pierres ont été amoncelées à la base de l'un d'entre eux.

Il est vrai que la base du pilier "champignon" de celui-ci est très fine.

La plus belle arche. Une belle oeuvre d'art naturelle, s'élançant d'un seul élan en une très jolie courbe, d'un pilier à l'autre.
Vous l'aurez compris, j'ai bien du mal à les photographier correctement, en vertu de leur gigantisme, et des jeux d'ombres et de lumières.

Il y avait une possibilité de faire une boucle, et je l'avais bien dessinée sur mon bout de papier. Un sentier forestier est censé arriver sur le sentier, et rejoint une route qui remonte sur le plateau. Je poursuis donc, mais le GR -je suis en fait sur le GR 6- s'enfonce profondément dans le ravin et, au bout d'environ 300 mètres de descente, persuadé que le sentier forestier recherché a disparu -je me méfie avec raison des cartes IGN, très souvent fausses, ou du moins pas à jour, concernant les chemins-, je décide de faire demi-tour. Dommage, je le constaterai sur la trace réalisée (j'avais emporté le petit data-logger) : j'étais presqu'arrivé au croisement...

Retour donc, par la même piste ! Ici, une vue sur les plus gros blocs rocheux émergeant de la sylve., tels des icebergs.

La voie qu'il ne faut pas perdre.

Et que je n'ai pas perdue, puisque vous pouvez me lire !

C'est bon pour aujourd'hui. Et je décide de descendre justement par cette MD par laquelle je serais remonté, si j'avais poursuivi encore un peu.

Cette route très étroite -un panneau met le conducteur en garde, mais devrait être, à mon avis, plus explicite- descend en fait le ravin de Rounzenas.

Et je vous garantis qu'elle est terrifiante.

En fait, ici, comme vous le voyez, je suis dans le Parc national des Cévennes, et non plus dans celui des Grands Causses...

Le minuscule ruban d'asphalte semble s'enfoncer dans les entrailles de la terre.

C'est grandiose et angoissant à la fois. Pourvu que je ne croise personne...

Sur ma droite, le gouffre se précise, ou s'amplifie. On aperçoit, plus bas, un tronçon de la ligne que je dois impérativement suivre sous peine de chute.

Le tronçon que je voyais plus haut est en fait un lacet splendide.

Eh oui, je l'ai fait : frein à mains, moteur coupé, première enclenchée -peu désireux de voir Mygoo passer sous mon nez, je préfère la bloquer-, warnings positionnés. J'ai abandonné mon véhicule pour voir de plus près, sentir le terrain, jauger et juger... C'est, je vous l'avais dit, assez... effrayant !

Je me suis engagé sur une MD qui va m'apporter le plein d'émotions. Certaines épingles sont si étroites que j'ai failli devoir effectuer une manoeuvre ! Mais finalement, c'est passé, à chaque fois, en une seule fois. Bonjour l'adrénalyne, et les battements de coeur. C'est chaud, très chaud ! Et ça n'a strictement rien à voir avec le soleil...

Côté gauche, fenêtre entièrement ouverte, frissons garantis.

Parfois, le précipice est à droite, et parfois à gauche. Curieusement, je préfère qu'il soit à gauche, car côté droit, j'apprécie mal la position de la roue avant, et dans de nombreux endroits au cours de cette vertigineuse descente, il n'y a aucun muret rassurant...

Le genre de portion que je trouve plutôt stressant... En bas, un nouveau lacet, toujours aussi étroit.

La route va passer de l'autre côté du terrible ravin.

Ouahhh.... regarder à gauche en conduisant, c'est "frisson garanti" !

Mais je suis bien obligé, pour déterminer la prochaine prise de vue, pour mes lecteurs. Je ne vois toujours pas le fond de la gorge où coule la Jonte.

Me voici parvenu de l'autre côté du ravin.

A gauche, vers l'est, je vois la D996 que je suivais ce matin. Sur les pentes opposées, c'est le Grand Bois du Pouget.

Ouf, la fin approche... Les quelques maisons du hameau du Truel sont en vue, marquant l'arrivée sur la D996.

Ouf. Je suis passé. J'essuie les gouttes de sueur perlant sur mon front... Non, je plaisante. Mais sans aller jusque là, cette descente a été la plus impressionnante de celles effectuées depuis le début de ce voyage. Je vous la conseille et recommande. par contre, en pleine saison, avec la multiplication du nombre de touristes, et donc de voitures.... les croisements me semblent inévitables. Il y a des emplacements, mais je ne me verrais pas trop faire une marche arrière ici, surtout avec Mygoo, sans rétroviseur et sans vitre à l'arrière... Chaud chaud chaud, les amis, faites gaffe !

Par contre, à pied, je recommande cette route très très vivement ! Les sensations sont garanties, avec une sécurité totale.

Sur la D996, c'est "tranquille" : vaste avenue, après la MD que je viens de vivre !

Mais c'est toujours aussi splendide.

Au Rozier, je retroune dans mon petit camping des Peupliers. Douche chaude, nouvelle grande lessive, bureau avec table et chaise pour poursuivre mes récits, Internet avec un bon débit, et une petite saucisse-frites pour me remercier, puis personne d'autre ne le fait...

Encore une merveilleuse journée sur les routes de France.

Quel pays !

Page précédente: France 2011_Jour 048
Page suivante: France 2011_Jour 050


Depuis le 06/06/2005 Visites:920673 Aujourd'hui :16 Maintenant:7 (Passage du cap des 50.000 visiteurs le 09/01/2009)