Vers le Loir-et-Cher

Vers Crouy-sur-Cosson, entre Loire et Cher...

Jeudi 30 avril 2009
1er jour de randonnée
De la Vendée jusqu'au Loir-et-Cher - Avec, en prime, une petite balade dans la forêt de Chambord
360 km - 87 photos - 31 sélectionnées

Météo humide jusqu'à Blois, puis ciel se dégageant lentement vers le "grand bleu".

Si la météo avait été clémente, je serais bien parti ce matin. Oui mais voilà, les prévisions s'avèrent malheureusement exactes. La pluie n'est pas encore aux Sables d'Olonne, mais elle se déverse de façon aléatoire sur les Pays de la Loire. Une fois n'est pas coutume, je ne flanerai point sur les routes. Et par conséquent, je repousse mon départ à 13h30, histoire de manger à l'abri avant démarrer. La distance à parcourir n'est pas bien grande pour Akitsu qui en a vu d'autres, surtout que je n'ai pas l'intention de faire de pauses.

Je ne fais mon sac que ce midi. Du coup, je mets un peu de tout en vrac, et je me retrouve avec un très gros balluchon, absolument pas optimisé, et contenant plein d'objets inutiles... J'emporte même la tente, les piquets, bref la totale, alors que je ne devrais même pas en avoir besoin!

Malgré tout, je choisis un itinéraire un peu particulier, malgré le mauvais temps, histoire de voir des départementales inconnues. Jusqu'à Angers, je connais par coeur, pour ainsi dire. Mais au lieu de suivre la Loire de Cholet à Tours via Saumur, je fais donc une rallonge (petite) via Angers puis la N23 jusqu'à Seiches-sLoir. Là, j'attrape la longue D766 qui traverse d'ouest en est, et presque en ligne droite, une partie du Maine-et-Loire, puis l'Indre-et-Loire et enfin le Loir-et-Cher jusqu'à Blois, à deux pas de ma cible. Je ne suis jamais passé par là, ou je ne m'en souviens pas.

Oui, l'idée était bonne, mais je ne m'en souviendrai pas, et il faudra que je recommence. En effet, je me suis pris des averses mémorables, certaines avec grêle et ciel noir encré comme je les aime tant. Mais l'appareil photo est resté dans le top case. J'ai traversé Baugé, Noyant, Château-La-Vallière, Neuillé-Pont-Pierre, Château-Renault... Eclaircies et trombes d'eau se sont succédées tout le long de la D766, pour vraiment se calmer à l'approche de Blois.

C'est donc à Blois que j'ai commencé à dégainer...

Comme vous pouvez le constater, le ciel est encore couvert, mais le soleil fait une timide apparition, et ça me fait du bien!

Je prends le centre ville, histoire de découvrir quelque beau bâtiment, et je "tombe" sur l'église Saint Nicolas, complètement coincée au milieu de vieilles ruelles étroites, et visible presque au dernier moment malgré sa haute taille.

Akitsu se range sur le bord. Toujours aucun moyen de savoir, avec elle, si elle est heureuse de faire une pause ou pas. Mais pour le pilote, y'a pas photo! Je suis heureux de me dégourdir un peu les pattes, emmitoufflées sous la double couche du "jean" et du mauvais pantalon de pluie (je suis trempé jusqu'au slip, les ruisselets de flotte s'écoulant sur la veste s'étant tous regroupés pour former un petit lac sous mes fesses...). "Si si", disait le vendeur, "avec celui-là, au moins, vous ne serez pas mouillé"!

Mais bon, peu importe, c'est la rançon de la route, et cette balade valait bien une trempette, n'est-ce-pas?.

Le bar St Nicolas se trouve en face de l'église... Saint Nicolas, c'est très logique!

Je voulais me souvenir de cette belle façade, qui me rappelle de vieilles maisons normandes.

L'église Saint Nicolas est l'ancienne abbaye bénédictine Saint Laumer du XIIème siècle. La première église fut détruite par incendie en 1114. Imaginez un peu les charrettes qui stationnaient ici sur le parvis pavé, voici neuf siècles. Je me suis permis d'y glisser Akitsu, le temps d'une petite visite.

Les voussures du portail. Je suis toujours admiratif devant "la belle ouvrage". Les sculptures de la pierre, mais aussi celles du bois de la porte!

Détail sur les sculptures, justement. Des têtes manquent. Décapitées, ou simplement usées par les siècles, fatiguées de regarder sans bouger...

Lever la tête donnerait presque le vertige.

Là-haut, un monstre.

Toujours plus haut. Ah, ça rigole, là-bas, ils savent qu'on ne peut pas les attraper!

J'ouvre la porte et pénètre à l'intérieur. Ouahhh... Le gothique pur, immense, vertigineux. Le chantier de construction devait être gigantesque, et j'imagine aisément la vie qui devait régner autour d'une telle construction! Toujours est-il que, des siècles plus tard, le bâtiment conserve toute sa majesté, et je parle ici sans aucune connotation religieuse!

Sur la place, une vieille fontaine sans eau. J'aurais aimé voir jaillir le liquide salvateur de cette bouche bien ronde!

18h30. Il va falloir songer à repartir.

Quelques centaines de mètres plus loin, la nature remplace les constructions humaines. Enfin, pas tout-à-fait, on peut même dire qu'elles se mêlent, ou se côtoient, ou se supportent... Ainsi en est-il de la Loire, ce grand fleuve de France encore demeuré sauvage, du quai de la Saussaye sur le trottoir haut-perché duquel j'ai réussi à monter Akitsu (privilège du motard, agilité du trail), et du pont Jacques Gabriel (en fait "Ange-Jacques" Gabriel, architecte français (Premier architecte du Roi) né à Paris le 23 octobre 1698 et mort le 4 janvier 1782, et qui a construit ce pont.) que je vais traverser.

En face, le quai Villebois-Mareuil. N'oubliez pas que je suis sur la rive droite, côté nord, alors que je viens du sud... Rappelez-vous: mon "option" D667 m'a déjà fait traverser la Loire dans la bonne vieille ville du roi René, à Angers!

Et toujours sur la rive sud, au zoom, la Levée de Chailles, vers l'ouest.

Messieurs et mesdames Canard semblent bien profiter de la vie, et je dis qu'ils ont bien raison.

Et il y a toujours quelqu'un qui rêve devant ces spectacles gratuits. Remarquez le puissant courant. Eh oui, il a beaucoup neigé cette année, et le lit du fleuve est encore bien rempli en ce dernier jour du mois d'avril. Au loin, les fourmis humaines se déplacent sans cesse, la plupart dans leurs caisses d'acier, chacune se dirigeant vers sa destinée. Et je vais moi aussi m'insérer dans leur flot sale.

A l'horizon, je constate que, pour cette fois, le mauvais temps est bien derrière moi, comme c'était prévu! Voilà une bonne nouvelle.

Désireux de longer le flot au plus près, je prends la D951 qui passe près du vieux viaduc qui enjambait la Loire aux temps de gloire des chemins de fer. On voit très bien, sur cette photo, la levée faite par les hommes pour se protéger des inondations. La Loire est à gauche.

On voit ses vestiges attaqués par Dame Nature qui finit toujours par tout digérer, juste une question de temps.
Mes photos aussi disparaîtront un jour, forcément.

Montlivault. Petit village en retrait du fleuve dont je viens de quitter la rive. Je roule maintenant sur la D84, en direction de Chambord.

Soudain, la route s'arrête. Parc de Chambord, dixit la pancarte sur le pilier. Je descends de la moto et m'avance vers le pavillon situé sur la droite, et non visible sur cette photo. Pavillon Saint Dyé. Bon, aucune barrière ne bloque l'entrée, et ce ne peut être que cette route pour atteindre Chambord.

Je décide donc de contionuer, on verra bien.

Et j'ai bien fait. Le parc est superbe, la route est étroite, mais droite comme un "i", et longue de 4 km. Des panneaux limitent la vitesse à 60 km/h et avertissent le conducteur que des grands animaux peuvent traverser la voie à tout moment. C'est vraiment très beau, et particulièrement en moto. En effet, les odeurs des essences composant cette belle forêt parviennent à mes narines, puisque je roule nez au vent. Et soudain...

Le château apparait dans le lointain. Plus j'avance, et plus il s'élève, comme s'il montait vers le ciel. C'est tout simplement magique!

Puis, une fois passée la butte... Même Akitsu en est muette d'admiration, je ne l'entends plus du tout!

La route contourne le château, que je découvre plus loin sous un autre angle. Y'a pas à dire, c'est d'la belle maison!

Je ne savais pas du tout si Chambord était en même temps un village ou une ville... Il y a juste quelques maisons entourant le château, de loin.

Je remonte sur mon canasson, D33 direction Thoury, puis Crouy-sur-Cosson.

La forêt de Chambord réapparaît comme par miracle, et c'est reparti pour une superbe ligne droite d'environ 6 km de pur bonheur.

Crouy-sur-Cosson fait l'éloge du saint de la région, j'ai nommé Saint Martin, ce soldat romain ayant donné la moitié de son manteau à un pauvre mendiant gelé. Cette très belle statue orne le portail de la petite église.

Il est 19h30. Akitsu se pose sur le parvis, près de l'allée centrale. J'ai rendez-vous à 19h30.

Je suis à l'heure.

Si vous regardez bien, vous devriez apercevoir Akitsu là-bas, près de l'arbre.

Je peux enfin retirer toutes mes affaires trempées. Mes gants sont trempés, ma veste imperméable est trempée, le pantalon aussi... Akitsu me sert de porte-manteau, j'étale tout sur le guidon et le top-case à l'arrière.

Typiques maisons solognotes dans le bourg de Crouy-sur-Cosson, que je trouve très jolies avec cette mansarde s'extirpant du toît.

A un moment, je vois des gars entrer dans une maison, ouvrir les volets, discuter, faire des allers-retours. J'ai l'intuition qu'il s'agit de la maison dans laquelle je vais dormir. Lionel, l'homme qui m'avait insufflé l'idée de visiter l'Irlande avant l'Islande, m'a en effet gentiment invité à passer ici à Crouy la première nuit de cette randonnée. Il arrive de la région parisienne accompagné d'Olivier -et de sa superbe BMW R1200 GS, la bécane qui continue de me hanter-, et c'est vers 20h30 que je fais enfin leur connaissance. Malgré les problèmes rencontrés -les canalisations d'eau de la maison n'ont pas survécu à la rigueur hivernale-, Lionel veut absolument nous montrer les habitants de Chambord!

Nous voilà donc partis vers 21h dans la belle forêt. Lionel, qui ne tarit pas d'éloges sur "sa" forêt -il a passé ici une bonne partie de sa jeunesse, et en connaît presque chaque recoin- nous conduit donc sur des miradors aménagés pour observer la faune locale. "Chut", nous dit-il, alors que nous nous approchons des observatoires. "Soyez silencieux" nous souffle-t-il à voix basse. Et de fait, sur le premier mirador, nous avons la chance d'apercevoir des groupes de biches et chevreuils, ainsi que quelques sangliers, dans le lointain. Mais celà ne lui suffit pas. Nous partons vers un autre de ces belvédères. Et Lionel de nous "briefer" encore pendant que nous cheminons. Il chuchote sans cesse "si nous avons de la chance, on devrait voir des sangliers tout près, mais ne parlez pas". Bingo. Nous escaladons les marches silencieusement, et avons la joie de voir là, tout près, toute une famille de sangliers, groin au sol, en quête de nourriture. C'est magique, et nous sommes vraiment proches d'entrer en communion avec la nature. Lionel ne peut pas se taire, c'est plus fort que lui, et il nous fait part -toujours à voix basse- de la chance que nous avons de les voir, grâce à ses recommandations. Soudain, une bruyante sonnerie s'élève au milieu de nous trois, nous sursautons, les sangliers lèvent la tête en choeur... Ce n'est rien, juste le téléphone de Lionel qui s'éveille. Tête basse, il s'éloigne de nous en descendant les marches le plus vite possible, pendant qu'un énorme fou-rire nous prend, Olivier et moi. Le charme était rompu, mais l'ambiance de la fête venait d'éclater entre nous!

Lionel, je te l'affirme, je ne suis pas prêt d'oublier la forêt de Chambord. Merci à toi, Olivier, d'avoir partagé ce fou-rire avec moi.

Le reste de la soirée ne fut pas moins intéressant, loin s'en faut. Sylvain, le voisin venu ouvrir la maison, nous invite à manger et à nous laver chez lui. Il est bien 22 heures, je pense, lorsque nous sonnons à sa porte. Nous sommes très chaleureusement accueillis par le maître de maison (quelque peu éméché) et son épouse Lydie. Lionel a emporté des bouteilles de vin, j'avais une belle et bonne brioche vendéenne. Mais je me dois de témoigner ici de l'extrême gentillesse de nos hôtes, qui, non contents de nous offrir un délicieux repas bien chaud, nous "obligent" à prendre une bonne douche revitalisante, et partagent une conversation des plus philosophiques jusqu'à près de 3 heures du matin! Olivier s'endort pratiquement sur la table... Nous rentrons à pied sous un ciel d'une grande pureté, invités à prendre le petit déjeûner à 9 heures!

Enfoncé dans mon super duvet, installé sur un divan moëlleux, j'ai dormi comme un bébé, environ 2 secondes et trois dixièmes après m'y être installé! Les ronflements ont sans doute débuté dans la seconde suivante, mais pour le coup, j'avais averti mes compagnons de leur probable infortune!

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