Etape 013 Jour 015

Etape 013 - Jour 015 - mercredi 28 avril 2010 - 95 photos - 284 km - 3.485 en tout

L'itinéraire de la journée. Croatie toujours, moitié côte, moitié intérieur, arrivée au point prévu.

Réveillé à 5h. Bon, là, faut pas exagérer. Je veux démarrer de bonne heure, mais mon cerveau prend tout à la lettre. Il faut traduire ! Non, hors de question, je ne vais quand même pas partir de nuit ! C'est Kiki qui m'a mis dans ces horaires, un lève-tôt, le frangin, dans les Alpes. Mais ça nous permettait de faire de sacrées belles étapes. Mais non, trop tôt. Pas difficile, le gars, il se rendors aussi sec. Réveil final à 6h30. OK, c'est bon.

Je pouvais partir à 8 heures sans problème. Mais voilà, quand on rencontre de nouveaux amis, on prend le temps de discuter, de partager nos aventures, nos idées, etc. Entre Romain et Céline, les immenses voyageurs (ils sont sur la route depuis début mars, ils ont déjà affronté les tempêtes de neige des Alpes, et ils sont sur la route pour 18 mois, avec Chine et Inde au programme, SVP !). Je me sens très humble. Déjà devant les vélos, j'ai toujours été très respectueux des cyclistes, car ce qu'ils font, je n'ai pas le courage de le faire, il faut bien l'avouer. Alors, allez voir leur site et les encourager, car ils le valent bien. Ils ont toujours le sourire, c'est incroyable. Bravo à vous, amis cyclistes. Et bonjour aux camping-caristes de Pau en même temps, qui ont participé à notre conversation matinale de vacanciers heureux. Nous étions beaucoup de français ici cette nuit, c'est rigolo. Il y avait deux jeunes en voiture et tente, et un autre camping-car ! Du coup, vous savez à quelle heure je démarre ? 10 heures moins 10. La belle heure.

Bon voyage à Romain et Céline.

J'avais décidé de me la jouer très cool aujourd'hui. J'ai eu tellement froid dans les montagnes hier, et Romain m'a confirmé les 10 degrés d'écart entre le bord de mer et là-haut, information obtenue d'un local. Et je prends aussi la décision d'atteindre le but de mes itinéraires prévisionnels, afin de me remettre à flot avec le voyage. Il fait un vent à faire décorner les boeufs, comme on dit chez nous. Formidables bourrasques. D'ailleurs, Céline était morte de rire lorsque j'ai plié ma tente. Je me méfiais de ce vent, et je serrais la toile tout contre moi pour la mettre dans son sac. Mais j'ai complètement oublié le tapis de sol qui, pendant ce temps, a pris la poudre d'escampète. Et je vous garantis qu'il a volé très haut dans le ciel, et que c'est un miracle de l'avoir récupéré ! Alors là, je suis heureux d'être avec Vanadis. Car avec JJ (Joly Jumper, le x9 125), j'aurais sans doute abandonné. Les rafales sont fortes à très fortes. J'ai mis la caméra, le film devrait être impressionnant. Du travail pour Lolo -ben oui, c'est toi qui sera chargé de préparer mes vidéos, tu maîtrises ça depuis longtemps, et en plus, je pense que ça te plaira. Donc, avec la GS, ça va, mais ça gâche énormément le plaisir de la balade.

Je longe les îles de Krk (ben oui, ça existe), de Rab et de Pag... Elles sont nues comme des vers. Pas un seul arbre.

Karlobag. Je fais une petite pause, m'aperçois que j'ai roulé avec le top-case non fermé (un grand classique pour moi). Je mange quelques croquettes, car j'ai déjà une petite faim. Bien, ce vent m'épuise. J'avais gardé une option "par la montagne", et cette option est à prendre ici. OK, je prends.

C'est la route 25, qui monte à Gospic et passe un col à 927 mètres. C'est magnifique. Le vent est moins fort, quoi que !
Pour faire cette photo, j'ai hésité à laisser la moto, car de nouvelles bourrasques sont venues, et j'avais peur qu'elle ne tombe.
On aperçoit les îles complètement dénudées.

Après le col, un long plateau. La température est bien descendue, je commence à regretter. Les habitations se suivent, mais sur des distances conséquentes. En fait, comme hier, je constate que la montagne est bien habitée, les maisons sont assez éloignées les unes des autres, mais il n'y a pas beaucoup de portions totalement vides de maisons. De fait, on roule presque toujours dans une agglomération, mais sans vraiment s'en rendre compte. Ce qui n'est pas très clair, c'est la vitesse à laquelle on doit rouler. Si je me fie aux pancartes, je ne devrais jamais rouler à plus de 50. Mais c'est mission impossible. 50 alors que vous avez une maison tous les 300 ou 400 mètres...

Ensuite, c'est la descente, très jolie. Et c'est ce que représente la photo.

A Gospic, je fais un arrêt dans une petite épmicerie pour me faire faire un sandwich.

Je prends ensuite la route 50, via Medak, Gracac, Zrmanja, jusqu'à Knin. Et là, c'est la grosse surprise. La guerre. Les maisons éventrées. C'est tellement triste. Je n'en reviens pas. Il y en a vraiment beaucoup. J'hésite à photographier, vis-à-vis des habitants. Elles sont abandonnées, les arbres ont poussé à l'intérieur. Comme toujours, l'homme passe, la nature demeure !

Un exemple sur la photo ci-dessus. On voit très nettement les impacts des grosses balles sur la façade.

Je pense à Alika. Il se reconnaîtra. Je remarque deux-trois fois des voitures de type 4x4, mais vertes, couleur très militaire, qui me rattrapent et me suivent. Je mets mon clignotant pour qu'ils doublent, ce qu'ils finissent par faire. L'un d'entre eux me double en klaxonnant, et me fait un bonjour, que je ne "sens" pas vraiment sincère. Alors que je suis arrêté près d'une nouvelle maison éventrée pour la photographier, un autre 4x4 vert me double, et s'arrête devant moi, moteur tournant. Un type, cheveux court, tenue kaki militaire, en descend et se dirige vers moi. Il me dit: "je suis moi-même motard, je viens voir si tu n'as pas besoin de quelque chose". Je ne crois PAS un seul mot de ce qu'il me dit. Mais je joue le jeu, je fais le gars qui cherche sur sa carte. Puis il se met à discuter. Je travaille comme chercheur de mines, me dit-il en anglais, qu'il parle très bien, regardes sur ma voiture. C'est écrit "Minen" avec le dessin qui va bien avec. Son métier est de déminer la région. Je vis ici, à 300 mètres, dans le bois. Tout seul, demandes-je ? Oui, enfin pas tout-à-fait, j'ai un loup, des moutons, et je m'occupe de toutes les veuves de la région qui ont perdu leur homme dans la guerre, me dit-il en partant d'un grand rire. Ouille... Pas le genre de type que j'aime. Il me souhaitre bonne route, et repart. Je ne prends même pas la maison en photo...

Pourtant, la région est fort jolie, et respire la paix et le bonheur. Mais je vous assure que c'est vraiment terrifiant, je dirais que plus de la moitié des maisons, par endroits la totalité, est éventrée et laissée à l'abandon. Certaines petites villes que je traverse sont totalement sinistrées.

Je m'arrête manger mon sandwich -délicieux- sur le bord de la route, devant un beau paysage.

Ici, une église a été la proie des obus.

Je viens jusqu'à cette ville -dans laquelle j'ai vu un "Lidl"...- juste pour faire le plein de Vanadis. J'ai roulé 354 km avec mon plein, et je pense que je pouvais sans doute en faire encore au minimum 50... Pas mal, cette fois.

Ensuite, je traverse une région extrêmement curieuse, qui m'a rappelé, à la fois, les paysages particuliers de la République Dominicaine (Greg et Ju se rappelleront notre sortie en brousse) et la région des Burren en Irlande, là où le socle calcaire affleure sur le sol. C'est tgrès très impressionnant.

Le lieu en question. J'y ai fait plusieurs photos, car cette région m'a impressionné. On voit bien des restes de présence humaine, de vieux murs. De nombreux kilomètres plus loin, quelques vignes. Un peu partout, des routes minuscules partent vers des hameaux. J'aimerais y aller, j'aimerais en avoir le temps, j'aimerais aussi ne pas être seul, car là encore, les villages traversés sont éventrés, les usines ouvertes et béantes, quelques hommes aux terrasses des cafés... Très impressionnant. On est loin ici, très très loin, de la côte touristique, pourtant à quelques encablures seulement !

Skradin, le but de mon voyage. Mignon comme tout. Je demande pour une chambre en ville, car le camping est un leurre total : en plein travaux, nul !

La dame me fait la chambre à 150, mais me conseille le camping à quelques km. OK, j'y vais.

Et j'ai bien fait. la patronne est extrêmement accueillante, me fait la nuit à 50, comme le camping d'hier. Je fais une nouvelle lessive, car mon jean est dans un état de "clodo" impensable, et je n'ai rien d'autre. Si ce n'est pas sec demain, je reste une journée de plus, je fais une pause, j'ai pas eu mon "week-end", moi ! De plus, je suis tout près d'un site assez extraordinaire de Bosnie-Herzégovine, j'ai à moitié envie d'aller y faire un tour.

En attendant, je vous écris dans un état semi-éthylique. En effet, la patronne a un petit restaurant, où elle m'autorise à m'installer avec mon PC, le courant, et m'accepte sur Internet pour 24 heures pour 2 euros, ce qui est plus que correct ! MAIS... Le camping a en ce moment quelques camping-caristes, allemands pour 95% d'entre eux, qui viennent manger. Et aussi un couple de français, qui terminent leurs vacances. La patronne offre à tous les convives, moi y compris, un verre de liqueur du coin, assez alcoolisée. Or, je n'ai pas mangé, et je suis en train de siroter un demi-litre de bière. Non, Kriss, je ne crois pas que je vais maigrir ! Mais le français, qui est normand, va chercher une vieille bouteille de calvados dans son mobile-home, et en offre un plein verre (le petit du schnaps) à chacun. Du coup, imaginez mon état... Les allemands, qui déjà naturellement parlent fort, en sont maintenant à crier... Tout le monde rigole, l'ambiance est d'enfer, c'est un vrai plaisir. Sensationnel. Une superbe journée.

Et le petit compteur quotidien...

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