Etape 020 Jour 022

Etape 020 - Jour 022 - mercredi 5 mai 2010 - 99 photos - 156 km - 4.873 en tout

L'itinéraire en jaune. Lac Skadar, entrée en Albanie, Koman.

Réveil à 5 heures. Faut quand même pas exagérer ! Finalement, j'émerge vers 6h45.

Un peu de conversation avec Peter, l'anglais avec la Visa-camping-car. Il a plu un peu hier soir. Du moins ai-je entendu quelques gouttes. Or Peter me dit qu'il y a eu des bourrasques de vent terribles, et qu'il a beaucoup plu. Je n'ai rien, mais vraiment rien entendu. Il me dit : "le sommeil des innocents"..
Je démarre finalement à 8h20.

Je me dirige vers Bar et l'Albanie, puis je bifurque vers le nord. Retour au lac Skadar, par le tunnel (péage de 2,50 euros quand même pour une moto !). Je retrouve le Skadarsko Jezero avec un très grand plaisir. Comme vous pouvez le constater, le ciel est nuageux, mais il fait encore lourd. Je viens de recevoir 2-3 gouttes, mais avec une température aux alentours de 25 degrés, ça ne me gêne pas du tout ! Une petite route longe le lac vers l'est. Je mets la caméra en route pour enregistrer cette balade dans le parc national. Et je ne le regrette pas, vous verrez, c'est vraiment super !

Une fois de plus, un voyage en forêt vierge, dans le maquis corse... Je suis seul sur cette route. Je n'ai croisé que 2-3 voitures en une heure !

C'est fantastique, j'adore totalement. Et vous ?

Passage en balcon au-dessus de l'immense lac. L'Albanie est de l'autre côté, et loin derrière, au-delà des montagnes à gauche, le Kosovo.

Le soleil fait de timides apparitions, mais si elles se voient peu, elles se ressentent énormément. J'ai terriblement chaud sous ma veste !

Un pur moment de bonheur à cet endroit. Regardez dans le rétro. Il valait mieux regarder la route, car un faux-pas à gauche et.... adios amigos !

Tout cela dure un grand moment jusqu'à Ostros, avec des traversées de différents paysages tous plus intéressants les uns que les autres. Quelques bois d'oliviers millénaires fantastiques, quelques endroits avec beaucoup de maisons éventrées et se voyant à peine dans une végétation ayant repris ses droits, les occupants ayant disparu (?), des cimetières par ci par là, certains abandonnés et recouverts d'herbes folles, d'autres très entretenus. Je n'y comprends rien. Et toujours quelques tombes avec photos de ci de là. A Ostros, le village est rempli de monde, et je dois passer en plein milieu. Chacun s'écarte tout doucement, mais de petits signes de la main de temps à autre me permettent de ne pas trop stresser. Les femmes ont ici des foulards blancs sur la tête.

Puis la route grimpe, grimpe, grimpe à nouveau jusqu'à des antennes qu'on voit de très loin. ce sommet de montagne, cette pointe avancée, c'est la frontière. L'Albanie est à mes pieds. Mais pour trouver le passage frontalier, c'est une autre paire de manches. Je ne suis pas même certain qu'il soit ouvert. Sur Google Maps, il est barré. Mais il me semble avoir lu un compte-rendu de voyageurs l'ayant emprunté.

D'abord une longue descente pour retrouver la plaine. La route est en assez mauvais état.

Après une petite erreur d'aiguillage, je finis par trouver la bonne route. ici, le dernier village du Montenegro. La frontière est juste un peu plus loin, et ce point de passage n'a été ouvert que fin juin 2009. Enfin j'y suis. Les contrôleurs du Monténégro s'avèrent non pas désagréables, mais vraiment très pointilleux. Lorsqu'on me demande le passeport, je donne toujours la carte d'identité. Je ne veux pas d'un passeport tamponné , toujours source d'ennui lorsque vous rentrez dans un pays ennemi d'un de ceux que vous avez visité auparavant, et qui s'est auto-tamponné sur votre passeport. Mais voilà, les numéros de la carte d'identité semblent leur poser des problèmes. J'attends bien un quart d'heure que ces messieurs en finissent. je les vois taper toutes ces coordonnées sur le clavier de leur PC, et je rigole intérieurement. Côté albanais, ça va bien plus vite, et c'est cordial. Le gars me demande où je vais, je le lui dis, et lui demande comment trouver mon chemin. Ce qu'il fait, moitié en anglais et moitié en albanais, mais l'essentiel est que je comprends.

Murigan, premier village albanais. Et là, de suite, je me prends une claque. Cette frontière, on ne peut pas l'ignorer. En Europe, vous changez de pays, mais vous ne voyez pas immédiatement les différences, excepté avec la langue sur les pancartes. Mais là, il n'y a vraiment pas photo. C'est tout simplement terrible. Tout est délabré, éventré, cassé, dans un état presque apocalyptique, les ordures sont partout, en quantités effroyables. Et les engins roulants sont très hétéroclites. Des mobylettes dont le guidon a été remplacé par l'avant d'une remorque avec deux grandes roues (bien plus stable qu'un MP3...), toutes sortes de vélo avec toutes sortes de charettes, des animaux de bât bien sûr, ânes, petits chevaux. Je vois des femmes ramasser l'herbe avec des râteaux, j'en vois d'autres étendre de l'herbe sur une terrasse en la prenant d'une charette attelée à un cheval. Des tas d'hommes assis sur le bord de la route, un homme avec une tenue presque endimanchée emmenant une vache, bref, des images de partout. Les gosses font bonjour, certains adultes aussi. beaucoup de sourires. Je me trompe, demande mon chemin à un cycliste d'une cinquantaine d'années. Il ne parle que l'albanais. C'est d'ailleurs une constante. Il me dit de le suivre, et très gentiment, me conduit jusqu'à l'endroit où je dois tourner. Mais tout ceci ne me gênerait pas si, en même temps, je ne voyais ces énormes voitures noires auxc vitres teintées, ces restaurants de grand luxe, tout ceci côtoyant tout celà.

La traversée de ce pont fut épique. Une seule voie, faite d'énormes planches de bois. En état délabré.

En même temps, des stations service dernier cri se suivent à raison d'une tous les deux kilomètres. Une vie intense. Et ça grouille de partout. Tout ceci ne manque pas d'intérêt. L'essence SP95 est à 1 euros, ou 140 Lei (la monnaie albanaise). Je ne vois aucune banque. On verra bien.

Koman, ma destination, est à 32 km. Je suis enfin sur la route, et sans erreur, grâce aux gentilles explications reçues, toujours extrêmement précises, et données avec force sourires. Je me dis que je vais manger à Koman.

Erreur, mec. T'as oublié un petit détail. Le pire côtoie le meilleur, sur la route. Les nids de poule sont légion, les dizaines ou centaines de mètres ayant totalement perdu leur revêtement aussi... La moyenne se prend une terrible claque. Et le soleil se fait de plus en plus présent. Terrible. Brûlant. J'étouffe sous ma veste. Non, je n'irai pas au bout sans me reposer, et manger un peu.

C'est ici que je fais ma pause-repas. Le cadre est sympa, et sans pylônes électriques visibles à cet endroit.

Le gars a l'air content de lui. Sa graisse n'a apparemment pas baissé d'un gramme. Ce soleil devrait pourtant la faire fondre !

Je reprends la route sans plaisir, car éviter ces trous est une grosse corvée. Tu crois que ça s'arrange, que c'est fini, tu accélères... 20 ou 30 mètres, cent mètres quand t'as du bol. Mais il faut à nouveau freiner, redescendre en première, etc... C'est bizarre, j'ai l'impression de me trouver quelque part au Mexique, avec cette chaleur étouffante, ce paysage, ces maisons éventrées, ces cabanes abandonnées... Mais que s'est-il passé ici ?

Quelques fermes quand même. Rares. Ou bien invisibles dans la végétation pourtant pas si fournie que ça.
Ici, on dirait presque une oasis.

C'est quoi, ce binzzzz???

J'approche de Koman.

Regardez ces bâtiments délabrés, abandonnés. Je ne comprends pas. Je me fais doubler par le bus sans doute quotidien, qui dépose des gens dans des endroits totalement improbables, en pleine cambrousse. Tu ne vois pas une seule habitation, et tu vois un gosse descendre et partir à pied dans la guarrigue, ou un couple avec une cage et un animal dedans... Vraiment, je m'imagine sans aucune peine en Amérique du Sud, incroyable.

Koman. Au fond à droite, le barrage barre la vallée. Et cette grande tache blanche, c'est un immense jet d'eau qui sort du barrage.

Tout est délabré, défoncé. Je suis abasourdi. De ville, je me retrouve avec 3 ou 4 maisons. Pas moyen de savoir si c'est habité ou pas.

Des pancartes de pub. Restaurants. Hôtels. Un homme, enfin, sur le bord de la route, au bout de ce pont. Je stoppe Vanadis et descend pour lui parler, car je veux savoir. Je commence à me dire qu'il n'y a pas de ferry, pas de camping, que tout ceci ne fonctionne qu'en plein été, et encore, vu l'état du coin...??? Le gars est super sympa. Ferry. Oui, demain matin, dix heures. Cool, il fonctionne. Je savais que c'était le matin. Un point de réglé. Maintenant, le coucher. Et le camping ? Ici, me dit-il, en me montrant l'espace derrière lui. J'essaye de lui faire comprendre que je cherche un camping, il me fait comprendre qu'il n'y a rien, tout fermé. Allez voir au barrage, si vous voulez. Je lui demande le prix de son camping. Deux euros. Je dis "oui, OK". Douche, toilettes ? Il me demande de le suivre. Bon, tu fais caca là où tu te douches, pourquoi pas ? En fait, je m'en moque. Il y a de l'électricité, des tables à souhait, il peut me faire à manger, il me propose du poisson pêché dans le lac, de la salade. Je dis OK pour ce soir. Je ne demande pas le prix, j'ai peut-être tord, mais je pense que c'est proportionnel au prix du camping. On verra bien.

Je me sens bien ici, ça me plait. Toutes mes fatigues s'envolent comme par enchantement.
Je monte la tente, et je repars à vide voir un peu ce barrage, environ deux km au-dessus de mon patio.

A vide avec Vanadis sur la route défoncée : ce n'est plus un problème, c'est facile, la différence est inimaginable.
Finalement, elle me va bien sur les routes défoncées, la miss, mais sans son chargement, qui m'empêche de la balancer comme je le voudrais.
Comme toujours, et je l'avais dit avant de partir : moins t'en emmènes, et plus t'es libre. Pourquoi a-t-il fallu que je prenne deux sacs, moi, hein ?

Quel blaireau !! Je commence à me dire que je vais en laisser un dans un camping peu avant d'entrer en Turquie, et je le reprendrai au retour, puisqu'il me faudra bien repasser par le même goulet. Au moins, en Turquie, je serai plus libre. On verra bien.

Vue depuis les hauteurs, près du barrage. Mon "home" n'est pas visible sur cette photo, mais se trouve juste à droite du pont que vous voyez.

Et la petite dernière. Une bonne bière albanaise, "Tirana, birre tradicionale shqiptare". Tout un programme.

Et bienvenue en Albanie, pleine de surprises.

Au fait, vous n'allez pas le croire, mais ici, près de ma tente, le père du jeune qui m'a "pris en charge" me fait manger une fraise et une cerise, les deux cueillies ici, sous mes yeux ! J'adore le printemps d'Albanie.

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