Etape 022 Jour 024

Etape 022 - Jour 024 - vendredi 7 mai 2010 - 83 photos - 177 km - 5.214 en tout

L'itinéraire en bleu, histoire de changer un peu.. Traversée de l'Albanie de part en part, entrée en Macédoine le long du lac Ohrid.

Une nuit merveilleuse. Réveil à 6 heures, lever à 6h45. Je prends tout mon temps. Il fait un temps splendide. Et le paysage est d'une très grande netteté. Le patron du camping m'appelle depuis la terrasse, et me dit que je peux venir prendre un café. Cet homme est vraiment sensationnel.

Depuis la table sur laquelle je prends le café albanais, toute petite tasse, bien tassé. Au loin, la montagne au pied de laquelle se trouve Durrës.

Et c'est parti pour moi. D'abord la descente du camping, dangereuse au possible. Puis le chemin longeant la mer. Il est 8h45.

Ensuite, la traversée des petits villages pour rejoindre la grande route. Fantastique. Je vois là les Albanais loin de la ville. Une porte s'ouvre, en sortent une vache, une corde au cou, et une dame qui s'en va la conduire le long des chemins. Un homme en train d'atteler un cheval, un autre coupe à la serpe de l'herbe sur le bord de la route, d'autres sont attablés au café. J'en oublie, certainement, des moments de vie enregistrés comme ça, en passant, et que je voulais vous raconter. Mais ma mémoire flanche, je devrais tout photographier. Seulement voilà, par respect pour les gens, pour leur image, je ne peux pas me permettre, du moins, je ne sais pas faire. Alors j'essaye de me rappeler. En tout cas, c'est vraiment fantastique, j'ai adoré ces moments.

Bon, parfois c'est moins joli. Mais je ne juge pas. Comment ferions-nous, en France, dans leur situation ? Sans doute pas mieux, peut-être même moins bien. Quand on sait les années à travers lesquelles ils viennent de passer, nous n'avons certainement aucune leçon à donner !

Le petit village de Synej et sa petite mosquée. Je retrouve ici la grande route.

Traversée du fleuve Shkumbin à Peqin. Non, pas en Chine. Y'en a, vraiment, il faut tout leur dire. Peqin en Albanie. Non mais.

En tout cas, j'ai bien cru faire demi-tour lorsque j'ai pris cette route qui mène à Elbasin et qui traverse l'Albanie. Les 5 premiers kilomètres étaient dignes du grand Far-West. Les voitures dans tous les sens, des nids de poule -non, pardon, des nids d'autruche...-, incroyable. Et bizarrement, je m'y fais, j'ai même doublé des voitures, c'est vous dire si je m'habitue. C'est juste que j'avais un peu peur que ce soit comme ça jusqu'en Macédoine, à cause de la moyenne horaire, qui, bien sûr, en prend un coup sur ce genre de terrain. Mais ce n'était qu'un mauvais passage. Ensuite, je n'ai absolument rien à dire sur la route, car elle était, vraiment, parfaite. Peu de circulation, bon état, et jolis paysages.

Je peux vous garantir que je ne regrette pas d'avoir emprunté cet axe !

Juste vu un nouvel accident. La police était là, un gros attroupement. Tous ceux qui passent s'arrêtent, ça vous fait 200 mètres de véhicules de toute sorte stationnés un peu partout. C'était une voiture dans un scooter... Je ne me suis pas arrêté. A part ça, j'ai vu pas mal de flics, avec lunettes de radar. Mais vraiment, ils sont super sympas, bonjour en passant, avec sourire. Vraiment, j'ai trouvé la police albanaise très zen, presque "bon enfant". Je ne plaisante pas, c'est vraiment ce que j'ai ressenti. De plus, il n'y en a pas non plus à tout bout de champ, ils se font assez discrets. Bref, très corrects.

D'un autre côté, je suis un motard modèle, respectueux des limitations des pays que je traverse -sauf quand c'est trop exagéré...., mais c'est rare.

Sinon, je suis vraiment très gâté par les paysages, et je pense, aussi, par le fait que l'air soit aujourd'hui parfait. Aucune brume de chaleur, tout est bien net à l'horizon. Hier, cette même zone n'aurait pas été si jolie, avec le vent qui soufflait et transportait énormément de poussière. D'ailleurs, j'ai remarqué que ma veste, mes gants, la moto, tout est recouvert de cette poussière de teinte brun clair.

Ils annonçaient hier de la pluie pour aujourd'hui. Et plus j'avance, plus je la sens venir.

Les maisons albanaises, déjà un air d'Asie. Toît plat, avec très souvent des citernes pour récupérer l'eau. J'en ai vu quelques unes avec des panneaux solaires, mais c'était quand même rare.

De plus en plus noir, et frais. Quelques gouttes. Je fais une pause, histoire de mettre la veste de pluie. J'ai bien fait. Non pas à cause de la pluie, j'ai eu de la chance, elle est tombée avant mon passage. Mais elle m'a vraiment bien protégé du froid.

Car pour aller en Macédoine, il faut passer cette chaîne montagneuse. Pas méchante du tout, assez jolie. Terre très rouge.

Hier, j'ai payé le camping avec un billet de dix euros, et le boss m'a rendu 400 Lei (pour 3 euros, ce qui était correct). Je décide de les transformer en essence, et comme ce sont des Lei, je ne me ferai pas avoir comme hier, j'en ai pour presque 3 litres. Eh bien, je me suis fait avoir, encore pire ! Ces Albanais, ce sont quand même des as. Je donne les 400 Lei, et fais comprendre au pompiste que je n'ai rien d'autre, qu'il me mette juste ça, rien de plus. OK, pas de problème, avec une petite tape sur l'épaule. Je ne voyais pas le compteur, placé dans mon dos, mais je n'étais pas soucieux. Au moment de partir, je regarde. Il m'en a mis 1 litre et demi seulement. Je lui fais remarquer qu'il se moque de moi, il me montre le prix. C'est affiché en euros, à 1,46 euros le litre.... J'étais vraiment en colère, mais cette colère est repartie aussitôt. Car en fait, il ne s'agit au final que de 3 euros en tout, je me suis fait enfler d'un euro. Et c'est bien de ma faute... A moi de surveiller mes compteurs ! Ce sont des vedettes, ces albanais, et ils gagnent à être connus.

Cette photo pour vous montrer un des trois commerces les plus en vogue sur les routes albanaises. Lavazh... qu'on doit sans doute prononcer "lavage". Vous avez compris. Ici, sur un kilomètre, je crois bien qu'il y en avait plus de dix. Et tu vois, très souvent, de belles grosses voitures noires en train de se faire shampooiner par des gars qui ne font pas semblant de frotter. Le nombre de mercèdès dans ce pays est absolument énorme. Au Monténégro aussi. Le deuxième commerce en quantité : ce sont les stations-service. Et là, je vais vous donner mon avis : je n'y comprends rien du tout. Car dans un pays d'un tel niveau de pauvreté, les stations-services de tout dernier-cri, rutilantes, flambantes neuves, se suivent à raison, parfois, de plus d'une au kilomètre, et souvent sur 15 ou 20 bornes, et de chaque côté de la route. C'est tout bonnement incroyable. Comment cela peut-il être rentable ? Qui investit de telles sommes ? Ce sont très certainement des filiales de grosses compagnies pétrolières, pas possible autrement ! Et le troisième commerce, c'est celui des jantes de bagnoles. J'aurais du faire des photos, ça valait vraiment le coup. Des dizaines, parfois des centaines de jantes rutilantes sont alignées sur le bord des routes. La pauvre jeunesse, déjà si pauvre, à qui l'on réussit à vendre de telles choses inutiles... Le monde moderne, paraître...

Misère !

Përrenjas, dernière ville avant la frontière. Un beau col, vent et froid au sommet.

Ici, dans cette montée, j'ai pu constater la limite des voitures albanaises. Enorme fumée noire s'échappant des pots, et vitesse étonnemment basse. C'est simple, ils poussent leurs caisses au maximum, elles sont complètement usées. Même au ralenti avec Vanadis, j'étais obligé de les dépasser. Quand je pense comment ils conduisent en plaine... Je croyais que le nombre d'accidents (tombes fleuries le long des routes, rambardes défoncées, traces d'huile et de feu et de freinages un peu partout sont des signes qui ne trompent pas) était le fait qu'ils ne savent pas conduire (comment se passe le permis chez eux ?). Mais je sais maintenant que l'état de leurs véhicules doit aussi y être pour quelque chose, et que, très franchement, je ne suis pas certain de pouvoir rouler avec leurs voitures comme ils le font. De toute façon, je n'ai pas envie d'essayer non plus !

Au sommet apparaît l'un des deux immenses lacs que je voulais voir. Celui-ci est le lac d'Ohrid. De l'autre côté, c'est la Macédoine. Il est midi, j'arrive à la frontière, juste un peu après avoir pris cette photo. Le douanier albanais est un peu zêlé, mais ça ne fait rien, je reste très zen. J'ai coupé le moteur, j'attends le bon vouloir de ce monsieur. OK. Puis c'est le tour des macédoniens. Un jeune super sympa, qui me parle en anglais. Vraiment excellent. Ensuite, tu fais quelques mètres, et tu dois passer le contrôle du deuxième. Tout sourire, tout mielleux, d'emblée, je ne l'aime pas. Il pue le "faux jeton" à plein nez. "Ah, français. On parle anglais ? Papiers. Rien à déclarer ? Vous allez où ? ". Pas envie de finasser avec ce mec. "En Grèce", m'entends-je dire. "A Kastoria.". Ah ? Je vois bien que je la lui ai coupée. Les macédoniens détestent les grecs, et c'est réciproque... Il me donne des papiers, et me dit "good bye" aussitôt. Ouf. Je suis bien content, car je reste persuadé que c'était le douanier le plus difficle de tous ceux vus depuis le départ. Je n'ai évidemment rien à déclarer, mais un douanier qui veut t'embêter et de faire perdre beaucoup de temps, il a des moyens...

La Macédoine. C'est joli, sauf qu'à Struga, je passe juste à côté d'un quartier vraiment sordide, du genre "favellas de Rio". Je poursuis sur la route principale, alors qu'en temps normal, je serais allé sur la toute petite route longeant le lac. Mais du coup, j'ai envie de filer directement en Grèce.

Et à Ohrid, je me fais presque agresser par les rabatteurs de tout poil. "Tu veux une chambre ?". "Suis-moi, c'est à une minute". Etc... En pleine circulation, les voitures s'arrêtent à ma hauteur. Je déteste ça au plus haut point. Un peu plus loin, je vois un feu comme je n'en avais jamais vu un seul de ma vie. Il y a un grand panneau électronique, et un compteur à rebours. 72, 71, 70, 69, 68, 67.... Je me dis intérieurement : "non, ce n'est quand même pas pour indiquer dans combien de temps le feu va passer au vert..??". Puis je me dis "mais si, c'est ça !". Je coupe le moteur, complètement héberlué, surtout interloqué par ce modernisme, cette technologie dernier-cri côtoyant cette pauvreté. Je regarde les chiffres défiler, un scooter se pose à côté de moi. "Alors, ça va bien ? Tu veux une bonne chambre ?". En français, s'il-vous-plait ! Je lui dis que je file en Grèce. Le gars grille le rouge et fais demi-tour, direction inverse, sans plus me regarder. C'est incroyable. Il m'avait vu dans le flot de la circulation, et m'avait suivi jusqu'ici... En attendant, le gros chrono est arrivé à zéro, et le feu est passé au vert. Quel pays !

Enfin, la ville est derrière moi. Tout de suite, je respire mieux. Regardez comme c'est beau. Pas mal d'hôtels de luxe. Et je pense que ça fait un moment que je n'ai pas donné de nouvelles à la famille. Allez, je vais essayer dans un hôtel. Bingo. Oui, nous avons Internet et le WiFi, pour nos clients. Je joue mon "malheureux", juste pour 20 minutes, please... Le gars finit par me dire "ok, it's free also for you" de mauvaise grâce, mais le principal, c'est qu'il dise oui. Je lui prends une bière, je lui dois bien ça. 1,50 euro quand même... Mais au moins, j'ai pu envoyer les mails qu'il fallait. Merci l'ami. C'est l'hôtel Slavija Spektar, je lui ai promis que je lui ferai la publicité sur mon site, je tiens parole.

Ensuite, c'est superbe. Je prends pas mal de photos, je vois de plus en plus de pancartes "rooms" sur les villas longeant le lac, et finalement, je commence à me dire...

Je stoppe pour demander les prix. C'est le papa qui me répond. Après une discussion avec son fils, à laquelle je ne comprends rien, si ce n'est qu'ils hésitent sur le prix à m'indiquer. 15 euros. Je dis aussitôt que c'est trop cher, que je cherche un camping. Ils réfléchissent, me disent que les campings sont encore fermés, qu'ils me font à dix euros. Je dis non, et propose 5 euros, en faisant comprendre que je peux dormir par terre sur mon matelas et dans mon sac de couchage, comme ça ils n'auront pas de draps à laver. Hors de question, me fait comprendre le papa, de dormir sur un matelas. Je dis alors que je suis d'accord à 8 euros. Le fils me demande de le suivre pour me faire visiter. C'est absolument parfait, douche, toilettes, chambre, TV, tout. Je dis OK, on se tape dans la main. On reste à discuter de tout sur une table dehors. J'ai droit au café. Il fait extrêmement bon. On finit par la politique. L'Europe. Comparaison des prix, des salaires. Les grecs nous empêchent de rentrer en Europe...

Igor et son papa. Ils sont extrêmement sympathiques.Une fois de plus, mon instinct a été bon. Je resterai donc une nuit en Macédoine, comme prévu initialement. Et j'en suis extrêmement content. Le soir, avant de remonter dans ma chambre, ils m'invitent à prendre le café chez eux. Un moment très agréable. Je ne reste pas trop longtemps non plus, désireux de ne pas trop les déranger, et aussi de terminer mon récit et de me reposer.

Mais je vous recommande leur maison au plus haut point. Et le site est superbe !

La poussière de ces deux dernieers jours, comme vous pouvez le constater sur le compteur de Vanadis.

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