Etape 024-25 Jour 026

Etape 024-25 - Jour 026 - dimanche 9 mai 2010 - 227 photos - 387 km - 5.851 en tout

L'itinéraire en bleu, Albanie à gauche, Macédoine en haut. Longue virée, deux étapes en une, à cause du manque de campings !

Encore une nuit excellente. Quel temps fait-il ce matin ? Je risque un oeil. Bleu azur. De quoi vous mettre de bonne humeur. Je traîne un peu, puis je me décide à y aller, car j'ai décidé de faire deux étapes aujourd'hui. Konstantin apparaît vers 7h, une truelle à la main, pour nettoyer un mur. Cet homme n'arrête jamais ! Car c'est dimanche, aujourd'hui... Je prends note de ses coordonnées Internet, et à 8 heures, je roule déjà. Fantastique. Une luminosité et un air parfaits. Konstantin me l'a dit : "Ici, c'est le meilleur lieu de toute la Grèce pour l'être humain. Il n'y a pas mieux ailleurs". Hier matin, Igor me disait : "Jef, reviens avec toute ta famille ici. C'est le meilleur endroit de toute la Macédoine, tu ne peux pas trouver une place plus saine, absolument impossible". Avant-hier matin, Helles l'Albanais me disait dans son beau français "Ce camping est, et de très très loin, le meilleur de toute l'Albanie, pas seulement pour ses installations, mais par-dessus tout pour l'air extrêmement limpide que nous avons. Cette situation au-dessus du golfe de Durrës reçoit un air chargé d'iode que vous ne retrouverez nulle part ailleurs en Albanie, et certainement dans peu d'endroits sur terre"....

Etc, etc. Je pourrais vous en citer un paquet dans le même ton, mais s'agissant tous de lieux bien sûr différents.
Tout le monde aime son pays, n'est-ce-pas ?

Ceci dit, je nage dans le bonheur, car rouler par ce temps est un plaisir total. Les paysages montagneux sont fort agréables à l'oeil. La route est sinueuse à souhait, et pourrait être parfaite pour le pilotage. Malheureusement, elle est vraiment dangereuse. De nombreux endroits sont détériorés, du goudron bosselé en pleine courbe, des trous, des pierres sur la route, des fissures pouvant recevoir un pneu... Bref, impossible de lâcher Vanadis, je dois la retenir continuellement. Si je la laissais faire... D'ailleurs, elle est un peu folle, la miss. Car si j'accélère à fond et lâche toute la cavalerie face à un précipice, que croyez-vous qu'elle fasse ? Elle y va.... Je dois donc faire gaffe à ne pas trop ouvrir la poignée de droite, elle réagit trop bien !

Le petit village de Eptachori, perdu dans la montagne.

Eptachori toujours. Un monsieur passe alors que je prends cette photo. Environ 60 ans, endimmanché. "Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à me le demander", dit-il en anglais, et en s'approchant. Quelle gentillesse ! Je pense en moi-même "du soleil et des nanas...", mais je souris et remercie. Le soleil, je l'ai. Les nanas... Si je devais choisir entre les deux, je prendrai évidemment...

Vous ne croyez quand même pas que je vais vous dévoiller le fond de ma pensée, non mais ! Et la vie privée, alors. Bande de curieux.

A la sortie de ce même village.

Ensuite, c'est tout bonnement grandiose. La route longe la très large vallée créée par ce fleuve, qui doit avoir par moments une force inimaginable. Je reste scotché à plusieurs endroits devant le spectacle offert par ces espaces que l'homme ne peut pas prendre.

Le fleuve en question. J'aimerais le voir au moment de la fonte des neiges, le spectacle doit être "kolossal" comme disent les allemands !

Et pour vous donner une idée, je longe cette immensité sur pas moins de 35 km...

Konitsa. Ville importante, dans laquelle je ne pénètre pas. Il y a une gorge très profonde au-delà de ce célèbre pont très ancien, qui ferait l'objet d'une journée de marche somptueuse. J'en connais qui ne pourraient pas laisser passer une telle balade. J'aimerais aussi, mais ni seul, ni en tenur de moto...

La photo précédente est dans mon dos... Cette région est un plaisir pour les yeux, et vaudrait bien deux-trois jours de vacances à elle seule.

J'arrive tout simplement dans la région des Zagoria. Alors là, pour ceux qui aiment prendre leur temps, marcher, pédaler (mais il faut beaucoup de courage), je vous dirais : réservez une semaine complète. Ce n'est pas "beau", c'est sublime. Pour la nature, pour la culture, pour l'architecture. Il y a une cinquantaine de petits villages perdus au milieu d'une végétation dense, de montagnes vertigineuses, et de ravins insondables, sombres, profonds... Des routes étroites, et possédant tous les types de virages que l'on peut rencontrer en montagnes, plus les autres... Regardez cette série de lacets sur cette photo. J'y suis allé, c'était... Je vous laisse trouver le mot vous-mêmes, il se trouve au-dessus de "fantastique".

Un vieux pont, sur cette route. Il y en a plein, qu'il faut souvent découvrir, aller chercher. Ecoutez, c'est simple, je n'ai pas fait 5 % du coin, car je dois filer vers ma deuxième étape, mais c'est pour moi un arrachement que de devoir partir. Car vous l'avez compris, c'est exceptionnel.

Par contre, pour atteindre ce pont, je suis descendu sous des arbres, une dizaine de mètres en contrebas de la route. Silence total à part les oiseaux, fraicheur du sous-bois, je me sens bien au milieu de cette nature. Mais en me retournant, je vois un énorme chien blanc, de type chien de berger, qui était tout près de moi (mais de l'autre côté du pont) et me regardait silencieusement. Je fais immédiatement demi-tour vers la moto, mon salut en cas d'attaque, car le regard du chien est du genre qu'on n'aime pas. Et son silence, paradoxalement, m'impressionne davantage que des aboiements. J'accélère l'allure, lui aussi. Je démarre en trombe, le chien commençait à courir... Il n'a pas dit un mot. Moi non plus. Ce fut une brève rencontre, chargée d'émotionss (pour moi)... Il y en a beaucoup, ici, en Grèce, de chiens qui errent dans la montagne et sur les routes, et je n'aime pas trop ça !

J'ai rencontré ici un motard italien, qui roule avec une Deauville. Un gars aux longs cheveux, extrêmement sympathique -comme tous ceux que je connais qui roulent en Deauville, d'ailleurs-, qui parle bien le français avec ce merveilleux accent italien que vous pouvez facilement imaginer. Il travaille dans cette réghion depuis un quinzaine de jours, et passe ses week-ends à visiter le pays. Nous discutons une dizaine de minutes.

Quand je pense que je m'oblige à stopper sur une si belle route juste pour vous faire voir ce que je vois.
Faut vraiment que je vous aime ! Je me demaande parfois si vous le méritez !

Je fais une énorme boulette dans les Zagoria. je me trompe de route, et me paye un détour d'une quarantaine de km sur une route jolie, mais banale comparée à ce que je loupe, et que je ne pourrai pas refaire avant sans doute bien longtemps ! Pauvre de moi... En plus de ça, je vais me comporter comme un blaireau dans la gestion de mon réservoir. C'est aujourd'hui dimanche -tiens, ça me rappelle une chanson-, et des stations ouvertes, il n'y en a pas des masses. De plus, dans les Zagoria, il n'y a pas de villes. Or, les prix sont tellement élevés (1,55, 1,60, j'en vois même deux à 1,639.... je parle du SP 95, bien sûr) que je passe en grommelant "trop cher" dans mon casque. Grave erreur pour un gars qui se dit "voyageur". Car quand on roule dans une telle situation (dimanche, zone montagneuse), avec un réservoir à moitié vide, la règle d'or est la suivante : "tu vois une station, tu t'arrêtes, tu fais le plein" sans rechigner. Cette erreur va me gâcher ma soirée ! Finalement, je vois une pompe, chère. Je décide d'en prendre pour dix euros, pour minimiser la surcharge du surcoût... (c'est un peu lourd, mais je le laisse). 6,5 litres. Et je regretterai ce "pinaillage" de ma part.

Je pense que tout le monde comprendra, non ? C'est joli, en grec. Heureusement que le dessin accompagne le texte !

Enfin, après un long détour, je retrouve la région des Zagoria. Je me dirige ici vers le village de Monodendri pouir aller voir le magnifique canyon de Vikou, que j'avais repéré sur Internet et que je ne voulais pas rater. Et j'ai bien fait d'aller au moins voir ça ! Ici, la montagne est faite de plaques superposées comme ça, c'est extrêmement joli. Il faudrait, pour apprécier les plus beaux spécimens, aller randonner...

Je me contente donc de ceux jalonnant le bord de la route, et des jolies fleurs qui vont avec !

Quelques instants plus tard... Il y avait un parking, ce qui voulait dire : marche à pieds... Combien de temps, quelle distance ? Rien, aucun écriteau. Bon, j'y vais quand même. J'ai chaud, avec ma veste, mais je ne me résouds pas à louper un des spectacles naturels qui me font le plus trembler ! Je croise des gens qui remontent, et pose la question dont la réponse m'angoisse. Et la réponse me plait. Pas de distance. Juste un temps. "Five minutes". Ouf, ça, j'y crois, et ça me va bien. Et c'était vrai.

Et je n'ai pas été déçu, c'est moi qui vous le dit !

Au-delà du point-de-vue "classique", un autre sentier suit la falaise. Je décide d'y aller.

Pas les mains dans les poches. Le sentier est constitué par des dalles rocheuses, en fait, et en pente. Dans le bon sens, la pente, comme vous pouvez le constater. Malgré tout, j'y vais en me tenant tout contre la paroi. Curieux, hein, comme choix. Pour un gars qui veut voir le fond, il marche le plus loin possible du bord... Encore un rigolo !

J'ai adoré. Aucune protection, on sent le vide au bout du pied. J'ai aussitôt repensé au Preikestolen en Norvège. Un peu les mêmes impressions. Pas moins en tout cas. Le chemin s'arrête sur la paroi. Fin. J'avance, je m'accroupis. Je devrais m'allonger pour regarder au fond, je n'ose pas. J'avance l'appareil photo le plus loin possible au bout de mon bras, mais je reste le plus loin possible du bord. Le trou est vertigineux, c'est le juste mot.

En redescendant au point de vue "normal".

Désolé de vous en mettre une autre, mais c'est si beau.

Passant, du haut de ce sentier, 995 mètres de vide vous attendent...
Juste un petit pas pour changer d'univers...

Retour au point de vue "pour tout le monde". Deux couples de grecs, avec leurs enfants. Je leur dis d'aller plus loin, ils me répondent "non, merci". Du coup, je suis fier de moi. Pas vous ? Ben dites-le, alors, quoi !

On discute un petit moment, ils me posent des questions sur mon voyage. Puis la traditionnelle "comment trouvez-vous la Grèce ?". Je dis "traditionnelle", car vous pouvez remplacer le pays par celui dans lequel vous voyagez pour connaître celle que l'on vous posera ailleurs. Et ma réponse traditionnelle à moi : "it's fantastic", avec un pouce levé vers le haut. Le visage du questionneur s'éclaire systématiquement d'un très large sourire...

Facile de faire plaisir. Mais comme je ne vais que dans des coins "fantastiques", je ne mens jamais.. Hi hi hi...

Sortie des Zagoria, descente vers Ioannina. Là, je fais ma deuxième erreur de la journée. Comme je suis un peu fatigué et qu'il me reste encore du chemin, je suis les pancartes "contournement" de Ioannina, direction autoroute. Et je loupe le superbe lac de cette ville entourée de montagnes, que j'aurais normalement du voir entièrement. Mais c'est la vie, mon pauvre monsieur. Vous en verrez d'autres, de lacs, dans votre vie... OK, merci !

D'un autre côté, j'évite la ville, et son trafic de soirée de dimanche, qui doit être important. Finalement, je décide de prendre l'autoroute jusqu'à Metsovo, dans le but d'économiser mon essence, qui fond à vue d'oeil. Car c'est une route très montagneuse (je loupe de superbes paysages, je le sais bien), mais je gagne du temps et je vais rouler à 80/100 en vitesse stabilisée. Autoroute non payée, bien que ce soit écroit "péage", mais ça n'en aurait pas valu le prix. Travaux tout du long, la vitesse que je voulais suivre était la vitesse obligatoire... absolument pas respectée par les grecs, d'ailleurs !

Les paysages sont superbes, mais rares, car une partie du trajet se passe dans des tuinnels, extrêmement bien aménagés, soit dit en passant.

Ici, arrêt photo sur l'autoroute. Qu'est-ce que je ne ferais pas pour vous !

Au loin, Metsovo. J'ai quitté l'autoroute, les paysages sont de toute beauté comme prévu. Un régal.

Sauf que... Je n'ai plus qu'une barre sur ma jauge, qui disparaît par moment, et le voyant "réserve" s'allume..

Ce qui m'empêche de savourer pleinement la jolie route. Je dis "jolie" pour les paysages. Car la route en elle-même, c'est carrément le pied. Je vais vous raconter... Ici, passage du col, et il y avait encore de la neige sur la route. J'ai loupé pas mal de photos, peu désireux de couper-rallumer le moteur, histoire d'économiser le précieux liquide...

Juste après le passage du col, je ne peux pas m'empêcher de faire celle-ci. On voit très bien la route qui m'attend.

Ce que je ne voyais pas, c'était ça... Folklorique, il n'y a pas d'autre mot. Je n'avais jamais vu ça avant. Car la route est large et parait belle. C'est ce qu'on appelle un "faux ami" dans l'étude d'une langue étrangère. Je suis obligé de me faufiler parmi les pierres dans pratiquement toutes les courbes, et de préférence à basse, voire très basse vitesse ! C'est "hallucinant", comme disent les "d'jeunes".

N'eût été mon état d'esprit obnubilé par l'essence, je me serais bien marré, car malgré tout, je riais quand même tout seul. J'ajurais pu faire une quinzaine de très bonnes photos sur cette route qui restera comme un grand et bon souvenir dans ma mémoire. Il y avait parfois de gros blocs au milieu de la route, vraiment très gros. J'ai eu un arbre qui prenait mon côté, entièrement. J'ai une une crevasse dans laquelle un camion pouvait loger. Non, je n'exagère pas. Pour descendre dans la crevasse, il y avait plusieurs niveaux, sans asphalte bien sûr, de la largeur totale de la route, avec des madriers pour descendre le niveau un (je dirais une marche de 20-25 cm, à vue d'oeil). Je regrette terriblement de ne pas en avoir fait la photo, mais elle m'a pris par surprise, je ne m'attendais pas à un tel trou ! n peu plus loin, cette série de crevasses, et je vous garantis qu'elles sont profondes. Comme ça sur une quinzaine de kilomètres, que du bonheur (je suis très sincère, ce n'est pas de l'ironie). Je ne regrette que le fait de n'en avoir pas profité comme j'aurais pu si mon réservoir avait été plein comme il aurait du l'être !

Je trouve finalement une station à 1,53 une quinzaine de km avant mon étape. Je pense que j'y serais arrivé. Mais j'ai arrêté de jouer, j'ai fait le plein !

Au diable l'avarice, vivons sereinement, que diable !

Soleil couchant, arrivée sur les Météores. C'est beau. Surtout avec un réservoir débordant de jus... Ce qui me donne une pêche... d'enfer !

Bienvenue chez les moines...

Camping. Internet. Douches. Tente. Toilettes.

Bonheur.

Vous ne pouvez pas imaginer. A tel point qu'avec une étape de près de 400 bornes, je trouve les ressources pour prendre ma douche (facile), prendre un énorme café (assez facile), manger (un peu plus dur), avertir la famille de mon bon état de santé (ordinateur posé sur le top-case, Internet avec le Wi-Fi, dans la nuit tombante), puis mise-à-jour du site jusqu'à "hier soir", allongé sur mon matelas dans la tente. Vraiment, très très efficace, le garçon.

Je le dis parce que sinon, il n'y aura pas une seule voix pour le dire. Donc "+ une", la mienne.

Même pas oublié Vanadis, ce soir.

Et 227 photos quand même, ce qui vous donne une idée du nombre d'arrêts effectués pour vous envoyer ce compte-rendu.
Surtout, que je n'en entende pas un se plaindre. Et j'écris bien "un", car les filles, au moins, ne se plaignent jamais.

Je les aime bien, les filles, moi. Heureusement qu'elles sont là.

Enfin, je dis "là"... Pas tout-à-fait. Mais je les "sens" une petit peu quand même. Juste un peu.

Derrière l'écran.

 

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