Etape 030 Jour 035

Etape 030 - Jour 035 - mardi 18 mai 2010 - 192 photos - 279 km - 7.163 en tout

L'itinéraire en bleu. Camping au point rouge, en fin de journée.

Hier dans la soirée sont arrivés deux allemands en Harley, l'une équipée en side-car, l'autre de 1987 si je me souviens bien. Alors que je passais près d'eux après manger, nous avons commencé à discuter, en anglais, en allemand, le tout bien arrosé de... très bonne bière. Ralf et Kurt, j'espère ne pas me tromper sur leurs prénoms. Deux copains d'enfance, qui se retrouvent pour le super-rallye. La bière, ils l'ont emmenée dans le side-car, c'est absolument génial. Une formidable soirée, comme je les aime. Et ils n'oubliaient pas de remplir ma tasse au fur et à mesure. Du coup, j'étais venu faire une photo de la Harley de ma voisine, je suis parti me coucher vers 22 heures sans avoir fait ma photo...

Ce matin, avant de partir, je fais les photos de mes voisins de palier... Le couple danois. Derrière la bécane, une remorque !

Ralf et Kurt. La bière était super, les gars, car ce matin, absolument aucun mal de tête, bien au contraire !
Merci encore pour cette fameuse soirée !

Et le troisième larron, danois aussi, fabricant de tentes. Super sympathique aussi, et une allure de Viking.

Du coup, je démarre à 9 heures. Je commence à bien connaître la ville de Corinthe maintenant, et ne me perds pas comme hier. Je prends à droite juste avant le canal. Ben oui, si je passe le canal, je quitte le Péloponnèse, alors que je suis venu le visiter ! Le Péloponnèse est composé d'un pouce et de 3 doigts. Le pouce, à l'est, est l'Argolide, qui longe le golfe de Saronique. Que voici, sous vos yeux. La région d'Athènes, de l'autre côté, au nord, est également sur ce même golfe, découpé, parsemé d'îles, en partie volcaniques. C'est superbe.

Magnifique descente vers Epidaure. Je ne savais vraiment pas que mon camping se trouverait ici, faute de quoi je serais venu monter ma tente, et j'aurais fait le tour de l'Argolide sans mes lourds bagages. Mais si on savait tout à l'avance, où serait l'aventure, hein ?

Epidaure, encore. Mon camping sera au fond de la baie située à l'horizon. En fait, c'est le village de Panagia.

Epidaure, ça ne vous dit peut-être rien. C'est en fait un site archéologique comportant un très joli théâtre antique et, allez savoir pourquoi, de tous les monuments anciens, ce sont les théâtres de que je préfère ! J'ai prévu peu de visites de sites, pour causes de coûts, de temps, de longues marches d'accès avant d'atteindre la partie intéressante, et du fait que je sois seul pour les visites. J'avais bien noté celui-ci, mais très franchement, j'hésite, sur le bord de la route, le nez dans mes cartes. Puis je décide d'aller voir.

J'ai bien fait ! Et pour trois raisons. La première, c'est qu'il est beau comme je l'espérais. La seconde est que, exceptionnellement, c'est gratuit aujourd'hui : je suis tombé sur la journée du patrimoine grec, quelle chance ! J'économise six euros, ce qui n'est pas négligeable. Et la troisième, c'est ma rencontre avec un homme très intéressant, un journaliste allemand indépendant, spécialisé sur la moto, et qui est venu pour le super-rallye Harley. Vu sa tenue (casque et blouson), il est venu en moto, et aime beaucoup les sites archéologiques qu'il visite avec son épouse. Il parle bien le français, et nous avons eu une conversation très enrichissante, merci à toi, Horst.

Les sièges étaient durs à cette époque. Mais sans doute avaient-ils des coussins ! Quoi qu'il en soit, rares devaient être les cas de dossiers déformés comme dans nos salles modernes ! Ici, une petite vue vers le ciel, alors que je montais au plus haut des marches.

C'est une splendeur.

Le théâtre d'Épidaure a été édifié au IVe siècle av. J.-C. ou au début du IIIe siècle av. J.-C. pour accueillir les Asclépiéia, concours en l'honneur du dieu médecin Asclépios. Il a servi de modèle à de nombreux autres théâtres grecs.

Horst a un appareil photo muni d'un objectif très grand angle de 14 mm (vrai équivalent 24x36). Il prend ma carte mémoire et me fait quelques photos dans ce cadre extraordinaire. Ce qui n'arrange pas forcément le site, d'ailleurs. En dehors des déformations dues au grand angle, je me trouve très bien.

Et "honni soit qui mal y pense"...

Ce que j'ai également adoré ici, ce sont les visiteurs. Toutes les nationalités sont bien sûr présentes, mais je trouve beaucoup de français, en majorité. Donc, parmi ces touristes, certains se lancent dans des petits essais de discours, ou de chants, pour faire profiter l'ensemble de l'étonnante acoustique de ces lieux. Et lorsque chacun a terminé sa prestation, les gens présents sur les gradins applausissent pour remercier l'acteur. C'est très sympa.

J'ai vu aussi deux classes grecques d'élèves de primaire. J'ai été très surpris par la rigueur et l'obéissance des enfants, et la qualité des explications données par les maîtresses. Non, je ne parle pas le grec, mais c'était vraiment évident, les petits prenaient des notes, et tout le monde était très attentif.

A propos de la langue grecque, pendant que j'y pense. Je voulais vous dire que je ne la trouve pas agréable à l'oreille. Ni chantante, ni envoutante. Souvent parlé relativement vite, il pourrait y avoir une certaine impression d'entendre de l'espagnol, effet sans doute dû au débit des paroles. Mais dans ce domaine, je ne connais -de ma petite expérience européenne seulement- rieen de plus admirable que la langue italienne, inégalable, nettement au-dessus du lot !

Paysage typique de la région autour d'Epidaure, en retrait de la côte. Beaucoup d'oliviers, collines. C'est magnifique, j'aime beaucoup ça.

Au loin, certaines montagnes ont subi les assauts des terribles feux qui doivent souvent ravager cette région, soumise à des vents très violents. D'ailleurs, je vois très souvent des camions de pompiers stationnés sur des points élevés leur permettant une surveillance assidue, de façon, je le présume, à pouvoir agir le plus rapidement possible en cas de découverte d'un incendie.

La belle petite église du village d'Agia Eleni. Je suppose qu'il s'agit de Sainte Hélène.
Il y a énormément de belles églises dans cette région.

Depuis les hauteurs du village de Ano Fanari, voici la péninsule de Methana, et son volcan.

Une fois de plus, je suis trompé par le manque de panneaux signalétiques. Une fois de plus, cela me coûte une bonne vingtaine de kilomètres, sans parler du temps perdu à demander le chemin ! Cette péninsule est tout de même un site exceptionnel. Et pourtant, si vous voyiez la toute petite pancarte permettant d'y aller.... Incompréhensible pour moi. Surtout de la part d'un pays aussi touristique que la Grèce, qui possède en plus une expérience de près de deux générations dans ce domaine. Mais voilà, ici, c'est le sud... avec tous ses avantages, et inconvénients !

Bref, la visite d'Epidaure ayant fortement entamé mon temps d'exploration de la péninsule, ce retard m'indispose quelque peu. J'y vais, je n'y vais pas ? J'hésite à faire demi-tour. Puis je décide d'y aller, car cette péninsule est issue de l'éruption du volcan Methana, toujours actif, et j'ai un peu prévu cette journée pour lui ! Bien bien... Route très sinueuse, forcément. L'isthme de passage sur la péninsule est fort étroit. Je fais moins de photos, car je me rends compte que les distances à parcourir sont importantes, et que sur ces routes, les moyennes fondent comme neige au soleil, et même davantage !

Arrivée à Methana, la ville à traverser pour atteindre le cratère. Très fortes odeurs d'oeufs pourris tout-à-fait caractéristiques de l'hydrogène sulfureux qui bouillonne dans le port. A tel point que le village au-dessus de Methana s'appelle "Vromolimani", à savoir "la côte puante". J'ai d'abord pensé à une mauvaise station d'épuration des eaux. Ensuite, direction: la montagne. Comme toujours, les panneaux indicateurs sont très avares d'informations touristiques ! Et le meilleur côtoie le pire en ce qui concerne l'état de la route. Le pire l'emporte parfois... Je ne suis pas certain de rouler dans la bonne direction, bien au contraire. J'ai envie de faire demi-tour, car il y avait plus haut une bifurcation sans indication, et je pense m'être trompé. Je vois l'heure qui tourne, et le parcours qui me reste à faire pour rejoindre le camping prévu est énorme...

Soudain, travaux. En pleine descente. Il faut vous dire que les pourcentages des côtes sont ici terribles, je dirais, couramment, entre 20 et 35 %. Oui, oui, je suis absolument certain de ce que j'avance. Quand je pense que, chez nous, on nous indique les pentes à 7%... Ici, on ne sait pas, mais on regarde, et on juge ! C'est parfois terrifiant. Le pire, c'est lorsqu'il y a un stop au sommet, en pleine pente, avec tout plein de petits gravillons éparpillés sur le sol... Bref, cette descente ne me plait pas, tous mes indicateurs personnels sont en mode "alerte" et commencent à clignoter sévèrement. Je pose Vanadis -qui s'en moque totalement- prête à repartir, car je me mets en position de demi-tour, lorsque j'aperçois un gars qui hurle, la main levée. Je comprends. C'est bon, tu peux passer. Je les connais, les grecs. Pour eux, tout est simple. Je descends voir. C'est vrai qu'il n'y a que cent mètres à passer sur un terrain fait de cailloux et de terre, mais en forte pente. Non, ça ne me dit rien qui vaille. Le gars parle un peu anglais, est très jovial et sympa. Oui, c'est bien la route du volcan. Une demi-heure avec la moto. Quoi ? Mais je pensais être bien plus près ! Si lui, un spécialiste du coin, me dit une demi-heure... Ensuite, il faudra marcher un peu pour atteindre le cratère.. C'est pour moi l'argument final, fatal, le couperet qui tranche... OK. Ma décision est prise. Je ne verrai pas le cratère de Methana, j'en suis bien désolé. En remontant vers la moto, un serpent traverse la petite route juste quelques mètres devant moi. C'est alors le signe du "sauve qui peut"... Du moins, le signe qui me dit : "T'as pris la bonne décision, mec. Bravo."

Je n'aurai que cette photo prise sur le lieu des travaux. Une terrible montagne, qui ne "paye pas de mine" de prime abord, mais qui se mérite !

Et il semble bien que je ne la mérite pas ! Je ne veux plus prendre le moindre risque, c'est l'enseignement de ma dernière chute.

Le joli port de Poros, et par la même occasion, l'île qui porte le même nom.

Il me fallait prendre une décision. Le camping prévu est situé près de Nafplio, sur le golfe d'Argolide, de l'autre côté du "pouce" du Péloponnèse. Pour atteindre cette ville, deux solutions : contourner le pouce, ou retour par Epidaure. Mais comme je viens, déjà, de louper le volcan, j'ai vraiment pas envie de renoncer au reste de cette péninsule. Je vais faire le tour. Inquiet quand même, car tous les gens questionnés me disent de passer par Epidaure. Et si les grecs eux-mêmes trouvent mon choix difficile... Mais je suis courageux, n'est-ce-pas ?

Bien bien. Jusqu'à Poros, c'était facile. Mais après... Vous connaissez certaines terribles départementales du Massif Central. Virage sur virage, route défoncée. C'est ça. Avec, en plus, du gravier dans 95% des courbes, qui sont pour la plupart au minimum des angles droits, et toujours dans des pentes, montantes ou descendantes. Je ne voudrais pas avoir à la faire en vélo, celle-là ! Les paysages sont jolis. Une côte fort découpée, droite en de très rares endroits, mais sans plage ni sable ni même galets. Comme ici. Ce n'est pas un lac. C'est le golfe d'Hydra. Et en face, l'île d'Hydra.

Je trouve un petit camping un peu plus loin. Pas un seul campeur, mais c'est ouvert. Le gars me propose à 12 euros. Je lui dis "OK à dix". Il refuse. Je lui souhaite une bonne soirée. Il est bête, il vient de perdre dix euros. Pour ma part, bien que détestant la foule, je déteste aussi être le seul campeur. J'aime qu'il y ait un peu d'animation, c'est plus vivant, ça permet des rencontres, il y a un peu de bruit, des conversations, des rires. La vie, quoi ! Lorsque je suis seul, j'ai presque l'impression de faire du "sauvage", et je n'aime pas le camping sauvage.

Bien que fatigué, je reprends donc la route. Kranidi. Je ne suis plus au bord de la mer. Sur ma carte, un camping au sud du pouce. 13 km. Est-il ouvert ? Je suis peu enclin à faire les 26 km supplémentaires. Je demande à trois endroits, tous me disent qu'il est sans doute fermé. Je n'insiste pas.

Et curieusement, ma route me conduit une nouvelle fois sur les hauteurs d'Epidaure. Il faut vous dire que pour rejoindre la côté ouest, il n'y a pas de tracé bien clair. Je me rends compte que je fais un détour, une nouvelle fois trompé par les panneaux. Puis je vois "camping Nicolas" à 8 km. En plus, il fait partie de la chaîne de campings que je viens de suivre avec satisfaction ! Quelle chance. Pas d'hésitation !

Ici, vue sur Epidaure, comme ce matin, mais depuis l'autre côté. Toujours aussi beau. Une magnifique descente.

Bon, il y avait bien plus de 8 km. Et le déplacement dans le camping est dangereux, forte pente sur des pierres cimentées, genre ardoises.
Je n'ai pas trop aimé ce camping, sombre, atmosphère feutrée, bizarre, accueil curieux. Mais il est propre.

Il faut par contre avoir son propre papier-toilette. Je n'en ai plus depuis le Montenegro, oublié dans un camping ! Je demande donc au gars de m'en passer. Il ne comprend pas ma question, et me conduit aux toilettes, en marmonnant "première fois, c'est la première fois qu'on me la fait, celle-là...". Et il me montre les toilettes, croyant que je ne les avais pas trouvées... Bref, il m'apporte un rouleau un peu plus tard, après être allé demander à la direction... Autre chose dont je dois vous parler aussi. Et qui m'a bien surpris. Ici, en Grèce, on met le PQ usagé (avec son contenu, donc) dans la poubelle à côté du bidet. Surtout pas dans le trou, les canalisations ne sont pas prévues pour ça. Donc, pas très sympa au niveau des odeurs. Quand je pense que la solution parfaite serait de faire, partout, des toilettes écologiques, avec seulement de la sciure ! Quel gaspillage d'eau et de travail pour traiter notre merde, en Europe, c'est tellement affligeant, alors que la solution est si avantageuse à tout point de vue. Bravo à vous, Greg et Pauline !

Sur les rives du golfe de Saronique, donc.

Là-bas, dans le soleil couchant, la péninsule de Methana et son volcan inaccessible... pour moi.

Et une belle plage de Grèce, une plage du sud. Non, ça ne vaudra jamais nos immenses plages de sable fin de l'Atlantique.
Et je ne dis pas ça par chauvinisme, juste par goût personnel.

Mais c'est quand même très beau. Il faudrait être bien difficile pour ne pas le reconnaître.

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