Etape 043 Jour 052

Etape 043 - Jour 052 - vendredi 4 juin 2010 - 103 photos - 170 km - 10.266 en tout

L'itinéraire en rouge. Vers l'est. En approche de la Turquie.

Il fait beau ce matin. Je démarre à 8h25. Et pourtant, je prends mon temps, mais j'ai si peu d'affaires à ranger maintenant !

Journée tranquille aujourd'hui, route facile. Et je fais une pause de 2 nuits minimum avant d'attaquer le deuxième morceau !

La route, et la région, sont très belles. Du moins sur ma gauche, donc au nord, puisque je roule vers l'est. Oui, les filles, je vous embrouille, je sais ! Donc, au nord, il y a une chaine montagneuse que j'avais prévu de découvrir, mais je sais que toutes les routes s eterminent en cul-de-sac. En effet, de l'autre côté, c'est la Bulgarie. Et ces deux pays n'ont pasd construit de passage frontalier dans ce massif. Donc, je longe le massif.

Toujours, enfin souvent, ces plantations de lauriers roses le long des routes, c'est magnifique.

Je traverse une puissante rivière peu après Paradeisos.

Xanthi, la grande ville du coin. La route permet d'éviter cette ville, je ne m'en prive pas, vous pensez bien ! Mais je tenais à faire cette photo, car je trouve que cette cité a un magnifique arrière-plan naturel. Vraiment, je regrette de ne pas visiter ce massif, mais c'est ainsi.

Deux routes pour atteindre mon but : par l'autoroute, ou par la côte, du moins en partie côte, en partie delta, marécage. J'aime bien voir ça, et j'avais prévu de passer par le delta, forcément. Et ça, je vais le faire. Les routes ne peuvent qu'être faciles, à moins qu'elles ne soient pas asphaltées.

Mais je crois que si, et je pars confiant.

Voila donc Porto Lagos. La route est sur une bande de terre qui enferme une partie de la baie en lac. C'est donc typiquement un zone de delta.

Le port, et les magnifiques hirondelles grecques, présentes absolument partout.
Il y a de plus en plus de militaires dans le coin, je pense que l'approche de la frontière turque y est pour quelque chose !

Un petit bateau de pêche grec, avec sa toile anti-soleil. Le coin me plait bien, la route est belle, je décide de modifier un peu mon itinéraire, et de m'enfoncer un peu dans les terres. Mieux, je crois que je peux rejoindre Alexandropouli sans devoir reprendre l'autoroute, ou juste sur la fin. De toute façon, ça vaut le coup d'essayer.

L'énorme église orthodoxe de Porto Lagos.
On ne se rend pas compte de sa taille sur la photo, mais elle est vraiment magistrale, ce qui est très surprenant pour un si petit village.

Un peu plus loin, dans le marais, le monastère Saint Nicolas de Porto Lagos, dépendant du monastère Vatopedy sur la péninsule d'Athos. Il est construit sur deux petites îles dans le lagon de Porto Lagos, un pont en bois reliant les deux îles, et un second le reliant sur le continent, comme vous pouvez le voir. Sur une des îles se trouve l'église de Saint Nicolas, et sur l'autre la chapelle de Pantanasas, qui possède une copie de l'image miraculeuse.

Compte tenu du nombre énorme de moustiques voletant autour de mon casque à chaque arrêt photo, je peux vous garantir que je ne voudrais pour rien au monde habiter ici. Les moines sont tranquilles, je ne vois pas qui pourrait avoir envie de les déloger !

Quelques centaines de mètres plus loin. On aperçoit encore le monastère à l'horizon.

Derrière moi, un majestueux vol groupé de cygnes. C'est un spectacle que j'ai vu plusieurs fois, surtout en Islande, et dont je ne me lasse jamais. Ces oiseaux sont, en vol, d'une grâce inimaginable ! Cet hiver, j'essaierai d'obtenir quelque chose de cette photo, elle a un beau potentiel !

Le village de Fanari. Un village de pêcheurs, qui sont dans le port en train de réparer-nettoyer leurs filets. Une excellente ambiance.
Un peu plus loin, l'immense plage, au sud-est du delta. Plus loin encore, la terre a encerclé deux bouts de mer, devenus des lacs, sans doute salés.

La route passe sur ce bout de terre, vraiment pas large. Ici, côté mer. A ma droite, je vois parfaitement le lac, qui borde la route.
Les plages son immenses, c'est du sable. Une fois de plus, je suis très surpris du nombre si limité de touristes.

Ensuite, ma foi, la route remonte dans les terres pour ensuite longer la côte un ou deux km en retrait des marais et des lacs. La région entière est très hautement agricole, et je vois des ouvriers un peu partout dans ces champs à taille surhumaine. Ils travaillent avec des bêches, je n'en reviens pas. Je me demande s'ils ne sont pas en train d'arracher les mauvaises herbes. Il y a aussi d'énormes tuyaux un peu partout : l'eau est pompée depuis des canaux.

Je retrouve ici un paysage que je connais parfaitement : il ressemble comme deux gouttes d'eau au marais dans lequel j'allais pêcher les anguilles avec mon grand-père lorsque j'étais enfant, près de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, en Vendée.

Soudain, gros coup de frein. Alors que la route était absolument superbe, elle est ici recouverte de boue sur une centaine de mètres. Il y a une grande pancarte : si la rivière passe sur la route, roulez prudemment.... Tu m'étonnes ! Je pose Vanadis, et je m'approche à pied.

Ouahh ! Bon, c'est moins pire que si c'était plus moche, mais c'est quand même impressionnant. C'est moins profond que je pensais. J'estime, au pire, à 15 cm la hauteur d'eau, là où des vaguelettes se forment. Le courant n'est pas très fort. Je me dis...

J'avance dans l'eau avec mes chaussures. Aïe, ça glisse fort. Non, trop dangereux. Je suis seul, je ne veux pas à nouveau risquer une chute. Je retourne vers la moto. Un énorme tracteur arrive. Le gars s'arrête à ma hauteur. Je lui fais comprendre que je n'ose pas y aller. "It's absolute NO problem. It's nothing". Bon, je connais ça. Je lui fais remarquer avec mon pied que ça glisse quand même vraiment pas mal, et lui demande s'il y a une possibilité de contourner. Il m'explique plus en grec qu'en anglais que, oui, je peux contourner, mais c'est long. Il part, je le regarde passer. Mouais, vu les roues du tracteur, c'est facile pour lui. Au bout, je le vois passer du côté gauche, et je le vois zigzaguer un peu au milieu. Je retourne vers Vanadis, décidé à faire le détour. Je me retourne vers le pont, et je me dis : "Quand même, Jef, c'est vraiment pas profond. Si les 1150 cm3 de Vanadis ne peuvent pas t'arracher de ce minuscule courant, aucune machine ne le pourra. T'es un peu dégonflé sur ce coup là, il n'y a pas de trou, c'est du ciment, c'est du dur....".

Bref, je ne sais vraiment pas pourquoi, mais je décide de traverser.

Je m'approche de l'eau, je stoppe, je passe la première et... c'est parti. Tout de suite, j'ai su que j'avais fait une énorme connerie. La moto part à gauche toute seule instantanément.Je donne un coup de pied instinctif, ce qui la redresse à temps, elle part aussitôt dans l'autre sens. Je réussis, je ne sais pas comment, mais je parviens à la stopper. Je suis dans le courant, les deux pieds dans l'eau, les remous me faisant remonter l'eau nettement au-dessus des chaussures, forcément. Mon gars, t'es dans la merde, tu ne peux même pas faire demi-tour. Le truc est une véritable patinoire, j'ai eu l'impression de rouler sur du verglas. Mais que faire d'autre ? Il faut avancer, s'en sortir. Je repars, elle aussi, gauche, droite, gauche, coup de pied ici, coup de pied là. J'avance. Je tombe... Non, je la redresse. J'approche de la rive salvatrice. Droit devant. Trou. boue. J'accélère, je sens que le pneu adhère à nouveau, il s'accroche, j'accélère encore, et je retrouve le bitume dans la pente. Frein, béquille. OUF. Réussi, sauvé, passé ! J'ai le coeur qui bat la chamade, forcément, mais tout va bien, je suis sauf, et la bécane aussi. Quelle émotion ! Je suis trempé jusqu'en haut des cuisses, je n'en reviens pas. Mais c'est bien le cadet de mes soucis ! Je repars, complètement soulagé ! Si c'était à refaire ?

NON.

Prise de risque idiote, seul, sans sécurité. Pas sérieux !
Je ne me félicite pas !
Comme disait Gainsbourg dans sa chanson. Pauvre con !

Un moment plus tard, je retrouve à nouveau le bord de mer. Un établissement reçoit un car d'enfants, mais toujours pas de touristes !

Une très belle route de front de mer, complètement déserte.

A gauche de cette photo, une petite rivière se jette en mer. J'y aperçois une tortue qui plonge dans l'eau à mon approche.

Alkyon, peu avant de quitter la côte. Une route que je recommande, ce front de mer est très beau, sauvage, et pas encore envahi par le tourisme.

Retour vers les montagnes, peu avant Maroneia. Je rejoins ensuite l'autoroute à Mesti, puis c'est l'arrivée à Alexandropouli.

Je vais devoir chercher le camping municipal. Mais je vois une pancarte "hôtel" sur ma droite, près de la mer, que je longe à nouveau depuis une dizaine de kilomètres maintenant, la ville étant en partie bâtie sur le front de mer. Et sous la pancarte, le dessin d'une tente. Je vais voir. C'est à 100 mètres. Quelques appartements sur un terrain plat, une pelouse. Oui, camping aussi. 10 euros. Oui, nous avons Internet. OK, je prends.

Et je ne le regrette pas. Très propre. Toilettes et douches parfaites. Un vrai hâvre de paix. Totalement inattendu !

La plage du camping.

Je me fais une lessive, il était temps, mes affaires commençaient à sentir le bouc !

En plus, il est juste 13 heures. Une italienne me fait un brin de causette lorsque j'arrive au camping. Très gentille, elle est motarde elle aussi. Ils sont dans un des appartements. Alors que je m'apprête à me faire un café, un homme me demande si je veux des spaghettis. Les motards italiens m'invitent à partager leur repas. C'est délicieux. Quelle gentillesse. Ils arrivent de passer 4 jours à Istanbul. ils ont adoré. Ils ont auparavant visité Sofia. Ils restent 3 jours ici. Après manger, ils vont se faire bronzer et nager. Pour ma part, je vais faire quelques courses juste à côté, puis je m'installe avec mon PC dans la tente, avec Internet... Je suis à l'ombre, il fait bon, c'est merveilleux !

Dans la soirée, des motards allemands arrivent. Honda Transalp pour la fille et Honda Africa Twin pour lui, équipées Touratech, gros réservoir, valises métal, etc... Ils viennent de passer 3 mois en Turquie. Essence très chère, beaucoup de travaux sur les routes. Ils nont fait pas mal de camping sauvage. La fille est d'origine turque, ils sont mariés et ont environ 30 ans. La fille me dit avoir beaucoup stressé. Ils étaient partis pour un tour du monde, avaient déjà payé plusieurs visas. Puis ont changé d'avis. pas envie de se prendre la tête avec des pays aux problèmes politiques, des discussions avec des douaniers véreux, des routes défoncées, des... Un jour, alors qu'ils étaient en Syrie, ils ont décidé : "basta, on rentre". Ils vont monter une entreprise pour organiser des voyages en camping-car en Turquie. Ils vont s'en acheter un, et revenir en juillet en turquie préparer le périple, trouver des correspondants, etc. On discute jusqu'à la nuit, ils m'offrent des saucisses bien chaudes avec du pain, un délice. Des jeunes très intelligents, je ne m'inquiète pas pour eux.

Mais je suis inquiet pour moi. Ces routes en travaux me font peur... Le camping sauvage, c'est hors de question. Le tarif de l'essence est prohibitif...
Je ne veux plus de stress.

Je vais rester ici ce week-end, et réfléchir, revoir mes itinéraires, etc..

Je viens de faire le tiers de mon voyage, peut-être pas en durée, mais en terme de pays.
Ce premier tiers, c'était la descente vers la Turquie.
Le deuxième tiers, c'est la visite de la Turquie.
Le troisième, c'est le retour en France.

Il me faut revoir ce deuxième tiers avant de poursuivre. Je vais sans doute tailler dur dans les distances.
Affaire à suivre !

 

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