Etape 044-45 Jour 55

Etape 044-45 - Jour 055 - lundi 7 juin 2010 - 190 photos - 270 km - 10.540 en tout

L'itinéraire en bleu. Entrée en Turquie. Péninsule de Gallipoli, détroit des Dardanelles. La frontière est en blanc.

8h20. C'est Grégory qui est prêt le premier et qui s'élance vers la Turquie. Bon vent, bonne route.

Une demi-heure plus tard, c'est au tour de Sergio et Annalisa, direction Thessalonique, puis les Météores. Soyez prudents.

Je suis donc le dernier. Normal, j'ai toujours été le plus lent dans ma vie, ce n'est pas maintenant que ça va changer !

Je ne voulais pas prendre directement l'autoroute, je croyais l'avoir finalement prise, et en fait non ! Ce qui me permet de faire une dernière photo en Grèce, en passant devant l'église de Férès. Je croise beaucoup de véhicules militaires, mais c'est un peu normal, vu la frontière si proche. Et ces deux pays ne sont pas copains-copains, compte tenu de l'affaire de Chypre... Bref, ceci ne nous regarde pas !

J'attrape l'autoroute juste après, mais je n'ai pas doublé, ni vu, l'ami Grégory. En fait, il m'avait dit qu'il prendrait l'autoroute. je n'aurai donc pas le plaisir de le doubler, ni celui de faire un dernier brin de causette avant le grand événement de ce voyage...

L'entrée en Turquie. Qui se passe bien, malgré le fait que j'ai sauté un guichet. Il me manquait donc un tampon au guichet suivant... C'est bien moi, ça !

Bref, une vingtaine de minutes en tout. Il n'y avait quasiment personne, ce qui m'a surpris, mais tant mieux pour moi. Le contrôle grec fut extrêmement court. En effet, alors que j'ouvrais la poche de ma veste intérieure pour sortir mes papiers, le gars me demande quelle est ma nationalité. Quand je lui dit "France", il me fait signe de partir. Sympa. Côté turc, un des contrôleurs a insisté pour avoir mon passeport. J'ai répondu que je n'avais rien d'autre que la carte d'identité qu'il tenait entre ses mains. Ce qui est faux, mais les accords entre les deux pays stipulent que la carte suffit, elle doit donc suffire.

Et ça a suffi.

Première frontière "sérieuse", en ce sens qu'une rivière sert de frontière, et il y a un grand pont. Et ça m'a rappelé de très vieux souvenirs, entre les deux Allemagne ! Les soldats grecs, armés, côté grec -forcément. Ensuite les soldats turcs, armés aussi. Et les miradors, côté turc, avec des gars aux grosses jumelles sur les yeux. J'aurais aimé faire des photos, mais je suppose que ce n'aurait sans doute pas été très bien vu. Je me suis donc sagement abstenu.

La première chose qui m'a marqué, dès mon arrivée en Turquie, ce sont les immensités. Très très longue route, droite, et un paysage relativement plat, morne, à l'infini. Un très fort vent, chaud. Des troupeaux de vaches, de moutons, le long de l'autoroute, tous gardés par des hommes, et des chiens. A un moment, je vois, mais trop tard, un troupeau de cigognes dans un champ. Jamais revu depuis ! Quel dommage d'avoir loupé cette photo, je n'avais jamais tant vu de cigognes en même temps, et dans les prés.

A Kesan, je quitte la route d'Istanbul et prend la direction de Gallipoli (Gelibolu en turc), direction sud-est. Impossible de se tromper, les panneaux indicateurs sont vraiment parfaits. Ici, j'arrive au fond du golfe de Saros, mer Egée. La péninsule de Gallipoli est là, en face de moi.

Enfin, là... Visible. Il me faudra encore un moment à 70/80 km/h avant d'y être. Les immensités, vous disais-je...

Sur la péninsule. Sur ma droite, rive nord de la péninsule, la mer Egée. La visibilité est mauvaise, les contours des faibles reliefs sont dans le flou.

Et sur ma gauche, le détroit des Dardanelles, pour lequel tant d'hommes sont morts en 1915, dans des tranchées, comme à Verdun.
Les turcs ont défendu leur sol au corps à corps, et ont gagné. Je suis très ému de rouler ici. D'abord, parce que la Turquie était un but très fort de ce voyage, et je suis en train d'y rouler avec Vanadis. Ensuite, parce que j'ai lu beaucoup de livres d'histoire, y compris concernant cette bataille pour la conquête de ce détroit, que vous avez sous les yeux. Encore des massacres de pauvres soldats qui n'avaient rien à faire ici, et qui sont morts sur cette terre étrangère, pour rien, sinon pour obéir aux ordres des hauts stratèges.

Peu après midi, le paysage change insensiblement. Le relief se fait plus visible, les montagnes se couvrent de forêts. C'est superbe.

Et voici Eceabat, la plus grosse ville de la péninsule, située presqu'en face de çannakale, une grosse ville. Je suis décidé à rester sur la péninsule ce soir, et je commence par consulter les horaires des ferries. Cool, un par heure, et 8 LT (symbole de la monnaie, la livre turque). Je fais connaissance avec ce panneau appelé chez nous "STOP", et ici "DUR", ce qui n'est pas bien difficile à retenir...

La grande place de Eceabat, en face des ferries. Il fait très chaud, je cuis sous ma grosse veste.

Magnifique monument en l'honneur des victimes de cette guerre des Dardanelles.

Une reconstitution en grandeur nature du détroit des Dardanelles, sur cette même grande place. Une des mosquées de la ville en arrière-plan.

Je poursuis ma route vers le sud et Kilitbahir, où mes renseignements indiquent la présence d'un camping. Vue sur Eceabat.

Du même point-de-vue, le détroit des Dardanelles. Un pêcheur au premier plan, dans l'eau transparente.

Je passe à nouveau devant des ferries. Ils vont aussi à çannakale, juste en face. Plus court, moins cher ! Ce sera celui-ci ! Je trouve le camping, minuscule. Le jeune qui me reçoit en anglais me prend pour un américain et me dit 35 LT avec douches froides. Un ancien approche, ça discute ferme, et il me propose 15 LT avec une douche chaude, celle du patron ! OK, j'accepte. Je monte ma tente, inquiet de la présence du gros chien du maître, qui m'aboie dessus plusieurs fois, et d'une autre chienne qui a deux petits chiots, et tourne pas mal autour de la tente. J'en fais part au bonhomme, qui m'assure que c'est sans danger ! N'empêche, ça m'énerve. Par contre, ils sont super gentils, m'installent une table avec une nappe, et une lampe pour la lumière la nuit, et m'apportent l'électricité en prime ! Impensable chez nous... Naturellement, je suis le seul client.

Ici, c'est Kilitbahir et sa petite mosquée.

Et son château. Il y a des touristes, tous turcs.

Le long du détroit en roulant vers Eceabat.

Eceabat. Quelques maisons, pour Toitoine. Un fort parfum d'Asie, non ?

Il me faut de la monnaie locale. Je trouve la banque. Le taux est à 1,90 LT pour un euro.
Dommage que notre monnaie se casse la figure, on avait plus de deux LT pour un euro au printemps !

Et maintenant ? Bien c'est simple, je vais visiter un peu la péninsule, du moins sa partie sud.

Je parviens très vite sur les lieux commémoratifs de cette bataille qui est devenue, petit à petit, le symbole de la résistance turque.
Et un rappel continuel pour le peuple, un hymne à la Turquie.

Petite photo pour mon ami Sergio, ancien canonnier de l'armée italienne.

Je retrouve le front de mer, mais côté mer Egée cette fois. Je roule ici vers le nord, juste pour "aller voir un peu plus loin".
La luminosité est meilleure que ce matin.

Enormément de sites commémoratifs, et de cimetières.
En fait, les turcs ont rendu cette terre à jamais intouchable (ce qui est inscrit sur les panneaux), dédiée en hommage aux victimes, en lieu de paix.

Une des plages de débarquement des troupes anglo-françaises.

Je retourne vers le sud.

Et bifurque vers le centre. En fait, je ne m'en étais pas aperçu, mais la route est en sens unique et est jalonnée de statues, cimetières, monuments commémoratifs des lieux de toutes les batailles, avec explications... Ici, une statue émouvante d'un soldat turc portant un soldat australien blessé.

Bon, le symbole est fort. Mais ces pauvres soldats auraient préféré rester dans leurs champs...

Encore... je ne les photographie pas tous, d'autant plus que je sue à grosses gouttes, et que chaque arrêt me fait perdre du poids.

Du moins j'espère...

En français dans le texte.

Un des nombreux cimetières. Il y en a avec les soldats français, mais je crois savoir qu'ils se trouvent nettement plus au nord.

Une statue colossale. Plusieurs mètres de hauteur !

J'aime beaucoup celle-ci. En fait, j'aime bien les sculptures turques, à la fois très modernes et en même temps très expressives.

A la gloire du soldat turc...
Chacun appréciera le fait de glorifier des hommes qui sont allés se jeter dans une telle boucherie.
Pareil pour nous, à Verdun et ailleurs...

Rectification de l'auteur de ces lignes. Ils ne se sont pas jetés de leur plein gré. On les y a obligés. Fin de la rectification.

Encore une superbe sculpture. J'aime moins les couleurs...

Au même endroit.

La route traversant cette zone passe sur les points culminants de la péninsule, et permet de splendides panoramas sur la grande péninsule.

On aperçoit par moments les deux côtés : la mer Egée et le détroit des Dardanelles.

C'est la mer Egée.

A gauche, le détroit des Dardanelles, mer Egée à droite (non visible sur la photo, mais bien visible en réel.

Je quitte cette zone commémorative. Il y en a beaucoup d'autres, on pourrait y passer plusieurs jours sans problème.
Je file vers le sud, pour voir un peu les paysages. Ici, contre jour sur la mer Egée. Le champ de blé a déjà été moissonné !

Alcitepe. Je n'irai pas plus loin, car l'heure avance vite, et j'aimerais prendre ma douche et me reposer un peu de toutes ces émotions.

Je m'achète une belle boule de pain très tentante, au prix de une lire.
Je vous mettrai désormais les prix en lires, vous diviserez par deux et ajouterez un petit chouia pour les avoir en euros.

Le culte de la personnalité. Atatürc, le père de tous les turcs.

La campagne est magnifique, les arbres sont d'une très grande majesté.
Superbes nuages, une mosquée dans le soleil.

Et retour sur le détroit des Dardanelles, au sud. Ici, c'est un parc national.

Istanbul est à 330 km. J'en étais bien plus près ce matin.

Au loin, on aperçoit çanakkale.

Encore une statue, cette fois à Kilitbahir, près du camping, çannakale en arrière-plan.

Et voici mon campement. Au-dessus du détroit, j'entendrai les moteurs des nombreux bateaux qui empruntent le détroit pendant toute la nuit.

En attendant, j'ai l'immense joie de voir passer des dauphins au large. Vision d'une grande beauté.

Plus tard, le coucher de soleil sera admirable.

Je ne m'en lasse pas. Le spectacle a été d'une beauté inouïe.

Voilà, mes amis, la fin d'une journée grandiose.

Et le début de la visite d'un très grand pays. J'ai été sidéré par la gentillesse des gens. A la sortie de la banque, des jeunes m'invitent à boire un café. Ce n'est qu'un exemple que je vous cite de mémoire, il y en a eu plein. Tout le monde fait un petit signe gentil. Si vous désirez demander un renseignement, ils se mettent en quatre pour vous l'obtenir. J'aime ça. Pas le fait d'être servi. Le fait d'être écouté en tant qu'être humain.

J'aime déjà le peuple turc, car je n'avais jamais ressenti ça dans aucun pays auparavant. Et c'est beaucoup de bonheur !

 

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