Etape 046-47 Jour 56

Etape 046-47 - Jour 056 - mardi 8 juin 2010 - 128 photos - 241 km - 10.781 en tout

L'itinéraire en rouge. Presque l'itinéraire prévu. Je saute juste l'étape 46, sans grand intérêt. Presqu'île d'Erdek.

J'ai passé une mauvaise nuit, à cause des chiens. Je m'en doutais, je ne me suis pas trompé ! Ils ont aboyé, tourné autour de la tente. J'ai donc somnolé. Je me suis quand même bien reposé, car les moments pendant lesquels je dormais étaient profonds. Et à bien y réfléchir, je me demande si je n'ai pas moi-même fait peur aux chiens avec mes ronflements, auxquels ils ne sont pas habitués ! Bref, je me lève sans trop me presser (je sais que mon ferry part toutes les heures, au quart). Je ne pense vraiment pas pouvoir obtenir celui de 8h15, mais comme je plie tout en 45 minutes (lever, toilette, petit déj' et pliage...), eh bien j'y parviens haut la main ! Comme quoi, quand on est pressé de se barrer...

Vous savez, je ne vous en ai pas parlé, mais le petit vieux, il couche dans le camping, et vous savez où ? Sous des bâches ! Il m'a montré le fusil qu'il a sous un des sommiers (il y a en tout et pour tout deux sommiers comme meubles !) en cas de mauvaise rencontre ! Les turcs, ils sont super gentils, mais faut pas non plus les ennuyer. Pour ce qui est des bâches, je ne vous raconte pas... Il a vu ma tente, est venu toucher le tissu, m'a demandé s'il pouvait regarder. Je lui ai montré l'intérieur, l'abside, la chambre sous moustiquaire. Il n'en revenait pas, ce qui m'a surpris, compte tenu du fait que ce ne doit pas être la première tente qu'il voit ? Mais allez savoir... Sa douche, qu'il m'a prêtée, est dans un état... Le petit jeune me l'a nettoyée avant, tant il se rendait compte que ce n'était quand même pas terrible. Mais franchement, vous connaissez beaucoup de patrons de campings qui prêteraient leur douche perso à un campeur en cas de manque d'eau chaude -ce qui arrive aussi en France...??? Du coup, je ne fais pas la fine bouche, et j'ai été heureux d'avoir cette douche. Mais c'était chaud quand même, je parle entre l'électricité et l'eau, le genre de truc que je n'aime pas trop, car l'eau est chauffée en direct dans un appareil électrique, et si vous aviez vu les branchements, la lumière qui clignotait, etc. Bref, c'était bien et bon.

Kilitbahir, ma petite ville étape d'une nuit, resplendissante sous ce beau soleil matinal.

4 LT le passage, ça ne vaut vraiment pas le coup de s'en priver. Un plaisir.Je me trouve plongé au beau milieu de la vie quotidienne locale, il n'y a pas un seul touriste. Sauf peut-être une ou deux voitures de turcs en vacances, cette péninsule étant très prisée par eux, compte tenu de la propagande sur la nation turque dont je vous ai parlé hier. Sur le ferry, il y a les gens qui partent travailler sur l'autre rive, ceux qui partent y vendre des fruits avec leur chargement, bref, toute une vie très colorée. J'ai adoré cette petite traversée.

çanakkale, vue à travers un des hublots.

Très vite, la route traverse de jolis paysages.

Mais très vite aussi, l'état de la route se dégrade. En fait, ce n'est pas comme en Grèce. Il y a surtout un goudron très accrocheur, qui doit râper mes pneus. Et ce goudron a disparu par endroits, générant des trous, par-ci par-là. C'est roulant, ce n'est pas dangereux comme en Grèce où l'on se retrouvait d'un seul coup sur une portion complètement détruite. C'est juste fatiguant, je ne peux pas lâcher la bride à Vanadis, je dois la contenir sans cesse. Et comme elle n'aime pas ça, elle tire sur les rennes, et mes biceps fatiguent à force ! Par contre, des panneaux comme celui-ci, il y en a régulièreement, et c'est très agréable de se savoir sur la bonne route. Je roule sur une voie secondaire, je dirais une belle départementale chez nous. Par contre, les routes qui partent à droite et à gauche ne sont pas goudronnées... Alors pour visiter la Turquie profonde, dur dur...

Ne pas confondre avec "stop stop", pour ceux qui ont lu l'épisode précédent !

Un joli petit lac de barrage, spécialité des turcs, qui adorent ça !

L'eau a envahi l'ancienne vallée ! Forcément, c'est le problème écologique des barrages.

Une rencontre. J'ai osé m'arrêter, et leur demander si je pouvais les photographier. La jeune, la première, était morte de rire, et ça faisait plaisir.

La deuxième, beaucoup moins, et elle ne m'a pas regardé. Mais elle a dit "oui", sinon, je ne l'aurais pas fait.
Cette rencontre a été un vrai bonheur.

Un moment plus tard, j'ai croisé ce cavalier, qui voulait que je prenne son cheval en photo, mais pas lui ! Curieux.
Il était seul, sans troupeau.

Le paysage change, la montagne devient plus douce. Les cultures apparaissent, comme je les aime.
En effet, c'est encore la culture traditionnelle, pas de champs à perte de vue, il y a des arbres, des haies. C'est beau.

Arrivée à çan. Je ne mets pas la majuscule, car je ne sais pas comment mettre un "ç" majuscule avec mon clavier, désolé. En turc, un "ç" se prononce "tch", alors qu'un "c" se prononce "dje". Et un "s" avec une cédille (oui) se prononce "ch". Voilà, résultat de ma première leçon de turc. Donc, arrivée à "Chann"... C'est la grande ville du coin. Presque à mi-parcours, si vous regardez la carte. Mais vous ne regardez jamais, hein ?

Ne dites rien, je le sais bien. je ne vous en veux même pas. Bande de fainéants !

L'avantage de prendre le réseau secondaire, c'est de rouler bien plus près des villages. Malgré tout, la route les évite toujours. Et souvent, les routes qui y pénètrent ne sont pas goudronnées. Ici, un tout petit hameau, avec sa mosquée. C'est cultivé partout, vous le voyez bien. Je suis bien dans une région très agricole. Une source sur le bord de la route, avec la date, à laquelle on peut prendre de l'eau. Je demande à un gars qui s'en allait au champ, la bêche sur l'épaule. Oui oui, pour boire. C'est du moins ce qu'il me fait comprendre, et je remplis ma bouteille. Car au camping, le patron ne m'avait montré qu'un seul robinet, et j'ai bien vu qu'il buvait de l'eau minérale. Alors si même eux n'ont pas confiance dans leur eau, je dois être très prudent !

Un autre village un peu plus loin. Certains m'ont énormément surpris. Si je n'avais pas été seul, j'aurais adoré aller boire un coup au café local. Je les ai vus de loin, attablés, les hommes du coin. Les maisons délabrées, les plus anciennes en pisé. Des vaches dans les petites cours, attachées. Des ânes aussi. Du fumier, partout. Des tas de bois. Tout est en partie sur le chemin du hameau, les rues sont à peine visibles. ce sont des passages entre les maisons. Je revois -vaguement- les petits villages vendéens du début des années 1960... Oui, je me souviens du fumier jusque dans la rue, du maréchal-ferrand... Là, c'est vraiment sensationnel, et je regrette de louper ces visites, car il y aurait bien des rencontres et des photos à y faire. Je n'ose pas y aller seul. D'abord parce que les chemins sont très difficiles. Ensuite, parce que tout le monde vous regarde. Mais le peu que je vois, de loin, est absolument fantastique. A coup sûr, tout y est encore dans le même état qu'au siècle dernier pour certaines choses -pas tout bien sûr-, mais c'est terriblement surprenant. Et passionnant. Et ça, je regrette beaucoup de ne pas le faire.

Plus loin, j'ai une autre surprise. Ici, on cultive le riz. C'est très joli, ces carrés de "vert".
De l'autre côté, il y avait des cigognes dans les champs, mais trop loin pour que ça donne quoi que ce soit avec mon objectif. Dommage.

La deuxième grande ville que je traverse est Biga, dont voici une des mosquées. En fait, là encore, je reste en-dehors de la ville.

Une autre mosquée, dans un autre quartier de la ville. Je reste sur les voies de contournement.

Puis je retrouve les grands espaces de la Turquie. Sur la carte, c'est presque insignifiant.

Ici, c'est l'agriculture intensive qui a pris le relais. Vous pensez bien : j'aime beaucoup moins.
Je vais avoir droit à une quarantaine de kilomètres de travaux. Bon, c'est roulant, mais gravier, trous, poussière. Du stress. J'aime encore moins...

Sur ma gauche, au loin, je vais voir apparaître la presqu'île d'Erdek, but de la journée. Et je vais la suivre longtemps, longtemps, longtemps... A tel point que je vais commencer à douter de moi. Aurais-je loupé la route d'accès ? On dirait une île au large, d'ailleurs. De plus, elle semble se trouver sous le déluge, si j'en crois les trainées noires et les grandes taches qui la recouvrent. Bingo ! En quelques secondes, j'y ai droit aussi. Pourtant, le ciel n'est pas noir, c'est très étonnant. Je suis trempé en quelques centaines de mètres. Le moral en prend un coup, car si je dois monter la tente sous cette pluie ! Et si, en plus, ça reste comme ça -ce que le ciel semble bien me laisser augurer-, je ne vais sans doute rien visiter d'autre que les 2 mètres carrés de ma maison. Je roule sous la pluie battante pendant une grosse demi-heure, puis le soleil, à ma grande joie, réapparaît.

Et je ne me suis pas trompé de route non plus, les renseignements recueillis auprès d'autochtones me le confirment. La prochaine à gauche.

Edincik, petite ville avant d'arriver sur la presqu'île. J'achète un superbe pain pour une lire. Hummm, comme il sent bon, je vais me régaler ! A ma question, le boulanger ne comprenant rien est allé me chercher un gars qui parlait anglais. Comme ils sont gentils, partout, c'est un vrai bonheur !

Et le soleil me chauffe la couenne, je suis séché presqu'aussi rapidement que j'ai été mouillé ! Un vrai bonheur !

Erdek. La voici.
Je vois un petit camping. Le gars parle allemand. C'est mignon, ça me plait bien, mais j'hésite. Il n'y a pas Internet. C'est très calme, au bord de l'eau, douche et toilettes correctes -enfin, pour moi, maintenant, c'est correct. Je fais comprendre que je vais réfléchir. En effet, j'ai vu sur Internet la présence d'un grand et bon camping entre l'isthme et la ville même d'Erdek, à dix kilomètres. Et des campings, il y en a beaucoup. Mais ils ont tous l'air délabré.

Je commence à me dire que je vais retourner chez le premier, quand...

Je tombe sur celui-ci. Ils sont en travaux, mais l'un des gars parle très bien l'anglais. Un jeune. Et c'est lui qui semble diriger. Oui, Internet, je vous promets que je vous l'installe pour ce soir. Oui, c'est ouvert. Douche chaude dans un des appartements. 20 lires. Je lui dis OK à 30 lires, pour deux nuits. Il dit "ok, tarif d'ouverture, c'est d'accord". J'aime bien quand les affaires se négocient comme ça. Ils sont tous extrêmement gentils. Comme partout. Décidément, ces turcs sont fantastiques ! par contre, il y a deux chiens, dont un très gros. Je demande s'ils sont là toute la nuit. Oui, ils gardent le camping. Je lui explique ma nuit précédente. Il me dit que je n'aurai pas de problème. S'il y en a, il rentrera le gros chien.

Je décide d'aller manger à Erdek, à moitié rassuré par sa réponse. Mais j'ai décidément trop faim, on verra ça plus tard !

C'est ici que je me suis installé. Lezzet 2. Enfin, qu'ils m'ont installé ! Ils étaient à trois pour s'occcuper de moi, ce que j'aime déjà moins... Un qui m'a repéré avec Vanadis, alors que je tournais autour de la place centrale. Il m'a appelé, montré le parking tout près pour la grosse moto. Son copain est venu à la rescousse, m'a accompagné à une table, un autre est venu avec la carte... Bref, un peu trop à mon goût. Mais jamais agressif, et jamais insistant. Juste ce qu'il faut, juste le maximum possible. Je me commande un sandwich kebab. 3,50 LT. Pffff.... Un délice Le pain, légèrement grillé, les tomates, tout est délicieux ! Du coup, je m'en commande un second. Que j'ai du mal à terminer.

Va falloir que j'aille faire rouler Vanadis pour digérer tout ça !

La plage à Ocaklar. Prononcez "Odjaklar". En fait, j'ai décidé de faire le petit tour du nord-ouest de la presqu'île.

Pour votre gouverne, cette presqu'île se trouve dans la mer de Marmara, une petite mer intérieure qui débouche à l'ouest dans la mer Egée par le détroit des Dardanelles (visité hier), et à l'est dans la mer Noire par le Bosphore, ce fameux détroit séparant l'Europe de l'Asie, et sur lequel se trouve... Istanbul, l'ancienne Constantinople, la ville éternelle ! Allez, à vos atlas, un peu de culture sur allersretours.com, bon sang d'bon soir !

La route est difficile, étroite, souvent en corniche, souvent recouverte de terre rouge, de graviers. En fait, l'orage de ce matin est passé ici, et a fait dévaler de la matière sous forme de nombreux ruisselets qui ont traversé la route en bien des endroits. Je n'aurais pas voulu rouler ici pendant le déluge ! Par ailleurs, en regardant mes traces (GPS), je tiens enfin l'explication du tracé très curieux des routes turques sur Googlemaps, et aussi sur l'atlas routier "Adim adim Türkiye", au 1/400.000ème, que j'ai acheté sur Internet dans une boutique turque avant de partir. Les routes y sont presque droites. Le tracé GPS, quant à lui, correspond parfaitement à ce que je vis avec Vanadis : une série ininterrompue et considérable de virages sans fin, faisant chuter ma moyenne à une peau de chagrin ! Les turcs ont l'art de simplifier le dessin d'une carte : une ligne droite, sur Erdek, ça n'existe pas, sauf sur la carte !

Ici, arrivée au petit village d'Ilhanköy.

La route dans toute sa splendeur. Mais au moins, c'est goudronné.

Et c'est magnifique !

Petit coup d'oeil arrière.

Des criques, des baies. Pas âme qui vive. Et dommage de louper leur vue sous un beau ciel bleu.
Mais ça me permet de voir tout ça sous un autre angle, qui a aussi son charme.

Encore une autre. C'est un vrai festival.
Autour de certaines d'entre elles, juste quelques maisons, pratiquement inaccessibles, si ce n'est par de sales pistes hors de ma portée.
Les villages sont aussi situés sur une crique.

Et voici Turan. Il est plus de 16 heures. Je constate que je tourne entre 20 et 30 km/h, entre ma vitesse très faible, et mes nombreux arrêts photo.
Car c'est absolument sublime, je vous le garantis.

Quelques dizaines de virages plus tard, je suis dans le village, arrêté par des travaux. Il y a un très gros tas de boue au-delà du pont, et une grosse pelleteuse est dans la petite rivière, en train de déblayer des tonnes de boue. A mon avis, l'orage a fait des dégâts. Bien sûr, tout un groupe de bonhommes en train de commenter les travaux... Je m'adresse à eux, leur montre mon atlas -qui a toujours du succès, car il est turc. Ils sont super sympas, m'expliquent de ne pas continuer, ça tourne beaucoup, plus simple de rejoindre directement Ocaklar en traversant la montagne. Oui, la route est très bonne, pas de problème. Oui, une photo, avec plaisir !

Et voici la photo souvenir de mes joyeux lurons.

Par la montagne. Je suis un peu inquiet, mais j'avais tord.

Vue arrière sur la baie de Turan.

La route est assez belle, en tout cas sans problème pour Vanadis et son pilote. Assez vite, j'arrive de l'autre côté. Ocaklar est en vue.

Et je retrouve mon camping avec plaisir. Cemal (prononcez "djemal") vient m'apporter un thé, Murat nettoie la douche et me montre son fonctionnement (couci couça, mais il me dit avec le sourire "c'est turc"... sans s'inquiéter davantage). Ils prennent tout avec le sourire, c'est étonnant. J'avais de l'eau chaude, et c'était bien là le principal. Le patron va ensuite m'installer Internet. Il faut déjà récupérer le cable de la ligne téléphonique, perdu dans les arbres. Rien ne les arrête. Il y a toujours une solution. Devant tout ce qu'il y a à faire, je lui dis que ce n'est pas grave si je ne l'ai pas, que je n'en mourrai pas. Il me répond "C'est évident, mais j'ai promis". Et il y parvient ! Il me donne ensuite un cable pour brancher direct mon PC sur le modem, appelle un ami pour faire la config, tout mettre en place (première installation depuis l'achat de la ligne), et ne part que lorsque tout marche. Il fait nuit, il me donne les clés, et me dit de rester toute la nuit si je veux. Plus tard, bien plus tard, vers 22 heures, Cemal vient avec un verre de lait chaud ! Je vous l'ai dit, ils sont absolument incroyables. En écrivant ce souvenir, je ressens encore l'émotion de cette chaleur humaine. Et le lait chaud, il était dé-li-cieux !

Je retourne à ma tente bien plus tard. sans doute vers 23 heures, ou plus, je ne sais pas. Il faisait nuit noire. Et pas d'éclairage, juste un peu en provenance de la maison, plus loin. Je pensais aux chiens, que j'avais entendu aboyer. J'en avais fait part à Cemal, mais je ne sais pas s'il a compris, car il ne parle que turc. J'allais rentrer dans ma tente quand je perçois une présence...

Je me retourne. Là, à deux pas, le gros chien me regarde, silencieux, sans un bruit. Dieu, qu'il m'a fait peur ! Je n'ai rien dit. lui non plus.
Je suis rentré dans ma tente. Il a du retourner se coucher. je ne l'ai pas entendu de la nuit, j'ai dormi comme un loir.

J'ai adoré cette journée. Je suis en train de tomber amoureuxx de ce pays.

 

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