Etape 071 Jour 70

Etape 071 - Jour 070 - Mardi 22 juin 2010 - 96 photos - 372 km - 12.766 en tout

Toujours plus à l'est. Je "zappe" la partie la plus méridionale de la Turquie. Pourquoi ?
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Départ à 7h45. Tout le monde dort dans le camping.
Je retourne sur la route principale. Toujours ces grandes étendues dont je ne me lasse pas.

Après la traversée d'une grande plaine, la route traverse une petite chaîne montagneuse. Belle forêt de sapins.

Et je retrouve la côte à Göcek. Pour une fois, le bord de mer est très facilement accessible, ce qui me permet de vous offrir cette petite photo.
Encore et toujours un parfum des Tropiques sur cette côte de Turquie vraiment très belle.

La côte est sauvage et escarpée, les criques réapparaissent et sont à nouveau impénétrables...

Regardez-moi ça ! Le bateau, le kayak sont ici, je pense, le meilleur moyen pour accéder à tous ces lieux enchanteurs.

La route est belle. Comme toujours, il faut être très prudent sur les bas-côtés, en fort dénivellé et recouverts de gravier. prudence en posant la bécane !

Arrivée à Fethiye. Grande ville au fond d'une jolie baie que je ne verrai pas. La ville est étendue.
Circulation, très nombreux feux tricolores, très grosse chaleur étouffante, très pénible.

J'aperçois au loin une belle montagne. C'est le fameux Babadag, dont j'avais touché quelques mots sur le forum des scooteristes, leur demandant s'ils trouvaient normal que j'hésite à aller au sommet sur une piste très caillouteuse dont j'avais trouvé quelques photos sur le "Net". Aujourd'hui, je ne me poserais même pas la question ! Je refuse de rouler sur ce genre de piste en montagne avec la GS : elle est tout simplement trop lourde, son poids lui fait prendre trop de vitesse, et freiner en forte pente sur une tonne de cailloux est comme freiner sur une piste de billes... Dérapage garanti, fuite de la roue avant sur un côté, chute quasi certaine. Du moins, pour un pilote comme moi. Je préfère rester sur le plancher des vaches, ou du moins sur un bon goudon bien accrocheur ! Petit joueur, sans doute. Toujours est-il que pour atteindre la mer au-delà de la baie, la route doit passer une partie du massif.

Ici, ça sent le tourisme de masse à plein nez. Les hôtels et restaurants se succèdent, je me demande s'ils ne sont pas plus nombreux que les habitants eux-mêmes ! La descente offre de belles échappées sur la mer. En passant, je prends note d'une forte accumulation de nuages sur les flancs du Babadag.

Olüdeniz. La plage si réputée. Il y a un camping au bout. Les "Jandarma" sont partout. Interdiction de stationner, ambiance extrêmement pénible de côte vendéenne française en plein été au niveau de l'affluence. Je pose quand même la moto pour photographier la folie des humains, l'appât du fric et ce qu'il entraîne. Des tas de bateaux sont là, attendant les touristes. Des locaux transportent des bonbonnes d'eau minérale qui seront vendues au prix fort aux vacanciers. Business, business. A peine suis-je sur la plage, j'entends le coup de sifflet rageur du "jandarma" armé de sa mitraillette, et situé à une centaine de mètres de moi. Il ne peut se déplacer, tenu de rester à son poste, mais je sens bien que je suis le destinataire de l'appel.

Je fais encore quelques photos, avant de retourner près de Vanadis. En même temps, je jette un coup d'oeil discret vers le flic. Oui, c'est bien après moi qu'il en a... Je remonte sur Vanadis, déterminé à fuir cet endroit. Je suis allé vers le camping : barrière, club de plage, gardiens... J'ai purement et simplement fait demi-tour, pas même parlementé pour aller voir. Pas envie. Plus envie. Et pourtant, c'était mon étape du jour !

Je vous dois quelques explications. Souvenez-vous, au Montenegro, j'ai rencontré Peter, un anglais cherchant des sites propices au parapente en Europe, et voyageant dans une visa aménagée "camping-car". Peter avait vu sur mon site que je prévoyais de passer ici à Ölüdeniz dans mon étape 72. Il m'envoie alors un mail en me disant "Jef, tu dois aller voir mon ami Hector et faire le parapente avec lui, car c'est là-bas un des meilleurs spots au monde. Il te fera un super prix, j'ai fait son site Web". Pourquoi pas ? Je viens de rencontrer le fameux Hector. J'ai instantanément détesté le personnage. Fric, fric, et fric. Il pue le fric, ne pense qu'à ça, ne parle que de ça. C'est le genre de type qui te dit "tout ce que tu veux, je peux le faire pour toi, tu me demandes". Il parle un anglais affreux, extrêmement rapide, pense sans doute qu'il le parle à la perfection, ne fait aucun effort. Je le regarde opérer avec les clients qui passent, et il y en a plein : forcément, puisqu'il fait tout. Le parapente, mais aussi les promenades en bateau, les hôtels, les restaurants... Il n'écoute pratiquement pas ce que demandent les gens, et quand il a fini de parler, il leur demande les billets... Je finis par lui dire "je vais monter ma tente et je reviens". Entretemps, j'ai entendu que la pluie était bien au programme ici, pour ce soir ou demain. Evidemment, ma décision est déjà prise : je sais bien que je ne reviendrai pas. Je m'enfuis littéralement, comme il m'arrive parfois en de rares occasions dans un voyage.

Avant de quitter ce lieu, puisque j'aperçois une route qui passe en corniche plus loin, j'ai envie d'aller y poser mes pneus.
Je suis persuadé d'avoir une vue d'ensemble de la baie.

Magnifique. Enfin, je vois à quoi ça ressemble, de loin, puisqu'on ne peut pas voir de près !

Un vrai décor paradisiaque, je comprends que le tourisme se soit hyper développé dans ce lieu.
Mais en faisant ça, ils gâchent tout, comme toujours avec les humains.
Quand il y a de l'argent à faire, la nouvelle se répand, et tous les rapaces atterrissent... Comme ils sont trop nombreux, on a ce genre de résultat !

Ceci ne m'empêche pas de trouver l'endroit exceptionnel. Il l'est vraiment.
Il faudrait avoir son petit bateau, et passer tranquillement, un peu au large de la foule.

Vous ne le voyez pas, mais je vous l'ai déjà dit. En plus de la beauté des lieux, qui, à elle seule, vaut le déplacement, l'eau est transparente, et chaude.

Vous l'avez compris, je me "casse", comme disait Patricia, et sans passer par la case "Kas", site magnifique prévu au milieu de mon étape 74, et que plusieurs touristes de rencontre m'ont dit de ne surtout pas éviter. Je roule 4-5 km plus loin, mon atlas montrant des routes me permettant de rejoindre la voie principale. Je demande à des chauffeurs de taxi. Non, pas d'asphalte, dangereux, il faut impérativement retourner par Fethiye... OK, pas le choix !

Stop. Etude de la situation, analyse, décision. Cet afflux du tourisme agressif sur cette côte vient de sonner le glas de la poursuite de mon voyage sur la côte Egéenne. J'en ai assez vu. Je vais donc zapper la partie la plus méridionale de la Turquie (2-3 étapes) et rejoindre directement le site de Sidé. En effet, je sais trouver un camping acceptable là-bas. Une longue route m'attend, il est 11h15, c'est jouable si la route est bonne.

Bizarrement, en quittant la côte, je perds aussi les nuages. Chouette, ça va dans le bon sens, d'habitude c'est l'inverse.
Au loin, les montagnes vers lesquelles je me dirige avec une légère appréhension. Que me réservent-elles ?

Eh bien, que du bonheur ! Je sais que j'ai fait le bon choix, du moins celui qui me correspond au mieux, et je suis heureux.
Les paysages sont grandioses, la montagne est belle, la route aussi.
J'ai retrouvé la joie du voyage, loin de la foule. Quel changement en une heure. Deux mondes totalement différents ! Diamétralement opposés.

Et c'est là, dans la montagne, que la miss Vanadis...

tourne une page de sa vie... Les six chiffres de son compteur sont désormais utilisés !

Les vallées sont tellement énormes qu'il faut bien rouler pendant 20 minutes pour en changer. Les paysages m'accompagnent ainsi longuement.

La différence avec la France, c'est l'immensité. J'y reviens encore, car c'est vraiment l'élément essentiel. C'est très peu habité. Tu roules, mais tu ne traverses pas de village, ou très peu. Le long de la route, des bouilleurs de thé, des vendeurs de fruits et légumes, disséminés de-ci de-là, en général sur des points panoramiques, mais pas toujours.

La voie est large, il n'y a pas ou extrêmement peu de virages dangereux. Tout peut s'enrouler à 100/120, je pense. Pour ma part, je roule entre 70 et 100, c'est une vitesse sympa, et je ne prends absolument aucun risque. Le seul problème ? Devoir m'arrêter pour peindre un tableau. Comme c'est dur de rétrograder et d'arrêter le moteur ! Mais vous voulez des images, alors je vous en fais un peu.

C'est ici que j'installe la caméra. Il y avait longtemps. De cette façon, je n'ai plus de photos à faire !

Et malheureusement, les réglages s'étaient un peu défaits, et la totalité du film est mal cadrée : beaucoup trop sur la route, on ne voit pas ou trèss peu le paysage. C'est une grosse déception, car sur cette traversée, je vous garantis que c'était terrible ! D'abord les montagnes, comme vous avez vu. Ensuite, des zones plus vallonnées, ensuite une zone de steppes. J'ai adoré cette journée de route, un "must".

Ma joie a par contre été entachée par de longues et pénibles zones de travaux. En Turquie, ce n'est pas du tout comme chez nous. Quand ils font des travaux, c'est à l'échelle de leur pays : immenses. Il s'agit la plupart du temps du passage de deux voies en quatre voies. Ils entament le chantier à plusieurs endroits en même temps, ce qui a pour résultat de faire durer le plaisir sur 50 ou 100 km... Ben oui, c'est comme ça. Aujourd'hui, j'ai eu une quinzaine de km très pénibles, sur cailloux, avec une poussière considérable, bien qu'ils passent régulièrement sur la zone avec des camions-citernes spéciaux arrosant la partie composée de graviers... Et en tout, environ 100 bornes entrecoupées de zones roulables, mais c'est toujours pénible !

Je trouve mon camping facilement, avec l'aide d'un chauffeur de taxi qui fait ce boulot en complément de sa retraite de policier-motard ! En fait, c'est la cour de la "Pansiyon Istanbul" que le patron appelle "camping". Il est sympa, c'est bien situé (juste à côté des ruines de Sidé, ancienne cité grecque), il y a Internet. Douches et toilettes sont "justes", mais acceptables. Bref, un petit hâvre de paix. Juste un coq et des poules qui m'agacent quelque peu, car je ne veux pas les voir entrer dans l'abside de ma tente. Le patron m'apporte un parasol et une chaise, ainsi qu'une prise électrique. La seule chose qui m'ennuyait un peu, c'est de planter ma tente entre deux voitures... Et une légère odeur d'égouts : forcément, je suis juste au-dessus des tuyaux...

Je vais faire un tour avant de me reposer, histoire de voir le site. C'est très plaisant, parce qu'on peut rouler au milieu des ruines !

Du coup, j'ai cru que c'était gratuit. Pas du tout. 10 TL le musée, et 10 TL le théâtre. Quand on sait que la Müzekart turque permet de visiter toute la Turquie archéologique pour 20 TL, ça fout les boules ! Bien sûr, je ne paye pas. Au bout de la route, un parking payant, quelques magasins, une rue piétonne, et l'accès à la plage. Avec Vanadis, je dois faire demi-tour. Ben oui, je suis encore sur ce rivage hautement touristique ! Je pensais vaguement rester ici deux nuits. Ben non, je viens de prendre une nouvelle décision : demain, route vers l'intérieur de l'Anatolie ! La plage, c'est terminé !

Retour vers le camping. Bien sûr, ce doit être sympa de déambuler dans ces ruines, mais comme je n'ai aucune possibilité de laisser Vanadis sur la route, je ne ferai que quelques photos en passant. Les taxis me klaxonnent, ça me "gave": ils sont très nombreux, les affaires doivent tourner !

A propos du klaxon en Turquie. Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais je vous avais signalé mon étonnement devant le calme des grecs en ville. Jamais, ou très rarement, il ne l'utilisent, et prennent leur mal en patience et en silence ! Les turcs, dont on m'avait dit "fais gaffe, ils conduisent très mal, c'est très dangereux", conduisent en fait plutôt bien. Assez vite, ils respectent peu leur réglementation, mais ça va. Bon, c'est vrai, ça double en ligne continue, il faut être vigilant, mais globalement, je suis agréablement surpris. Mais, car il y a un mais, ils ont un défaut presque insupportable. En ville uniquement, ce qui est logique, car je ne vois pas l'utilité de mettre des feux de circulation en pleine campagne... Bref, en ville, ce sont des excités du klaxon. Lorsque le feu passe au vert, tu dois avoir à ta disposition environ 1/20ème de seconde. Passé ce délai, si tu n'as pas commencé à rouler, tu reçois déjà dans les oreilles les trompes agressives de ceux qui attendent derrière ! Vraiment des malades, sur ce point de vue.

Sidé tel que je l'ai vue.

Comme vous le voyez, la route passe sous cette grande porte. L'ancien et le moderne, en quelque sorte.

Le camping-pension ou la pension-camping se trouve à quelques centaines de mètres seulement d'ici. Je pourrais bien venir à pied si je le voulais !

Quelques personnes travaillent sous le parasol. J'ai comme l'impression que le puzzle sera difficile...

Enfin, après un grand détour, j'ai trouvé le moyen d'accéder à la plage... Pénible. Et l'accès se fait par un bout de piste, forcément, un peu en sable...

Pas une plage pour moi...
Une plage pour citadins qui, après s'être agglutinés en ville pendant 11 mois, viennent passer le dernier serrés comme des sardines.

Restez "kroupir", comme disait un certain sergent allemand dans un film français bien connu, la septième compagnie..

Sauve qui peut !

Je peux.

Douche, repas. Je suis bien fatigué, ce soir, et, une fois les photos et traces transférées, les sauvegardes effectuées, les mails envoyés, le sommeil ne met pas longtemps à me terrasser ! J'ai dormi comme une souche...

 

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