ea2010 - Jour 072

Jour 072 - Jeudi 24 juin 2010 - 194 photos - 183 km - 13.298 en tout

Rasim -le patron du camping, à qui j'ai dit que je n'aurai pas de mal à retenir son prénom, il me suffit de penser à Racine- m'a expliqué, hier, comment aller voir le lac Tuz (Tuz gölü), mais dans un coin où l'eau est déjà évaporée, où il ne reste que le sel sur de grandes étendues, où je pourrais même faire rouler Vanadis. Je pourrai la laver au camping au retour.

Il ne m'en faut pas plus pour me faire démarrer... C'est donc tout excité que je démarre ce matin, vers 9h30. Pourquoi si tard ? Tout simplement parce Rasim m'a invité à prendre le petit déjeuner, à ses frais. Deux oeufs à la coque, confiture, pain, thé, c'était délicieux. Franchement, si vous passez ici, venez dans son camping (ou sa pension), car voilà quelqu'un qui sait recevoir ! Et je vous l'ai dit, il parle parfaitement bien français.

D'emblée, je retrouve les grandes étendues plates. Mais j'avais oublié un point : l'altitude est ici de 1.000 mètres. C'est pour ça qu'en hiver, il y a beaucoup de neige, et que la température descend à -20 degrés sans problème. Brrrr, je ne voudrais pas vivre ici !

De vieilles bâtisses abandonnées dans la steppe.

Il y a du vent. Ils annoncent de la pluie. Déjà, hier au soir, il y a eu un orage. Pas bien méchant, mais l'atmosphère s'est terriblement rafraîchie. C'est ainsi que je suis passé de 35 degrés à 15.... En moto, 15 degrés, ça va, c'est très agréable.

C'est la saison des moissons. je vois pas mal de moissonneuses, et de tracteurs, occupés à couper les blés.

Toujours ces très gros graviers utilisés avec le goudron, qui très certainement usent mes pneus à une vitesse folle...

A mon grand étonnement, il y a beaucoup de petits villages. Ils se suivent assez régulièrement. L'agriculture est ici l'industrie principale.

Tiens, deux ânes, non attachés, sur le bord de la route.
On ne s'en rend pas compte sur la photo, mais ils sont tout petits, à peine plus grands que des poneys.

Tiens, des vaches... Il n'y en a pas beaucoup. Dans les villages, j'en vois une ou deux dans une cour à côté des maisons. Dans ce cas, elles sont maigres.

Encore des maisons qui me semblent abandonnées.

Les deux points noirs, ce sont en fait des cigognes. Désolé, c'est un peu loin pour vos yeux. Pour moi, c'était très bien.

Je me suis avancé dans le pré, elles n'ont pas apprécié.
Faut dire qu'avec mon accoutrement, les longs cheveux blancs en bataille, la veste noire, le casque, les gants...
Elles ne doivent pas en voir souvent, des "comme ça" !

Très très loin, les cônes de vieux volcans. Ce qui me fait penser à... l'Islande ! Eh oui, certains paysages islandais ressemblent à ça.

Cigogne.

Et... un troupeau de cigognes, un !
Je me suis apprtoché, elles se sont éloignées. J'ai couru, elles sont allées plus loin. Je les ai contournées, et cette fois, elles se sont enfin toutes envolées.
C'est ce que je voulais. Les voici, dans le ciel, au-dessus de Vanadis. Dans le ciel noir.

Magnifique. Instant magique. Grand souvenir pour moi.

Et Vanadis qui n'a même pas relevé la tête !
De toute façon, je vais vous dire un secret. Elle n'aime QUE la route, point final.

Bon, que je vous raconte un peu. Car là, telle que vous voyez la miss, nous sommes sur le chemin du retour du lac !

Quoi ? Et les photos ?

Il n'y a pas, et il n'y aura pas, de photo. Parce que je n'ai pas pu aller jusqu'au bout. J'ai été arrêté par les "Jandarma" à 6 km du sel. Tout a été acheté par une entreprise privée. Et ils m'ont refusé l'entrée. Des camions y allaient, mais pas moi. Excuse bidon : l'état de la route. J'ai tout essayé, proposé un peu d'argent -pourtant pas mon style, mais je viens de faire 90 km pour venir jusqu'ici, mine de rien, 90 km de steppes!-, demandé d'appeler son patron, montré mon compteur pour lui faire comprendre le chemin parcouru. Le gars était sympa, m'a dit ne pas comprendre pourquoi il ne peut pas me laisser passer, mais il n'y a rien à faire. J'ai donc du faire demi-tour. En rage, j'étais vraiment en rage. Tout ce chemin parcouru pour rien. Puis je me suis peu à peu calmé, que ce n'était pas tout-à-fait pour rien, etc. Bref, voilà, vous savez tout ! Ma grosse déception de ce voyage, car je tenais à voir ça.

Sur le retour, je croise un berger monté sur son âne. Je m'arrête, lui fait un signe de loin. Il descend de son âne, et se dirige vers moi, souriant. Il a la tête enveloppée d'un foulard. Il est extrêmement sympathique, me propose de photographier son troupeau -mais pas lui. Nous discutons bien 10 minutes, je ne comprends rien à ce qu'il me dit, lui non plus, mais c'est une belle rencontre. Si, j'ai compris qu'il dormait la nuit dans la steppe, au milieu de nulle part, avec ses moutons. C'est l'âne qui porte son matériel de camping. Un grand moment d'humanité, beaucoup de simplicité. Il est venu près de Vanadis. Je lui ai proposé de monter dessus, mais il n'a pas voulu.

A gauche, des tout petits bouts du lac Tuz, que je ne verrai pas en 180 km... Aucune route n'y conduit.
De toute façon, tout y est interdit. La chasse, la pêche... je ne sais pas pourquoi ce lac est si "secret".

Göliazi. Je m'étais déjà arrêté dans ce village à l'aller, pour demander la route du lac salé. Un homme m'avait répondu en allemand, en excellent allemand. Ses indications étaient bonnes, sauf que... Vous savez la suite. Il m'a dit avoir passé 18 ans en Suisse. Et que beaucoup de gens de son village parlaient français, allemand, italien. Il m'a demandé de m'arrêter prendre un thé au retour !

Je m'arrête donc. Il n'est pas là. Mais le patron de ce magasin vient me parler, lui aussi en allemand. 17 ans en Suisse, comme cuisinier dans un restaurant de cuisine espagnole ! Il m'apprend que je suis ici dans un village Kurde. Il n'y a que des Kurdes, et dans tous les villages le long du lac, ce sont des kurdes, venus ici voici deux siècles (je ne suis pas certain de ce chiffre, mais presque). Il m'offre le thé, je reste tout un moment à parler avec lui. Il me dit qu'ils n'ont aucun problème avec les turcs, que les soucis viennent d'en-haut... Toujours la même histoire, entre les hommes. Ils se supportent, vivent ensemble. Il y a juste le problème que certains attisent les haines.

Il me dit que les hommes de son âge sont partis un peu partout en Europe, et revenus. mais que maintenant, il commence à assister à une fuite des jeunes, qui ne veulent plus revenir. Et il est inquiet pour son peuple. Ils n'ont pas le droit de commercer en Kurde, mais ont conservé entre eux l'usage de leur langue maternelle. Partout la même histoire !

En tout cas, le voici ici avec son fils, qui me fait le signe du "V". merci, l'ami, pour ton accueil, pour ta gentillesse, pour ton humanité. Rien que pour ça, je ne regrette pas les kilomètres parcourus. A ce propos, il a téléphoné pour essayer de comprendre la raison pour laquelle je n'ai pas pu voir le sel. Il ne comprend pas, c'est la première fois que ça arrive, on a toujours le droit d'y aller. Fallait bien que ça tombe sur moi !

Les blés, prêts à être moissonnés. Ils sont beaucoup plus petits que par chez nous.

J'avais vu, à l'aller, ce petit lac, entre Eskil et Esmekaya. Le lac Akgöl.
Il brillait comme un miroir dans le soleil, et je me suis demandé si c'était de l'eau ou... du sel.

C'est le moment d'aller voir, j'ai le temps, et j'ai payé pour ça !

Je pose Vanadis et m'avance. Bingo, mais c'est bien sûr. Il est à sec, et c'est bien du sel !
Il y a un petit village en face, j'aperçois la mosquée.

Je décide d'avancer jusqu'au milieu.
Je sens que ce n'est pas tout-à-fait sec, j'ai l'impression d'enfoncer, mais en regardant derrière moi, je vois à peine ma trace.
Non, pas de danger, je peux marcher.

C'est génial. J'en aurais vu un. Bien sûr, presque plus de sel, ce lac est tout petit. Bien sûr, c'est très léger.
Mais j'ai vraiment adoré cette marche sur ce lac asséché, c'était très spécial. Un grand moment.

Retour vers la terre ferme. Je suis allé jusqu'au centre.
En face de la mosquée.

Et retour sur la route. De loin, avouez que c'est très étonnant.
Rempli d'eau, ou recouvert de sel, on ne sait pas, mais quand le soleil tape dessus, tous les doutes sont permis !

Quelques maisons abandonnées, une fois de plus.

Et me voici de retour sur la grande route. C'est le village Esmekaya.

Il y a des maisons vraiment en triste état, mais je vous confirme que c'est habité. Les animaux sont dans la cour, chèvres, parfois une vache, poules...

Un exemple.

Un peu plus tard, j'arrive à mon village, Sultanhani.
Cette fois, je vais aller visiter le caravansérail seljuk -les Seljuk étaient les premiers turcs installés en Anatolie- construit entre 1229 et 1236.

Un bus de japonais arrive au même moment. je décide de visiter en sens inverse, de façon à ne pas les suivre.
L'entrée est de 3 TL, ce qui est acceptable.

A l'intérieur, une exposition de vieux outils du début du 20è siècle ne colle pas vraiment avec le site, c'est à mon avis un peu dommage !

C'est beau. Il y a une partie couverte, pour loger les caravanes en hiver.
J'essaye de m'imaginer... A l'époque de la guerre de cent ans chez nous, entre anglais et français.

J'aimerais tellement pouvoir remonter dans le temps, et visiter ces lieux lorsqu'ils étaient vivants. Difficile d'imaginer;

La partie couverte est très sombre. On peut allumer des lampes. Une sur trois fonctionne, et la lumière qui s'en échappe est bien faible...

Mais c'est suffisant pour vous donner une idée du lieu.Je trouve que ça ressemble aux nefs de certaines de nos cathédrales et/ou églises.
Mais l'usage en était bien différent ! Essayez d'imaginer cette salle remplie de chameaux et de marchandises, d'hommes armés, etc...

Au centre, il y a une tour carrée, avec des escaliers extérieurs. Rien n'indique que ce soit interdit. Donc je monte.

Les marches sont de hauteur différentes, et extrêmement hautes. J'ai beaucoup de mal à en passer certaines et, surtout, les muscles avant de mes cuisses deviennet très vite douloureux. Rouillé, le garçon, vraiment rouillé. Mais pour couper net l'assaut de soldats, c'est une bonne méthode !

Une partie de la partie non couverte du caravansérail. Au bout, l'entrée principale.

Cette petite salle se trouve presque au sommet de la tour centrale, en fait juste en haut des marches extérieures si difficiles.

Détail de la porte principale.

Vue d'ensemble. Vous connaissez la miss : elle voulait être sur la photo. J'ai été obligé de promettre, sinon, pas de démarrage.
Pas toujours facile. Je préfère dire oui immédiatement, comme ça, j'ai la paix, et ça la calme quelques heures;

Et arrivée au camping. Accueil de Rasim, du haut de ses marches. Il somnolait sur un de ses divans.
Rasim est un faucon de nuit. Il aime la fête, et est souvent fatigué le jour !

Au fond, la partie "terrain de camping". Tout simplement magnifique !

Après-midi passé sur la terrasse, avec mon PC, Internet, et Rasim qui m'interrompt de temps à autre. Il a besoin de parler, sans cesse. Il téléphone sans arrêt. Ce soir, je mange avec le patron dans le salon. Hier soir, j'ai également mangé avec lui. Il avait des copains aussi, qui ont joué au Tavla, jeu de stratégie et de hasard, avec des pions et des dés. Je suis parti vers 22 heures, bien fatigué, et heureux de retrouver le silence de ma tente, mon tapis de sol, mon duvet redevenu indispensable ici en Anatolie centrale, ma musique...

 

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