ea2010 - Jour 094

Jour 094 - Vendredi 16 juillet 2010 - 24 photos - 354 km - 14.906 en tout

L'itinéraire est en vert, pour changer !

Je suis réveillé de bonne heure par... les sud-africains, qui partent. J'aurais aimé discuter avec eux ! Bien. Il fait déjà extrêmement chaud, il n'y a pas un souffle de vent. C'est la jungle, ici. OK, c'est décidé, je me barre, pas question de rester une journée de plus dans cet enfer végétal. Mise en route du PC, étude du trajet, je note les noms des villages à traverser, je plie bagages, je vais payer et, à 8h30, je démarre la moto !

Ah, au fait, le compteur de Vanadis, hier soir, au camping. Dans le même état ce matin, forcément, car la miss reste toujours près de moi la nuit !

La route depuis Kylios jusqu'à Kemerburgaz est plus facile à trouver que je ne le pensais. Un souci de moins, donc. Mais elle est très difficile. Il faut savoir que cette zone côtière de la Mer Noire est très accidentée, et entièrement recouverte d'une dense forêt. Les routes y sont étroites et complètement défoncées. Du coup, ma vitesse est très faible, mais j'avance quand même, bon gré mal gré, le coeur en joie. Tellement je suis heureux de quitter la Turquie ! Bizarre, quand même, qu'au bout d'un certain temps dans un pays, je sois toujours heureux de repartir !

A Kemerburgaz, j'ai la grande surprise de trouver une route splendide et large, en deux fois deux voies. Je suis par contre un peu surpris de n'y trouver que de gros camions-bennes, qui roulent à tombeau ouvert. Et petit à petit, je me dis que ça ne va pas durer, que tous ces camions s'en vont travailler sur la route, sur MA route.... Bingo ! D'un seul coup, sans aucun panneau d'avertissement, un gros panneau de sens interdit apparait sur la belle route goudronnée. Et, à droite, une route défoncée, sans asphalte ! La plupart des camions continuent tout droit. Que faire ?

Je stoppe, bien décidé à arrêter le premier véhicule. C'est un camion. Le gars, sympa, me dit de le suivre. Il n'y a qu'un kilomètre complètement défoncé. Ensuite, je suis bon pour une quarantaine de km de travaux, de virages, de montées et de descentes... Sous un ciel menaçant, gris noir. J'aperçois de temps à autre des lacs, et la mer, au loin, sur ma droite, au-delà de forêts denses.

Enfin, vers Yassiören, ça devient nettement mieux. Au moins, les travaux sont terminés.
C'est ici que je rencontre cette espèce de buffle... Pas souriant pour deux sous !

Plus j'avance, et mieux c'est. La route devient belle, le ciel s'éclaircit. C'est la fête !

Les paysages ressemblent à ceux de la campagne française.

Je pourrais me croire dans le Maine-et-Loire sans aucun problème. Juste que les distances entre villages sont nettement plus importantes.

Saray. Ma première ville d'importance depuis que j'ai quitté Kylios.
Achat d'un dernier pain turc, c'est tellement délicieux.

Et je vais à la banque. Il me reste pile poil 100 TL. Je désire les changer en Leva, la monnaie bulgare. Qui se trouve être exactement au même taux que la lire turque ! Incroyable. Les calculs seront donc aussi faciles à faire en Bulgarie, je ne change que le nom. Pour un euro, à peine 2 Leva (1,93). Mais mon banquier turc ne veut pas me donner de Leva ! OK, je vais donc prendre des euros. Ce banquier est vraiment enquiquinant, méticuleux. Il veut mon passeport, il en prend photocopie, il dit qu'il me donnera 48 euros seulement contre mes 100 TL, puis il vient finalement avec 50 euros (je m'en doutais, il n'a pas de pièces....). Et il oubliait, en plus, de me rendre ma carte d'identité ! Décidément, la Turquie est moins sympa à la sortie qu'à l'entrée. Mais qu'à celà ne tienne, dans très peu de temps, maintenant, je serai parti !

Je ne mange pas, je fonce. Pas envie de traîner, je suis pressé de passer la frontière, maintenant. Il est presque midi.
Il me reste moins de 120 kilomètres à parcourir, une paille !

Kirklareli, dernière ville avant la frontière Plus que 45 km. Et voici à nouveau des travaux !

Heureusement, ce n'est pas bien méchant.

Et voici la frontière. Contrôleur désagréable. La première guérite de contrôle se trouve de mon côté, à droite. Or, c'est aussi la dernière guérite de contrôle pour ceux qui rentrent en Turquie ! Imaginez la débilité du système, on se retrouve nez à nez avec les véhicules arrivant en sens inverse ! Jamais vu ça jusqu'à présent. Je pense qu'ils le font exprès, ou alors, ils ont un grain. Soyons gentils, on va dire qu'ils le font exprès...

Ensuite, il faut s'arrêter et aller soi-même dans un bâtiment pour les contrôles suivants. C'est écrit sur un panonceau, mais il n'y a aucune barrière. Tu avances, tu ne vois pas, et tu es refoulé au contrôle suivant... ce qui m'est arrivé à l'entrée en Turquie. Du coup, j'ai l'expérience, je ne me fais pas avoir deux fois. 5 motards autrichiens se sont fait avoir, ils reviennent du dernier poste...

Deux contrôles à l'intérieur de ce bâtiment. Au final, le dernier me demande où j'étais en Turquie. Je lui raconte très brièvement avec force sourires, il me tend mes papiers, c'est tout ce que je voulais.

Le dernier contrôle est effectué par une... FEMME ! Quoi ? Mais on s'améliore, par ici ? On veut finir sur une note sympathique ?

Trop tard
Allez, bye bye, Turquie.

J'ai admiré tes paysages. J'ai apprécié ta gentillesse et ta serviabilité.
J'ai adoré ton sens de l'hospitalité.
J'ai adoré ta cuisine.
Je n'aime pas ta religion. Je n'aime ta façon de traiter les femmes.
J'ai détesté le prix de ton essence.
Je garderai quand même un très bon souvenir de mon séjour chez toi.

Si je reviens, ce sera avec une voiture, et surtout pas seul.

Et merci pour la balade.

Entrée en Bulgarie. Vitesse limitée à... 40 km/h... De toute façon, difficile d'aller beaucoup plus vite, tant la route est défoncée !
Bureau de change, 1 euro pour 1,93 Leva. C'est OK, je donne les 50 euros reçus de mon banquier turc.
Et mes 100 TL se trouvent finalement transformés en 96,50 Leva... Acceptable !

Je demande à un passant où se trouve la prochaine station d'essence. Car je roule maintenant sur la réserve. Vous vous souvenez, j'ai fait mon plein hier matin... Le gars parle allemand. "Oui, la station est à 2 km. Non, ne va pas à Tsarevo par la route normale, elle est complètement défoncée, ce n'est même plus une route !". Eh bien dis donc, heureusement que j'ai demandé, moi !

Station d'essence. Le plein SVP. Le prix ?
2,17 Leva le litre. En Turquie, c'était 3,67 TL. Je rappelle que c'était le même taux de change !

Plus de 40% moins cher... Bonheur !

Ah, l'écriture cyrillique. J'adore. Quel dépaysement !

Donc, du coup, je roule vers Burgas, je trouverai bien une location là-bas !
La route est vraiment mauvaise sur les 30 premiers kilomètres. Les suspensions de Vanadis bossent bien.

Tout me rappelle ici la DDR, l'ex Allemagne de l'Est, que j'ai connue dans les années 1972-1976. C'est exactement le même système routier, j'ai l'impression de retourner plus de 35 ans en arrière. Incroyable ! Les villes sont à l'écart de la route principale, on ne les voit jamais, ou presque.Ce système permettait un contrôle très efficace des entrées-sorties des villes, il suffisait de bloquer un carrefour, et le tour était joué ! D'ailleurs, je vois plusieurs voitures de police roulant au pas. Les flics ont des têtes absolument pas sympathiques ! Ce sont les mêmes !

A moins de 20 km de Burgas, le ciel est noir d'encre, et des éclairs déchirent l'horizon de partout. La chaleur, absolument intense, fait craquer le ciel. Or, je vois un panneau "Sozopol" à droite. Et là-bas, c'est encore bleu. Et en plus, j'avais noté cette ville. Je n'hésite pas une seconde, je prends à droite !

Sozopol... Très attirante, cette ville. Si toutes les femmes sont comme ça, ça va être génial !

Je passe devant un terrain de camping. Porte fermée, un jeune est assis derrière, me regarde sans un seul sourire, et continue son boulot. Sympa, comme accueil. J'allais entrer, je me ravise, je me barre. Trop détestable ! En ville, je m'arrête devant un marchand de glace, et lui demande s'il ne connaîtrait pas une location. Il téléphone. 40 Levas ? Trop cher. Au bout de la route, la mer. Cul-de-sac. Demi-tour. Je pose la moto sur les pavés. Des panneaux de stationnement interdit partout, avec les dessins des ramasse-fourrière... Décidément, pas accueillant, ici. Des flics un peu partout, pas souriants non plus. Je repose ma question à un gars devant un bistrot. Il parle anglais, cool... On avance. Oui, une location pour 25 Levas. Oui, viens, on va visiter, c'est juste derrière. Une femme arrive pour me faire visiter. C'est sale. Escaliers minables, un gars crache dans une poubelle. Premier étage. Je vois Vanadis, et je vois un flic qui s'en approche. Je le montre à la femme qui me précède. Elle téléphone aussitôt au gars du bistrot, qui va expliquer au flic où je suis. Puis elle me dit : "il faut que tu y ailles en vitesse..." ! Décidément, ils sont "barges", ici !

Je cours. Par cette chaleur, je suis trempé au bout de 3,50 mètres, je commence à goutter au huitième mètre, une flaque d'eau me suit au quinzième, un torrent coule sous mes pieds lorsque j'arrive, essouflé, devant le flic. Genre : le sergent Garcia de Zorro. Aussi gros. Aussi content de lui. Sûr de sa force. Mais je sais que, arrivant essouflé, m'excusant, et faisant le "pauvre gars qui regrette et s'excuse" comme je sais le faire quand j'en ai besoin, ça peut aider. De suite, le sergent, voyant que son autorité est totalement reconnue, me fait un sourire." OK, pas de problème. J'ai aussi une moto..." Il a en effet une belle BMW lui aussi, nettement plus petite que la mienne, toutefois... Je le félicite, le remercie de sa gentillesse, enfourche mon merveilleux canasson, et démarre tout en douceur, un petit salut à l'adresse du flic heureux, qui me le rend aussitôt.

Et j'en profite pour me barrer d'ici, car la location, que je n'ai pas vue, ne me plait déjà pas... Merci, sergent Garcia, pour ton intervention très appropriée.

Retour au camping. Je rentre. Je ne regarde pas le jeune "con" et m'avance vers un vieux. Il parle français, est tout sourire et gentil. Pensez-vous, j'adore les français. Le prix ? 26 Leva. Cher ! Attention, c'est le prix dans CE secteur. Si vous approchez de la mer, c'est plus cher... On ne me l'avait encore jamais faite, celle-là, dans un camping ! Ils font vraiment fort, ces bulgares. Je veux voir les sanitaires. Et j'y vais. Et je fais bien. C'est totalement minable, ça pue, c'est presque indigne. Sauve qui peut....

Retour en ville, mais dans la ville neuve, cette fois. Rien... Je questionne un gars qui pianote sur un PC dans une courette, il appelle sa nana qui ne me regarde même pas, discute avec lui, et m'annonce 40 levas. Et aucun sourire, en plus ! Je fais demi-tour, en pensant aller à Burgas. Je roule doucement, j'aperçois une femme qui m'interpelle, le bras levé... "room freee...". OK. J'arrête. Elle arrive vers moi. Oui, j'ai une chambre, juste là, pour 25 Leva. Vous parlez allemand. Je vous passe mon fils qui parle allemand... et elle me tend un téléphone portable. Je comprends mal ce qu'il me dit, je saisis qu'il a aussi un garage pour mettre la moto, il a aussi une moto. Je demande à 20 Levas, la dame "tique" un peu, mais semble accepter. Je la suis. Finalement, j'apprends que c'est au 5ème étage... Escaliers. Je suis "mort", j'en ai marre, allez, un dernier effort. Top-case, sac, valise... J'arrive en l'état "serpillère". C'est beau, propre, joli appartement, Ok, j'ai bien fait. Un jeune arrive, plutôt "baraque". Il parle allemand. C'est le fils, qui s'est libéré très vite de son boulot, mais doit y retourner illico presto. OK à 20 Levas, dis-je ? Ah, mais non, pas du tout. C'est 25 EUROS, pas Leva ! ?Je fais la gueule. J'ai monté tout ça pour rien, vous rigolez, là ? Il me dit qu'il y a trois lits, un autre étage au-dessus, salon, etc... Je réponds que je ne dors que dans UN seul lit. La maman dit "pas possible". Bref, il y a mal-donne... Puis le jeune me dit : "si vous n'êtes pas difficile, j'ai ce qu'il vous faut pour 15 TL". Ben voyons, fallait le dire de suite. Je demande à voir, je préfère quand même, je commence à être méfiant ! Je laisse tout à la maman. C'est au fond d'une ruelle non goudronnée, une vieille petite maison, une mammie, douche au-dessus des toilettes -ça me rappelle des souvenirs albanais-, chambre complètement décrépie, mais ça va. Jardinet, courette pour la moto. Je prends, je suis crevé, j'en ai ma claque pour ce soir, je suis presque liquide maintenant... Il me ramène à la maman et se sauve au boulot. "Je dors aussi là-bas, me dit-il. Je termine mon job vers minuit".

Je redescends mes 5 étages... La maman me suit à pied, je ne sais déjà plus trop où c'est.

Ben... c'est là !

Je décharge Vanadis, je range tout dans ma chambre -trois lits rien que pour moi. Douche. Impossible de remettre mon T-Shirst, il pue à 50 mètres, lavage obligatoire. La maman me donne une bassine, des épingles à linge. La mammie est très gentille aussi. Je suis heureux d'avoir accepté, d'avoir trouvé ces gens. Je me sens bien avec ces deux femmes. Il y a un troisième larron dans le jardin, derrière. C'est Georgi. Un grec de 82 ans, alerte comme tout, plein d'humour, toujours en train de rire. C'est le copain de la maman, qui a 60 ans. Et la maman de la maman a 84 ans. Très alerte, elle aussi.

Je commence à respirer. La maman me donne un concombre et deux tomates. Oui, oui, tu manges. C'est délicieux. Ils sont adorables. La mammie me sert un verre de bière. Décidément, c'est super ! Elles me montrent où se trouve la clef, "tu es ici chez toi, tu fais ce que tu veux, aucun problème."

Je sens que je vais rester deux ou trois jours ici, moi... Vanadis est d'accord elle aussi !

Entretemps, tous les nuages ont disparu, le ciel est limpide.

Quelle journée, encore.

Mais finalement, tout baigne !

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