ea2010 - Jour 098

Jour 098 - Mardi 20 juillet 2010 - 14 photos - 260 km - 15.269 en tout

Traversée du Grand Balkan, chaine montagneuse ayant donné son nom à toute la région : les Balkans !

Départ très hésitant ! En effet, lever tardif, pour m'apercevoir que le ciel est menaçant. La femme de Tihomir (le fils), qui est infirmière, et fort sympathique, me fait comprendre qu'il va pleuvoir. Je commence quand même à charger la moto en y installant la sacoche de pont, qui contient l'appareil-photo. Je retourne dans la chambre prendre mon petit-déjeûner, quand j'entends le déluge. Je vais voir : ils ont eu le temps de bâcher la moto, entièrement ! Quelle gentillesse. Du coup, je pense que je vais rester une journée de plus ici, car aller trouler sous la pluie ne présente aucun intérêt. Une heure plus tard, le ciel commence à se dégager... Je pars !

Vue sur la côte, depuis le nord de Sozopol. Il est 10h20. Jamais parti si tard. On verra bien.

Traversée de Burgas longue et pénible. Mais les bulgares conduisent très bien, et sont très prudents. La police a du poids... Je retrouve avec plaisir la campagne. La route est plutôt belle. Je fais le plein -quel bonheur, comparé à la Turquie (je parle du montant à payer, bien sûr) ! Par contre, j'ai l'impression que le moteur tourne moins bien, je ressens des à-coups irréguliers, surtout à basse vitesse. Qualité de l'essence ?

Ici entre Aytos et Karnobat. Il n'y a pas grand chose à photographier. C'est la campagne, quelques collines à l'horizon, mais rien de vraiment transcendant. Je mange dans un restaurant situé sur la route, loin de toute bourgade ou ville. Ce n'est pas bon. De plus, alors que je donne un billet de 20 Lev, la fille me rend sur 10. Heureusement que je fais attention. Je lui dis en anglais "mais j'ai donné 20", et elle me donne instantanément un billet de 10. Elle l'a fait sciemment, c'est évident. Les gens ne sont pas sympas, personne ne te regarde, aucun sourire. Maintenant, si je réfléchis bien, ce doit être pareil chez nous. Mais ça me change de la Turquie où, au moins, les gens s'intéressaient réellement à toi.

Ce qui veut dire que j'aime bien qu'on s'occupe de moi, sans doute !

Je quitte ensuite la route de Sophia, dont je suis éloigné d'environ 250 km, pour prendre celle de Sliven. J'hésite un peu : je vais à Sofia et m'y installe une semaine pour visiter la ville, ou j'essaye de suivre grossso-modo les itinéraires préparés ? Sliven : c'est minable. En me documentant après coup pour écrire mon petit texte, je suis tombé sur cet article. En fait, c'est la misère, les maisons s'écroulent, les rangées d'immeubles décrépis -le mot est bien faible- se suivent sur une route complètement défoncée. Il y a une grande quantité de gitans/tsiganes dans un triste état de pauvreté. Bref, fuyons ! Je ne me sens pas trop en sécurité en moto, les gens qui m'aperçoivent me regardent d'un drôle d'air, j'entends des sifflets sur mon passage. Je n'ai vraiment pas aimé !

Je prends donc la route qui traverse cette montagne des Balkans. Le premier kilomètre -faubourgs de Sliven- est dans un état épouvantable, les trous dans la route sont d'une grande profondeur, je ne peux rouler qu'au pas. Puis c'est terminé. La route est propre, pas large avec la végétation qui empiète un peu, mais le goudron est correct, et il n'y a plus de trous... Etonnant. Mais je roule stressé, forcément ! Pas un chat, je suis seul. Dans le village que je traverse ici, je ne vois personne, juste quelques maisons en mauvais état. Par contre, la montagne est là. C'est joli.

Voici donc la route 53. Ambiance plutôt tropicale. Végétation dense à très dense, très verte. Température élevée, étouffante, forte chaleur humide. Les montagnes sont plutôt arrondies, style Vosges, mais le couvert végétal y semble impénétrable. Je passe le village de Byala. La route est toujours belle.

Mais le paysage change, en ce sens que la route, d'une part, se rétrécit et se dégrade de façon importante et que, d'autre part, elle s'enfonce complètement sous le couvert végétal. Il fait sombre, voire très sombre. Pour cette photo, j'ai du remonter de façon considérable le réglage des ISO, faute de quoi elle aurait été noire.

J'ai traversé deux villages incroyables, comme pétrifiés dans le temps. Toutes les maisons pratiquement détruites, des zones cimentées reconquises par la nature, et surtout, des habitants invisibles. Juste aperçu deux personnes, au loin, près d'une maison au toit presque détruit... Très curieux, et aussi très peu engageant. Une fois de plus, je ne me sens pas à l'aise, seul et en moto. Ah, je peux témoigner qu'on est bien bien loin de la Bulgarie des guides de tourisme ! Mais ça, ce sera une constante de ce voyage. L'Europe des Balkans n'est pas en bonne santé économique, c'est le moins que l'on puisse dire. Et pourtant, cette Europe a beaucoup à offrir en terme d'industrie touristique. Il faudrait seulement que les responsables fassent autre chose que de couvrir leurs côtes d'immeubles moches et leurs plages de transats alignés comme peuvent l'être des sardines dans une boîte !

Je ne croise quelques gros camions de style soviétique des années 1960-1970, chargés de troncs d'arbres. Du chauffage pour l'hiver à venir ? Sinon, absolument aucune circulation. Ici, c'est Stara Reka. Un peu moins délabré, nettement plus important que les précédents. Mais quand même en piteux état. Je croise quelques villageois, quelques charettes, deux-trois ânes, des bonnes femmes en train de discuter, quelques hommes en train de bricoler. L'herbe pousse entre de multiples petites fissures dans le goudron, y compris dans les villages.

Le paysage s'élargit, il y a moins de végétation, l'agriculture reprend ici ses droits.

Arrivée à Konstantin. Peu avant, la traversée du village de Maysko était tout sauf agréable. Poules, chiens, chats, gosses étaient sur la route, sale, pleine de toutes sortes d'objets, pierres, bouts de ferraille... Population tsigane. Je n'ai rien contre eux, je ne voudrais pas faire ressentir ça dans mon texte. Je témoigne seulement de ce que j'ai ressenti : de la crainte, lorsque deux-trois gosses se sont précipités sur la moto en hurlant, le bras tendu. Que se passerait-il ici, si j'en renversais un par accident ? La traversée de ce village a donc été pour moi bien plus une épreuve qu'une joie. Quand je pense que je voyage pour le plaisir, admirer les paysages, voir les petits villages, m'arrêter boire un coup dans un bistrot... Non, ici, ce n'est pas possible, ma seule envie est de fuir. Tout ça pour dire que je n'apprécie pas du tout ces moments, ce n'est pas ce que je cherchais. Si Nicolas Bouvier était vivant et lisait ces lignes, il serait outré, lui qui écrivait que le voyage "doit vous user"... Je n'ai pas la même conception du voyage que lui. Je suis amoureux des textes qu'il a écrits, tellement beaux, mais je ne suis pas amoureux des Hommes comme il l'était. Je le regrette, j'ai essayé, mais ce n'est pas mon truc !

Une petite pensée pour Hélène, qui se reconnaîtra certainement si elle lit un jour ces lignes !

Je roule avec du stress, à cause de tout ça, qui s'ajoute à celui de la route, continuel. Et à celui de la recherche de logement, car quand je vois les villages que je traverse, je me demande bien où je vais pouvoir dormir ! Je pense qu'il ne me reste que les villes, moi qui d'ordinaire les fuit !

De plus, j'entends un petit bruit, nouveau, en roulant. Vanadis est-elle en train de me faire des siennes ? C'est un "toc-toc-toc" inaudible à basse vitesse, mais que je perçois vers 70/80 km/h, lorsque je passe en 5ème. Il semble provenir de la roue arrière, et ne me plait pas du tout.

Ici, à l'entrée de Merdanya, un petit monastère.

Je rentre. Une femme que l'on aperçoit en arrière-plan, avec un foulard noir, qui travaille. Oui, vous pouvez photographier ce que vous voulez... Je ne m'attendais surtout pas à trouver une femme ici, mais ça me fait plaisir. Ben oui, c'est comme ça, jaime bien les femmes. Je les taquine, mais je les aime. Par contre, la tombe, c'est pour un homme, genre moine ou prêtre, vu la photo. Les dates de la vie de cet homme : 1823-1893.

Vue sur le portail fermant l'allée conduisant au monastère.

Quelques maisons sur l'artère principale de Merdanya.

Sortie du village, comme vous l'avez tous compris.

Ensuite, ma foi, c'est l'arrivée en ville. De l'autre côté du Grand Balkan.

Veliko Tarnovo.

Des rabatteurs me font signe, et j'arrête. J'ai besoin d'eux, pour trouver un logement. Mais je suis très méfiant, depuis les paroles de Tihomir si peu sympathiques envers ses compatriotes. En effet, je ne sais pas sur qui je tombe. Bref, le gars parle très bien anglais. Il me propose un logement à 40 Lev. je lui dis que je veux un garage. Il m'explique que c'est juste à côté d'une banque, avec vidéo de surveillance. J'insiste pour le garage. Il me demande s'il peut monter sur la moto. Ils n'ont peur de rien... Hors de question de monter quelqu'un sur la moto, et même si je n'avais pas de sac ! Il me dit d'attendre, il appelle un ami. Je dis que je ne veux pas payer ce prix, de toute façon, et que je n'aime pas cette ville... Et je prends ma carte ostensiblement, en cherchant vréellement ce qu'il y a autour. Bref, je suis assez odieux, car le gars fait tout pour être sympathique, mais il faut bien se défendre, je suis en train de chercher un domicile sûr, c'est trop important pour être pris à la légère. Une voiture arrive, le gars parle français plutôt pas mal, il se défend bien, argumente bien, tant et si bien que je me décide à le suivre, "pour voir". La rue qu'il me fait prendre est tout sauf engageante, longue, étroite, mal pavée de pierres, en surplomb sur une falaise. Franchement, je n'y crois pas. On arrive. C'est ici. A flanc de colline, car à droite, derrière la maison, c'est le vide : on surplombe la rivière. Et à gauche, les maisons sont accrochés sur la montagne, au-dessus de ma tête.

Je visite. ma chambre donne sur le panorama. Vous apercevez les portes du garage. C'est certainement le sien, il me le laisse pour la moto. Il me dit être sur "le routard". Je me détends. OK, il est sérieux, ma moto sera encore là demain matin. Je lui dis "dans le routard, ils disent entre 20 et 25 Lev, j'accepte à 25 Lev". Et il accepte aussi. Les sanitaires ne sont pas parfaits, mais c'est tout-de-même très correct. Me voici à l'abri pour ce soir !

Une fois installé, douché, remis de mes émotions, je vais faire un petit tour.

Il fait une chaleur moite épouvantable. Pas un souffle d'air. Je serai bon pour une nouvelle douche !

De temps à autre, sur ma rue, des escaliers pour accéder à la rue située un niveau au-dessus. Ici, pour la maison à droite, un homme est venu me parler en français, me disant que sa maison était sur le "routard", et me montre la page... Je lui dis que je suis déjà installé, juste en-dessous de lui. De toute façon, il n'a pas de garage, et de ce point de vue, je suis tombé sur un des meilleurs, car la moto est bien à plat, à l'ombre, et entièrement sécurisée !

La rue principale, en haut.

Très colorée.

Quelques maisons bien rénovées, en général des hôtels.

Et beaucoup en piteux état !

Hôtel.

Un autre.

La cathédrale.

Comme je prends la photo, j'entends parler français derrière moi. Un jeune couple de français, avec lesquels je sympathise aussitôt. Ils sont vraiment gentils, voyagent à pied (avion à Sofia, puis bus), font beaucoup de treks, viennent pour la deuxième fois en Bulgarie, et repartent après-demain pour Paris, leur ville qu'ils aimeraient bien quitter.. Je marche un peu avec eux, leur montre mon logement, et on se donne rendez-vous demain midi pour aller manger ensemble, puis visiter la forteresse très réputée de Velico Tarnovo. Je rentre donc dans ma chamnbre.

Au-dessus des toits, la vue depuis ma petite fenêtre.

En bas, la rivière. Chaleur torride, re-douche. Puis repas en pianotant sur le PC car, je ne vous l'ai pas dit, mais mon loueur offre aussi un accès WiFi Internet, de très bonne qualité, dans la chambre. Un vrai "plus" pour moi. Une fois couché, j'entends ce que je crois être l'orage. Puis un tam-tam très bruyant. Oui, c'est bien ça, il pleut à verse. Pas longtemps, mais une énorme douche. Je suis heureux d'être ici. J'aurais bien aimé vivre cette averse sous ma toile de tente, mais on ne peut pas tout avoir non plus, hein !

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