ea2010 - Jour 100

Jour 100 - Jeudi 22 juillet 2010 - 93 photos - 70 km - 15.339 en tout

Thibault m'en a parlé, et je l'ai lu sur le guide que Ben m'a donné à Ankara sous forme numérique : il y a un canyon dans le coin.
A 25 km environ. Pilote et moto ont besoin de changer d'air. Et un canyon, je ne peux pas louper ça.

Il est plus de 10 heures lorsque je démarre. Pas facile, la sortie du garage. Forte pente en marche arrière, je n'aime vraiment pas ça. Parfois, je regrette vraiment de ne pas me balader en caisse ! De plus en plus souvent, en fait, pendant ce voyage. Enfin, j'y parviens finalement sans me casser la figure, c'est le principal, mais ça me gave, ces situations scabreuses si souvent le lot des motards. Ils n'en parlent pas beaucoup. C'est vrai qu'on a tendance à oublier les mauvais côtés, il y en a tellement qui sont plaisants.

Mais je suis de plus en plus exigeant, moi, je veux tout, le beurre, l'argent du beurre, et aussi la crémière avec.


Si elle est jolie et si elle a envie, hein, que les choses soient bien claires.


Surtout pas si elle est moche... et ne veut pas...

Bon, la sortie de Veliko Tarnovo, j'avais repéré. Mon canyon se trouve à Emen, petit village situé au nord de la route de Sofia. Sortie de ville à la "soviétique", grand contournement, puis embranchement vers la route de Sofia. Ouahhh... La route complètement défoncée, à tel point que je me suis vraiment posé la question : est-il possible que ce soit la route de Sofia ? Même les camions passent les trous "au pas".. Hi hi, ça promet, je ne suis pas rendu, moi, pas sûr que je puisse le voir un jour, ce canyon ! Suis-je sur la bonne route ?

Je m'arrête devant une entreprise, il y a là plusieurs hommes en train de discuter. Je viens m'immiscer dans leur conversation, la gueule enfarinée, tout sourire, un superbe "Dobar Den" en guise de "bonjour", comme il se doit chez toute personne bien élevée. Mon langage local s'arrêtant là, le mot suivant est "canyon", suivi du nom de la petite ville, Emen. Et, à la main, je tiens une carte assez détaillée de leur pays, en pointant du doigt le lieu concerné, objet de ma convoitise.

Silence. Tout le monde me regarde comme si je venais de débarquer de la fusée de "on a marché sur la Lune" de Tintin. Les bouches sont ouvertes... mais rien ne sort. Les regards sont bizarres. Mais pas de "oui", pas "non", pas un mot. Bien. Je me gratte la tête. Où suis-je ? Dans une communauté humaine ? Peut-être y a-t-il des règles que je ne connais pas. Mais de deux choses l'une : soit JE suis le débile mental du coin, soit ce sont EUX... Et comme je pense que je ne le suis pas...

Puis l'un d'entre eux l'ouvre, le plus jeune, et me dit "where do you come from ?". Sidérant. Je suis sidéré ! Un bled situé à moins de 20 bornes de chez eux, et ils ne connaissent pas. Sans doute pas le genre de mecs à se promener dans un canyon, ils ont autre chose à faire, par ici. Bref, ce pays commence à me gonfler sérieusement. Je repars, tout doucement, au pas, dans les fondrières qui tiennent lieu de route.

Je rouspète, je suis de mauvaise humeur. Mais enfin, la route s'arrange peu après. En fait, je me trouvais dans les faubourgs de Velico Tarnovo. Cette fameuse voie de contournement m'a fait faire un grand détour pour revenir à deux pas de mon appartement, comme je le verrai au retour ! Misère, misère. Je roule une dizaine de bornes, et je renouvelle ma question dans un restaurant au bord de la route. Yes, le gars me répond "normalement". Je ne suis donc pas chez les fous, ouf, je respire à nouveau !

Vanadis fait du bruit en roulant. J'entendds un petit "clonc clonc clonc clonc", très léger, mais bien présent. Elle m'inquiète !

Et c'est ainsi que j'arrive enfin à Balvan...

Balvan, c'est le village situé sur la route de Sofia, et par lequel il faut que je passe pour rejoindre Emen, situé à 8 km d'ici. Bien. Balvan. Quelle tristesse. Encore une fois, ces grands bâtiments délabrés tenant lieu en quelque sorte de place centrale. Quelques commerces au rez-de-chaussée : il faut vraiment avoir envie d'aller voir. Avec des copains, j'irais volontiers, pour VOIR de près comment c'est. Tout seul, je n'en ai aucune envie. Il y a deux-trois pèlerins sur une table à l'extérieur qui me regardent. Je passe mon chemin. Fais la photo de l'église (au-dessus), près d'un monument aux morts de la première guerre mondiale (vu les dates). Ensuite, quelques maisons en piteux état, habitées. Quelques paraboles rouillées sur les toits.

Et je repars, cette fois en pleine "cambrousse", c'est ce que j'aime !

La route est adorable. Quelques petites fissures, deux-trois trous, mais rien de bien méchant. Juste qu'il faut quand même toujours être sur le qui-vive, et avoir un troisième oeil sur le goudron en plus de ceux qui regardent le paysage. Car parfois, un trou peut être gros. Très profond. C'est vraiment curieux, mais c'est ainsi, il faut le savoir. Quand tu le sais, t'es au courant, c'est bien connu, non ?

Mais c'est joli, j'aime bien ça. Je retrouve le sourire, loin des Hommes.

C'est un peu étroit. Il faut juste se méfier dans les virages, des fois qu'un fou aurait l'idée de venir du mauvais côté... mais j'aime beaucoup cette façon qu'a l'herbe de venir grignoter le goudron, gentiment, sans bruit, se faisant toute petite pour mieux avancer sans qu'on y prenne garde.

J'arrive ainsi à Emen. Ah, Emen. Si petit que j'en suis sorti sans même avoir eu le temps de penser à y faire une photo... Bref, il y a une grande place, quand même, et un bus devant un bâtiment soviétique semblant être un café. C'est le plus gros immeuble du village, naturellement. Je m'approche comme tout-à-l'heure, mais cette fois, il y a un accueil. On me comprend. Forcément, ce sont des touristes eux aussi. Des touristes bulgares de la campagne, mais touristes quand même. "Oui, c'est là, à droite, le chemin", me font-ils comprendre avec force mouvements de bras tendus vers une direction... peu précise... puisque l'un me montre à gauche, et l'autre à droite. Parlez-vous allemand ? Jawohl, mein Herr. OK, vous êtes d'où ? De France ? Ah, c'est bien. Bon, alors, le chemin, c'est là-bas. Celui qui baragouine la langue de Göthe se lève, et veut m'expliquer autre chose. Un camion passe. Il le regarde, et me dit "attends", puis "là" lorsque le camion arrive à un endroit bien précis. Bien joué, l'ami. Je dois en fait reprendre la moto et rouler jusque là-bas, puis tourner à droite, et rouler encore... Bref, le chemin part de plus haut. C'est joli, questionne-je ? Car tout me semble tellement délabré par ici, et que je vois juste une petite colline... Bof, me répond-il. Alors je dis "comme ci comme ça..", et il me sourit et dit "Ja".

Mais quand même, heureusement qu'il s'est levé, celui-là, car je m'apprêtais à partir du bas... à pied ! Ouf !

Trouver le chemin n'a pas été facile. Je ne l'ai pas vu, mais j'ai doublé tout un groupe de jeunes randonneurs et je les ai vus, dans mon rétro, disparaître dans la forêt... Demi-tour. La pancarte n'existe plus, il ne reste qu'un poteau rouillé... Franchement, drôle, très drôle de façon d'accueillir le touriste Entre ce qui est écrit dans les guides et la réalité du terrain, il y a des marges considérables...

Je pose Vanadis en plein soleil, dans un chemin. Pas d'autre choix. la pauvre, elle qui est blessée, en plus !

Et je m'enfonce dans le sous-bois. Le chemin est à peine visible, les herbes l'ont en partie envahi. Doit pas être souvent utilisé ! Mais j'entends les cris des jeunes loin devant, c'est donc la bonne voie. Et très vite, je quitte lee couvert végétal pour me retrouver devant cette merveille naturelle...

Splendide ! Bien difficile, l'ancien qui m'a dit "bof". Je ne regrette pas d'être venu, rien que pour ça.

Quel beau canyon, comme taillé à la serpe.

La sortie. En fait, c'est bien pour ça que je ne pouvais pas le voir. La route passe au loin, bien plus bas.
Et avec cette végétation, tu ne vois les choses que lorsque tu es dessus !

Il fait une chaleur écrasante, comme toujours. Moité, humide, tropicale. Comme tous les jours. Mon T-Shirt est trempé.
Ma nuque est trempée. J'y passe la main, elle est trempée !

Je suis en extase devant une forme aussi parfaite. Combien d'années ont-elles été nécessaires pour forer une si belle gorge ?

Le chemin passe en sous-bois. C'est bien, parce que je suis protégé des rayons brûlants.
Mais c'est moins bien, car je ne vois plus rien d'autre que des arbres.

Et soudain... Admiration.

Le coup d'oeil fut très court. Une dizaine de mètres seulement, pas plus.

Et le sentier s'enfonce à nouveau dans le sous-bois.

Oui, il s'enfonce, c'est le terme exact. C'est magnifique aussi, bien que je ne vois plus rien du ravin près duquel je marche.

Nouvelle ouverture. Soudaine.

Profonde.

A faire peur.

Quoi, je dois marcher sur ces planches suspendues au-dessus du vide ? Regardez le groupe des jeunes, en bas.

Mais je ne le "sens" pas du tout. Hier, dans la forteresse, au niveau de l'église du roi, tout en haut, il y avait une magnifique balustrade. Toute neuve. En pierres de taille. J'ai voulu m'appuyer, mais Thibault m'a retenu. Elle était branlante, vraiment dangereuse ! Alors ça... Non, merci, ce sera sans moi.

Petit joueur, moi ?

Sans doute.

Le chemin se poursuit, et j'ai vu sur un plan qu'il y a un lac au bout. Mais j'ai vu ce que je suis venu voir : le canyon. Et il est vraiment très beau. Je vous conseille fortement d'y aller si vous aimez ce genre de paysage. Et de faire la totalité de la boucle que je ne fais pas, car tout seul, ce n'est pas trop marrant. D'autant plus que je suis en état liquide, et que marcher dans cet état n'est plus un plaisir.

Mon jean colle à ma peau du haut jusqu'en bas, le T-Shirt pareil, c'est vraiment épuisant. Sexy peut-être... Car ça moule bien le corps. Quoi ? Non, pas sexy ? Ben, mince alors, je suis déçu !

Pour maigrir, je vous conseille ce parcours en courant, trois fois par jour. Résultats garantis. Coût ? On donne ce qu'on veut !

J'aperçois des voitures en bas, et j'ai vu un chemin tout-à-l'heure, je suis certain que c'est le bon.

Retour vers Vanadis. Elle est brûlante. Et moi trempé. Je peine à retirer mon T-Shirt, collé à ma peau. Mais j'y tiens, je veux le faire sécher. Je reste ici une dizaine de minutes torse nu. Tout est brûlant et pourtant, il n'a pas séché. Pour vous dire l'humidité ambiante... Et j'entends gronder le ciel, au loin.

Bien vu, le chemin. Me voici donc en bas du canyon.

Tiens, une grotte. Un escalier. J'y vais.

Quoi ? Des chauve-souris ? Ici, tout près de la Roumanie, le pays des vampires... Dracula, vous connaissez ?

Et le tonnerre qui gronde, il n'y a vraiment plus aucun doute.

Tiens, un éclair.

Une dernière photo avant de redescendre.

Mais au fait, avec cette chaleur, je suis venu sans aucune veste, moi.

Retour vers Balvan.

La route est toujours aussi magnifique.

Malheureusement, l'orage me rattrape, et les premières gouttes finissent par tomber...

Sur la route principale, je vais avoir droit à une petite douche bien fraîche, qui me fait le plus grand bien. C'est la première fois que je roule en T'Shirt en moto sous la pluie, même battante pendant un moment. Aïe, ça pique quand même. Mais ça ne dure pas. Et il fait déjà très chaud lorsque j'arrive à Velico Tarnovo. Je passe cette fois par le centre-ville, bien plus intéressant, et plus court. Vanadis m'inquiète vraiment, elle fait un bruit peu catholique, pas protestant, peu orthodoxe, même pas musulman. Inquiétant quand même !

La pluie revient juste au moment où j'arrive devant le garage. Alors que je veux remonter sur la moto, je ne parviens pas à la redresser, tant elle est penchée sur les pavés. Heureusement, le propriétaire arrive juste à ce moment. Je lui demande un coup de main, et un jeune homme qui se tenait là abrité me dit, en français "je peux vous aider aussi". Génial, merci à vous.

Demandant au proprio où trouver un restaurant tout près, ce dernier me dit "à 300 mètres, j'ai envoyé aussi le monsieur français". Effectivement, je le retrouve bien là-bas. Il y a aussi deux autres français sur une autre table. Je m'asseois sur une autre table. Au moment où je suis servi, le jeune homme m'invite à sa table, en disant que ce serait pas mal si on en profitaiit pour discuter un peu. Je suis entièrement d'accord.

Et c'est ainsi que nous passons un bon moment à nous raconter nos voyages mutuels. Il part ensuite visiter la forteresse, et nous nous quittons ici. Je regrette une chose, ne pas lui avoir proposé d'aller manger ensemble ce soir, histoire de poursuivre notre intéressante conversation. Dommage.

Je passe ma soirée avec Internet, à réfléchir sur la poursuite de mon voyage. J'ai maintenant bien envie de quitter la Bulgarie, pas assez accueillante à mon goût. Je n'ai désormais que peu envie d'aller en Roumanie. En fait, j'ai envie de filer sur l'Autriche, via la Serbie, qui vient d'ouvrir ses portes aux pièces d'identité des Européens... Environ 1.300 km. Pas grand chose en temps normal, mais la moto m'inquiète. Je pourrais la faire réparer en Autriche, c'est certain. Mais ira-t-elle jusque là-bas ? Je cherche les concessionnaires BMW du coin. Bucarest. Roumanie. A seulement 200 km d'ici.

???

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