ea2010 - Jour 107

Jour 107 - Jeudi 29 juillet 2010 - 225 photos - 276 km - 15.997 en tout

Boucle dans les Carpates roumaines, avec visite de Sibiu. Montée vers le nord par l'est, retour par l'ouest.

Je quitte la location à 8h30. Il fait beau. Et je sais que je roule vers les montagnes. Si ce n'était le bruit de la roue de Vanadis, ce serait parfait.

Peu de circulation. La route est un peu bosselée, mais quand j'ai du goudron, je suis heureux !
Je croise plein de charettes, j'en double autant. Il faut toujours être attentif, mais ça va.

Au fait, je ne sais pas comment je me suis débrouillé, mais les couleurs des photos sont fades comme tout. Faudra vous en contenter !

Corbeni, Carpatineni... Les noms aux consonnances chantantes, comme l'italien ! Puis les choses sérieuses commencent...

Après quelques jolis lacets, mais faciles -sauf l'état de la route-, j'arrive sur l'immense lac de barrage, le lacul Vidraru.

Et l'autre côté, celui d'où je viens.

Franchement, qui aurait envie d'y aller ? En tout cas pas moi.

Très jolie, l'évacuation. Pour Bruno, mon spécialiste des barrages.

Alors voilà... Ce lac est absolument superbe, c'est vrai. Mais... il y a deux problèmes.

Le premier, c'est que la montagne qui l'entoure est totalement recouverte d'une végétation bien dense. Il n'y a donc, sur 30 km, que deux point de vue, et encore faut-il ne pas les louper, car ils sont peu larges, et pas indiqués !
Le second, c'est l'état épouvantable de la route. Elle est défoncée. La seule chose qui me convienne, c'est qu'elle est asphaltée, et donc pas dangereuse !

J'aime toujours lire les panneaux roumains, et essayer de comprendre le sens des mots.

Aux deux points de vue marquants, je retrouve la même voiture. Le monsieur s'adresse à moi en français : il est israélien d'origine française. Lui et son épouse connaissent la Roumanie comme leur poche, et me conseillent fortement d'aller visiter Sibiu aujourd'hui, et de retourner sur Curtea de Arges par l'autre vallée, magnifique ! OK, je vais donc changer mes plans et suivre sa suggestion. Ce sera d'autant plus facile que je voulais visiter Sibiu demain, mais je n'ai vraiment pas envie de me "retaper" cette route pourrie ! J'avais aussi envie de faire le tour du lac (il y a une route). Il me dit ce qu'il en est : "pas goudronnée, des fondrières énormes, de l'eau... Même en 4x4, j'hésiterais", me dit-il... "Avec la moto, oubliez...". Pas besoin de me le dire !

Ouf, la route redevient potable à la fin du lac. Il y a toujours quelques passages délicats, de gros trous, mais dans l'ensemble, c'est correct.
Une belle rencontre...

Par contre, je commence à avoir froid. J'ai mis le gilet, j'ai la veste, j'ai resserré tous les liens des manches, mais ça ne suffit pas !

En fait, il s'agit du col routier le plus haut de Roumanie. La route s'élève à plus de 2.000 mètres ! Et c'est couvert...

Mais je ressens une grande joie à revoir des montagnes. Comme c'est beau. Il y avait longtemps.

Même Vanadis fait sa crâneuse. Il faut dire que, malgré la pente, elle bondit, elle s'élève à la moindre sollicitation. J'ai longtemps été dubitatif sur le fait d'avoir laissé la Transalp. Mais j'avoue quand même que les 1150 cm3 de la GS sont un réel "plus". Evidemment que je ne m'en sers pas complètement, je ne pourrais pas la piloter. Mais bon sang, elle grimpe avec une agilité remarquable malgré son poids.

Et c'est beau. je retrouve la joie de rouler dans la nature. Je confirme : c'est, et de loin, ce que je préfère lorsque je roule.

Quelques frissons sont toujours là en haute montagne, lorsque l'on roule au bord, sans parapet. En moto, c'est assez impressionnant.

Ces nuages presque noirs accentuent la forte impression de grandeur et de solitude.

Non, je ne roule pas à gauche. C'est juste pour prendre la photo sans avoir besoin de descendre de mon siège.
C'est que je suis fainéant, rappelez-vous !

On devine bien, au-delà de la route, le "trou" de la vallée précédente. Il s'agit de la route que je viens juste de parcourir.

J'y suis. Deux motards suisses allemands arrivent juste. L'un d'eux me prend en photo. Ici, il fait un froid de canard, et nous sommes dans le nuage. Il y a encore de la neige sur laquelle jouent les gosses. Enfin... de la neige.... Disons un gros bloc de neige encore plus ou moins gelée, et moitié noire. Il y a plein de commerçants, vendant surtout de quoi se restaurer. Il est 11h30. Je ne m'attarde pas, j'espère retrouver le soleil en bas.

Bien vu. Sitôt passé le col, à peine cent mètres plus loin, et déjà, je quitte le nuage. Ouf, c'est mieux.

La vue est immense, elle porte vraiment très loin. D'ici, j'aperçois, à l'horizon, l'immense plaine. C'est très beau.

Mais pour ma part, je ne vais pas en profiter. En effet, dès les premiers lacets, je sens que quelque chose ne tourne pas rond ! Mon impression ? Pneu arrière en train de se dégonfler. La moto part de droite à gauche, c'est extrêmement angoissant -vu l'environnement- et stressant. Mais qu'est-ce qu'elle me fait encore, la Vanadis. Elle me gonfle au fur et à mesure qu'elle se dégonfle. J'accélère. Oui, oui, je sais, ça peut paraître bizarre, mais c'est vrai. En effet, avant d'être complètement à plat, je préfère être le plus bas possible. Du coup, fini le plaisir du paysage, pourtant magnifique lorsque j'arrive à la cassure que vous voyez sur la photo : la plaine se découvre dans son immensité. C'est beau, mais je ne veux pas m'arrêter, je ne veux pas voir mon pneu, je m'y refuse absolument. Puis je commence à me dire que, si c'était ça, je serais maintenant à plat. Or, l'effet ne change pas du tout. L'asphalte, pour sa part, est entièrement strié de rainures dans le sens de la route.

Ces rayures longitudinales et peu profondes eraient-elles responsables de mon ressenti ?

YES.

C'était bien ça. Je suis en colère après moi, car si je m'étais arrêté pour vérifier, j'aurais été soulagé, et j'aurais fait de la photo ! La bonne nouvelle, c'est que j'en ai moins à traiter ! Et que Vanadis n'en a pas rajouté : le bruit, oui, le pneu crevé, non ! Faut dire qu'elle l'a déjà fait... Donc, dès que les rayures sont parties, le phénomène a disparu. J'ai donc pu m'amuser dans la seconde partie de la très longue descente. Par contre, comme c'est dans la forêt, les photos ne sont plus possibles. J'ai loupé deux-trois panoramas, ce n'est pas trop grave.

Donc, en bas, c'est la plaine, comme je vous le disais. Il reste encore plus de 50 bornes avant d'atteindre Sibiu, mais la route est devenue belle. la deuxième bonne nouvelle, c'est que soleil et chaleur sont revenus. Bonheur ! Allez, je fonce vers Sibiu.

Ah, Sibiu J'ai vraiment failli abandonner. Mais comme je suis courageux, j'ai insisté. Pourquoi ? Parce que c'est une grande ville, extrêmement touristique, et donc bondée de monde, de voitures, de circulation, de longs feux rouges (rarement verts), de longues files de véhicules à l'arrêt que je ne peux pas remonter, ou très difficilement. Et rien, absolument rien, qui ne vous dise : "ventre historique"... Les boules, quand je m'aperçois, avec rage, que je l'ai dépassé depuis 5 kilomètres... Retour dans les bouchons dans l'autre sens. Cette fois, je ne me ferai pas avoir deux fois, je demande à chaque feu où j'en suis. Et je trouve. Et je laisse la moto sur un trottoir, sur le conseil de deux jeunes qui me disent "allez-y à pied, comme nous. On laisse aussi le scooter ici, c'est trop infernal là-bas !". Je suis leur conseil.

C'est à deux pas, et je ne suis pas -je ne me reconnais plus- à 300 mètres près ! Et tout de suite, j'ai su que j'avais bien fait de venir !

C'est superbe. Comme je l'ai fait dans Bucarest, je vous laisse regarder comme moi.

J'ajoute, car c'est important ! Les couleurs sont terriblement plus belles et chatoyantes en vrai, les traitements que j'ai effectués les ont onlevées.
Un peu comme si j'avais passé un produit décapant par-dessus.

Vous voyez. On dirait que tout est terne. En fait, c'était beaucoup plus vif !

Mais je ne recommencerai pas le boulot, ça ira comme ça ! Ce que je peux vous suggérer, c'est d'y aller voir vous-mêmes !

Mais j'ai adoré !

Les rues ssont très larges. Les cafés et restaurants ont installé des terrasses, les gens mangent, se désaltèrent.

Il faut dire qu'ici, je suis en T-Shirt. Quel changement depuis tout-à-l'heure, au sommet du col ! Heureusement que mes sacoches sont vides, ce qui m'a permis d'y plier la veste. Vraiment pratique !

J'ai un peu l'impression d'être dans le centre d'une ville allemande, ou en Alsace. C'est beau comme ça.

Un festival d'immeubles tous plus beaux les uns que les autres.

Je ne sais plus où donner de la tête, moi. Je mitraille, mais au coup par coup.

Mignonne, hein ? Je parle de la place, bien sûr. Je vous connais, vous ne regardez pas les bâtiments. Faut dire que vous avez raison, elle bien bien bâtie elle aussi, et offre également une belle façade. Je ne sais pas ce qu'elles ont, les filles, en ce moment, mais elles sont toutes comme ça. L'été, le soleil, la chaleur, elles se découvrent de fort jolie manière. Du coup, je ne sais plus où donner de la tête, moi. Voyons, où en étais-je ?

Ah oui, la place. Un "must".

J'ai a-do-ré.

A l'intérieur de l'église.

Je poursuis vers le fond de la place.

Capitale culturelle européenne.
Quoi, vous n'aviez pas besoin de ma traduction ?

De l'autre bord, il y a un porche sous la tour-église.

Et de l'autre côté, il y a le restaurant que je choisis enfin ! Sur le tableau, mon menu. Sur la table, ma bière Ursus noire.
Hummmm ! Miam miam.

Après manger, je décide de continuer deux-trois rues, et de rentrer. C'est que j'ai encore de la route !

Une autre église d'un tout autre style. Il faut payer pour voir l'intérieur.

Je ne paye pas.

Donc....


Je ne vois pas.

Des flics armés jusqu'aux dents sont devant cet immeuble.

Qui ne semble pas différent des autres...

Ici, c'est une école privée.

Encore une église. Très belle église.

Entrée gratuite. Je rentre. Ouahhhhh ! C'est grandiose !

Peintures très belles, couleurs éclatantes. C'est juste trop sombre.

Des gens rentrent, se signent, font des prières, achètent des objets de culte...

Bref, ce ne sont pas des visiteurs, mais des fidèles !
Ces femmes sont très certainement en train de préparer des prières pour le prêtre, comme l'autre jour.

Je jette un nouveau coup d'oeil vers la coupole. C'est la plus belle coupole que j'ai jamais vue, me semble-t-il.

Je répète : beaucoup plus éclatant en vrai !

Une bibliothèque.

Un ministère.

Je retrouve Vanadis brûlante sur son trottoir. Mon casque est toujours là, je l'avais laissé sur le siège arrière.

Au premier feu rouge -très long, mais le temps restant à attendre est affiché en réel. Du coup, je prends une photo de la ville moderne...

C'est moins bien, hein !

Et retour vers les Carpates, que je dois traverser à nouveau. Mais c'est beaucoup moins élevé en altitude de ce côté.

Alors voyez-vous, à cet endroit précis, à ce moment précis, j'ai failli perdre la vie.

Vous regardez donc en ce moment la photo qui aurait pu être ma dernière. Les dieux étaient sans doute de mon côté, ou ce n'était pas mon heure. Remarquez bien, ils m'ont fait payer leur coup de main "cache", vous allez voir comment. Mais bon, du coup, je suis toujours là. Alors, que s'est-il passé exactement ? Regardez comment je suis placé. Bien à droite, rien à dire. Et dans une belle ligne droite. Mais pas très loin derrière un virage, quand même. Or, sur cette route que je viens d'emprunter -ben oui, quoi, je la rends, après, je vais pas l'emmener en France !- la circulation est énorme. C'est, en fait, la route de Bucarest. Et dans ce trafic, il y a un nombre très élevé de camions, d'énormes camions, qui roulent les uns derrière les autres, sans aucun respect des distances de sécurité ! Ils sont presque touche à touche. Et voilà le problème. Quand deux camions se croisent, vu la largeur de la route, ils serrent à droite. Or, ici, la probabilité que deux camions se croisent est extrêmement élevée, comme je vais bien le sentir passer... Un premier camion me frôle, le déplacement d'air me fait osciller. Juste derrière, collé au premier, un deuxième. Je le vois dans mon rétro, je l'aperçois derrière le premier. Je vois bien que le premier va me raser, mais je sais qu'il me voit. Par contre, pour le deuxième, je sais qu'il ne me voit pas. Et c'est avec une immense terreur que j'ai vu ma dernière heure arriver. Il a envoyé la totalité de ses klaxons au moment où il a donné le léger coup de volant qui m'a sauvé la vie. Il y avait... un centimètre, deux centimètres.. Non, je ne suis pas marseillais ! Je ne sais pas, mais je sais que le chauffeur-chauffard a eu très peur. Je dis chauffard car, normalement, il devrait rouler moins vite et se trouver une belle distance en arrière de celui qui le précède. Mais je connais ma part de responsabilité, et je ne me suis plus arrêté comme ça sur cette route, vous pouvez me croire !

Ouf, on l'a échappé belle, n'est-ce-pas ? Je dis "on", car vous êtes avec moi, non ?

Un peu plus loin, le père Jef a posé Vanadis sur le bas-côté, moche et gravillonneux, mais bien en retrait du trafic !

Comme vous pouvez le constater.

La rivière Olt est belle, large. Ses eaux sont bien terreuses. La route la suit au plus près, ce que j'adore. Mais la circulation gâche tout.

Je sais que je dois quitter cette route bientôt. Ici. Exactement.

Je traverse la rivière, et je pars vers l'est rejoindre Curtea de Arges. A ce moment précis, si j'avais su ce qui m'attendait, je serais retourné avec les camions, et j'aurais accepté -et signé sans condition- un rajout de 200 ou 300 km sans me faire prier... J'aurais du me douter que quelque chose clochait, car pas une seule voiture n'a tourné. mais je n'ai pas fait attention. Sur ma carte, celle que m'a donné le gars de chez IBM, c'est une belle route rouge, donc je ne pouvais pas deviner ce qui m'attendait !

L'enfer. C'est ce que j'ai connu !

Le début, c'est ça ! Avec des camions, en plus, et donc un nuage de poussière énorme. Dix kilomètres, jusqu'au premier village. Qui a l'air important. Je me dis : ce sont des travaux, ce sera fini au village. Mais non, ce n'est pas fini. Je dirais même que ça empire. Et ça devient de plus en plus bosselé, ça prend du relief. Il y a donc des côtes et des descentes, avec des virages. Je ne peux pas continuer assis, trop de cailloux, trop gros, je dois les voir !

Je suis déjà bien fatigué. Des gens sont là, ce bout est meilleur, j'arrête et je demande. La réponse tombe, tel un couperet "non, pas d'asphalte".

48 km -je ne l'oublierai pas-, vous êtes à 48 km de Curtea. Et c'était vrai. Sur cette route pourrie, j(avais de belles bornes bien présentes qui égrenaient le kilométrage, et à la vitesse à laquelle je roulais, j'avais le temps de les voir passer, les bornes !

Je rigole, là, c'est c'est pour cacher mon angoisse.

Oui, c'est comme ça. C'est de la bonne route, bien dure, pas de problème. Mais oui, difficile !

Bien. Il n'y a pas eu 48 km de piste. Heureusement, car je n'y serais pas parvenu avant la nuit. Ce que je peux vous dire, c'est que ça a été terrible. A un moment, il y a même eu un pont coupé, j'ai du enlever des pierres pour passer, j'ai roulé dans un chemin de pierres tellement raviné que j'avais l'impression de rouler dans le lit d'un torrent à sec. Epouvantable. J'ai perdu du poids sur ce parcours, c'est garanti. A un moment, un chien est venu sur moi en aboyant comme un malade. J'étais dans un tel état de rage que j'aurais attaqué le chien à mains nues et je l'aurais tué, j'en suis absolument certain. Mais je ne pouvais pas l'attaquer, j'avais à mener Vanadis dans des trous énormes, au milieu de tas de cailloux, parfois dans l'eau, parfois sur de la terre fraichement rajoutée sur les cailloux et seulement vaguement tassée. J'ai juste hurlé sur le chien, et, incroyable, il s'est tu instantanément. Je n'ai pas eu peur de lui, J'ai tout eu, sur ce parcours, tout. Sauf le sable. Ce fut dantesque, je n'oublierai jamais de toute ma vie. Là où je suis tombé, en Grèce, c'était beaucoup plus facile que ce que j'ai parcouru ici. Les dix derniers kilomètres, après le pont effondré... Le pire, c'est que le chemin a toujours été de plus en plus mauvais. En plus, par moments, sous les bois, dans les creux des vallées, il faisait vraiment sombre... et il restait des filets d'eau sur le chemin ! Si la nuit m'avait cueilli ici, j'aurais vraiment été mal ! Et, enfin, enfin, le goudron est revenu. Environ 500 mètres après cette photo, que j'ai faite car deux personnes m'avaient dit "oui, asphalte, là-bas'... L'espoir renaissait. Mais j'ai bien cru ne jamais y arriver. La fin, dans ce torrent, a été absolument terrifiante. Mais je suis content de moi, car je ne suis pas tombé, j'ai tout négocié, plutôt pas mal, certains passages étaient au-delà du "délicat", et je les ai tous réussis ! Je me félicite personnellement.

J'ai fait la totalité du parcours debout sur les cale-pieds, Les 2/3 en première, le reste en seconde, avec des pointes à 40 km/h... De rares pointes. Le cardan a craqué deux fois. Je suis passé dans des trous, je me demande encore comment la moto n'est pas restée dedans. J'ai aussi tout vu : les oies, les cochons, les poulets, les vaches, les chevaux, les ânes. Les gens. Incroyable ! Et je ne m'arrêtais pas. J'ai parlé à deux-trois personnes pour demander mon chemin, quand j'avais un doute, car c'était déjà assez dur comme ça sans parler d'en rajouter. Il m'a fallu 20 minutes pour faire les 8 premiers kilomètres, les plus faciles. J'estime avoir parcouru 30 km de pistes, dont 20 de difficiles, et 10 de terriblement difficiles ! Les villages traversés sont coupés du monde. Il n'y a là que des paysans, je pense. Tout le monde travaille aux champs, tout le monde se promène avec une serpe ou une faux. Je me suis cru catapulté au 17ème siècle, sous Louis XVI.

Un souvenir inoubliable.

Mais que je ne voudrais revivre en aucun cas.

Et j'ai la vidéo des 20 premiers kilomètres. J'ai rangé la caméra lorsque je suis arrivé au pont, de peur de tomber. Mais au moins, j'ai ce témoignage de la première partie, avec tous les gens croisés. A propos, à ce pont, je suis allé voir à pied, car il y avait un sens interdit sur le chemin.... Puis deux jeunes sont arrivés, j'ai compris qu'ils étaient cantonniers. Ils m'ont expliqué que j'allais avoir de l'asphalte dans dix kilomètres, et que ce serait plus ou moins difficile... En fait, ce fut plutôt "plus" difficile !

Voilà. Objectif atteint. Sauvé ! Je peux refaire de la photo.

Qu'il est doux de rouler sur un ruban...

Que vous dire d'autre ? C'est la fin de la journée. Alors, tout le long de la route, partout, dans les villages ou même encore assez loin, des gens reviennent qui avec l'outil de travail sur l'épaule -longue faux la plupart du temps, mais aussi rateaux et/ou bêches-, qui avec la brouette chargée à raz-bord d'herbe ou de produits divers, qui avec un énorme sac plastique sur le dos rempli d'herbe, plus gros que le porteur, qui naturellement dans la cariole tirée par un ou deux chevaux... Dans les bourgs, les gens parlent, leurs ustensiles près d'eux. Quelques bistrots, vraiment peu. Les roumains de la campagne bossent dur, très dur ! Ils ont passé la journée, pour la plupart, à couper le foin à la faux, à l'étaler et à le retourner sur le champ, ou à construire ces meules pointues bien spécifiques au pays. Je repense à mon grand-père en voyant tout ça. C'était pareil chez nous.

D'autres sont cantonniers, ou cantonnières. Ils coupent l'herbe le long de la route, à la faux aussi. la cariole les suit, dans laquelle l'herbe est chargée. J'ai aussi vu comment les trous de la route sont réparés. Comme chez nous, avec du goudron. mais c'est rigolo. Un petit camion a le goudron. Deux hommes portent une barrière de travaux d'un mètre de large environ, et la posent devant le trou : ça, c'est pour les automobilistes. Un ou deux autres viennent avec une pelle, et versent le goudron dans le trou. On tape dessus avec le dos de la pelle. On retire la barrière. Trou suivant...

Curtea de Argès. Je parviens à me tromper de route à moins d'un km de la location, ce qui me permet de "tomber" sur cette église.

Mais il y en a combien ?

Je suis arrivé à 19 heures. Avec environ 18 km faits sur goudron. S'ils avaient été en terre....

Le pire, c'est qu'une fois douché, j'avais retrouvé la forme.
Mais pas au point de faire le compte-rendu.
Non, j'ai envie, ce soir, d'écouter de la musique !
De me relaxer. Je l'ai bien mérité.

Du coup, je demande à la patronne si je peux rester un jour de plus ici ! Ma surprise a été de taille, lorsqu'elle m'a répondu "non". Tout est loué. Par conséquent, demain, je reprends la route... Vous savez quoi ? ce sera du... GOUDRON, ou ce ne sera pas !

Scron-gnon-gnon.

Pour finir, quand même. Un mot sur Vanadis. Elle a été drôlement efficace, sur ce coup-là, et ne m'a pas laissé tomber, dans tous les sens du terme. C'est une bonne bécane, et même son poids ne m'a plus gêné. Pour ce qui est de la réparation effectuée par Franz, on peut dire qu'elle est bonne, car le pneu arrière a encaissé un sacré paquet de pierres, pas toutes bien plates, croyez-moi ! Alors, merci à la bavaroise, une moto très polyvalente !

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