ea2010 - Bilan

Bilan

La reine du voyage : ma fidèle moto, qui ne m'a jamais abandonné. (photo du 7 février 2011).

 

Les chiffres.

160 jours de voyages, soit un peu plus de 5 mois.
Exactement, du 14 avril au 20 septembre 2010 inclus.
Ce qui représente 23 semaines. Je trouve que c'est assez parlant en semaines, ça donne une dimension palpable de la durée.
Environ 23.500 km.
Environ 20.000 photos.
Quelques vidéos, pour la première fois, mais que je n'ai pas encore pris le temps de traiter.

Une météo exceptionnelle. Les jours de pluie se sont comptés sur le bout des doigts.

18 pays différents traversés (ce n'est pas un concours, juste une statistique), dans l'ordre de rencontre :

France - Suisse - Italie - Slovénie - Croatie - Bosnie-Herzégovine - Monténégro - Albanie - FYROM - Grèce - Turquie - Bulgarie - Roumanie - Hongrie - Autriche - Tchéquie - Allemagne - Belgique - Pays-Bas - France - Suisse - France

Carte générale du parcours effectivement réalisé. En rouge, le sens.

 

Les remarques.

En tout premier lieu, je n'ai pas suivi mon parcours prévisionnel.

La cause principale : le mauvais état des routes. Mes premières alertes ont commencé dans le Montenegro. Ensuite, en Albanie. Là, j'ai commencé à râler. Si je dois sans cesse avoir les yeux rivés sur la route, les trous, les cailloux, la terre, alors, je perds le plaisir du voyage en moto. La perte de relaxation, la fin du plaisir de voir, assis dans mon fauteuil, le nez à l'air. Au contraire, je me crispe, toute mon attention est concentrée sur le terrain qui se déroule devant la roue avant, rien d'autre n'existe. Où est l'intérêt ? Avec des copains, autour de chez moi, ou même loin, ce n'est pas pareil. Mais seul, et loin de tout repère économique (je pense à la moto), ça ne m'amuse plus. D'autant plus qu'en situation de voyage, la moto est lourdement chargée. Et je puis vous garantir sans aucune crainte d'erreur qu'une moto lourdement chargée n'a rien, mais absolument rien à voir avec la même moto non chargée ! Je parle en connaissance de cause, suite à ma chute en Grèce, et à sa suite....

En fait, l'état de la route génère trois problèmes. D'abord, la perte de la relaxation, la perte du plaisir du voyage. C'est ce que je viens d'expliquer. Ensuite, le souci économique, bien réel pour nous, voyageurs d'Occident, avec notre culture matérialiste. Mais comment l'éviter, à part circuler à pied ou en vélo, ce qui n'est pas encore mon choix. Donc, disais-je, ce souci matérialiste constant lorsque la route est dégradée : ma machine va-t-elle supporter les chocs, quel sera le coût des réparations si elle casse ? Par conséquent, un stress constant. Je dois quand même un peu pondérer ce critère par le fait que la moto que je me suis choisi est extrêmement fiable, et que j'avais quand même de prime abord un sentiment de confiance dans mon matériel. Néanmoins... Enfin, troisième et dernière conséquence, et non des moindres : la chute. Une moto, c'est un engin qui n'a que deux roues. Et qui a donc la particularité de tomber si on ne roule pas avec, ou si on le fait trop pencher.... Or, plus la route est dégradée, moins l'on va vite, et plus le risque de chute augmente. Je me suis très souvent trouvé dans des situations où la probabilité de chuter était importante, en tout cas, sans comparaison aucune avec nos routes françaises ! J'ai mordu la poussière. sans mal, sans dégâts, mais je sais !

Je ne compte pas le nombre de fois où je ne suis pas tombé, et où j'ai eu des sueurs froides, voire même très froides ! Bref, en Albanie, j'ai commencé à modifier mon itinéraire, à cause des routes. Je n'ai donc pas posé mes roues là où je voulais le faire, j'ai raté la vue de magnifiques paysages, je n'ai pas vu certaines régions, montagnes, rivières.... que je voulais voir. Et ça me contrarie. En Grèce, je suis tombé. Et là, j'ai vraiment commencé à me dire dans ma petite tête : mon p'tit gars, y'a des endroits où tu n'es pas apte à rouler, il va vraiment falloir y renoncer. C'est ainsi que, petit à petit, j'ai commencé à changer mes itinéraires. Ce changement de comportement de ma part est venu doucement, progressivement. En fait, au fur et à mesure du voyage, et de mon vécu quotidien. En changeant mes routes, je me suis enlevé énormément de stress, et je ne le regrette pas. Mais j'ai aussi sans doute raté de superbes paysages parce que j'ai cru que... alors que c'était tout-à-fait jouable. Je me suis forcément éloigné de la nature, et rapproché des hommes. A contrario, je suis "tombé" sur des os là où je ne m'y attendais pas. Mais ça, c'est aussi l'aventure du voyage, on ne peut pas la retirer, il faut juste prendre les bonnes décisions au bon moment ! Mais en procédant de la sorte, j'ai agi sagement, et je me suis évité de nombreuses galères. Le grand dommage, mon grand regret : dans ces pays, je suis allé là où va la majorité des touristes, alors que j'aime aller là où les autres ne vont pas. En général, les routes secondaires appartiennent aux autochtones, et sont pratiquement vides d'étrangers. mais malheureusement, à cause de cette crainte grandissante au fur et à mesure de mon périple, j'ai souvent pris la décison de ne pas les prendre moi non plus.

Il faut bien l'avouer, j'ai même hésité avant d'entrer en Turquie. Heureusement, j'y suis allé. Mais les coupes dans mes trajets initiaux ont été de plus en plus sévères. Et avec raison, suite à mon expérience, à mon vécu. Ainsi, après la presqu'île d'Erdek, j'ai décidé de trancher sévèrement. C'est en effet là-bas que j'ai découvert la presque inutilité de l'atlas routier turc, pourtant bien détaillé, que j'avais acheté. Parce que 75% des routes que j'avais envisagé de prendre se trouvaient être ce que les turcs appellent, en anglais, des "village roads". Et sur le terrain, par expérience vécue, j'ai constaté qu'une "village road" pouvait aussi bien être parfaite qu'impraticable, et je pèse fermement mes mots (selon mes critères personnels de pilotage). Ce qui veut dire que, dans le doute, souvent, je les ai évitées ! Et c'est ainsi que j'ai finalement laissé tomber une grosse moitié de la Turquie, une grosse partie des montagnes des Carpates (car Bulgarie et Roumanie sont terribles aussi), que j'ai laissé tomber Moldavie et Ukraine, parce que je n'avais plus l'envie, que je ne suis même pas allé dans le delta du Danube, car ma passion était tombée, et que j'ai finalement terminé ce voyage en touriste classique, évitant soigneusement les petites routes qui, d'ordinaire, font mon bonheur et sont mon critère principal de choix. J'ai retrouvé ce plaisir en France...

Les derniers jours du voyage ont été une réconciliation avec la route, mais j'ai été lourdement marqué, et ce voyage n'est certes pas sans conséquence !

Les routes en sont peut-être la cause, mais le moyen de locomotion choisi l'est tout autant...
Une moto passe partout, dit-on ?
Pas pour moi ! Plus pour moi !

Pour voir les pays et villes principales.

Pourquoi avoir modifié les itinéraires prévisionnels ? (suite)

Pour être tout-à-fait honnête, il existe une autre raison : le manque important de terrains de camping correspondant à mes critères, ainsi que leur nombre. Je ne suis pas très difficile, je hais les campings "haut-de-gamme", j'adore les petits campings municipaux. Mais en Turquie, et dans l'Europe des Balkans, la qualité des campings s'avère être un peu en-dessous de ce que j'aime. C'est vraiment l'état des sanitaires, et particulièrement la partie toilettes, qui me dérange le plus. Mais... passons. Avoir un terrain de camping, c'est déjà formidable. Là où ça ne va pas, c'est lorsqu'il n'y en a pas. La Grèce m'a énormément déçu dans ce domaine. Il est clair que l'état des campings en Grèce s'est considérablement dégradé. Et leur nombre a fortement diminué (j'en ai trouvé plusieurs fermés depuis déjà plusieurs années....). Je dis ça avec certitude, il suffit d'ouvrir les yeux : carrelage cassé, poignées et targettes rouillées, sanitaires défoncés, portes brisées, enlevées, c'est courant ! Et campings forcément presque vides d'occupants. Or, si je ne recherche surtout pas la foule, j'aime voir la vie autour de moi, pouvoir discuter avec les autres touristes, échanger, boire un coup, s'informer, écouter leurs histoires. Bref, j'adore cette ambiance. Eh bien, dans les Balkans, les bons campings sont pleins (normal, il y en a peu), et c'est donc la promiscuité. Et les mauvais campings sont vides : du vécu plusieurs fois, où je me suis retrouvé le seul client, et je déteste ! J'avais prévu mes itinéraires, et par conséquent mes étapes. Elles avaient été préparées avec beaucoup de soin, et avec un camping en fin de journée. Le fait de les modifier fortement m'a contraint à subir la recherche quotidienne d'un terrain de camping. En France, il y en a partout : ce n'est donc absolument pas un problème. Mais là-bas, il y en a très très peu ! Et c'est pénible, cette recherche de couchage. Je dois modérer ce point pour la Bulgarie et la Roumanie. En effet, s'ils ont peu de campings, ils ont beaucoup de chambres pour les touristes, avec des prix similaires à ceux des campings. Pour ça, ces deux pays sont formidables, et j'ai beaucoup aimé. J'avais aussi connu ça en Pologne et dans les trois états baltes en 2006, et ça m'avait également beaucoup plu.

Et la Turquie? Parlons-en un peu. Je n'ai pas été déçu : ce pays est très intéressant, et mérite d'être visité. Je ne m'y suis jamais senti en insécurité. Les turcs s'avèrent être très accueillants, et d'une grande gentillesse. Je m'y suis seulement parfois senti mal à l'aise, dans les zones où je voyais de nombreuses femmes voilées, et aussi dans les zones rurales, lorsque j'étais au coeur du pays. Là où, sur les places des villages, on ne voit que des hommes. Seul sur une moto -donc à découvert-, je n'avais pas vraiment envie d'aller me mêler à la population locale. Ce n'est pas inhérent à la Turquie, mais à moi. Je n'aime pas être entouré, être le centre de la conversation, attirer tous les regards sur moi. C'est donc plus une question de nature qu'autre chose. Si je n'avais pas été seul, alors mon voyage aurait été fort différent sur ce point-de-vue précis. C'est important, et ça m'a permis de confirmer ce que je soupçonnais en moi. J'aime la solitude, mais seulement dans un environnement que je maitrise culturellement. Et aussi en terme de nature, car je ne bivouaque pas seul en forêt. J'ai essayé, et ça ne me convient pas : j'ai la frousse, ça ne me gêne absolument pas de le dire. Autant de l'humain que de l'animal, d'ailleurs. De plus, bivouaquer en moto s'avère être très compliqué. Il faut tout de même être discret lorsqu'on monte sa tente, et par conséquent, il faut s'enfoncer dans la nature. Mais ceci requiert des routes et/ou chemins praticables... Qui plus est, la tente ne sera jamais au bord de la route. Alors, entrer la moto dans un champ ? De plus, et concernant précisément la Turquie de l'est, les rapports des autres voyageurs étaient très mitigés. Oui, vas-y, c'est sans souci. Non, n'y va pas, fais gaffe, c'est dangereux avec les Kurdes. Il y a eu des attentats alors que j'étais là-bas, la police était sur les dents, les contrôles étaient quotidiens. Avec mes doutes sur les routes et sur les campings, il ne m'en fallait pas plus pour me dissuader. La Cappadoce a donc été mon point le plus à l'est.

De toute façon, les risques inhérents à la politique sont bien réels, et ce voyage m'a également confirmé ma position très personnelle dans ce domaine : je n'ai absolument aucune envie d'aller visiter des pays sous fort contrôle militaire, policier et/ou administratif, ou connus pour leurs très nombreuses pratiques de corruption. C'est donc tout naturellement qu'au retour, en dehors des critères état des routes/terrains de campings, j'ai rayé Ukraine et Moldavie de mes cartes.... Il faut savoir faire des choix. J'aime la paix. Je voyage pour le plaisir, la découverte. Pas pour chercher querelle ! Ni pour devoir argumenter pendant des heures avec des flics véreux ! Il se trouve que cette réflexion inclut évidemment aussi tous les pays pauvres. Car les populations des pays pauvres nous envient, et considèrent tout voyageur comme un distributeur d'argent, sans aucun critère de sélection. Comment le pourraient-ils, d'ailleurs ? Comme je n'ai aucune envie d'être reçu avec des pierres, je préfère aller là où je ne perturbe pas la vie locale. Il me reste donc cette bonne vieille Europe. Pour l'instant. Pourvu que ça dure !

Triumph Bonneville of America et BMW R 1150 GS motos

Autre carte, pour le plaisir.

 

Les conséquences.

Je me suis laissé aller à la visite des grandes capitales. J'ai apprécié et aimé visiter les villes. Je me suis laissé aller au gré des rencontres, je me suis laissé bercer par le courant. Lorsque les rencontres étaient agréables, je n'ai pas hésité à rester une ou plusieurs journées de plus qu'initialement prévu. J'ai ainsi vécu des moments de vie inattendus, insoupçonnés. Je sais désormais que je ne voyagerai plus tout-à-fait comme avant, et que je n'hésiterai jamais à suivre le hasard des rencontres, qu'elles soient d'ailleurs d'origine humaine ou naturelle.

J'aime toujours autant la nature, peut-être même davantage. Par conséquent, elle sera très souvent au coeur de mes itinéraires. Je veux me donner les moyens de l'atteindre et de la contempler de près.

Chaque journée agréable doit être suivie, chaque coin désagréable doit être quitté sans attendre. Je n'oublie pas : nous n'avons qu'une vie, et chaque journée passée est une journée perdue, une journée de moins à vivre. C'est extrêmement important pour envisager de profiter au maximum, et d'éviter tant que faire se peut tout ce qui est désagréable ou contraignant.

Alors, forcément, j'en tire les conséquences.

 

Mon prochain voyage se fera en...

voiture.

Triumph Bonneville of America et BMW R 1150 GS motos

Vue des reliefs traversés.

Conclusion.

Ce voyage dans l'Europe des Balkans a été fantastique à bien des égards. J'y ai beaucoup découvert, beaucoup appris.

Je reviens avec une masse incroyable de souvenirs.

J'ai fait la connaissance de gens merveilleux, que j'espère bien revoir !

Je compte bien retourner là-bas, voir ce que je n'ai pas vu, creuser dans les détails.

Un jour sans doute, si la santé me le permet, pour un aller-retour de plus.

 

 

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