De la Vendée aux Landes - 1er jour

Mercredi 15 Septembre 2004 - Jour n° 01

 

Le jour tant attendu est enfin arrivé. Le bourricot est chargé, ce qui n'a pas été facile. Comme toujours dans ces cas-là, il s'avèrera que j'en ai, une fois de plus, emmené deux fois trop. Sur le siège passager: un gros sac contenant tout le matériel de camping: tente, duvet, matelat gonflable, piquets, tapis de sol pour protéger le sol de la tente... Par-dessus ce grand sac, une valise pleine de gilets, tee-shirts, sous-vêtements, chaussettes, chaussons, etc. Elle se trouve entourée d'un deuxième tapis de sol, qui l'imperméabilise totalement en cas de mauvais temps. Par dessus encore, une poche en plastique protégeant quelques bricoles de dernière minute. Tout derrière, le grand top-case, contenant l'ordinateur portable et tous les petits appareils électriques et électroniques, tels que rallonge de 5 mètres (qui s'avèrera souvent trop courte), chargeur de piles, lecteur USB pour transférer les photos numériques vers le PC, etc. Dans les sacoches, de chaque côté, la nourriture, la vaisselle, tout ce qui doit être accessible à tout moment. Et enfin, sous le siège, et inaccessible pendant le trajet compte tenu de tout ce qui est fixé par-dessus, les affaires de toilette, les bouquins de voyage non utiles pour la journée, etc. Enfin, pour couronner le tout, dans un grand cabas accroché entre mes jambes: le sac appareil photo, les objectifs, la bouteille d'eau, la carte et le guide du trajet en cours. Bref, finalement, j'en mets un paquet sur ce scooter, je suis comblé! En contrepartie, il est lourd, très lourd même; non pas en roulant, ce qui se passe sans aucun problème, mais pour y monter ou en descendre, et pour le manoeuvrer à la main. Je n'y suis pas habitué, en ce premier jour, mais ce sera suffisant pour y parvenir, vous verrez pourquoi! Il est à peine 9 heures, et je décolle enfin!

 

Le temps est somptueux. La température un peu fraîche: 15 degrés Celsius sur mon superbe cadran X9. Je dois dire que ce tableau de bord est génial, et j'ai énormément apprécié de connaître la température extérieure tout au long de mon périple. Malheureusement, je ne l'ai notée que de rares fois, et comme je n'ai pas pu tenir quotidiennement mon journal, le temps passé a estompé puis effacé ce genre de souvenir! Je connais bien sûr la route par coeur pour l'avoir souvent faite. Il s'agit de la D949, qui traverse Talmont-Saint-Hilaire (ruines médiévales: vous en verrez des photos sur mon site), et passe devant le château de la Guignardière (que j'ai visité et filmé lors de "portes ouvertes" à l'occasion des journées du patrimoine; lorsque j'aurai le temps, j'en mettrai peut-être un bout sur le site) juste avant de traverser le bourg d'Avrillé, qui possède le plus haut menhir de Vendée que j'irai un jour vous photographier.

Une quinzaine de kilomètres plus loin, c'est Saint-Cyr-en-Talmondais (auberge réputée); je passe tranquillement devant l'étrange monument dans le cimetière, que j'aperçois toujours, et une pensée me traverse l'esprit, comme à chaque fois, à savoir qu'il faut absolument que je m'arrête voir lors de mon prochain passage! Et je me dis la même chose concernant ce fameux parc floral situé à la sortie du bourg, que je n'ai toujours pas visité!

Je roule donc complètement décontracté, et "peinard", conscient que mes vacances commencent à peine; bref, je savoure, à tel point que je m'arrête déjà au bout de 50 petits kilomètres, à Luçon, sur la place de la cathédrale. C'est là que j'ai pris la photo du scooter ci-dessus. Un petit coup d'oeil sur les bagages: tout est bien arrimé, rien n'a bougé.

Comme il ne m'est pas possible de ne prendre qu'une photo, j'en fais une petite série: la façade de la cathédrale dans laquelle Richelieu a été sacré évêque le 21/12/1608 (eh oui, c'était son évêché, qu'il disait être "le plus crotté de France") en réparation, dont la flèche s'élève à 85 mètres, et la statue (ci-contre) dédiée, ce qui est plutôt rare, non pas aux combattants de la guerre de 1914-1918, mais à ceux de la guerre précédente, celle de 1870-1871 au cours de laquelle les Allemands nous ont mis la "pâtée".

   
Après Luçon, direction La Rochelle, donc plein Sud. Par contre, au lieu de prendre la nationale 137, je préfère "batifoler" à travers le marais par les petites départementales (D50, D25, D10A, D9). Il s'agit là du marais desséché du Petit Poitou, grande plaine autrefois immergée (ancien golfe des Pictons), et le premier à avoir été asséché dans cette province. Il n'y a pratiquement pas d'arbres, et cette vaste étendue plate est découpée de digues et de canaux, entre lesquels règne l'agriculture intensive. C'est ainsi que la petite route longe les canaux, passe devant quelques fermes très isolées, et ne traverse qu'un village perdu, Champagné-les-Marais. En fait, les villages du marais sont extrêmement anciens; ils sont visibles de très loin, car ils sont tous bâtis sur des élévations, qui autrefois étaient des îles. La route longe ensuite le canal de Vienne avant de traverser l'estuaire de la Sèvre Niortaise sur le pont du Brault.    

 

Juste avant le fameux pont du Brault, que vous voyez ici, il y a un promontoire, sorte de Belvédère surplombant la rivière et le paysage, tellement plat qu'il n'est pas besoin de s'élever beaucoup pour avoir une vue très dégagée. Or j'ai vu de suite que je pouvais accéder en haut du promontoire avec le scooter (gros gravillons). C'est après avoir pris mes photos, en descendant le scooter de sa béquille, que j'ai été entraîné par son poids: la première chute! Et après seulement 65 km de route. Heureusement que je suis seul; mais j'ai eu toutes les peines du monde à le soulever, car j'étais en contre-pente, j'avais très chaud avec ma grosse veste de moto, et le soleil tapait fort. Après un rapide examen, rien n'a été abîmé, carosserie non rayée, et les protège-sacoches pas déchirées. Plus de peur que de mal, mais premier avertissement: les manoeuvres de montée et de descente sur mon destrier sont délicates, et à effectuer avec la plus grande prudence, ainsi que les manoeuvres de style demi-tour, au pas ou au grand ralenti, tout ceci à cause du poids important situé à l'arrière, qui me crée une sorte de porte-à-faux dangereux.

 

Bon, c'est pas tout ça, mais le temps passe, on dirait que je suis en vacances... Non, mais quand même, il faut que je me secoue quelque peu; en effet, je dois prendre le bac à Royan pour traverser l'estuaire de la Gironde, et je sais que pendant la période du mardi 31 août au lundi 27 septembre 2004, au départ de Royan, les horaires sont:
7.50 - 9.30 - 11.00 - 12.30 - 14.00 - 15.45 - 17.15 - 19.00 - 20.30
Comme j'aimerais passer avec celui de 12h30, il faut rouler. Et ça tombe bien, car c'est justement ce que j'ai envie de faire. Oui, je dois vous l'avouer, j'adore rouler. Deux choses m'inquiètent un peu: le mal au coccyx et le mal au dos. Lors de mon dernier voyage en scooter, dans les Pyrénées, j'avais vraiment eu mal au coccyx les premiers jours, à cause du nombre de kilomètres effectués lors de la première étape. Puis, les jours suivants, le mal de dos l'avait progressivement remplacé. Cette fois, j'ai bien fait attention à la position de la selle et du petit dosseret qui sépare la place conducteur de celle du passager, et j'ai fait en sorte de ne pas avoir à porter de quoi que ce soit sur mon dos; c'est pour cette raison que j'ai placé le sac de l'appareil photo dans un très grand cabas à l'avant, entre mes jambes, tenu au merveilleux crochet situé en façade et, ma foi, fort utile. Ces précautions se sont avérées payantes, et je n'ai pas eu à souffrir de mon dos de tout ce trajet, excepté en de rares occasions, mais je vous expliquerai...

 

C'est reparti. Je suis maintenant en Charente-Maritime, la Sèvre Niortaise marquant la limite de la Vendée. La route traverse ensuite le marais de la Brie, puis les villages de Villedoux (quartier général de Richelieu pendant le siège de La Rochelle) et Saint-Xandre. Puis La Rochelle, que je contourne totalement en empruntant la belle N137, deux fois deux voies, direction Rochefort. Le X9 roule à merveille, il fait bon, l'air est très agréable, la vue est sympa: en effet, j'aperçois la mer au loin, car je suis nettement plus haut que dans un siège de voiture, et la visibilité est bien supérieure. A Rochefort, je quitte la N137 et prends plein Sud, sur la D733, la direction de Royan, qui n'est plus qu'à une quarantaine de kilomètres. Il n'y a plus de péage pour traverser la Charente, enfin! C'est la première fois que je passe gratuitement, quel bonheur. J'avais vraiment toujours trouvé ce péage absolument scandaleux. La circulation est très calme, les vacances sont finies pour les touristes, et c'est génial pour moi.

 

Un peu avant Royan, la route traverse la fin de l'estuaire de la Seudre à l'Eguille. En roulant, la vue de ce joli village avec son clocher a fait stopper le X9; il y a longtemps que je n'ai pas pris de photos, l'arrêt est obligatoire! On distingue à peine au premier plan la Seudre, un petit quai, ainsi qu'une barque. C'est normal, c'est marée basse. Plus loin, la route qui longe la rivière, bordée de platanes d'un bord, et la rangée de maisons de l'autre côté. Derrière se profile l'église. De l'autre côté du pont, vers l'Est, on voit le fond de l'estuaire et la plaine marécageuse; la vase découverte par la marée brille dans le contre-jour du soleil. Le temps s'est assombri: des nuages lourds d'orage se sont formés insidieusement, qui pourraient bien donner de l'eau dans quelque temps. Il est midi moins le quart, je repars.

 

Il est midi quand j'arrive à Royan, ville aux constructions récentes, puisqu'elle a été entièrement détruite par les bombardements en 1945. Je traverse toute la ville toujours tout droit, je finirai bien par arriver sur la côte. L'arrivée sur le littoral et la vue de la mer sont toujours, pour moi, un moment d'émotion. Enfin, je dis la mer: il s'agit de l'estuaire de la Gironde seulement, mais Dieu qu'il est immense. C'est le plus grand estuaire de France! Je distingue en face la pointe de Grave, dune de sable plantée de pins et formant l'autre côté de l'estuaire: c'est là que je vais. En prenant ce bac, je m'économise la bagatelle de 215 km, distance correspondant au contournement de l'estuaire par Bordeaux, ce qui est considérable! Mais où se trouve l'embarcadère, à droite ou à gauche? Je prends à droite et je suis à allure réduite la route longeant la corniche formée de pittoresques falaises de calcaire, admirant le paysage.. Au bout d'un moment, je me rends compte que je ne suis pas dans la bonne direction. En effet, je suis arrivé à la splendide conche de Pontaillac, pour ceux qui connaissent, et je roule en direction de Saint-Palais-sur-mer.

 

Je fais demi-tour, et m'arrête presque aussitôt pour photographier les belles villas devant la conche du pigeonnier, (ci-dessus) puis la conche et la pointe du Chay (ci-dessous), derrière laquelle se trouve la conche de Foncillon et l'embarcadère.

 

 

C'est parti. Le scooter est sur le ferry, et nous démarrons pile à l'heure. J'ai bien fait de ne pas trop traîner. Direction la pointe de Grave, située à 5,5 km au Sud-Sud-Ouest de Royan. Prix de la traversée: 12,50 € avec le scooter. Sur la photo ci-dessous, prise vers le large (donc plein ouest), alors que le ferry est en train de faire son demi-tour pour se positionner dans le sens de la marche, on distingue un petit édifice: c'est le phare de Cordouan. Il se trouve à 12 km en mer, et à 8 km de la pointe de Grave entre les deux passes de la Gironde. Construit sur un îlot rocheux à sec à marée basse et recouvert de 3 mètres à marée haute, il mesure 66 mètres au total.

 

 

 

La luminosité est absolument sensationnelle, encore accentuée par la présence de nuages très blancs, de nuages noirs et de morceaux de ciel bleu. C'est magnifique.

 

 

 

Vue prise sur le ferry, avec les passagers et les sièges, dans le sens de la marche, donc en direction de la pointe de Grave. On voit bien la côte, située pourtant à 4 km! Un orage avec pluie violente est survenu quelques minutes plus tard. La traversée a duré exactement 29 minutes (temps de démarrage et d'arrêt compris) pour une distance parcourue d'exactement 6,6 kilomètres, ce qui nous fait une moyenne de 13,5 km/h, avec une pointe à 33 km/h (à 1,5 km de l'arrivée) , et la majeure partie du trajet effectuée entre 20 et 25 km/h. J'ai pu effectuer ces calculs grace à la trace acquise par mon GPS, trace consciencieusement restituée chaque soir sur mon ordinateur portable!
Changement de département: j'arrive en Gironde.

 

Je débarque et me mets immédiatement en quête d'un lieu pour me restaurer. Il pleut maintenant, et le ciel est curieusement très vite devenu uniformément gris et triste. Quel changement en 10 minutes à peine. Je ne souris plus... La pointe de Grave se situe sur le territoire de la commune du Verdon-sur-mer, sous les pins maritimes. Je m'installe dans une pizzeria encore ouverte (de nombreux établissements sont en effet fermés), pas très jolie, mais bon, l'appétit est là. Seules 4 à 5 personnes viendront manger, c'est dire si la saison est terminée. Un monsieur sympa viendra discuter avec moi; la conversation commence toujours avec le scooter, quelle cylindrée, vous venez d'où, vous allez où, etc. Je le lui dis, il trouve ça super, et il me raconte son grand voyage lorsqu'il était jeune, un tour de France en vélo, avec couchage dans les granges et les foins. On sent que c'est pour lui un très grand souvenir.

Il est 14 heures, et la pluie s'est arrêtée. Je file vers Soulac-sur-mer, au bord de l'atlantique. La côte est balayée par les vents, et très dangereuse.

 

 

La plage a été "passée au crible" par des tracteurs, dont on voit la trace comme d'immence rayures de rateaux, au milieu desquelles sont disposées des claies en bois pour circuler.

 

Le paysage, noyé dans la lumière au large, est superbe en direction de Royan et de toute la côte après Royan le long de l'embouchure de la Gironde.

 

Superbe habillage du blockhaus de la seconde guerre mondiale, rappelant les bains de mer du début du 20ème siècle.

 

 

Après Soulac-sur-mer, la D101-E1 s'écarte de la côte, pénètre dans la forêt de pins (que l'on voit ici) et suit à nouveau la mer, mais en retrait d'une cinquantaine de mètres; par conséquent, et malheureusement, l'océan n'est plus visible. Deux à trois kilomètres plus loin, la route se termine à Sainte Amélie, et sa superbe chapelle.

 

Sainte Amélie

 

En descendant vers le sud, je cherche à longer autant que faire se peut le littoral. Mais d'ici jusqu'en Espagne, ce n'est possible que sporadiquement. Il n'y a pas de route parallèle à la côte, ou plutôt si, il y en a plein, mais toutes situées à l'intérieur des terres. La grande forêt bordant l'Océan Atlantique est bien quadrillée de routes, pour la plupart orientées Nord-Sud et Est-Ouest, mais pratiquement toutes en retrait du littoral, qui, lui, se mérite! Je veux dire par là que, pour le voir, il faut y aller. Vous descendez donc vers le Sud sous le couvert des pins maritimes, et vous prenez les rares petites routes sur votre droite qui vont vers la côte. Par conséquent, pour en voir un maximum, il faudrait beaucoup de temps, ces allers-retours incessants pouvant aisément se traduire à chaque fois par dix ou vingt kilomètres supplémentaires! Mais bon, c'est agréable de cheminer en sous-bois sur ces toutes petites routes (pas toujours en bon état). Par conséquent, de Sainte Amélie, je retourne vers la forêt pour rattraper la D101 en direction de Grayan-et-l'Hôpital, sans l'atteindre, car je bifurque avant sur la D102-E1 pour rejoindre Montalivet-les-Bains. La route contourne le centre naturiste Euronat, et rejoint la mer qu'elle longe vraiment sur environ 3 kilomètres.

 

Et là, je dois vous dire que ce furent, pour moi, les trois plus beaux kilomètres de la journée, regardez les photos.
Le sable envahit la route, et on sent ici que le vent domine et commande aux hommes. C'est tout simplement superbe! Vous voyez, dans le sable, les traces laissées par les averses du milieu de la journée. C'est trop génial.

 

 

Le génial Piaggio semble perdu sur la petite départementale, mais en fait, il ronronne de bonheur!

 

A Montalivet-les-Bains, je quitte à nouveau, par obligation, le bord de mer, par la D102 jusqu'à Vendays-Montalivet vers l'Est (imposante église ci-dessous), puis plein Sud sur la D101 jusqu'au croisement avec la D202, pour la prendre direction plein Ouest à nouveau vers la mer, par Saint-Isidore jusqu'au lieu-dit et camping Le Pin Sec. Je ne descends pas jusqu'à la mer: il fait chaud avec mon gros blouson, et je dois traverser avec mon "bardas" le cordon dunaire que j'aperçois (voir photo); je préfère continuer.

 

 

Sur la D202, au Pin Sec. Comme c'est reposant!

Et c'est reparti. Comme d'habitude, retour en arrière pour redescendre plus au Sud. Cette fois, je prends presque aussitôt une piste mi-caillouteuse, mi-sableuse; il s'avère que c'est une piste cyclable. Je n'ai pas vu de panneau d'interdiction, donc je tente. C'est agréable dans un sens, car je suis plus plongé dans la nature, mais je ne crois pas que le Piaggio soit à la noce, le pauvre. Je regrette de ne pas avoir pris de photo, trop occupé sans doute au pilotage et à éviter les nids de poule! Cette piste me conduit directement à Hourtin-plage, étape suivante de mon périple.

 

Allez, c'est reparti. Il faut à nouveau quitter l'océan, cette fois d'autant plus que l'étang d'Hourtin-Carcans oblige la route à le contourner plus loin à l'Est. Il s'agit du plus grand des lacs landais (15 km de long sur 3 à 4 km de large, 5.923 hectares!). Je rejoins donc Hourtin (dont vous pouvez voir le clocher plus bas) sur la D101, en passant devant la lagune de Contaut, qui me donne une étrange impression de forêt amazonienne, avec cette végétation luxuriante et presque impénétrable d'arbres et de fougères! Ne riez pas, c'est vraiment ce que j'ai ressenti, et essayé de vous le transmettre par la photo ci-dessous.

 

Franchement, j'aimerais bien le voir, ce lac. J'aimerais me promener un peu sur sa berge sauvage. Mais je ne vois pas d'accès. Je décide de me diriger vers Lachanau, il doit bien y avoir une promenade sympa à y faire. Une très grande ligne droite et c'est l'arrivée dans ce qui semble n'être qu'une succession de propriétés toutes plus privées les unes que les autres, tous les accès semblant défendus ou en tout cas bien cachés; aucune pancarte pour se diriger vers la grève recherchée. Grosse déception. Comble de tout: c'est peut-être la fatigue qui commence à se faire sentir, toujours est-il que dans une sorte de cul-de-sac, je m'apprête à faire un demi-tour plutôt serré, trop serré même, et patatras, entraîné par le poids du scooter et de son chargement, je ne peux empêcher la chute prévisible. Chute en douceur, mais chute quand même, sur mon côté droit; et je ne sais pas pourquoi, mais je suis pris soudainement d'une immense fatigue, le moteur tourne encore, et je suis incapable de redresser mon Piaggio, qui n'attend pourtant que cela pour repartir de plus belle! Je suis alors sur la moitié de la chaussée, totalement découragé et inapte au travail; une voiture arrive en trombe, et un personnage que je qualifierais aussitôt dans mon esprit de "Sarrazin" (non pas à cause de son physique, mais à cause de son véhicule, que j'associe instantanément au film des visiteurs, je veux dire la 4L jaune de la poste!), en sort en courant et se précipite vers moi, en laissant moteur allumé et portière ouverte. L'arrêt est impressionnant, du genre braquage des roues et frein à main, à tel point que, sur le coup, je ne réalise pas immédiatement que c'est pour moi! Il m'a presque fait peur, serait-ce un braquage? Eh bien non, je vous rassure de suite! Mon "sauveur" se précipite donc et me soulève le scooter comme s'il s'agissait d'un vulgaire vélo, et me dit: "t'inquiète pas, mon gars, je suis motard et j'ai tout de suite vu ce qui se passait, ne me remercie pas, tout va bien?, t'as besoin de rien? allez bonne route" et repart aussi vite qu'il est venu. Serait-ce mon ange gardien? J'en reste un moment bouche bée, mais ce geste gratuit m'a instantanément redonné toute ma forme et c'est un gars complètement regaillardi qui enfourche sa monture et repart vers Hourtin, bien décidé à ne pas terminer cette journée sans voir ce grand et paradoxalement invisible lac...

A Hourtin, la D3 plein Sud vers Carcans, puis plein Ouest vers la mer: j'arrive au Montaut, où je découvre l'étang de Carcans avec émerveillement, et Maubuisson avec sa superbe plage: un vrai régal, jugez vous-même.

L'eau est sûrement moins chaude, mais voilà un paysage totalement guadeloupéen. Au fond, la pointe de Bombannes.

 

Je longe la plage au ralenti avec le scooter, sous les pins, à l'abri du vent. La lumière commence à décliner, il est pratiquement 17 heures. Je prends la D207 et vais à Carcans-Plage. Ici comme souvent en Gironde et dans les Landes, la ville est à plusieurs kilomètres de sa plage: pour Carcans, 11 km séparent le bourg et la mer! Rien de bien, je fais aussitôt demi-tour, et prends la D6 E1 plein Sud, dans la forêt, direction Lacanau-Océan, situé à 13 km de Lacanau-ville!! Il y a encore du monde à traîner sur la plage et sur le remblai, ce qui me fait penser à la foule que ce doit être en été, période insupportable sur toutes les côtes, à mon goût (peut-être aussi parce que j'y suis justement toujours!). Mais là, c'est génial.

 

Il faut que je commence à me mettre en quête d'un terrain de camping. J'ai repéré qu'il semble y en avoir du côté de Lacanau ville, c'est pourquoi je quitte encore une fois le rivage direction plein Est. L'étang de Lacanau (1929 hectares, 8 km de long pour une largeur oscillant entre 2 et 3,5 km) est séparé de l'océan par 5 à 6 km de dunes de 20 à 50 mètres de hauteur boisées de pins maritimes. J'arrive au bord de l'étang un peu avant 18 heures, et je suis absolument surpris par le calme qui y règne. En effet, après le vent fort qui soufflait sur l'étang de Carcans et sur la côte, il n'y a ici pas un souffle d'air. Le village s'appelle le Moutchic - curieux nom - et c'est plus fort que moi, malgré l'heure tardive, je ressens le besoin de m'arrêter. Evidemment, quelques photos s'imposent, que je vous livre ci-dessous. Une cabane pour entreposer les planches destinées à la location, très propre et peinte en rouge, me fait penser au Canada (oui, je sais, je vous ai déjà dit des trucs de ce genre, mais je n'y peux rien, regardez vous-mêmes et dîtes-moi si ça ne vous fait pas penser au même pays). Un baigneur est là, un monsieur assez âgé, au large du grand arbre. C'est superbe, et j'ai envie de m'allonger et de rêver devant ce beau tableau.
Je terminerai sur cette photo. Vous n'avez pas envie de vous asseoir? Ah mais non, c'est vrai que vous êtes déjà assis!

 

Allez, je repars. A Lacanau, je trouve le camping, adorable et si calme, tellement calme qu'il n'y a personne, et que l'accueil est complètement fermé, volets aussi. Mais curieusement, c'est ouvert, et franchement, je planterais bien ma tente. Le problème, c'est que je n'ai pas encore assez confiance en mes capacités de campeur. Ce serait maintenant, j'irais sans hésiter. Je demande à quelques hommes en train de "pétanquer" sur la place contiguë, mais ils ne savent pas. Par contre, ils me disent qu'il y a un camping au Porgé, juste après. Allez, en vitesse, je commence à être un peu fatigué, et la lumière baisse vite.
Le Porgé, 18h15. Je me souviens d'une superbe église, mais pas de camping. Je vois un plan sur la petite place: le camping est au Porgé-plage, distance 11 km. Ce n'est pas rien, heureusement que je préfère le scooter au vélo... J'espère que c'est la dernière étape; pourvu que le camping ne soit pas fermé. Il n'y a plus un chat sur la route, et j'ai l'impression de rouler au bout du monde. Enfin le camping, et il est ouvert. Génial. Et pour trouver de la place où installer la tente, je n'ai vraiment que l'embarras du choix! Ce sera la même chose pendant tout ce voyage, sauf sur la côte méditerranéenne espagnole. Je m'installe donc à distance respectable des quelques "voisins", et pas loin des sanitaires, car je suis et je serai toujours fainéant! J'installe ma maison relativement vite, bien que très peu habitué encore (je n'ai fait que 2 essais avant de partir). Puis je vais ce soir manger dans un snack-bar situé un kilomètre après le camping, juste derrière le cordon dunaire. J'y vais en scooter! Il n'y a pratiquement personne, c'est d'un triste, je regrette presque d'y être venu. J'en ressentais le besoin comme pour me féliciter de cette première journée de voyage, qui restera dans ma mémoire comme un excellent souvenir. En retournant au scooter, je cherche mes clés partout: elles étaient restées sur le contact! Finalement, heureusement qu'il n'y avait pas grand monde! Retour à la tente. Quelques coups de fil pour rassurer mes proches sur mon état de santé, douche et hop, sous la tente. Le grand bonheur de chaque soir tout au long de ce voyage commence: transfert des photos sur l'ordinateur, transfert de la trace GPS sur l'ordinateur, regarder toutes les photos, regarder le chemin effectué, répertorier les endroits où les photos ont été prises, préparer l'itinéraire du lendemain en consultant tous les guides emmenés et les cartes, bref que du bonheur. Mais finalement, j'aurai tous les soirs du travail jusque tard dans la nuit, souvent minuit! Et encore, je ne prends même pas le temps de faire mon journal, que je voulais tellement faire! La prochaine fois, c'est promis, j'emporte un dictaphone.

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