Traversée des Landes - 2ème jour

Jeudi 16 Septembre 2004 - Jour n° 02

Approchez le curseur de la souris sur un nom de ville en jaune, ou du symbole de l'appareil-photo. Le curseur prendra la forme d'une main: il vous suffit alors de cliquer pour vous retrouver à cet endroit précis dans mon récit.

Bonne ballade, comme d'habitude.

 

Il est déjà 10h15 lorsque je quitte le camping. J'ai passé un temps fou à tout ranger; c'est clair, je n'ai aucune organisation pour l'instant, du genre je commence à ranger ça et ça, puis ça et... ceci se mettra toujours à cet endroit, dans cette sacoche, et ceci sera toujours sous la selle, et, et, et. Il me faudra plusieurs jours pour trouver un rythme le soir quand je m'installe, et le matin quand je démarre. Le soleil est donc déjà haut dans le ciel, et il fait chaud! Cela dit, comme tout un chacun, je préfère avoir trop chaud que trop... froid. Pourtant, cette nuit, ça caillait; le gardien m'a dit que la température était descendue à 5 degrés. Mais j'ai un duvet d'enfer, dans lequel j'ai tellement chaud que je ne le ferme même pas. Quand tout est chargé sur le scooter, que je prends bien soin d'installer d'abord sur une surface dure et le plus plate possible avant de le remplir, je mets la clé dans la serrure, je tourne et .... ça démarre. Et ça démarrera toujours au quart de tour. Quel bonheur que ce Piaggio.
Bon, allez, assez blablaté. Le programme du jour. C'est simple, comme d'hab, il faut repartir à l'Est d'où on vient pour redescendre vers le Sud, puis retourner vers l'Ouest pour aller jeter un coup d'oeil sur la côte plus bas. C'est donc reparti vers Le Porgé. A mi-chemin environ, sur cette D107, je traverse cette rivière, que je n'ai même pas vue hier soir à l'aller. Il s'agit en fait du canal des Etangs, qui relie l'étang de Lacanau au Nord au bassin d'Arcachon au Sud; c'est pourquoi il est si droit. J'en profite pour immortaliser la D107 en direction du camping, donc d'où je viens. Comme d'habitude, je suis à peine parti que je suis déjà arrêté! Ce doit être épuisant de voyager avec moi.

 

Bon alors, je vais rouler un peu car sinon, ce soir, je n'aurai parcouru que 30 km à ce rythme. Je reprends donc la D3 plein Sud vers Lège-Cap-Ferret (j'apprends par les guides que la petite ville de Lège, comme beaucoup dans cette région, s'est déplacée plusieurs fois à cause de l'avancée des dunes - l'église a été rebâtie pour la 3ème fois en 1927), puis la D106 qui longe le bassin d'Arcachon jusqu'au Cap Ferret qui marque la fin de la côte. En effet, pour continuer vers le Sud, à moins de prendre un bâteau, je vais devoir rebrousser chemin et contourner la totalité du bassin d'Arcachon! La route est limitée à 50 km/h, et je constate une présence importante de forces de police. Or, malgré cette limitation, la circulation est dense et les possibilités de doubler absolument nulles. Je me dis donc qu'ici en pleine saison, pour atteindre le bout, ce doit être l'enfer dans tous les sens du terme pour les malheureux automobilistes. Si je reviens ici, ce sera obligatoirement hors-saison! Il est plus de 11 heures lorsque j'arrive au Cap-Ferret.

 

A la pêche aux moules moules moules, je n'veux plus y'aller maman, les gens de la ville, ville ville, m'ont pris mon panier

 

Je suis resté une grosse demi-heure au Cap. C'est superbe. Mais le scooter s'impatiente déjà, et je dois y aller. Pas facile de s'y retrouver dans cette ville. Je retourne au Nord du bassin, mais en passant le plus près possible du rivage. Je me dirige à vue vers le phare, haut de 52 mètres, construit en 1946 pour remplacer l'ancien que les Allemands ont fait sauter en 1944. Le groupe de photos ci-dessous a été pris au niveau du phare. La marée est basse, et les bateaux sont échoués sur le sable. Les premières photos sont prises vers le Sud, c'est pourquoi vous pourrez voir très nettement la fameuse dune du Pilat, la plus haute d'Europe (c'est rigolo comme tous les guides insistent sur ce point essentiel de la valeur de la France: notre dune est la plus haute, amis européens).
Vue vers le Nord. On voit très bien le ponton conduisant à l'embarcadère vers Arcachon, sur lequel je vais me diriger sitôt cette photo prise! Ce grand cyprès, qui dépasse d'une tête les autres arbres, se trouve sur la photo un peu plus bas (pris cette fois depuis le ponton). Allez voir, j'attends. Allez! Vu? Il est superbe, hein? On ne voit plus beaucoup de ces cyprès qui étaient grandioses; ils sont tombés au fur et à mesure des tempêtes, car le cyprès n'est pas très costaud sous vent violent, ses racines ne s'enfonçant pas assez profondément!

Le voilà, ce fameux phare, photographié depuis le ponton. J'ai faim et je crève de chaud. Il est midi passé. Au départ du ponton se trouve un restaurant où j'avais l'intention de casser une petite graine. Mais j'ai vite renoncé; il y a la queue au service, plein de monde attend déjà au comptoir, c'est l'effervescence. Un car de p'tits vieux vient en plus de s'arrêter et déverse sa cargaison qui s'éparpille comme une volée de moineaux, qui dans le restau, qui sur le ponton... Et moi qui suis avec ma grosse veste, mon gros sac, mon gros appareil photo, bref j'en ai plein les mains et plein le dos de trimballer tout cet attirail dès que je pose la monture. C'est limite si je ne suis pas en train de suer à grosse goutte! J'ai eu du mal à la poser, d'ailleurs, la monture! Je ne voudrais pas être en voiture dans le coin l'été, ce doit être l'enfer absolu. C'est ce que je me disais en arrivant! Mais en fait, en scoot, est-ce vraiment mieux? Le scoot, pour ne pas le laisser sur la route (les voitures ne peuvent stationner et il y a juste la place pour les manoeuvres), j'ai dû le monter sur un genre de parterre central, mais contenant pas mal de sable; or, je suis vacciné maintenant, pas question de risquer la chute, surtout devant tout ce monde... D'abord l'installer prêt à partir, ensuite le monter sur la béquille, qui s'enfonce dans le sable; je relâche tout, je le touche un peu pour voir si ça tient bien, et il a bien failli tomber!! Le bout de la béquille n'a pas rencontré de sol dur, mon scooter flotte sur un terrain tellement instable que le moindre passant qui s'appuiera dessus le fera tomber! Il me faudra bien 5 minutes pour le poser correctement! Monsieur mon Piaggio fait son difficile ce midi, peut-être a-t-il soif lui aussi?
Le pays des parcs à huîtres. A l'horizon, la forêt de pins recouvrant le long bourrelet de sable (18 km du Nord au Sud, largeur moyenne de 2 km, et hauteur des dunes de 3 à 10 m) du cap Ferret qui sépare à l'Ouest le bassin (environ 15.000 hectares, 4.900 à marée basse) de l'océan. Eh oui, c'était le cours de géo. Pour les ceusses qui veulent en savoir davantage (je n'ai pas que ça à faire), allez voir par , c'est super! Moi, j'ai faim, faut que je trouve une gargotte.

 

C'est finalement au Canon (c'est le nom du village, pas de blague), que je vais m'enfiler un délicieux et énorme sandwich bien français, accompagné d'un délicieux grand boc de bière bien allemande! Sur la terrasse, en plein soleil. Le bonheur. Mais attention, pas de rigolade pour autant. 30 minutes de pause seulement. Parce que, depuis ce matin, la distance parcourue est de 55 km, autant dire que je ne suis pas fatigué. Je "remonte" la D106 jusqu'au Nord du bassin, puis je prends la D3 direction le Sud. L'opération "contournement du bassin" est bien entamée. 23 minutes et 18 km plus tard (allez les matheux: si en 25 minutes..... ça fait quoi, comme moyenne, hein ?), je stoppe devant un magnifique bouquet de fleurs! Je me trouve par hasard (je navigue à vue) sur le port ostréicole d'Andernos-les-bains, et c'est magnifique, jugez-en par vous-mêmes!
Petite église paroissiale d'Andernos-les-Bains. Près de l'église ont été mises à jour, en 1904, les restes d'une basilique romaine du IVème siècle; des sarcophages y ont aussi été découverts. Pour plus de détails, c'est ici ou .
Le bassin d'Arcachon à Andernos-les-Bains. Mais où est donc passée l'eau? En face, à l'Ouest, on aperçoit l'autre bord du bassin, où je me trouvais tout-à-l'heure et ce matin.

 

Bon, c'est décidé, je ne vais pas aller sur la dune du Pilat. Et pour deux raisons. D'une, parce que j'y suis déjà allé, et je m'en souviens assez bien. Et de deux, parce que je n'ai pas trop le temps. En effet, si j'y vais, d'abord il y a de la route, et ensuite, le temps de grimper et de m'attarder dans le coin (je me connais, avec l'appareil photo en mains, je perds vite toute notion de temps), il sera tout de suite 16 h quand j'en aurai fini avec elle! Ce sera pour une autre fois. Place aux coins que je n'ai jamais vus, c'est plus logique. Je remonte sur mon fidèle destrier, ça me manquait déjà. Il est heureux comme tout, je voyais bien qu'il piaffait d'impatience. Bon alors c'est d'accord, je vais te laisser gambader un peu, PP. (PP, c'est pour "petit Piaggio". Oui, je sais).

Donc la D6 jusqu'à Mios, puis direction Sanguinet vers le Sud-Ouest par la D216, qui m'emmène directement à l'étang de Cazaux. Et par la même occasion, je quitte la Gironde et je rentre dans le département des Landes (le lac est coupé en deux, chaque département en a la moitié).

Les arbres sont encore verts, mais les feuilles commencent à tomber. Cela sent l'automne,mais comme on est bien.

La route quitte le bord du lac. Je rejoins la D652 qui me conduit à Biscarosse. Je fais un petit crochet, espérant pouvoir contempler le Sud du lac de Cazaux-Sanguinet, mais je me trompe de route et je tombe sur ce canal.
Le canal du Littoral des Landes. Il relie l'étang de Cazaux-Sanguinet au petit étang de Biscarrosse.
La bache qui est censée protéger ma valise rouge ne protège plus grand chose... Et ce grand truc blanc sur la selle, vous ne savez pas ce que c'est? C'est mon oreiller! Oui, il me surélève la tête la nuit, et me protège les fesses le jour. Eh bien oui, je vous avais dit que j'avais mal au coccyx quand je roulais beaucoup, non? En fait, je ne vais pas le supporter longtemps, car il glisse sans cesse et le tendeur qui le tient me gêne.
L'autre côté du canal, vers le Sud et le petit étang de Biscarrosse.

 

Etang de Biscarosse-Parentis, photographié à Parentis. Je décide de le contourner pour l'admirer à Gastes.
En arrivant à Gastes, j'ai fait demi-tour pour prendre cette photo. Maison typique, n'est-ce-pas?
L'étang de Biscarrosse-Parentis, vu depuis Gastes.

C'est reparti, direction Mimizan. Ah Mimizan, que je n'ai jamais vu, mais que je sais depuis longtemps situer sur la carte! Une bien curieuse histoire. Tout gamin, je lisais énormément, j'adorais ça. Et je m'intéressais à tout. Un jour, j'ai lu une histoire sur un message retrouvé dans une bouteille lancée à la mer. Je passais mes vacances à côté de Saint-Gilles-Croix-de-Vie en Vendée chez mon grand-père. J'ai tout de suite voulu lancer un message à la mer moi aussi. Mon oncle, qui connaissait des marins, m'a dit qu'il leur donnerait la bouteille et qu'ils la jetteraient du large. Dans mon message, j'avais mis mes coordonnées, le lieu de lancement de la bouteille et la date. Vous avez deviné la suite? J'ai reçu quelque temps plus tard (2-3 semaines si mes souvenirs sont bons) une carte postale de Mimizan: un groupe de jeunes en vacances l'avaient trouvée sur la plage et m'avaient répondu. Près de 300 km, c'est la distance parcourue par ma bouteille en quelques jours. Il m'aura fallu 40 ans pour y arriver! Un peu lent, le papy...
Mimizan-plage, plage Sud. Le passage obligé qui permet de limiter le piétinement humain et l'effondrement du sable.
Derrière moi, la mer. Devant, la forêt. On voit bien sur cette photo et la précédente la hauteur de la dune côtière.
Le Mimizan, peu avant son embouchure. Et que voit-on au premier plan, dans l'eau? Un poisson qui prend un bain d'air! Incroyable mais vrai, je l'ai vu sauter au moment de déclencher: c'était vraiment rigolo.

 

Je reprends la D652 direction plein Sud, pour ne pas changer; je traverse Bias, Saint-Julien-en-Born, Lit-et-Mixe (quel drôle de nom), Vielle-Saint-Girons; là je prends plein Ouest la D42, superbe petite route dans la forêt de pins.

Quelques km plus loin, j'arrive à Saint-Girons Plage, où je ferai l'étape du jour; il est pratiquement 17h45 lorsque je ferai mes dernières photos quotidiennes! 222 km parcourus ce jour, ce n'est pas mal et en même temps ce n'est pas terrible. En tout cas, je ne ressens aucune fatigue sur le scooter, et c'est bien là le principal.
Ce brouillard dans le lointain, ce sont des paquets de sable balayés par le vent. Impressionnant, n'est-il-pas?
Les chalets au sommet de la dune de Saint-Girons, face à la mer et au vent venant du large.
Elle est pas belle ma tente? Vous pouvez voir le fameux tapis de sol que je mets en premier; c'est de la bâche de chantier, très solide et pas chère du tout. Et la tente est assez grande, puisque dans toute la partie située au premier plan, je peux "vider" la totalité de mon chargement (sacs, valises, vestes, puis la nourriture, les chaussures etc), qui seront à l'air mais à l'abri de l'humidité. C'est génial.

 

J'ai vérifié ma consommation (ou plus exactement celle de ma monture), et j'ai trouvé: 3,75 litres aux 100. Econome.
J'ai acheté des chocos BN cet après-midi dans une supérette: ce sera mon repas ce soir. Des Anglais sont à une trentaine de mètres, 2 ou 3 couples avec camping-car et VTT. Ils n'arrêtent pas de me regarder pendant mon montage, ils m'énervent! De l'autre côté, des Allemands en tente. Ils prennent une douche et partent en voiture.
18h37. C'est bon, je suis prêt! C'est l'heure de mon traditionnel café. En effet, tous les soirs, une fois la tente montée, je me paye le luxe d'un grand café: c'est du café en poudre, mais j'adore ce café, pas très fort, et très désaltérant. D'ailleurs, en vous en parlant, ça me fait envie: je ne résiste pas, je cours faire chauffer de l'eau!
Vous voyez le sol recouvert d'aiguilles de pin sur le sable; eh bien, croyez-moi sur parole, c'est dur de trouver le bon emplacement pour mon scooter. Il s'agit de l'installer le plus solidement possible sur sa béquille, sinon il ne passera pas une bonne nuit, et il préfère dormir debout que couché, que voulez-vous que j'y fasse?

 

Je rentre sous la tente vers 19h20. Travail sur le PC (ordinateur), photos, traces GPS, itinéraire avec Autoroute Express avec saisie des waypoints (points créés avec le GPS: lorsque je prenais un groupe de photos, je créais un waypoint sur le GPS, c'est-à-dire un point avec les coordonnées géographiques exactes du lieu de la prise de vue). Le soir, je les incorpore sur le logiciel d'itinéraire, pour voir exactement où elles ont été prises. Cette méthode très efficace permet de combler les trous de mémoire de fin de journée. Demain, j'en ferai encore plus tellement c'est pratique.
Extrait du seul "journal de bord" écrit pendant ce voyage:

"Il est 23h20 passés. J'écris en écoutant la FM avec le casque. Allez, dodo maintenant. J'entends une chouette, c'est trop génial. Par contre, le bruit de la mer est vraiment énorme!"

 

Si tout va bien, demain, je vais rentrer en Espagne.

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