Entrée en Espagne - 3ème jour

Vendredi 17 Septembre 2004 - Jour n° 03

Environ 2,5 km, c'est la distance à laquelle je suis de la mer. C'est si beau, j'avais repéré cet endroit hier soir, mais en contre-jour évidemment, et j'avais décidé de la prendre ce matin (la photo). Ah oui, mais vous savez, dans les Landes, tous les matins, on refait un bout du chemin de la veille, vous savez bien pourquoi, non?

Bon, je vous la re-fais. Il faut retourner à l'intérieur de la forêt rejoindre la route qui descend vers le Sud (remarquez que dans l'autre sens, elle remonte vers le Nord....), puis reprendre vers l'Ouest vers la prochaine station balnéaire! Aucune route ne longe l'océan. Je râle, mais d'un autre côté, la nature vierge est préservée, et pour la voir, il faut la mériter, et donc y aller à pied. Un jour, peut-être. Je m'entraîne, on dit que c'est bon pour le coeur.

 

C'est donc toujours la D652 qui m'entraîne cette fois à Léon après avoir contourné l'étang du même nom, puis arrive finalement à Moliets-et-Maa, presque vide d'habitants. Où sont-ils donc, encore au lit? Il faut dire qu'il est à peine 9h30! Je me suis levé vers 7h15, et il m'a fallu 1 heure 45 pour me lever, me laver, et tout ranger, et en plus sans manger! Oui, je suis parti le ventre vide. Et maintenant j'ai faim, ce qui est assez logique. Je prends la direction de la mer, Moliets-Plage.
Un troupeau de phoques? Non, des surfeurs matinaux, à la recherche de vagues.

 

 

L'immense plage, encore et encore. Au premier plan, le poste de secours. On distingue au loin le courant d'Huchet.

 

 

Je suis monté sur la dune, et là, ce fut le choc. Pas de doute possible, ce sont bien les Pyrénées, dans la brume lointaine. Et au premier plan, un morceau de l'immense golf de la Côte d'Argent. Et vous savez sur quoi je marche? Je vous le donne en mille! Je me trouve exactement au centre du cercle d'une piste d'atterissage pour hélicoptère.

Ah j'oubliais, pour ceux qui n'ont pas tout suivi. Au second plan à droite, devant la chaîne Pyrénéenne, le truc bleu, c'est l'Océan Atlantique. Et pour ceux qui aiment les chiffres, la montagne est à une soixantaine de km. Voilà.

Et tout en photographiant, vous savez ce que je fais? Je mange!

 

 

Plage et station balnéaire de Moliets.

 

Le clocher de Messanges, sur la D652, dans la verdure. Je n'ai pas pu m'empêcher. Mon bourricot râle à chaque fois, car il est heureux, bien lancé dans son joli trot, et je l'oblige à stopper, souvent brutalement, comme ici. Parfois, je n'ai pas le temps de m'arrêter parce qu'il court trop vite, ce n'est pas pour cette raison qu'il aura le dernier mot. Il doit faire demi-tour pour que je puisse récupérer le cliché qui a attiré mon regard. Si je commence à lui céder sur ce point, je suis perdu, je n'aurai plus les rênes, et ça, il n'en est pas question. Non mais!

 

 

Et j'arrive tranquillement au Vieux-Boucau-les-Bains, à l'Estacade, devant la digue de l'embouchure du courant de Soustons, lequel a été dévié, canalisé et contrôlé par un barrage pour permettre la création d'un étang - le lac Marin - juste avant de se jeter dans la mer par l'étroit goulet que vous voyez ci-dessous.
Bien que celui qui est assis ressemble à un pêcheur du dimanche, ce sont tous des pêcheurs du vendredi.

 

 

 

Au loin, la poubelle de Vieux-Boucau-Les-Bains, devant la grande plage.

 

 

C'est clair, il vaut mieux ne pas aller plus loin. Maintenant, avec cette minable mode des 4x4, ils vont sûrement y aller, jusqu'à la mer. Si ça continue, ils se baigneront en voiture...

En attendant, les plus heureux, ce sont ceux qui ont les camping-cars, car ils sont heureux.

Non, ce n'est pas vrai, c'est le gars qui a le scooter, ça j'en suis sûr et certain. Et je ne vous parle même pas du temps qu'il faisait, je ne voudrais pas trop vous dégoûter.

 

Peu de temps après avoir quitté le Vieux-Boucau par le Sud, je vais laisser la D652 qui file vers l'Est et prendre la D79 ou "route du Bayonnais" sur ma droite, donc direction Sud-Ouest vers Hossegor. Je loupe malheureusement la route qui longe le lac du même nom, et me retrouve un peu par hasard sur la Plage Centrale de Capbreton.
Capbreton: le phare, l'estacade, la plage centrale. De l'autre côté du chenal, la jetée d'Hossegor.

 

Vers le Sud, vue sur les Pyrénées. Les plages sont, par ordre d'apparition, la plage du Prévent (avec les blockhaus), la plage de la Piste puis la plage des Océanides. C'est très beau. J'ai beaucoup aimé ce paysage; je suis persuadé que le fait de voir les montagnes dans la brume lointaine ajoute énormément au charme du littoral, du moins pour moi. En effet, les plages vendéennes n'ont pas ces hauteurs qui donnent de la grandeur à l'image.

 

J'ai vu des blockhaus sur toutes les côtes françaises; et sur toutes les côtes françaises, ces fortifications, qui se trouvaient au faîte des dunes en 1943, sont désormais sur la plage, voire même déjà dans l'eau. Ici, ce qui est impressionnant, c'est leur nombre! Comment un débarquement aurait-il pu se produire à cet endroit, je ne comprends pas? En provenance d'où, des Etats-Unis?

Le panneau au milieu de cette photo est-il gênant? Devais-je le supprimer? J'ai décidé de le laisser, car il est bien là, comme la poubelle d'ailleurs. C'est bien qu'il y ait des poubelles, mais à une époque où toutes les mairies des villes côtières se payent le luxe de "designers" ou autres spécialistes de la beauté de l'environnement urbain, ils pourraient nous "pondre" des couleurs de poubelle en harmonie avec la nature qui l'entoure: une poubelle en sable, par exemple.

 

Les petits points noirs dans l'eau sont des surfeurs; les petits points noirs sur le sable sont des promeneurs.

 

 

A l'horizon de droite, on distingue des bâtiment: c'est Biarritz et toute son agglomération, à environ 20 km.

 

 

Je resterais bien une heure ou deux sur cette plage, car il y règne une ambiance dominicale, mais je ne suis pas en vacances... En fait, j'ai envie de coucher en Espagne ce soir, et je ne veux pas trop traîner.

Ondres et son imposante église, Ondres et son château d'eau, sur la route de Biarritz.

 

L'année dernière, je suis déjà venu à Biarritz en scooter. En Septembre 2003, l'année de la canicule. C'est pourquoi je décide pour cette fois de contourner toute l'agglomération sans m'y attarder. De toute façon, ce voyage n'est pas placé sur le signe des villes et des hommes, mais de la nature et des animaux. Je reconnais bien la route, et je passe par hasard devant l'hôtel où j'avais logé (oui, c'était le grand luxe, je logeais à l'hôtel).

Je retrouve enfin la mer. Juste avant d'arriver à Bidart, à Pierrebeita exactement, la N10 surplombe ce joli paysage. Stop. Clic. Je suis dans le pays basque. Cette fois, la grande forêt landaise est terminée; par conséquent, l'urbanisme règne en maître et je retrouve une route plus ou moins côtière.

 

La plage d'Uhabia, juste avant Parlementia et Guéthary.

 

J'arrive à la frontière, à Béhobie, vers 12h30, et je m'arrête manger près du poste des douanes; il y règne une grande effervescence. J'ai faim et je décide de rester manger là dans un snack, au milieu des touristes et des routiers. Il fait chaud en plein soleil, sur la terrasse, mais il y avait beaucoup trop de monde et de fumée de cigarette à l'intérieur.

L'église Nuestra Señora de la Asuncion y del Manzano de Fuenterrabia (Hondarribia), en face d'Hendaye en France. C'est là que fut célébré le mariage par procuration de Louis XIV (célèbre roi de France) avec Marie-Thérèse d'Espagne. Eh oui, ça vous surprend, hein?

Le vieux quartier est toujours fortifié, mais je n'irai pas plus loin. Le scooter a envie de se défouler, et refuse d'aller "suer" en ville. Je suis complètement d'accord avec lui.

Alors, c'est décidé, direction San Sebastian (Saint Sébastien) par la montagne, le col de Jaizkibel, à 455 mètres d'altitude, ce qui représente une vingtaine de km.

 

Toutes les photos qui suivent ont été prises le long de cette route. Vous allez voir comme c'est beau.

 

Vue vers la France en montant au col. Au premier plan, Fuenterrabia, et Hendaye de l'autre côté.

L'ermitage de Nuestra Señora de Guadalupe. Le 8 septembre s'y déroule un important pèlerinage pour remercier la vierge d'une victoire contre la France.
Un petit sanctuaire et une fontaine abritent une statue de la vierge noire de Guadalupe. Toute une classe d'élèves était là: ils ont déposé des fleurs.

La Bidassoa (la rivière) se jette dans l'océan entre Fuenterrabia et Hendaye, qui marque le début de la France.

 

Au premier plan Fuenterrabia; en face, de l'autre côté de l'embouchure de la Bidassoa, Hendaye et sa magnifique plage, la baie du figuier, la pointe Sainte Anne.

 

Là-bas, la Bidassoa, rivière frontière entre les royaumes de France et d'Espagne. Que c'est beau.

 

 

 

 

Mon fidèle destrier, tout content de se "payer" une petite grimpette.

 

 

Un dernier coup d'oeil vers la France. On voit très bien la Rhune, le plus haut sommet du pays basque français.

 

Vue vers le Sud, vers l'Espagne, vers San Sebastian. La France, dans mon dos, n'est plus visible. La boucle commence, et je baigne dans le bonheur.

 

Je me souviens ensuite d'une superbe descente vers San Sebastian, en roulant tout doucement pour ne rien perdre du superbe paysage qui défile sous mes yeux. J'arrive alors dans Pasaia, vaste zone industrielle et quartiers portuaires, de façon tellement brusque que j'ai envie de faire demi-tour! Je me dis: si c'est ça Saint Sébastien, je cherche la sortie Sud le plus vite possible et direction la nature. Mais non, c'est moche, c'est sale, mais ce n'est pas encore Donostia.

Heureusement, la suite me fera découvrir une ville magnifique, que je ne vais qu'effleurer. Je vous livre mes impressions photographiques, presque sans commentaires. En effet, comme je vous l'ai déjà dit, ami lecteur (et amie lectrice évidemment, mais vous savez bien que le masculin l'emporte sur le féminin dans notre langue de machos....) - et peut-être pas simplement dans la langue? - ce voyage n'étant pas dédié aux villes, il n'y aura pratiquement aucune visite de monuments, bâtiments historiques, musées et autres créations humaines. Donc, voici ce que j'ai vu en un grosse demi-heure de:

San Sebastian - Saint Sébastien (français) - Donostia (basque)

 

 

Cette superbe ville - capitale de la province de Guipuzcoa - occupe une magnifique baie, la Bahia de la Concha (de la coquille), protégée de chaque côté par une colline, avec une jolie petite île au milieu de l'anse. J'arrive par le mont Urgull, que je contourne par une large promenade aménagée, qui se termine en cul-de-sac, ce que je ne savais pas. Je dois vous dire que je découvre au fur et à mesure le paysage, tout comme vous. Alors ne me demandez-pas trop de renseignements... De toute façon, le fait d'être obligé de contourner à nouveau la colline n'a dérangé ni le conducteur, ni le Piaggio: les deux prennent leur pied à se ballader, de toute façon.

 

 

L'autre côté de la "Concha" (de la baie), voici l'autre colline: le mont Igueldo, et l'île Sa Santa Clara qui apparaît.
San Sebastian et ses plages sont complètement à gauche, encore totalement invisibles.

 

 

L'île Santa Clara; au fond, le mont Igueldo, qui ferme la "coquille" (la Concha) à l'Est.

 

 

Le port, qui m'obligera à faire le fameux demi-tour pour aller en face. On aperçoit le superbe hôtel-de-ville.

 

 

L'ancien casino, devenu l'Ayuntamiento (traduisez: hôtel de ville), somptueux, qui a de suite attiré mon regard.

 

 

 

Le Monte Igueldo, qui ferme la Bahia de la Concha à l'Est; au premier plan, la Playa de Ondaretta.

 

En conclusion, j'en ai pris plein les mirettes. Cette ville est belle; considérée comme une des plus élégantes stations balnéaires d'Espagne (et on peut dire que les stations balnéaires, dans ce pays, sont nombreuses), je dois admettre que sa situation géographique est un joyau naturel, et il est évident que ce ne pouvait devenir qu'une belle ville. Cette photo marquera mon dernier regard sur cette jolie cité, le scooter et son conducteur ayant tous deux besoin de prendre un peu d'air pour cause de canicule digne d'un mois de juillet ou d'aôut!

 

Coup d'oeil arrière vers la baie de Zarautz que vous venez de voir, si vous avez regardé les petites photos.

 

C'est vrai que je ne vous parle plus de la route. Eh bien, c'est la première fois depuis longtemps que je peux rouler en longeant la côte, et celle-ci est splendide. Remarquez, pour moi, longer un rivage maritime est toujours beau pour les yeux, l'immensité de la mer appelant toujours au voyage, à la question "qu'y-a-t-il de l'autre côté?".


De plus, et ce n'est pas négligeable, l'état du bitume de la N634 est excellent, ce qui met le mulet de très bonne humeur. Les kilomètres défilent à un rythme plutôt lent, car je veux toujours profiter au maximum du paysage; les arrêts sont également nombreux, pour mieux voir et aussi pour prendre quelques clichés, vous me connaissez maintenant.

Getaria, toute petite baie enchassée entre ses falaises et son îlot rocheux. Je n'ai pas réussi à en restituer l'atmosphère.
Une étrange statue a aussi attiré mon regard, mais là non plus, je ne l'ai pas mise en valeur! La prochaine fois.

 

Juste après Getaria, vers le Sud, non, vers l'Ouest, plein Ouest même. J'ai tendance à l'oublier, mais cette côte espagnole, que je découvre pour la première fois, se poursuit sur 600 km plein Ouest, et même très légèrement vers le Nord-Ouest, en gros entre 43,30 et 43,60 degrés de latitude Nord.

C'est superbe, non?

Zumaia, à l'embouchure de l'Urola. J'ai craqué pour ce joli petit port, et cette superbe passerelle.


Seulement voilà: il est 17 heures passées, et il est temps, grand temps même, que je commence à chercher un camping. Je rentre donc dans un commerce, et me lance dans ma première grande conversation en espagnol depuis de nombreuses années. J'en ai fait pendant 3 ans à l'école, mais c'est enfoui sous une énorme couche de je ne sais pas trop quoi, et tellement dure à creuser que j'abandonne les fouilles. La plus grande difficulté, avec les espagnols, c'est de leur demander d'y aller doucement, et ce avant toute chose, parce qu'ils sont très aimables et tellement pressés de vous rendre service que ça démarre de suite. A peine avez-vous fermé votre bouche que la leur s'ouvre, et alors là, soyez prêts à capter les mots essentiels, parce qu'ils sortent à la vitesse que sortent les balles d'une mitrailleuse!

Bon, merci madame. Je n'ai pas tout compris, sauf qu'il y en a un dans la montagne, vers Deva (prononcez Deba).

 

La N634 s'éloigne de la côte pour gravir les pentes de l'Anduz, à 650 mètres d'altitude, puis se rapproche à nouveau de la mer, offrant des vues magnifiques vers l'arrière, vers l'Est, vers la France!

C'est la vue (vers l'Est) que j'ai de mon hôtel. Vous comprendrez que je m'en contenterai sans rechigner. Splendide!

 

Il est 18h30. Tout est prêt. Je vais manger sur la table de pique-nique installée à quelques pas. Pas grand-monde sur ce tout petit terrain de camping, mais si agréable. Comme j'ai besoin d'un branchement électrique, je me trouve malheureusement souvent assez près des quelques rares campeurs présents à cette saison. Et là, je me trouve sur la même parcelle qu'un couple de français de Bordeaux, qui me disent venir là tous les ans, que c'est très calme, sauf le week-end, comme ce soir.

En effet, et ce sera aussi une constante en Espagne et également au Portugal, les familles du coin viennent passer le week-end dans leurs caravanes souvent installées à demeure sur le terrain qu'ils louent carrément à l'année. De ce fait, c'est un peu leur résidence secondaire. Ils se connaissent tous, et se retrouvent donc le vendredi soir, souvent très tard. Et alors là, mes amis, c'est le caractère des gens du Sud qui ressort. On parle fort, on crie, on chante, on rigole, on joue aux cartes, on ne s'occupe aucunement des voisins qui dorment ou essayent de dormir. Si ça ne vous plait pas, vous partez, c'est tout.

Je dois avouer que c'est vrai, mais je n'ai pas été dérangé pour une raison très simple. Le soir, j'ai beaucoup de boulot à faire: douche, repas, photos, préparation de la journée du lendemain. Quand j'éteins la lumière, vous savez quoi?


Je dors, instantanément, profondément.
Et alors là, vous savez quoi?
Ce n'est pas l'espagnol qui dérange le français, mais le français qui exaspère l'espagnol.

Je RONFLE. Les pauvres!

 

Ah oui, j'oubliais. Le bilan de la journée. 203 kilomètres de bonheur. Temps et paysages splendides.

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