Setubal... 14ème jour

Mardi 28 Septembre 2004 - Jour n° 14

Ce matin, départ du camping à 10h. Il fait un temps superbe. Je suis complètement perdu - je sais exactement où je me situe géographiquement en coordonnées GPS, mais je n'ai pas de carte détaillée, et je dois rejoindre "au pif" la route principale qui longe la côte en retrait. Or, après 5 minutes de scooter, je suis perdu sur des routes n'ayant même plus de revêtement (gravier tassé). Je longe des propriétés immenses, entourées de grillage, miradors et fils de fer barbelés, parfois de gros molosses me poursuivant en hurlant de l'autre côté du grillage... De plus, le brouillard tombe de façon rapide, et devient de plus en plus dense, au point que je ne vois plus grand chose, et que j'ai vraiment froid: je stoppe pour extraire ma grosse veste, car je démarre systématiquement en tea-shirt depuis plusieurs jours tellement il fait chaud!

C'est absolument irréel. J'ai l'impression de me trouver en Amérique du Sud, au Brésil, et je m'attends à voir déboucher d'un instant à l'autre des barbouzes en tenue de para avec de grosses moustaches et de grosses mitraillettes.

Enfin, au bout de 15 minutes de stress, je tombe sur la bonne route! Quand je regarderai ce soir le chemin parcouru, je m'apercevrai que, tout compte fait, j'avais super bien roulé, et dans la bonne direction!

 

Dans la ville de Santana. La brume se lève et la chaleur revient instantanément. J'ai pris cette photo pour vous montrer ce nuage de condensation qui se trouve dans la Serra de Arrabida.

Magnifique forêt de pins parasol. Il faut dire que j'adore cet arbre. Je suis en train de grimper (enfin, non, le scooter grimpe, je suis confortablement assis sur lui, et c'est le pied) dans la Serra de Arrabida, et le parc naturel de même nom.

 

Que vois-je? Horreur, la brume est là, sous mes pieds. Ce qui veut dire que les paysages vont disparaître... Adieu les photos, je crois que je vais être bien malheureux... Et vous aussi.
Majestueux, cet arbre au milieu de la route. Je prends à droite, par la montagne.

 

Dommage que je n'ai pas le temps, car le paysage du haut de cette arête doit être fantastique.

 

 

 

Portinho da Arrábida. L'atmosphère est irréelle. Il n'y a pas un bruit, pas un chat, pas un souffle d'air.
L'eau ici est cristalline et réputée pour la pêche sous-marine. Ces cocotiers dans la brume: Portugal ou Caraïbes?

 

 

Des buissons de cactus, vus en remontant de la crique de Porthino de Arrabida. Car cette crique est un cul-de-sac.

 

Et voilà. Je suis remonté sur la route en corniche; je retrouve le plein soleil, les nuages sont sur la côte!
La route est superbe, n'est-ce-pas? Cependant, je dois dire que pour admirer le paysage, je préfère m'arrêter, car je n'ai aucune envie de faire le plongeon, si vous voyez ce que je veux dire.

Convento de Arrabida. C'est un monastère franciscain du 16ème, flanqué de 5 tours rondes.

 

Je distingue un peu la route en bas, qui était fermée à la circulation lorsque je suis passé.
Alors, imaginons cette mer bleue foncée à la place de ces nuages blanc crémeux... C'est beau quand même!

 

Il y a des belvédères un peu partout. C'est génial, et très sécurisant. Petit cliché vers l'arrière.
La garrigue a brûlé; était-ce pendant l'été torride de 2003, ou avant? On voit très bien la route du dessous.
C'est tellement triste! Mais heureusement, la nature reprendra ses droits, ce n'est qu'une question de temps.

 

J'entame la descente de la "serra" vers Setubal, la ville dont le nom déjà me fait rêver.

 

Voilà, je suis sur le ferry de Setubal, prêt pour la traversée. Il est déjà 12h30, mais c'est normal, il fallait attendre le ferry. J'ai eu droit aux marchands voulant me vendre des montres, des appareils photo, des caméscopes... Non, je n'ai besoin de rien. De Setubal, je n'ai rien vu, car tout est dans la brume, ce que je craignais en descendant de la "serra".

 

Je prends le ferry pour traverser la baie de Setubal, et rejoindre la péninsule de Troia - encore un nom qui fait rêver.
En fait, je peux venir sur cette péninsule par la route, mais il me faut alors contourner tout l'estuaire du Sado, ce qui représente un petit détour de l'ordre de 100 km, ce qui n'est pas une mince affaire. De plus, comme il s'agit d'une réserve natuerelle, avec des marais et tout ce qui va avec, il est clair qu'il me faut une journée entière pour tout voir, car il n'est pas question de faire l'impasse sur les coins que je traverse.

Par conséquent, ayant déjà visité avant-hier la Ria de Aveiro, j'avais décidé de continuer plein Sud par le ferry.

 

Vu depuis le ferry, en quittant le port: les marins réparent leurs filets.
Mon seul souvenir de Setubal: cet alignement de cocotiers sur le port, dans la brume.
Vue sur la Serra da Arrabida, dans laquelle j'étais ce matin, et qui est en plein soleil. Vous voyez les nuages sur l'eau!

 

La péninsule de Troia: c'est une bande de sable d'environ 15 km de long et de 0,5 à 1,5 km de large, plantée de pins maritimes, qui barre en fait une grande partie de la baie de Setubal. La voici, j'y arrive. Ces immeubles sur la pointe de la péninsule sont une véritable horreur!

 

A gauche, la pointe de la péninsule de Troia. En face, derrière le nuage sur l'eau, la Serra da Arrabida!
Pour vous situer, le ferry avance vers la gauche.

Soudain, un cri. Je regarde dans la direction indiquée: des dauphins. Je reçois un choc. C'est la première fois de ma vie que je vois ces poissons libres, dans leur élément naturel. C'est une vision absolument merveilleuse.
Ce nuage sur l'eau calme comme un lac: c'est complètement surréaliste, avec les dauphins et l'éclat du soleil au fond!

 

 

J'ai lu dans un guide que des ruines romaines se trouvent tout près de là. Cette région était même déjà habitée par les Phéniciens, 6 siècles avant les Romains! Je cherche donc une route qui y conduit, mais la bande de sable est si étroite que ce ne doit pas être une route. Je ne trouve rien.
Alors que je suis arrêté en train de prendre des photos, une voiture stoppe à ma hauteur: ce sont deux jeunes portugaises me demandant si je connais l'endroit où sont les ruines romaines...

Je viens de faire une dizaine de km depuis la pointe de la péninsule. Je suis pratiquement dans la partie la moins large. D'un côté, vers l'Océan Atlantique, ces quelques dunes et toujours le nuage de vapeur se déplaçant au gré des courants d'air; au soleil, il fait vraiment très chaud.

De l'autre côté, c'est un marais qui me sépare d'une autre petite péninsule de sable s'avançant dans la baie!

 

 

Quelques km plus loin, j'arrive au bout de la péninsule. C'est un bras du Rio Sado qui meurt ici.
Vous voyez encore la brume de chaleur qui se déplace dans les pins, sur la dune.
Vous le savez maintenant, j'aime beaucoup ces paysages de marais, et je regrette de ne pas y rester quelques heures.

 

Puis je quitte le grand marais pour m'enfoncer dans la grande forêt de pins maritimes. Je suis à nouveau sur le continent, la grande péninsule est maintenant derrière moi. Soudain, quelque chose attire mon regard, et je manque tomber de stupéfaction alors que j'appuie des deux mains sur les freins. Regardez plutôt.

Oui, vous avez bien vu, ce sont des cigognes. Je suis d'autant plus stupéfait que je ne m'y attendais pas du tout.

Ces oiseaux sont tout simplement imposants de par leur taille. Pour nous Français, ils sont tellement souvent associés à l'Alsace que c'est toujours une énorme surprise que de les voir ailleurs. De les voir là, peu de temps après avoir vu les dauphins, c'est pour moi très émouvant. Non, je ne suis pas dans un zoo, et c'est ça qui me rend heureux.

Cette fois, le nuage de vapeurs a définitivement disparu. Je retrouve le grand ciel bleu. La route est sublime!
Dans quel pays tropical suis-je? Des cactus servent de haie aux limites des terres de cette ferme.
Des vaches, dans le lointain, sont dans des prés parmi les pins parasols.
Je suis surpris par les bâtiments: ce sont de longues maisons basses, exactement comme en Vendée!

 

Et un magnifique olivier, qui j'espère restera toujours dans son pays, et ne sera pas rapatrié en France comme tant de ses frères espagnols!

Encore un magnifique spécimen de pin parasol, sur la route près de Melides. Je n'ai pas eu le courage de m'arrêter à chaque superbe pin, mais vous pouvez me croire sur parole, j'en ai vu des... je suis vert, j'hallucine... énormes!

 

Là aussi, la campagne se vide de ses habitants. Je me répète, mais ce pourrait aussi bien être une maison à Saint-Gilles-Croix-de-Vie ou à Saint-Jean-de-Monts, c'est absolument identique!

 

Je vois sur la carte Santo André, avec une route conduisant à la mer. Comme je ne l'ai pas vue depuis longtemps, et que la distance n'est pas énorme (environ 3 km, qu'il faudra refaire en sens inverse, cul-de-sac oblige), j'y vais.
La dune bordant le littoral est assez haute, et il n'y en a qu'une.
Cul de sac, je vous l'avais bien dit!
On ne marche pas n'importe où, et c'est bien. C'est le seul moyen de protéger la nature des dégradations humaines.
Le parasol de Santo André. Les poubelles de Santo André. L'immense plage de Santo André, presque vide!

 

 

Derrière le cordon dunaire, une petite lagune protégée; une marais de roseaux bruissant dans le vent. C'est beau.

Le port de pêche de Sines. Il y a du monde: ça parle, ça travaille, ça peint, ça répare, ça discute.... ça vit.
Je ne pense pas que celui-ci retournera à la mer, à moins que ce ne soit au fond...
Et là, où se croirait-on? Je dirais, sans hésiter, à Tunis. Perdu, je le répète, c'est Sines. Mais c'est vrai que l'on ressent profondément, sur cette photo, le mélange des architectures arabes et européennes.
Les bateaux arrivent chargés de poisson, les mouettes ne s'y trompent sûrement pas! Il y en a des centaines.
Quelle éclatante blancheur! Avec ce ciel bleu foncé, le contraste est saisissant. Et les palmiers à côté!

 

Le grand-père de mon scooter. Je les ai laissés un moment ensemble, ils avaient tant de choses à se dire, malgré la barrière de la langue. En effet, ils sont tous les deux du Sud, alors pensez donc...

 

 

Bon, je quitte le port pour faire le tour de cette superbe baie. C'est splendide, et tellement calme fin septembre!
Les parasols sur la plage ont une touche très exotique.
De l'autre côté de la petite baie; vous reconnaissez sûrement le château, vu sous un autre angle!

 

Finalement, je suis resté plus d'une heure au pied du château, à rêver et casser une petite graine.

 

Le littoral à la sortie de Sines, est moins propre, dommage!

 

 

Environ 12 km plus loin, la route, après s'être éloignée, revient sur la côte. Et quelle côte. C'est tellement beau que je n'ai plus envie de bouger. C'est décidé, ce soir, je m'arrête de bonne heure, maintenant, tout de suite.


Il y a là un terrain de camping, je m'y précipite.

 

Des champs de plantes grasses, maintenant. C'est dingue! J'adore. Ces maisons font face à l'Océan.

C'est Porto Covo. Un merveilleux souvenir. Je vous laisse admirer la qualité du lieu.

 

 

 

Le proprio était très sympa; il m'a prêté une grande rallonge car la mienne était trop petite. Le camping est presque plein. Près de moi, d'un côté, un couple de jeunes Portugais, en voiture, n'ayant aucune envie de discuter. De l'autre côté, un couple de jeunes Allemands, à pied et sac à dos, avec lesquels je m'entretiens quelques minutes. Ils se balladent donc à pied et en stop, avec d'énormes sac à dos; très sympathiques eux aussi.

 

Cette journée reste pour moi inoubliable! La Serra, les dunes, le marais, les dauphins, les cigognes, les cactus...

 

166 photos, 175 km. Quand même, presque une photo au kilomètre. J'exagère quand même un peu!

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