11ème jour

Jeudi 24 avril 2008.

Hier soir, j'ai ressenti la violence de deux-trois bourrasques de vent, aussi soudaines que courtes.
Bizarrement, j'entendais un ronflement au loin, et c'était celui du vent secouant les arbres en haut du
camping. Mais pas grand souffle au niveau de la tente. Je me suis endormi avec ce bruit presque continu du vent,
un peu inquiet pour Akitsu, qui repose sur une béquille, et qui pourrait bien être couchée à terre par
de fortes rafales. Je sais, Richard, tu m'as dit de l'attacher, mais je n'en ai pas encore eu le courage...
Mais le camping semble être relativement bien abrité.

Je me suis réveillé pendant la nuit, mais à cause de la pluie. Vous ne pouvez pas imaginer ce qu'il est tombé
comme flotte sur la tente cette nuit, c'est incroyable. Ce sont des milliers de seaux d'eau qui se sont déversés
sur la toile, droit dessus, comme si elle était visée. Mais je me suis rendormi facilement, bien à l'abri. Seules
quelques rafales violentes m'ont inquiété, au point que, vers 5 heures du matin, j'ai ouvert la porte pour
vérifier si Akitsu était encore debout. Je me suis rendormi aussitôt, rassuré.

Pour finalement m'éveiller à 9 heures, sous un soleil timide. Allez, debout là-dedans, fainéant!

Je sens l'eau sous le tapis de sol de la tente, je suis couché sur un matelas d'eau!

Losrque je reviens de la toilette, la pluie m'accompagne.
Je voulais remballer de suite, sans manger, car je voyais bien les sombres
nuages noirs se déplaçant à grande vitesse. Du coup, je déjeûne, café, gâteaux... La pluie cesse, la tente sèche
vite, très très vite même. Allez, zou, au boulot. Alors que toutes les affaires sont dehors, la pluie revient en force,
et me trempe la toile en moins de temps qu'il n'en faut pour la plier. Vraiment pas de chance. Bon, je pars vers
10h40 avec une tente trempée dans le sac... sous une pluie battante.

J'ai adoré ce terrain de camping, et je vous le
recommande au plus haut point -sauf si vous voulez piscine et tout et tout....
C'est le meilleur rapport qualité-prix pour l'instant, et c'est exactement le cahier des charges que je demande à un camping. Pour moi, selon mes critères personnels, il est parfait, et si je devais lui attribuer une note sur 20, ce serait 20 sans aucune hésitation.

La prudence est de mise par ce temps. La température, qui était de 13 degrés à 9 heures, est redescendue à 8...
En fait, les températures font vraiment le yoyo à longueur de journée. Hier, elle a dépassé les 22 degrés pendant
un temps, c'est vous dire si les écrats sont importants, et en des laps de temps extrêmement courts! En tout cas,
dans ma tenue, je n'ai pas froid, et c'est bien là le principal.

La première partie de la route est très facile. J'ai déjà effectué en sens inverse le parcours 4-5 (chiffres sur la carte)
hier. Le nuage noir se lève quelque peu!

La A485, qui conduit à Tregaron (8) est fort plaisante, mais en assez mauvais état,
et passe sans coup férir de large à très étroite! Rencontre avec un pauvre cheval
trempé comme une soupe. Le malheureux, il dégoulinait d'eau, et je sentais bien qu'il était gelé.
Il est venu de suite me voir, il aurait eu besoin d'être frotté!

Les montagnes aux formes arrondies et presque sans végétation sont toujours là.

Le petit village de Llangybi (7)

Les moutons sont toujours là aussi!

A Tregaron, il y a un centre, je ne sais pas si c'est la mairie qui le finance,
en tout cas, ceux qui le tiennent y offrent l'accès Internet gratuitement. J'avais demandé à deux
dames dans la rue, mais elles pensaient qu'il n'y en avait pas dans leur ville
C'est en questionnant un jeune homme, alors que je poursuivais mon chemin,
que j'ai eu cette information qui m'a fait retourner sur mes pas.

La jeune fille qui me reçoit est non seulement très gentille et accueillante mais,
ce qui ne gâte rien, vous en conviendrez comme moi, très jolie. C'est même
la plus jolie fille que je rencontre depuis mon départ -après vous, les filles, bien sûr!
Elle accepte que je connecte
mon portable sur leur réseau, c'est génial. Malheureusement, je n'ai jamais réussi
à avoir Internet! Je me suis donc connecté à partir d'un de leurs PC. Moins pratique pour moi,
car je n'ai pas pu mettre à jour mon site. Par contre, j'ai normalement réussi à envoyer
mes journaux à Gérald, enfin je l'espère, je ne suis pas resté pour vérifier. J'ai pu donner des
nouvelles à mes proches, et c'était là l'essentiel, et prendre connaissance avec mon courrier.
Mon hôtesse me fait la joie de m'offrir une grande tasse de café au lait exactement comme
je les aime. Bon, allez, je reprends la route maintenant. Un peu de discussion sur la place
du village avec un couple d'anciens curieux, voulant savoir d'où je venais et où j'allais. Ils
n'en revenaient pas, et m'ont envoyé de grands "au revoir" lorsque je suis passé devant eux.

La route est trempée, il est tombé de quoi pendant que j'étais dans le cyber-espace!
Maintenant, j'ai droit à un superbe soleil, accompagné d'un grand vent tiède.

Qui observe qui? Ils ne m'ont pas quitté des yeux, mais ils ne m'ont rien demandé!

Les grands espaces apparaissent.

Je prends un grand plaisir sur cette B4343.
Malheureusement, à Pontrhydfendigaid, je ne fais pas attention et je
prends la B4340 qui file vers l'océan. Non pas qu'elle soit moche, bien
au contraire, mais elle me fait faire un crochet qui va m'obliger à retirer
une portion de la route montagneuse que j'avais prévue!

Je ne prends même pas de photo à Aberystwyth, au bord de la mer.
Il y a de la circulation, je retourne aussitôt vers la montagne par la A44
et Capel Bangor. Il y a une vieille chapèlle abandonnée, je crois bien que
c'est ici justement que se trouve Capel Bangor, et que l'accident a eu lieu.
Je m'arrête pour faire des photos, vous pensez bien!
Le parking n'en est pas vraiment un, c'est très caillasseux, j'ai du mal à
poser Akitsu, car sa béquille latérale est vraiment haute, et il me faut
toujours rechercher la bonne déclivité. L'exercice est délicat: trop en pente,
je risque de la coucher, ou de la pencher tellement que je ne pourrai
pas la remonter. Et pas assez de pente, elle reste trop droite, et je risque
de ne pas pouvoir remonter dessus sans la faire tomber à droite... Pas facile,
le boulot du motard du dimanche comme moi! Bon, je ne suis pas satisfait,
je suis trop droit, mon moteur est arrêté, et la moto en prise. Une voiture est
stationnée quelques mètres devant, et démarre. Mais au lieu d'avancer, le gars
recule. Horreur, je klaxonne, mais rien ne vient. Damned, le moteur n'est pas
allumé, la voiture me rentre dedans, je hurle, ma roue se tourne dans le mauvais
sens, je vais tomber... mais il m'entend, s'arrête net, ouvre sa portière et vient
vers moi, abasourdi de me trouver là -il n'avait pas regardé dans son rétro...

Tout ce que je viens de vous raconter s'est déroulé en deux secondes...


Et moi, je suis à bout de force en train de retenir Akitsu... Imaginez la scène, le
pare-choc arrière de la voiture appuie sur ma roue avant, en force, roue que je tourne
à la limite de mes biceps vers la gauche, car si je tourne à droite pour libérer
la pression, je tombe, ma béquille étant mise, trop droite, et coincée... Je hurle
au gars de retourner dans sa caisse et d'avancer de toute urgence, faute de
quoi je vais tomber. Il ne doit vraiment pas comprendre pourquoi, mais il s'exécute!
Ouf, libération, d'un dernier coup de reins, j'arrive à redresser la situation, et à
poser la bécane correctement! Il revient, on discute, je prends ses coordonnées,
il me dit d'aller essayer pour voir si tout va bien au niveau de la direction, il m'attend.
Je pense que tout va bien, mais je me dois de vérifier, of course... Je pars sans faire
les photos -que je regrette encore...Tout semble aller parfaitement bien, sauf que je
ne peux pas faire demi-tour... Je m'arrête sur une petite place. Il y a un gars qui démarre
dans le sens opposé. Je lui explique mon cas, et lui demande de dire au bonhomme que
tout va bien. Le plus incroyable, c'est qu'il comprend tout, et j'ai tout expliqué sans aucun
geste pour me faire comprendre! Je suis enchanté.

Bon, avec toutes ces émotions...

C'est la A44, quelques km après l'incident.

J'ai prévu de prendre une petite route peu après Pont-erwyd, qui va dans la montagne.
Mais, très mal signalée -elle est vraiment minuscule-, je la loupe, et dois faire demi-tour.
Toujours délicat avec mon chargement et ce sacré centre de gravité tellement haut qu'il
me fait perdre confiance en moi... Bref, je traverse sur un mini stationnement à droite,
sur lequel je manoeuvre pour repartir dans l'autre sens. Je regarde bien derrière, personne,
je démarre et j'entends un "Tuuuuuuut" qui me transperce les oreilles au moment où je partais!
Une voiture arrivait, heureusement, elle est passée sans me toucher. Décidément, ça ne va pas!

Je prends ma petite route et, aussitôt, c'est le silence et il n'y a plus personne.

C'est la route marquée 13 sur la carte, une pure merveille.

Ah, le bonheur de rouler ici en moto. Franchement, je ne vous envie
pas dans vos bureaux... Bon, vous y viendrez un jour, j'ai été dans les
bureaux plus souvent qu'à mon tour...

Puis soudain...

Mes copines. J'ai nommé, les vaches écossaises, celles dont je suis tombé
amoureux. J'adore ces vaches, ne cherchez pas pourquoi, elles sont
terribles.

Quelle classe!

La puissance qui se dégage de ces bêtes, au demeurant fort calmes,
est impressionnante.

Akitsu les regarde, impressionnée, et pas trop décidée à poursuivre...

Tu m'étonnes... Elles sont là, au bord de la route, nous attendant de pied ferme.

Mais tout se passe gentiment! Non mais, ça suffit pour aujourd'hui!

De très belles côtes, qu'Akitsu passe sans sourciller, comme s'il n'y en avait pas.
C'est un vrai plaisir pour ça, cette moto.

La route longe des réserves d'eau, dont le niveau très bas m'étonne,
compte tenu des quantités d'eau tombant du ciel. Et je me demande où
elle part, toute cette eau...???

Je décide de casser une petite graine ici. Une voiture s'arrête juste devant,
un énorme 4x4, moteur restant en route, bien sûr. Une jeune femme en descend,
prend des photos.. Je l'appèle, et lui demande si elle veut bien me prendre.
Et voilà sa photo. C'est la seule voiture que je verrai sur cette route,
et je la doublerai plus loin. La fille dehors à prendre des photos, le gars à son volant,
moteur tournant, qui semble s'ennuyer terriblement...

Il semble bien qu'ils reboisent en partie cette montagne. Il serait temps,
compte tenu de la terrible érosion créée par l'élevage surintensif des moutons!

Puis d'un seul coup, le paysage change. Comme souvent en montagne.
Vous passez un col, vous changez de lieu!

 

Et commence la longue, la très longue descente vers la mer.

Le vent souffle terriblement, et je suis heureux de devoir rouler à gauche!

A l'étage inférieur, je retrouve la route "labyrinthe"...

Et la mer, qu'on aperçoit dans le lointain.

C'est juste après Talybont, sur la A487, une très belle route, au niveau de
l'asphalte.

Un peu plus loin, vers Eglwys-fach, j'aperçois l'embouchiure de la Dovey.

C'est superbe. J'ai toujours aimé ces endroits, lorsque les rivières approchent
de la mer, peut-être parce que c'est le paysage de mes ancêtres.

Non, elle ne penche pas comme la fameuse tour de Pise, c'est moi qui ai penché...
C'est à Machynlleth.

J'avais prévu d'aller faire un grand tour en montagne à partir d'ici, mais il est trop tard
maintenant, j'ai envie d'aller poser mes guêtres.

Je rejoins un camping dans lequel j'avais réservé. Je suis accueilli en français, car
c'est une française qui le tient. Mais c'est tout ce qu'il a de bien, et encore, car
je suis très heureux quand je suis accueilli par des anglais, je suis venu pour ça, en fait!

Donc, en français. Je suis le seul campeur, et je n'aime pas ça, en fait, être seul
sur un grand terrain. C'est un camping à la ferme, bien recommandé par le routard.

En fait, il est minable, semble à l'abandon. C'est moche, c'est sale. Bref, quel que soit
la météo demain, je repartirai avec plaisir, même sous la pluie!

L'enseigne que je ne vous recommande pas.

Me voici, on aperçoit la ferme en haut. Vu comme ça, c'est pas trop moche...

Vu comme ça, c'est déjà nettemoins moins follichon! En fait, on fait
dire ce qu'on veut à une photo...

Bon, je paye 7 euros, et j'ai l'électricité. Mais ça ne vaut pas plus.
Les sanitaires sont tellement moches, les araignées sont bien là, je suis surpris
d'avoir de l'eau chaude au lavabo. Mais la douche est tellement peu
ragoutante, avec sa vieille lanterne au plafond qui me fait penser à Claude
François, que je décide de ne pas tenter le diable avec une eau glacée ou un
court-circuit.

Allez, zou, dans la tente, je ferme les portes, je suis bien au chaud,
j'entends la rivière -il y en a une- qui fait un bruit d'enfer, et ça m'énerve.
En effet, je n'aime pas dormir près des cours d'eau, le bruit du liquide
qui passe est toujours très élevé, trop élevé, quand on recherche le calme.

Il est déjà 22h30, je termine mon journal au son de Dire Straits qui couvre
à peine le bruit généré par le courant. La patronne m'annonce une nuit
très pluvieuse, et beaucoup de pluie demain. Mais pour me mettre en forme,
elle me dit qu'ici, ce n'est rien. Là où il pleut vraiment, c'est en Irlande. Elle
y est allée plusieurs fois, elle ne veut plus y aller. Il n'y a que deux couleurs,
le gris et le vert... C'est encourageant! On verra bien.

Amis lecteurs, amies lectrices -j'espère qu'il y en a-, je vous souhaite la bonne
nuit. Je vais pour ma part rentrer complètement dans mon duvet. Vous voulez
peut-être savoir comment je suis installé, là, en ce moment? OK, pourquoi pas, après
tout. En fait, je me mets direct en pyjama, et je rentre mes jambes dans le
duvet, sur mon matelas auto-gonblable (qu'il faut aider un peu...). Sous le dit
matelas, là où sera posée ma tête cette nuit, j'ai mis la chaise pliante, et je suis
assis, le PC portable posé sur sa malette de transport, le tout sur mes genoux.
J'enfile ma grosse veste moto. Je mets la musique. Ainsi, je suis bien au chaud.
Bien sûr, avant, j'ai bu un grand bol de café, c'est mon cadeau tous les soirs,
dès que la tente est montée et que toutes les affaires y sont rentrées!

Voilà, je n'ai plus qu'à éteindre le PC, plier la chaise, enlever la veste, rentrer
complètement _ou presque_ dans le duvet, et poursuivre la lecture de mon
bouquin, là où je l'ai laissée hier soir... Voilà. Vous savez tout.

Bizzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz

 

 

 

 

107 photos. 160 km !

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