14ème jour

Dimanche 27 avril 2008.

Et ça fait vraiment longtemps que je l'entends frapper sur le toît. Ah, pas brutalement, non,
pas tendrement non plus, non non. Et dans un calme absolu, je veux dire par là, sans un seul
courant d'air. Non, juste elle, toute seule, comme une grande, mais avec une régularité sans
faille. Des gouttes, de bonnes gouttes de pluie, pas très grosses, mais bien denses, en grand
nombre, avec une régularité de métronome. Depuis des heures... Je n'ose même pas ouvrir
les yeux. Je me rendors, on verra bien.

Je mets finalement le nez dehors vers 9h30, car, oh miracle, je n'entends plus la batterie.
Et pourtant, croyez-moi, c'est un instrument que j'aime beaucoup, mais là, c'était trop régulier,
ça manquait de style, vous voyez?

Hummm... OK, je plie. Petit déj' quand même, pour reprendre des forces.
Je ne vous ai pas dit, mais j'avais des voisins sur ce terrain, 3-4 tentes.
Je vois les têtes émerger de l'intérieur des toiles, c'est sympa, j'aime bien
cette ambiance d'un terrain de camping comme celui-ci. Là-bas, deux filles,
en train de sortir les chaussures de marche. Je les sens un peu démoralisées.
Ce sont des randonneuses, ça se voit bien. pas de voiture, pas de vélo, elles
sont à pied, les filles! Des courageuses. Plus près, deux couples, avec des chiens,
et les gars en tenue militaire, je soupçonne des chasseurs... J'avais bien entendu
un chien hier soir, mais très peu, juste deux-trois jappements. Ils ont des camionnettes
avec tout un équipement. Le contraire des deux filles. Plus loin, de l'autre côté,
un jeune couple. Ils n'ont pas monté de tente, ils ont dormi dans leur camionnette...

Je démarre finalement à 11h30. Oui, j'ai pris tout mon temps, car j'avais décidé de ne pas
en faire bien lourd aujourd'hui, cette météo me donnant envie d'aller au plus vite
monter ma tente et d'aller faire la sieste, bouquiner, bien au chaud.
En plus, c'est dimanche, et dimanche dernier, je n'avais rien fait, et c'était génial!

Mon itinéraire initial prévoyait une virée de 344 km... Or, j'ai vérifié hier soir, je suis
à 78 km du prochain camping, en ligne droite...

Je reprends la même route qu'hier soir, mais dans l'autre sens, et je retraverse
cette petite ville réputée qui s'appèle Betws-y-Coed. Il y a un monde fou. Pourtant,
une petite pluie fine tombe à nouveau, mais ça ne semble déranger personne. Ah,
ces Anglais, imperturbables! Enormément de randonneurs, ambiance de ville montagnarde
en haute saison, je suis très étonné. Je reste sur l'A5 qui traverse le Snowdonia National Park
d'Est en Ouest. Cette fois, je n'étais pas passé là.

C'est splendide. En plus, avec les nuages...

Et pour ne rien gâter, pour une fois, les Anglais ont créé de nombreuses places de parking, qui sont pleines à craquer.
Mais que font-ils, tous? Eh bien, c'est simple, ils grimpent...

Vous voyez, le ciré jaune et le ciré bleu, perdus dans la pierre...
Ah il faut les chercher, mais en regardant bien, on en découvre tout plein,
de petits hommes, si chétifs dans ce monde minéral et dur!

Ils sont là-dedans, à tous les niveaux.

Un peu plus loin, je découvre un très joli lac.

Comme elle est belle, sous la pluie, Akitsu. Elle brille de tous ses feux!

Sur l'autre rive, une bergerie, et toujours, ces murets de pierre.

La route longe ensuite une large vallée au fond de laquelle serpente
une petite rivière.

Des troupeaux de vaches et de moutons paissent entre les murets de pierre.

Ensuite, eh bien, terminé. Plus de paysages, mais retour à la civilisation.
Autoroutes, villes, circulation. C'est moche, c'est triste, et le pire,
c'est que la pluie revient en force, me confortant définitivement dans l'idée
d'aller de suite monter ma tente. Je me trompe et vais dans la grande
ville de Bangor, que j'aurais du éviter, et en plus, j'en ressors dans la
mauvaise direction... Demi-tour, donc!

A ce moment, une voiture de police me dépasse toutes sirènes hurlantes, pour stationner
un peu plus loin, alors qu'un énorme hélicoptère est en train de s'approcher de la route.
Je ne fais pas attention, et un souffle énorme manque de me mettre à terre! Je ne sais
pas comment Akitsu reste sur ses pattes. C'était le déplacement d'air provoqué par
les pales de l'hélicoptère. Si Didier l'avait piloté, il aurait fait gaffe à la moto, n'est-ce-pas, Didier?

Enfin je passe le grand pont qui permet d'aller sur l'île d'Anglesey. Aussitôt après, je vois
une pancarte : Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch
En gallois, Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch signifie « l'église de sainte Marie dans le creux du noisetier blanc près d'un tourbillon rapide et l'église de saint Tysilio près de la grotte rouge ».
Le nom est également transcrit comme :
Llan-vire-pooll-guin-gill-go-ger-u-queern-drob-ooll-landus-ilio-gogo-goch
, qui indique sa prononciation correcte en anglais.

Source: http://fr.wikipedia.org/wiki/Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch

Ne riez pas, ce nom de ville existe vraiment, et c'est le record du monde du plus long
nom de ville. Le nom a été décidé dans les années 1860 par le conseil du village, principalement pour avoir le privilège d'avoir le nom le plus long d'une gare ferroviaire en Grande-Bretagne. Je m'en souviens, j'avais envoyé le lien à mon fils alors que je préparais
mes itinéraires. Malgré la pluie, je décide d'aller faire des photos...

Sur le quai de la gare.

Bien sûr, des boutiques de souvenirs fleurissent..

Et les gens vont acheter les objets portant le nom du village... Lorsque
je prends cette photo, il tombe une grosse bruine, et je suis tout occupé
à cadrer le nom du village sur la largeur. Et je ne fais pas attention du
tout aux gens que je photographie en même temps.

Mais je les remarque lorsqu'ils passent près de moi. Des Ecossais bien sûr,
du moins je crois, non?

Trois motards viennent poser leurs bécanes près d'Akitsu. On fait un brin
de causette, très intéressant. Ils habitent à une trentaine de miles d'ici, et viennent
faire une balade sur Anglesey, mais comme moi, ce temps ne leur plait pas du tout!
L'un d'entre eux roule avec une BMW 1150 GS, la bécane qui me fait toujours
un peu rêver. Il me dit que j'ai bien fait de prendre une Transalp, la béhème est trop lourde.
Ah, ben, ça, c'est sympa, surtout de la part d'un propriétaire!

J'ai le choix entre l'autoroute et la nationale. De ce temps, je pouvais prendre l'autoroute.
Ben non, malgré la pluie, je décide de flaner... Et j'ai bien fait.

Car la pluie cesse, et le ciel s'éclaire.

L'église St Cristiolus de Eglwys.

La baie de Trearddur. J'ai l'impression d'être en Bretagne.

Très jolie, à marée basse.

Je loupe la petite route longeant la côte, et je me retrouve à Holyhead,
où je vais venir demain prendre mon bateau pour l'Irlande.

Les genêts. La petite route qui serpente parmi les genêts.

Une petite crique.

Des gens en train de faire de la plongée sous-marine.

Et voici mon camping.

Et le paysage autour. On distingue la mer, à droite.

 

Et voilà, il est 14h30, et je suis arrivé.

Accueil extrêmement sympathique, propreté totale -des sanitaires
dans un état absolument irréprochable, peut-être les plus propres
que j'aie jamais vus en camping- et, cerise sur le gâteau, le patron me
dit que j'ai le WiFi dans ma tente si je veux...

Alors là, mes amis, j'étais déjà heureux d'aller me reposer...
Eh bien, raté, le repos. Mais j'ai passé une après-midi formidable,
téléphone avec la famille, les amis, tout ça avec Skype, assis
sur mon matelas, à l'abri sous ma tente.

Un merveilleux dimanche.

Allez, à un de ces quatre, comme on dit...

 

 

67 photos. 92 km !

 

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