16ème jour

Mardi 29 avril 2008.

Hier soir, en fait, je me suis couché ce matin... Tout simplement parce que la connexion Internet dans la tente était très
difficile, coupée toutes les trente secondes. Je consultais une page, puis coupure, je devais me déconnecter, puis
reconnecter, puis une nouvelle page, puis une nouvelle coupuer. Bref, ça m'a fait perdre pas mal de temps! Puis, vers minuit,
plus aucun problème, la vitesse de chargement était phénoménale, à un point tel que je n'en avais jamais eu une aussi rapide!
J'ai donc tenu à mettre en ligne le travail du soir, et à répondre aux copains sur le forum....
Et ce matin, je me suis levé vers 9 heures seulement!

Il a fait froid cette nuit. Mais en contrepartie, il y a du soleil ce matin, à tel point que je suis aussitôt en pleine forme. Je ne résiste pas
à me reconnecter, comme si je n'avais que ça à faire! Mais bon, je ne résiste jamais à l'appel du monde...
Tout ça pour partir à 10h40, les explications du patron bien en tête pour rejoindre les Wicklow sans perdre du temps en ville.

Et effectivement, moins d'un quart d'heure plus tard... Quelle merveille.

Malheureusement, je n'ai pas acheté une carte assez précise, et les Irlandais
sont extrêmement avares de panneaux d'indication. A tel point que, parfois,
je ne suis même pas sûr de la direction que prend la route principale, du moins,
celle que je croyais la principale afin de tomber sur l'autre. C'est donc au hazard
total que je poursuis mon chemin, heureux comme tout, sous ce soleil printanier,
au milieu de cette si belle nature, la visière relevée pour sentir la bise fraîche caresser
mon visage. En un mot, je vis des moments merveilleux.

Au moins, celle-là, je sais que ce n'est pas la peine de la prendre. Eh oui,
en Irlande, c'est comme chez nous! Surprenant, non?

J'apprends par les pancartes que Braveheart a été tourné dans le coin. Et
je ne suis pas surpris, après coup, en commentant cette photo, car plusieurs
fois dans la journée, j'ai pensé à l'Ecosse. De grandes similitudes dans les paysages
des hauts plateaux, et dans le vocabulaire. En effet, ici, comme en Ecosse, les
vallées sont des "glen(s)", et j'ai vu plusieurs fois le mot "bealach", dont je me souvenais
parfaitement, qui signifie -je crois- "col", et qui m'avait marqué par sa consonnance arabe.
Prononcez "béalaq" en mettant une pointe gutturale sur le "aq" final, et vous verrez...

Bon, par contre, je suis complètement perdu... déjà! Je suis à une croisée de chemins, et
la seule pancarte est celle de Braveheart, alors vous pensez si ça m'aide... Une camionnette
arrive, je fais un signe, le gars s'arrête sur le stop, descend, me fait un grand "hello" avec un super
sourire, me dit "vous êtes perdu, c'est sûr", et me demande où je vais. Il me donne toutes les
explications -heureusement, car je tournais complètement le dos à mon but-, me donne une très chaleureuse
poignée de mains, et me souhaite un très bon voyage, sans oublier d'ajouter "soyez prudents"!

Comment voulez-vous être de mauvaise humeur dans de telles conditions? Impossible!

Une petite église, perdue en pleine nature.

Les paysages deviennent de plus en plus sauvages.

Ces arbres clairsemés me font penser à une savane Africaine. Et vous ne devineriez
jamais pourquoi! mais je vais vous le dire. C'est à cause de "Tintin au Congo"...
Alors là, personne ne s'y attendait, à celle-là, c'est sûr! Dans cette BD, que j'ai lue
et relue tant de fois lorsque j'étais gamin, certains paysages dessinés ressemblent à ça. Comme quoi,
les associations d'idées, avec nos mémoires, peuvent être très surprenantes. Et c'est pour cette
même raison que certaines photos vont en interpeller quelques ujns, et pas du tout d'autres!

Plus j'avance, plus les arbres se raréfient, le genêt lui-même commence à disparaître.
Hum... ça sent le plateau. Regardez la route. Ah là là, vous ne pouvez pas savoir,
ce bonheur, de découvrir, au rythme que je choisis, sans aucune fatigue physique.

Akitsu se joue littéralement de toutes les côtes, c'est un plaisir fantastique, de la voir,
et de se voir, grimper n'importe quoi comme si de rien n'était. Je me sens libre comme
l'air, un tout petit tour de poignée, et elle s'envole. Je n'ai jamais connu cette facilité avec les
scooters. Je suis cependant persuadé que Pégase n'aurait pas été dérangé non plus,
mais il y a une différence, dans la légèreté de la machine. Et je ressens
de moins en moins le chargement, je commence à vraiment prendre mon pied de ce côté aussi!

Et voilà, j'arrive ici à un croisement important. Il s'appèle le "Sally Gap", point 6 et 12
de la carte, et je vais y passer deux fois aujourd'hui, par des routes différentes.
Si vous venez dans les Wicklows, alors, de grâce, faites au moins ça, c'est le top.

Quelques moutons sont perdus dans ces bruyères noircies par l'hiver.
De grands carrés noirs sont visibles par endroits, comme découpés. Je
suppose que de la tourbe a été prélevée...

En tout cas, les pauvres, ils ne semblent pas avoir grand chose à manger!

Après Sally Gap, je prends vers le Nord, vers Glencree.

La température descend à 7 degrés... Mais je suis parfaitement bien,
et bizarrement, ça ne me gêne aucunement. Et pourtant, je n'ai pas mis la tenue
de pluie, qui sert aussi de coupe-vent extrêmement efficace contre le froid.

On distingue dans le lointain ma fameuse "savane africaine", où je suis passé tout-à-l'heure.

Un lac, dans un creux montagneux. le paysage change brusquement, je redescends!

Ici, il y avait un car de touristes déversant sa cargaison pour les photos...

C'était "Wicklows: day-tour". J'en ai croisé 5 ou 6 dans la journée.

Arrivée à Glencree. Il y a un cimetière militaire allemand, ce qui est
très insolite. je l'avais noté sur Internet, lors de mon travail de préparation.
Et je tombe dessus un peu par hasard, puisque j'ai décidé de changer mon
itinéraire hier soir avant de me coucher. En effet, j'ai prévu une longue route
vers le Sud aujourd'hui, en plus des Wicklows que je suis en train de visiter.
Or, cette longue route, c'est pour la côte. Et la côte, je ne la "sens" pas du tout.
Aussi ai-je décidé de rejoindre ce soir le camping initialement prévu demain soir,
car ma route remontait par les Wicklows, et de passer deux nuits dans un même camping...

Vu, l'arbre en boule? Pas de démontage demain matin, et je roulerai à voide, et j'irai faire
un tour sur la côte si j'en ai envie, na! Non mais quand même, je suis en vacances, ou pas?

Très curieux, ce cimetière. Aucune explication. J'ai seulement compris qu'il s'agissait
donc de soldats allemands -ça, c'était clair-, mais tués pendant les deux guerres. Et en effet,
certains sont morts pendant la première, et d'autres pendant la seconde. Et il y a aussi
pas mal de tombes de soldats inconnus. Curieusement, ils sont tous enterrés deux par deux.

Vous ne pouvez pas lire, mais vous pouvez me croire.
C'est écrit:
"Feldwebel Walter Clasen 21/1/20 + 5/2/41
Oberleutnant Paul Gommer 13/1/09 + 5/2/41"
Feldwebel = Sergent, et Oberleutnant = Commandant

Zwei Deutsche Soldaten --> Deux soldats allemands

Le lieu est très paisable, un petit ruisseau coule en sous-bois juste à côté.
J'évalue en gros à 150 le nombre de soldats enterrés ici, peut-être un peu plus.

Le cimetière allemand se situe sur le point rouge de la carte, peu avant 7

Eglise Saint Patrick, à peu près sur le 7 de la carte.

Enniskerry, au point 8. C'est là que je décide de manger. Assis sur un banc
de la place centrale, très animée. On aperçoit Akitsu.
Vous voyez le "r" d'un magasin "SPAR" à gauche. J'y fais mes premières
courses depuis mon départ! Quelques bananes entre autres, puisque je viens
de passer l'Afrique!

Un type a tourné autour de la moto tout un moment, et il se décide à me parler
lorsque je repars. Nous discutons une dizaine de minutes. C'est un Irlandais du Nord, homme
d'affaires, un peu crâneur. Sa fille va aller faire des études de droit à Nantes l'an prochain.
Il voulait absolument que j'aille à un très grand rassemblement de motos en Irlande du Nord,
avec des courses sur circuit. Quand je lui ai dit que je n'étais pas intéressé, et que mon programme
était établi, il n'en revenait pas, et n'arrivait pas à comprendre qu'en tant que motard, je n'aie pas
envie d'y aller. Finalement, il me serrera la main très cordialement en me souhaitant un bon voyage! Ouf!

La route entre 8 et 9 est belle, sans plus. C'est ici que je retourne sur le Sally Gap.

Et aussitôt, je retrouve une route panoramique époustouflante de beauté.

C'est vraiment parfait. Je dirais que j'atteins ici la plénitude totale.
A chaque fois que je coupe le moteur pour prendre une photo, je
reste un moment assis sur Akitsu, ou debout à côté, à écouter le silence,
à peine troublé par une petite brise fort agréable. Que c'est bon!

On aperçoit au loin la route qui remonte sur Sally Gap, qui se trouve
là haut, au col.

Cette fois, à sally Gap, je prends la R115, direction Laragh. Ces photos
ont été prises entre 12 et 13. La route est complètement déformée,
et tenter de passer à haute vitesse pour entraîner un envol de type
motocross...

Le plateau est immense, à perte de vue. C'est majestueux!
J'imagine vraiment sans peine une tempête de neige ici en hiver. A mon
avis, dans ce cas, la mort serait au rendez-vous...

Et quand je dis à perte de vue, je ne ments pas!

Puis les arbres font leur apparition, des sapins.

Merveilleux. Quelle belle journée!

Je n'ai plus de superlatifs. C'est beau. ici, à cet endroit précis, j'ai croisé
un de ceux que j'admire à chaque fois, j'ai nommé un ami cycliste. Le pauvre.
Il n'était même plus cycliste, il marchait à côté de son vélo. Je n'ai pas osé
le photographier, et pourtant, ça me démangeait.

Akitsu, dans de pareils moments, je t'aime, c'est sûr. Quand je pense à ce que
tu m'épargnes!

Une vallée somptueuse, mal rendue par une photo de toute façon trop petite,
et en plus un peu trop compressée!


Aucun panneau pendant je ne sais combien de kilomètres, des croisements
sans aucune indication, ni indice, permettant de prendre une décision, et ici,
à Laragh (point 13), une profusion de pancartes!

La verdure Irlandaise. Encore un changement de paysage, doux et
reposant, celui-ci.

Superbe, entre Laragh et Aghavannagh (13 et 14)

Glenmalure. Je vois un pub. Voilà, Pirmil, ici, j'ai pris ma Guinness.

Et en terrasse, SVP, sous un très beau ciel bleu!

Dans le pub, tout un pan de mur parlant de la grande bataille qui s'est
déroulée dans cette vallée, en 1580.

Un peu après, vue aérienne sur le fameux bistrot...

Et encore un nouveau paysage...

Des murets de pierre ici aussi, comme en Angleterre. Ici, c'est entre 14 et 15

Moutons Irlandais.

faire de la moto sur de telles routes est une excellente thérapie de décontraction!

J'arrive enfin au camping! Très honnêtement, c'est un calvaire de chercher
son chemin. Pour arriver ici, à Donard, au camping Moat Farm Camping Park,
j'ai du m'arrêter au moins dix fois, et demander mon chemin autant de fois...

Il est superbe.

La vue depuis ma tente. Féérique!

A toucher, cette église délabrée, abandonnée, ainsi que le cimetière qui l'entoure.

La maison en face.

Et d'une propreté, une fois de plus, absolument parfaite.
Eau chaude à volonté.

Et pourtant, j'ai failli me prendre la tête avec la patronne... En fait, je
lui ai fait peur. C'est une suspicieuse. Son camping est tellement nickel,
qu'il faut montrer patte blanche avant d'entrer. Elle voulait mon passeport!
Je lui réponds que je n'ai qu'une pièce d'identité, et que ça suffit amplement en
Europe maintenant. Et elle me certifie qu'en France, cette année, on a exigé d'elle
son passeport... J'ai un peu haussé le ton, lui disant que je ne la croyais pas,
et que j'étais prêt à aller de suite dans un commisariat de police avec elle, ici
en Irlande, pour lui prouver le contraire. Et vous savez pourquoi j'ai haussé le ton?
Parce qu'elle a dit -assez bas, mais j'ai bien compris- que j'avais de la chance,
qu'elle se contenterait exceptionnellement de ma carte d'identité? Et ça, je l'ai
assez mal pris. En effet, ici, je suis victime du syndrôme "motard égale méchant".
Très sincèrement, n'eût été la difficulté de trouver les villages, et le fait de ne pas
connaître d'autres campings dans le coin, je serais parti sur-le-champ. Elle se contente
de ma pièce d'identité, mais aussi de mes dix euros, car le camping est loin d'être
plein, vous pensez bien. Bref, elle se radoucit instantanément, devient cordiale,
m'accompagne pour tout me montrer, me sort des mots en français -souvenirs d'école, me dit-elle-,
je suis devenu un bon client! Très fière, elle me montre sa salle TV-repos-lecture. J'en profite, je
lui demande si je peux y travailler sur mon PC. Mais... il consomme combien, votre PC.
Ah, madame, vraiment rien du tout! Bon, d'accord, oui, vous pouvez.

Voilà, tout plein de sourires, et dix euros, et pas besoin du branchement électricité qui est à 4 euros.

Mes amis, j'ai passé une journée fantastique, et demain s'annonce du même genre!

Merci de m'avoir lu jusqu'ici. A la prochaine!

PS: C'est quand même agréable de pianoter sur un PC assis à une table, nettement plus confortable
que dans la tente. mais je commence à avoir froid aux pieds, et j'ai hâte d'aller me mettre dans le duvet.

262 photos. 141 km
Là, en photos, pour le coup, j'ai fait assez fort....

 

Page précédente: 15ème jour
Page suivante: 17ème jour


Depuis le 06/06/2005 Visites:938987 Aujourd'hui :194 Maintenant:9 (Passage du cap des 50.000 visiteurs le 09/01/2009)