26ème jour

Vendredi 9 mai 2008.

Finalement, de fine, la pluie est devenue de plus en plus forte, et le tam-tam des gouttes
est revenu bercer la monotonie régnant habituellement à l'intérieur d'une tente solitaire!
Des motos sont arrivées dans la soirée, sous la pluie battante. J'ai entendu parler les
motards, mais très mal, à cause du bruit de la pluie. Cependant, il m'a vaguement semblé
entendre parler en Français.
La nuit a été mouvementée pour moi, c'est le moins que l'on puisse dire! Le sandwich acheté dans
une station service, que j'avais expressément choisi parce qu'il portait la date du 9 mai,
alors que tous les autres étaient au 8, s'est avéré être salement avarié... Quand je l'ai ouvert, j'ai
bien remarqué que ça clochait. Il était humide, et avait mauvaise allure. Mais, persuadé
qu'il ne pouvait être mauvais -à cause de mon choix de date-, je l'ai mangé. Il n'était
pas mauvais -en terme de goût-, mais par contre, il l'était vraiment pour le reste. J'ai été obligé
de partir en courrant deux fois vers les toilettes en pleine nuit, si vous voyez ce que je veux
dire! Le tout accompagné de grosses bouffées de chaleur et de sueur, et de bonnes douleurs
intestinales, me voici vacciné pour les sandwichs des stations service pour un moment maintenant.
Ces intermèdes m'ont permis de constater que la pluie avait cessé, que la nuit était bien étoilée,
et donc que le ciel semblait avoir été bien lavé!

J'entends les motards faire du bruit vers 6h30... Oh là là, ils sont bien courageux! Pour ma part,
j'ai du sommeil à récupérer, et je me rendors illico, pour me réveiller à nouveau vers... 8h15...
Comme par hasard! Bon, ça va mieux, je décide de me lever. Un des motards est debout juste
à côté de ma tente, et me gratifie d'un cordial "bonjour" accompagné d'un grand sourire. Pas de doute,
je n'avais pas rêvé, ce sont bien des Français. Et de Loire-Atlantique, en plus, autant dire des voisins!
Luc et sa femme Ghislaine viennent de passer 15 jours en Irlande, et sont sur le chemin du retour.
Chacun a sa moto, c'est évidemment l'idéal. Ce sont des grosses motos comparées à ma frêle
compagne, mais Luc me dit que la mienne est bien mieux adaptée pour les routes Irlandaises, car
ils ont été secoués comme des prûniers avec les leurs.

Quoi qu'il en soit, nous discutons un bon moment, et il est bien 10h30 passées lorsque nous nous séparons!

Le temps est vraiment beau pour moi. En effet, la luminosité est excellente, la visibilité aussi, l'horizon n'est plus brouillé mais au contraire bien net, et il y a des nuages dans le ciel pour donner un peu de contraste. La température est de 16 degrés, ce qui est parfait.

Malheureusement, pour rejoindre la côte à partir de Blarney, c'est un peu difficile, et je réussis, une nouvelle fois, à me perdre! Les indications routières sont toujours aussi bien faites, ce qui a pour résultat de me faire tourner en rond dans la banlieue de Cork pendant une heure... Pour rattraper le coup, j'ai donc suivi la N71 plus loin que prévu, et éliminé quelques passages côtiers...

Avant Inishannon, il n'y avait vraiment pas besoin de faire des photos. Par contre, la petite ville d'Inishannon est très jolie et aurait bien mérité un arrêt de ma part. Je ne l'ai pas fait, peu désireux de me remettre dans les bouchons, car ça bouchonnait, malgré une taille relativement modeste! Ensuite, la N71 suit le cours d'une très belle rivière, la Bandon River, jusqu'à Bandon justement. Et là, j'aurais pu faire des photos. J'ai loupé un parking, car je roulais un peu vite et j'étais entre deux-trois voitures, et je le regrette, mais c'est trop tard! Bon, des photos de rivières, j'en ferai d'autres certainement, mais je suis comme ça, je n'aime pas "louper" un paysage que je suis venu chercher...

C'est à Bandon que je quitte la grande route pour revenir à mes départementales préférées. C'est la R603, qui descend vers la côte, vers ce que "Autoroute Express" appèle la Mer Celte... Peu après Kilbrittain (en 7), la route longe une petite rivière. C'est la marée descendante, et il s'agit ici d'une rivière proche de son embouchure, paysage que j'affectionne particulièrement. Il s'agit donc d'eau mi-douce mi-salée, d'eau saumâtre.

La voici qui se jette dans son estuaire. Le paysage alentour est évidemment très vert, exception faite des maisons bleues et rouges qui égayent l'ensemble. C'est superbe.

Du sable, de la vase, de l'espace...

La baie est profonde de plusieurs kilomètres, un peu comme les "rias" espagnoles de la côte Atlantique, ou les "aber" de la côte Bretonne Française. Ici, c'est la route R600 entre 9 et 10. De l'autre côté de la baie, je vois très nettement les maisons de Courtmacsherry.

Zoom sur l'autre rive. On distingue le flot formé par le reflux des eaux quittant la baie. C'est un spectacle que j'aime. Ces étendues appartenant pour moitié à l'eau, pour moitié à l'air, et jamais à l'homme, qui a toujours du mal à les dompter, à les juguler. Ici, le bateau est un bon moyen de communication, mais pour la moitié du temps seulement!

Peut-être reconnaissez-vous le bouquet d'arbres photographié auparavant, alors que je roulais de l'autre côté?

Je viens ici de contourner la petite échancrure un peu après 9.

Je suis maintenant bien en face de Courtmacsherry, que voici.

Je poursuis mon chemin et commence à apercevoir le fond de la baie, là où niche la petite ville de Timoleague (10)

Zoom sur une ferme isolée sur la rive opposée. C'est d'un charme parfait. J'ai sous les yeux un magnifique tableau, lui-même rempli de mini-tableaux, tels que celui-ci.

Puis je distingue soudainement l'abbaye de Timoleague.

Et une église un peu plus en hauteur.

L'abbaye, au bord de l'eau, bien sûr. Quelques camping-cars profitent de la situation -saison touristique non commencée- pour s'installer à l'ombre de ses murs. Je doute qu'ils puissent le faire en plein été...

Dans les rues de Timoleague. Cette fois, je me fais faire un gros sandwich dans un bar, sous mes yeux. C'est plus cher, mais je préfère ne pas revivre mon expérience nocturne...

Ensuite, la R600 s'éloigne carrément du rivage. Je pourrais aller sur la côte, il existe une multitude de petites routes qui conduisent en des points particuliers, mais je sais ce qui m'y attend. Je vais m'y perdre, car c'est un labyrinthe incroyable, et comme il n'y a pratiquement pas de villages, je suis absolument certain de n'y trouver aucune indication routière. Alors, non, je préfère rejoindre une route suivant le littoral, pour profiter pleinement du paysage sans avoir à me soucier d'autre chose. Je décide de prendre quand même la R598 qui semble suffisamment importante pour être facile à suivre. C'était un excellent choix. Elle est superbe, voyez vous-même.

De plus, les plages sont relativement accessibles. En tout cas, je trouve un chemin empierré, in extremis, qui me conduit assez près de la corniche. C'est là que je choisis de manger mon sandwich, allongé dans une herbe épaisse et tendre. J'ai l'impression de marcher sur un trampolin, tant la couche herbeuse formant matelas est importante. C'est vraiment merveilleux.

De plus, la vue y est imprenable sur une magnifique plage doucement balayée par les vagues.

Sous mes pieds, une falaise se terminant en rochers, bien sûr.

Deux promeneurs, au loin, sur la grève.

Et, en arrière des dunes, les villas des fermiers du coin!

Vue plongeante sous mes pieds. L'eau est tellement transparente qu'on la devine plus qu'on ne la voit dans les vallées d'un monde en miniature. Les algues vertes témoignent cependant d'une pollution agricole absolument certaine, ici aussi...

Au loin, vers l'Ouest, la côte rocheuse.

Et la grande plage, vers l'Est.

Au bout de la plage, la côte se terminant par la Galley Head.

Retour vers Akitsu, restée seule pendant que je me restaurais.

Une autre plage un peu plus loin, la route passant juste au bord, ce qui est exceptionnel.

La route, devant la plage. C'est entre 12 et 13

Cours d'eau qui se jette sur cette plage.

J'ai retrouvé finalement la N71, qui arrive ici à Rosscarbery.

 

Arrivée à Rosscarbery. (13)

Je prends ensuite la R597. Les paysages sont de toute beauté, toujours avec ces maisons de toutes les couleurs perdues au milieu de ces grandes collines couvertes de toutes les gammes de vert imaginables.

On aperçoit ma route dans le lointain. Ce qui est particulièrement intéressant, c'est de passer de ce type de paysage à celui de la côte en l'espace de quelques minutes à peine.

Encore une ferme au milieu de ses champs. La mer est juste derrière la butte.

Dromberg Stone Circle, le cercle de pierres de Dromberg. Ici, des hommes, plus de mille ans avant notre ère, adoraient le soleil et la lune. Au solstice de l'hiver, le 21 décembre, le soleil se lève exactement aligné sur un axe précis du cercle.

Il y a au centre des offrandes, qui sont beaucoup plus récentes...

Des pièces de quelques centimes, des tas de petits objets sans valeur...

Les fermes tout autour.

Il y a du monde à venir voir ce monument préhistorique. Et parmi les visiteurs, un groupe de Français. Décidément, il y en a beaucoup en Irlande...

Le petit chemin pour rejoindre le cercle de pierres.

Chemin qu'il ne faut pas quitter, sous peine de... chevrotine ou autre. Il est bien spécifié que le fermier, sur ses terres, a tous les droits, et qu'y pénétrer ne peut se faire qu'à ses risques et périls... On ne badine pas avec la propriété privée dans les pays Anglo-Saxons. Ce genre de pancarte est visible un peu partout, et m'agace beaucoup! Mais non, on ne va pas la fouler, ta terre privée.... Tu ne l'emporteras pourtant pas au paradis, ni ailleurs, d'ailleurs....

Un peu plus loin, un magnifique jardin autour d'une petite chapèlle peu avant Glandore (14)

Arrivée à Glandore, au milieu du Glandore Harbour, le Golfe de Glandore.

Absolument de toute beauté.

Toujours ce style bien Irlandais, de ces vérandas en avancées triangulaires.

De l'autre côté, c'est la petite ville de Union Hall, qui fait face à Glandore.

Les lumières sont fantastiques, et très changeantes, grâce à un ciel tour à tour chargé de nuages blancs, puis noirs...

Un pont permet de passer de l'autre côté de la baie et de rejoindre Union Hall (15) sans être obligé de poursuivre jusqu'au fond de la baie. Je l'ai pris. Cependant, je puis vous affirmer que poursuivre jusqu'au bout est très certainement magnifique. Ici, toutes les routes sont intéressantes, et je suis absolument persuadé que vous pouvez y rester plusieurs mois avant de tout découvrir. En effet, ces baies pénétrant profondément dans les terres offrent des changements de paysages à chaque détour, un peu comme en montagne, et c'est très certainement à pied qu'il faudrait se déplacer pour appréhender ce type de paysage à sa juste valeur!

Le port d'Union Hall

Maisons à Union Hall

Ensuite, ma foi, j'ai suivi la route principale, qui m'a reconduit sur la N71. C'est dommage, j'avais prévu de rejoindre Castletownsend par des petites voies intérieures, mais une fois de plus, aucun panneau... J'ai vu la route que j'aurais du prendre, un peu tard. Elle était tellement petite que j'ai pensé que ce n'était pas celle-ci. Et pourtant, ça l'était. Mais si je l'avais prise, j'y serais peut-être encore, perdu dans le dédale de ces mini-routes n'ayant pas de destination précise, sinon celle de rejoindre une autre de leurs consoeurs...

Castletownsend (16-17). Une énorme descente, depuis cet endroit, toute droite, bien pentue, à tel point que s'y arrtêter en moto y est plus que délicat. Je n'aimerais pas habiter dans une telle rue!

Et tout en bas, un virage à angle droit, et un mini-port. Point. Terminus. Rien d'autre. Et, bien sûr, "no parking". Mon Dieu, que je n'aimerais pas m'aventurer ici en pleine saison, ce doit être absolument invivable!

Pourtant, c'est splendide.

Mais mieux vaut y arriver en bateau! Ou en moto, ou en scooter. Pas en vélo, car il faut remonter la pente...

Entre 17 et 18, sur la R596.

On aperçoit de petites montagnes à l'horizon.

C'est sur cette route que se trouve mon camping de ce soir, tout près de Skibbereen.

The Hideaway Park.

Ma tente est montée à 17 heures. Je m'octroie un bon café, et une petite sieste. Je m'endors en deux minutes, et vous ne pouvez pas savoir combien j'ai apprécié ce moment de repos. C'est inimaginable le confort, la protection apportés par la toile de tente. Montée en 5-10 minutes, les sacs balancés à l'intérieur, le matelas sous l'alcôve, la porte fermée, et c'est le grand luxe. Je suis dans mon salon, étendu sur mon fauteuil. J'entends des enfants jouer et crier, des mères appeler, le patron en train de tondre ses carrés de pelouse, tout ça dans un lointain brouhaha... Il fait chaud sous la toile, mes muscles se détendent, la tension retombe, et je m'endors! Une demi-heure plus tard, je suis dans la petite salle, en train de faire mon compte-rendu.

Encore une bien belle journée. Et pas une seule gouttelette de pluie! Pourvu qu'elle tombe encore cette nuit...

 

191 photos. 135 km

Depuis le départ, 4.455 km

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