53ème jour

Jeudi 5 juin 2008.

J'entends parler mes voisins de tente, mais tout en continuant à somnoler. Il a plu cette nuit, mais pas beaucoup et surtout pas fort. Vous savez, le genre de pluie qui mouille, mais qu'on n'entend pas, car le vent est absent. Elle arrive donc au sol avec une telle douceur, en gouttelettes tellement proches du brouillard, qu'elle est silencieuse. Je l'ai entendue quand même un peu, à cause de la toile de tente, qui répercute vraiment le moindre bruit, mais je suis bien certain que, dehors, elle était inaudible.

Quoi qu'il en soit, les bruits extérieurs s'intensifiant -des campeurs se parlent de plus en plus fort- que j'en déduis qu'il est temps d'ouvrir les yeux. 8h30... Pas is tard que ça, mais avec le bandeau sur les yeux, c'est la nuit. Dès que je l'enlève, j'en prends plein les yeux, tellement c'est lumineux. Bon, pas un souffle de vent, et chaud... Vous en déduisez quoi? Que c'est bien? Non, pas pour moi! J'en déduis qu'il y a des midges.... J'entrouve la porte, et je la referme aussitôt. Elles sont dans l'abside par centaines.... C'est vraiment une horreur, ces saloperies, qui me gâchent tout mon plaisir. Je me recouche, je mange un peu à l'intérieur, ce que je déteste, mais je n'ai pas le choix. Finalement, je me décide à sortir, il faut bien!

Ah, mais pourquoi faudrait-il, finalement? Je n'ai aucune obligation... Mes voisins de camping -deux jeunes, un gars et une fille- sont en train de plier leur tente. Ils voyagent en stop. Ils ont commencé sur les îles Orcades. Ah, génial, j'ai bien fait de les questionner, car j'avais prévu d'y aller, mais je n'en ai plus envie, car j'ai l'impression qu'il n'y a pas de montagnes. Et il me confirme que c'est majoritairement plat, une seule île est montagneuse, Hoy. Bon, alors si c'est plat, je n'y vais pas!

Paysage visible depuis la réception du camping. C'est le terminal des ferries.

Bon, avec ces midges, je n'arrive plus à réfléchir, je ne sais plus quoi faire, je reste, je pars, je reviens ce soir ou pas... Finalement, je décide de rester une nuit de plus ici, parce qu'on est quand même en haut d'une colline, et que je ne suis pas sûr de me trouver aussi bien dans un autre camping, toujours à cause de ces sales bêtes, qui deviennent mon critère principal, mon ennemi numéro un! Je préfère de la pluie, et je suis sincère. Venez camper en Ecosse entre début Juin et fin Août, et vous verrez. C'est la période des midges, c'est ce que me disait le patron du camping hier matin à Glencoe.

Et je pars finalement à 11h30, alors que je n'avais même pas d'affaires à ranger!

Un parfum de Bretagne... On dirait un "aber" à marée basse, mais en fait, c'est bien de ça qu'il s'agit. Je suis ici au niveau de Lochdonhead, et il s'agit du Loch Don.

Les maisons de Lochdon, le vrai nom du village. Une petite route, je dirais un routin asphalté, conduit jusqu'au Firth of Lorne -qui est le grand bras de mer en sortie du grand Loch Linnhe longé hier, et dans lequel débouche le Sounf of Mull. Vous suivez toujours? La géographie Ecossaise n'est pas facile au début, mais quand on a compris, c'est finalement simple. Comme tout, d'ailleurs!

Mais je n'ai aucune envie de longer un "aber" vidé de ses eaux...

Heureusement, je ne suis pas en Bretagne. Non, ne me tapez pas sur la tête, les Bretons, SVP....
Ici, il y a aussi de la montagne, et l'île de Mull est réputée pour ses hauts sommets, le Ben More, notamment, qui culmine à 3.169... pieds... Ben, ça fait quand même 966 mètres, mine de rien!

Ici, juste entre 1 et 2

Ces bouquets d'arbres sont si beaux qu'on se croirait presque à chaque fois dans une forêt primaire...

A chaque fois que l'on voit des rhododendrons, c'est qu'il y a une habitation pas très loin. C'était assez souvent le cas en Irlande aussi. Les habitants des régions isolées mettent ainsi leur site en valeur. Et comme cette plante semble bien se plaire dans cet environnement, elle se multiplie dans les environs immédiats.

La petite route menant vers le Loch Spelve (en 2) à Strathcoil démarre en grimpant fort. Je décide donc d'aller voir de quoi il retourne, bien que le gars du camping m'a dit que faire le tour de ce Loch ne présentait aucun intérêt...

Mais si, il y en a un, du moins au début. La petite route, avant de rejoindre le Loch, traverse un bois d'une très grande beauté, qui vaut à lui seul le déplacement.

J'ai eu des échappées visuelles fantastiques. J'aurais dû m'arrêter, mais c'est rempli de midges -une fois de plus, ces sales bêtes m'empêchent de faire ce que je veux. En fait, il y a une dépression assez profonde, ayant vraiment l'aspect d'un fond de cratère, et en levant les yeux, je discerne parfaitement le contour d'un cratère dont une des lèvres se serait entrouverte. Je ne connais pas le passé géologique de ce coin, mais je l'ai vu, ici, comme je le dis. Et le tout avec ces beaux arbres disséminés un peu partout, comme dans certains paysages volcaniques Africains!

Arrivée sur le bord du Loch Spelve.

Les moutons partagent le terrain avec les midges, qui ne semblent pas les déranger!

Pour la première fois, j'assiste à un combat entre deux moutons. Très curieux.

Je fais demi-tour au sommet de cette côte, ayant vu ce que je voulais voir!

Nouvelle traversée du superbe bois!

C'est un après ça que j'ai vu le fameux cratère!

Revenu sur la A849. Ici, une grande ligne droite avant 3. Une superbe descente, mais impossible à prendre à fond, car c'est une "Single Track Road", et si on croise un véhicule, il faut pouvoir s'arrêter sur un des emplacements prévus à cet effet. C'est pénible, même en moto. Je ne sais pas s'ils sont radins, les Ecossais, mais vu qu'ils ne font que des "moitiés" de route, on pourrait quand même le penser... Car ça coûte deux fois moins cher en goudron!

Le paysage change complètement, devenant plus aride, et plus montagneux.

Tiens, encore un col pour les cours de géographie...

Il reste vraiment très peu de forêts.

Je vais suivre, doubler, me faire doubler toute la journée par des mini-bus de voyagistes, qui font découvrir l'île de Mull à leurs passagers, payants bien sûr. Et ça me fait plaisir de constater que je fais le même circuit, gratuitement. Bien sûr, je n'ai pas les explications du guide, mais il me suffit de fouiller un peu sur Internet, ce que je ferai certainement l'hiver prochain. Bon, c'est sûr, c'est mieux de préparer à l'avance, et de lire ces documents pendant le voyage, en temps réel. OK, j'en conviens!

Le ciel se charge de plus en plus, et devient même menaçant, non? Mais il m'offre un fabuleux spectacle en luminosité.

Un peu après 3, mon ruban d'asphalte s'élève vers le ciel, qu'il n'atteindra pas, d'ailleurs!

On voit ces lacs sur la carte, au Sud de la route. Je décide de manger ici, c'est tellement superbe. Si je ne m'abuse, je dirais, sans le savoir, qu'il s'agit d'une ancienne vallée glaciaire, et que ces lacs sont les résidus des énormes glaciers qui ont jadis creusé ces montagnes, avec cette forme caractéristique en "U", ici extrêmement évasé, à cause de son grand âge, sans doute!

Voilà, c'est ma théorie.

Ici, vus d'un peu plus loin, après mon repas. Je confirme ma première analyse...

Puis la route suit une petite rivière. La falaise est impressionnante, et la photo rend très mal ce que je voyais, car elle manque d'ampleur latérale.

Et voici donc le fameux Ben More, point culminant de Mull, que j'aperçois en m'approchant de 4

Le Ben More, toujours

Ici, je suis presque arrivé en 4, et à gauche de la gauche, au loin, on aperçoit la mer, enfin, un des nombreux bras de mer du Firth of Lorne.

Au zoom, de l'autre côté du bras de mer.

Et au premier plan, que vois-je? Mes vaches préférées, qui sont ici chez elles.

Salut, ma grande.

Ne me regarde pas, surtout... Faut dire qu'avec les cheveux dans les yeux, elle ne doit pas voir grand chose!

Une autre, qui patauge dans la vase libérée par la marée.

J'ai laissé la A849, qui est un cul-de-sac de 17 miles au moins, à multiplier par deux pour le retour, et qui longe ce bras de mer très plat, sans intérêt. Enfin, si, c'est toujours bon à faire quand on a tout son temps, mais je voudrais voir d'abord ce que je veux voir. Vous avez compris?
Ma petite route, la B8035, longe aussi un moment ce même bras de mer de l'autre côté, j'en ai donc un excellent aperçu, qui me suffit amplement.

Les fougères sont toujours très présentes, et en pleine forme. Elles sont magnifiques.

Quant aux arbres, mais je vous en ai déjà parlé... Ici, c'est un coup d'oeil en arrière.

Toujours vers l'arrière.

C'est ici que je quitte la rive maritime.

La B8035 traverse cette petite péninsule de part en part, presque en ligne droite. Elle commence par une longue montée, que je préfère, une fois encore, faire en moto plutôt qu'en vélo... Ici, je me suis arrêté sur une "Passing Place" pour faire une photo vers l'arrière, pour vous en donner une idée. C'est très joli.

Et en haut, je me trouve sur une sorte de plateau, bordé de hautes falaises de chaque côté, et tenu par des moutons.

Et très vite, je retrouve la mer, en 5, avec ce bras qui s'appèle le Loch na Keal. Il est assez large, et s'avance profondément vers l'intérieur de Mull, perpendiculairement au Sound of Mull. La topographie de cette île est à l'image de toutes cette partie de l'Ecosse, qui forme ce qui s'appèle les Hébrides Intérieures.

L'extraordinaire falaise, qui part à 90 degrés par rapport à celle que je suivais sur le plateau. En fait, c'est comme une immense enclume, et ce côté longe le Loch na Keal.

C'est magnifique.

Vue d'un peu plus loin. Imaginez le Loch, qui se trouve à droite.

Bon, vous l'apercevez ici.

Les vieux sages, sur une hauteur, observent...

La descente vers le Loch est impressionnante, et dangereuse en moto, à cause de gravier abondant! De plus, les croisements sont toujours délicats.

Je longe maintenant une autre falaise, qui tombe presque à pic dans le Loch na Keal.

Une ancienne borne, datant de 1887... Je suis à 11 miles de Salen (en 7), et je me trouve entre 5 et 6 exactement.

Un beau morceau aussi... La verdure cache les centaines de milliers de mètres cubes de pierres qui se sont détachées du sommet tout au long de centaines de milliers d'années sans doute!

Un coup d'oeil en arrière.

Et vers l'avant, avec les voitures, pour vous donner une idée de la largeur de la route.

Et maintenant, le passage devient franchement délicat. La route monte un peu dans les éboulis, et on se retrouve entouré de rochers d'une taille énorme qui ont déjà dévalé la pente. Je me surprends à faire attention au niveau du bruit, je ne voudrais pas déclencher une avalanche, car c'en serait fait de moi!

Ouf, je suis passé! Au loin, les montagnes sont dans le brouillard... En fait, sous la pluie, je pense!

Un coup d'oeil en arrière, sur le passage délicat.

Environ deux kilomètres plus loin, je me retourne pour voir cette falaise que je viens de longer. La route passe en fait tout à droite, au pied des échancrures...

Maintenant, la B8035 longe le Loch na Keal sur une partie beaucoup plus plate. Ce ne sont plus des falaises, mais les pentes douces du réseau des montagnes du Ben More, qui se trouve juste à ma droite. Un sentier permet d'en faire l'escalade, ce qui m'intéresserait beaucoup, mais pas tout seul. La vue depuis son sommet est certainement, par beau temps, époustouflante!

Les plages ne sont en fait que des cailloux. Il y a beaucoup de gens içnstallés sur les grèves, avec de fortes longue-vues, en train d'observer des oiseaux, particulièrement des aigles. Il y en a deux espèces ici, en assez grand nombre. C'est un des automobilistes qui est venu discuter avec moi un peu, lors d'un de mes arrêts.

Ici, c'est encore une vue arrière vers la fameuse falaise longée précédemment, et qui m'a tant impresionné. De loin, elle est bien modeste!

Du même endroit, au zoom... Pas mal quand même!

Il y a un peu de trafic sur cette route, mais je ne pensais pas avoir à doubler de "gros-culs" comme celui-ci...

Quant à lui, il se traine de la verdure sur son arrière-train! Allez savoir où il est aller se fourrer!

Cette photo a été prise entre 5 et 6, environ aux 3/4 de ce parcours. C'est ici que je rencontre la pluie. Et j'ai laissé ma tenue de pluie dans la tente, bien sûr! J'arrête donc maintenant les photos, et je dois dire que j'ai de la chance, car à partir de ce moment, il n'y a vraiment rien de bien intéressant. Après Salen, je longe le Sound of Mull, mais sous la pluie, c'est nul! Et je termine par le même bout de route qu'hier soir. Cette route, la A849, entre salen et Craignure, est une route normale, ce qui fait que je roule à 100 tout du long, pressé de rentrer à la maison. Je fais quelques courses au Spar à Craignure.

Akitsu, devant la maison, et qui est obligée de coucher ici. En effet, les véhicules sont interdits près des tentes...

Je me fais une bonne soupe au vermicelle-poulet comme je les aime, puis je viens sous la grande tente, où j'ai l'autorisation de me brancher pour bosser, ceci afin d'éviter de rester trop longtemps au bistrot. Mais cette tente est ouverte au plein-air, et il n'y fait pas chaud, surtout que je suis encore mouillé de la fin de mon périple.

Mais j'ai bien senti hier soir que j'avais un peu abusé, au café. Juste une bière pour deux heures d'Internet... Cependant, je vous recommande chaudement ce café-restaurant-Internet, à Craignure, sur l'île de Mull, en face du terminal des ferries. C'est le Macgregor's Road House. Le patron et les serveuses sont tous extrêmement gentils, la musique y est bonne, ainsi que l'ambiance jeune et sympa.

Je vais maintenant y retourner. Il est 19h30. Cette fois, je ne vais rester que le temps de mettre à jour le site, et répondre à mes mails, ce qui devrait se régler en une demi-heure environ...

Et demain... est un autre jour. Il fait froid -environ 14 degrés. Mais il y a une légère brise, ce qui devrait chasser mes ennemies pour ce soir. par contre, pour demain, je crains le pire. Mais je pense que je vais aller voir d'autres cieux, et peut-être complètement changer mes plans. En effet, la patronne du Spar m'a donné un tuyau: il n'y a pas de midges sur la côte Est de l'Ecosse. Et beaucoup moins dans le Nord.

Le problème, c'est que c'est beaucoup moins joli. Mais je hais tellement ces insectes, que voulez-vous, il faut faire des choix! La vie est une suite ininterrompue de choix. Et je crois bien vous avoir dit qu'il fallait toujours choisir le plus agréable, ce que l'on préfère. Je préfère un paysage sans midges. Je pense que la messe est dite.

Enfin, pas tout-à-fait. Tout dépendra de l'état des lieux demain matin au réveil!

 

295 photos. 88 km

Depuis le départ, 8.366 km
Depuis le départ, 12.612 photos
Compteur Akitsu, 22.377 km

Moyenne quotidienne depuis le départ - 158 km
Moyenne quotidienne depuis le départ - 238 photos

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