127ème jour

Lundi 18 août 2008.

J'émerge difficilement ce matin... Depuis que je suis à Fossholl, je dors davantage, et je ne me lève plus à l'aubre!
Or, ce matin, il ne faut pas traîner au lit. Aujourd'hui est un très grand jour pour moi.

Parce que... Depuis le temps que j'en rêve...

Aujourd'hui, je vais aller à Askja! Eh oui.

Mes nouveaux amis me l'ont poposé hier soir. Et j'ai fini par accepter. Ils n'ont pas eu besoin de me torturer pour obtenir mon acquiescement!
De toute façon, ils y vont. Ce qui m'ennuyait, c'était de les obliger à revenir sur Fossholl pour moi. Mais ce camping leur plait aussi, et ils veulent également revenir ici. Ce qui leur plait aussi, c'est de ne pas avoir besoin de démonter-remonter la tente. Et ils me demandent en échange de leur faire visiter le site de Myvatn après-demain! Ils passeront donc les deux prochaines nuits ici, et nous passerons ces deux journées ensemble.

Marché conclu!

Au niveau de la météo, je ne pense pas que nous pouvions faire mieux. Ciel somptueux. Température douce.
Petit déjeûner sur la table de pique-nique du terrain de camping, dehors.
Ambiance vacances. Visages souriants. Humeur excellente.

Peru après 9 heures, Eric lance Jimmy, le 4x4. Et c'est parti pour une journée qui devrait, normalement, être bonne, très bonne...

Arrêt à Reykjahlid pour donner à boire à Jimmy, jusqu'à plus soif. Opération indispensable. Plus aucune station avant ce soir, ici même!
Les mouches nous entourent. Vanessa est heureuse d'avoir pris la décision de rester camper à Fossholl. Je confirme! Vous savez à quel point j'aborre ces bestioles. C'est en partie aussi à cause des mouches que je loge là-bas!

Les choses sérieuses vont commencer.... Arrivée sur la F88.

Hrossaborg. Il signale le début de la piste F88. Quelques explications ici.

On a dansé sur la Lune...

C'est fantastique!

Le bonheur de marcher sur une terre vierge... tout en sachant que nous ne sommes pas obligés d'y vivre! Eric ne se sent plus. Il laisse éclater son bonheur.
Que nous partageons tous les trois avec la même intensité!

Plus loin, des colonnes basaltiques émergent du sol. Dans la lumière matinale. C'est splendide.

Sur la ligne d'horizon, à droite, on distingue un phénomène qui va nous accompagner toute la journée. Un mirage...
Non, ce n'est pas une rivière. C'est juste une illusion d'optique.

Bienvenue dans le plus grand désert de lave Islandais.

Bienvenue dans l'immense Odadahraum. "Odadahraun signifie désert des méfaits (ou crimes) car c'est ici que se réfugiaient les meurtriers, hors-la-loi et proscrits" (source). C'est aussi sur ce terrain que les astronautes s'entrainèrent avant d'aller sur la Lune -s'ils y sont vraiment allés.... Les photos pouvaient être prises ici sans aucun problème!

Bienvenue dans un autre univers.

Vous pénétrez dans le royaume des Hautes-Terres. Dominé par l'Herdubreid. Là-bas. Dont la silhouette ne va plus nous quitter!

Herdubreid. Volcan tabulaire. 1.682 mètres.

Peu à peu, le paysage change. Oui, même dans un désert de laves. C'est absolument fantastique, car il n'y a pas de monotonie ici.
Ou bien sommes-nous à ce point fascinés que rien ne nous échappe, tout nous attire, tout nous éblouit...?

Une zone de lave cordée. Nous sommes tous les trois comme des enfants devant un nouveau jouet...
Nous sommes exactement sur la même longueur d'onde. Sous le charme. Tout simplement.

La piste serpente au milieu de la lave et des champs de pierre qui se succèdent alternativement.
Akitsu passait aisément ici. Mais son pilote est tellement plus serein avec Jimmy. Juste admirer, sans stress. Le bonheur total!

Lorsque le moteur de Jimmy s'arrête, c'est un silence... absolu. Rien. Pas un oiseau. Pas une seule mouche (pas grave...)
Bouche bée. Nous retenons presque notre respiration.

Puis, au détourt d'une courbe, la nature nous offre un nouveau cadeau.
Vous connaissez ce fleuve, je vous l'ai déjà présenté. C'est la Jökulsa à Fjöllum, qui fait Dettifoss là-haut, vers le Nord.

Une angoisse nous étreint soudain. Fugacement. Non, pas possible. Il n'est pas franchissable par gué. Pas lui!

De l'autre côté, sur notre gauche, vers l'Ouest... Terres solitaires. Terres propices à la méditation.

Et au régime, aussi...

La Grafarlandaa. L'eau la plus goûtée d'Islande, c'est du moins ce que j'ai lu par la suite sur Internet.
Nous pensons la même chose en même temps, et ce au moment où nous la découvrons.

Cette fois, nous sommes devant notre premier gué. Le petit Jimmy qui nous a doublé nous le prouve... Il est là, sur le bas-côté, et attend que quelqu'un d'autre prenne l'initiative!

La route s'arrête ici. Le panneau est très clair. Doucement. Traverser sur la gauche, en arrondi. Suivre le haut-fond, en arc de cercle.
Les excellentes pages maintes fois lues sur le site de Yann Pichon concernant les passages de gué nous reviennent en mémoire. Oui. C'est bien!

Nous descendons voirt de plus près. Du côté gauche, là où nous devrions passer.
C'est notre premier gué. Ce premier coup d'oeil ne nous rassure pas vraiment.
En arrière-plan, certains auront déjà reconnu l'Herdubreid, qui ne nous quitte pas des yeux!
Au premier plan, à droite, la piste pénètre se perd dans les eaux sombres de la Grafarlandaa.

La rivière vient de franchir une petite cascade.

C'est très joli mais, allez savoir pourquoi, nous ne l'apprécions pas à sa juste valeur.

Nous sommes soucieux! Quelques mots avec nos compagnons du moment, le couple venu aussi en Jimmy. Non, ils attendent de voir les autres!
Impossible donc de compter sur eux, ils attendront que nous passions.
Survient un autre véhicule, plus gros, qui nous avait dépassé précédemment, mais qui s'était arrêté pour quelques photos sans doute.

Arrêt juste devant l'eau, contrairement aux deux Jimmy "timides" arrêtés sur le bas-côté...
Leurs occupants descendent.
Grosses lunettes de soleil. Volubiles. Pas de doute sur la langue, ce sont des Italiens. Comme seuls les Italiens savent l'être.
Et remontent. Et passent, plutôt vite. Et filent au loin.

Nous applaudissons. Et sommes plutôt rassurés. Du moins, notre pilote, Eric, se sent pousser des ailes.
Allez, on y va. Il est pressé de se battre, maintenant. Il en a envie. Il n'a plus peur du tout.

C'est bien ce qui m'inquiète...

Allez. C'est parti. Eric est lancé, il n'écoute plus rien. Vanessa lui dit "à gauche", mais il n'écoute pas, il n'entend pas.
Il est concentré? Allez savoir. Je l'entends, comme dans un rêve, crier "Youpeeeeeee...."

Et nous sentons le petit Jimmy qui s'enfonce, ralentit, poursuit sa route et, lentement, bravement, émerge de l'eau, repoussant l'élément liquide devant son capot.
Nous remontons maintenant, et nous accompagnions maintenant Eric avec des cris de joie, comme des fous.

Nous descendons de voiture. Nos compagnons, là-bas sur l'autre rive, participent à notre joie en applaudissant. Ils vons se lancer à leur tour.

Contrairement à Eric, ils passent bien à droite, là où l'eau est la moins profonde. Et ça semble tellement facile!
Eric est passé plus à gauche, et c'était nettement plus profond.

Nous applaudissons à notre tour. C'est très agréable. On ressent une certaine entraide humaine. Après tout, nous sommes dans la même galère....

Un dernier coup d'oeil en arrière. Avouez quand même que c'est impressionnant, et peu engageant....
Bon, on verra ça ce soir. Les eaux devraient être plus fortes, en fin d'après-midi, compte tenu de la fonte des glaces, toujours plus importante en fin de journée.
C'est ce que nous avons lu sur tous les sites. Traversez les rivières le matin, le plus tôt possible!

Passé l'oasis de la rivière, nous retrouvons immédiatement l'environnement minéral.

Une grosse formation de lave attire notre attention sur la gauche. Un arrêt s'impose.
Une voiture vient de nous doubler, comme vous pouvez le voir...

Le brave petit Jimmy. Nous comptons sur lui. Pour l'instant, il est parfait!

Sensation étrange de marcher ici. Nos pas s'enfoncent presque de la hauteur de nos semelles. Comme lorsque j'avais marché sur la lave de la péninsule de Reykjavik.
La végétation est quand même là. Discrète, mais tenace. Car il faut vraiment l'être, pour s'installer ici.

Eric nous rappèle à la voiture où il est retourné. L'heure passe, mais nous n'avançons pas... L'Herdubreid était à 60 km de la route n°1, Askja est à 100 bornes, la caldeira à 108 km, et il faudra bien revenir. Or, nous sommes encore loin de l'Herdubreid. Et il est déjà 11h40... Incroyable!
Il a raison. Nous repartons. Nous aurions pourtant aimé rester plus longtemps! Des fissures dans la lave, de la belle lave cordée, su sable noir immaculé. C'était superbe.

La piste traverse une nouvelle zone, totalement différente. Le gros bloc de lave que nous avons vu était un prémice de ce qui nous attendait. Nous nous enfonçons, puis émergeons de temps à autre, d'un immense dédale d'énormes blocs épais et fissurés, craquelés. Fantastique ici aussi. Jimmy doit ralentir, mais poursuit sa route vaillamment.

Soudain... Non. Pas possible! Si?

Oui, si l'on en croit la présence des trois véhicules stationnés sur le bord de la piste, et des gens postés sur la berge, regardant le courant.
Pas de doute, voici notre deuxième gué.

Impressionnant. Très impressionnant. Nous nous sentions forts après le passage du premier. Ce sentiment n'a tété que très fugitif, finalement!
Nous retrouvons le couple "Jimmy", et deux autres véhicules.

Je dis "nous". Mais en fait, Eric n'est pas impressionné. Il regarde, ne dit rien. On voit qu'il faut aller à gauche, bien à gauche. Faire un bel arc de cercle. Nous discutons avec nos voisins, et c'est ce que tout le monde dit, attendant en même temps que l'un d'entre nous se décide à passer en premier...

Je me tourne vers Eric, mais il n'est plus là. Je me retourne. Il est en train de monter dans sa voiture, me regarde et me dit de venir. Il veut y aller le premier!
Quoi? Mais il est enragé. Il dit à Vanessa de monter dans un autre véhicule, de façon à ce qu'elle puisse le filmer pendant la traversée. Un des pilotes accepte spontanément, et se dirige aussi vers sa voiture.

Je rejoins Eric, un peu crispé, et m'installe à son côté.

La Lindaa.... C'est large, quand même, et je serre les fesses alors que les petites roues du petit Jimmy s'enfoncent dans les eaux sombres.
J'entends Vanessa crier "à gauche, à gauche!", car l'ami Eric va à gauche, mais vraiment pas longtemps. Très vite, il redresse ses roues, et va droit devant. Il n'entend rien. Je ne dis rien, ne voulant pas rajouter d'ordre inutile, et surtout émanant de quelqu'un qui n'a aucune expérience. Eric est transporté par l'enthousiasme. Je sens que Jimmy peine. Nous sommes bien enfoncés dans l'eau maintenant. J'ai comme l'impression qu'Eric accélère un peu. Le temps s'écoule lentement, très lentement. On avance à peine. Nous sommes maintenant au milieu de la rivière, mais je ne sais pas si nous sommes à l'endroit le plus profond.
Puis tout d'un coup, j'entends Eric s'exclamer à nouveau. "You-hou-hou.... Yee-peeee". Je me détends. Oui, effectivement, on ressort doucement de l'eau. Le stress se libère d'un seul coup, et j'accompagne Eric dans sa joie. Il fonce maintenant dans une grande gerbe d'eau, se gare sur le côté droit un peu en vrac, ouvre sa portière et lève les bras en guise de triomphe. Il exulte.

Là-bas, de l'autre côté, c'est aussi l'explosion de joie. Tout le monde applaudit. C'est tout simplement génial.

Moment inoubliable.

Les autres s'activent maintenant. Tout le monde suit. J'aime bien cette ambiance. De bons moments.

Ils vont tous beaucoup plus à droite qu'Eric! Il m'avoue en aparté qu'il sentait parfaitement le courant essayant de pousser Jimmy, et reconnaît qu'il aurait dû aller plus à droite lui aussi! Mais il faut bien admettre que cette direction est quelque peu irrationnelle. S'engager dans une rivière d'abord dans le sens du courant n'est pas naturel, et il faut se forcer pour le faire! Le spectacle des autres véhicules le faisant est édifiant, ils avaient moins d'eau. Et quand on est moins profond dans l'eau, cette dernière a beaucoup moins de force! Logique, très logique.

Mais peu importe maintenant, non? Nous sommes désormais entièrement libérés du petit stress que nous ressentions. Nous avons passé les deux gués. La route de l'Askja nous est grande ouverte!

Nous arrivons auprès de l'Herdubreid. Il y a là une piste d'atterrissage, un petit camping, un refuge. Des voitures. Nous nous consultons rapidement. On file. Nous avons envie d'arriver à Askja, et de manger là-bas. On s'arrêtera au retour, si on a le temps!

Le paysage change à nouveau complètement. Incroyable Islande. Généreuse, très généreuse en panoramas.
D'ailleurs, peut-on parler de panoramas? C'est UN panorama continuel, absolu. Partout, de tous les côtés, toujours.

Je ne suis pas le seul à "bombarder" ce paysage grandiose. Vanessa n'en loupe pas une, et Eric est contraint de s'arrêter une fois de plus. Mais il le fait de bonne grâce.

Fantastique. Inoubliable. J'adore cette portion.

Encore 13 km, plus 8 pour atteindre la caldeira. Je dis "encore". Ce n'est pas vraiment le sens de ce que nous ressentons. Nous sommes heureux d'être ici, et nous aimerions aller encore moins vite. Mais nous voulons tout. Nous voulons marcher jusqu'aux cratères de l'Askja.
Alors nous savons que nous ne devons pas traîner.
Alors que nous avons envie de traîner...

Fantastique!
Quoi? je l'ai déjà dit? C'est extraordinaire, sensationnel, formidable, énorme. Hallucinant. Je suis vert!

OK? Vous avez bien compris ce que je ressens en regardant ce spectacle.

Et en plus, vous n'entendez pas ce que nous entendons! Vous n'entendez pas ce silence. Prodigieux silence.

On approche de l'Askja. C'est ce massif, au fond. Pas frappant. Pas renversant. Mais c'est ça!

Un peu plus loin, un spectacle incroyable nous attendait. Une superbe jeune fille, blonde, la magnifique crinière se balançant dans l'air, est en train de faire du jogging. Elle court dans la même direction que nous. Est-ce un rêve? Sommes-nous sur une autre planète? Elle nous adresse un magnifique sourire alors que nous la dépassons!

Nous apprendrons plus tard qu'elle est "ranger" au refuge d'Askja! Et qu'elle se faisait un petit "dix kilomètres" pour se maintenir en forme!

Refuge de l'Askja. Restaurant. Terrain de camping. Au loin, l'Herdubreid nous montre son autre face, étrangement semblable.
Nous mangeons ici.

Un canyon s'enfonce dans les entrailles du monstre. J'aimerais y aller, Vanessa aussi. Mais Eric nous remet dans le droit chemin: d'abord la caldeira! On verra ensuite.

Bien, chef!

Le refuge des "rangers".

Pour "monter" à la caldeira, la route pénètre au coeur d'un très gros champ de lave récente, noire. Une fois de plus, un changement total.
Une fois de plus, c'est "énorme"!

Les contrastes, les couleurs, les formes, tout est beau. Il n'y a pas de déchet ici!
Au fond, l'Herdubreid, sous un aspect que l'on ne lui connaissait pas.

Il reste quelques plaques de neige.

Voilà. Nous avons laissé Jimmy sur le parking bien encombré, et nous partons pour une balade de 2,4 km -aller- vers le cratère Viti, et le cratère de l'Askja, dans lequel se trouve le lac Öskjuvatn.

L'immense caldeira de l'Askja. La description sur le site de Yann est édifiante, je vous y renvoie....

Que dire devant tant de beauté. Je n'ai pas les mots qui conviennent.

Muet d'admiration.

Je vous laisse la parole... dans le livre d'or. Soyez gentils, dites-moi si vous avez ressenti quelque chose, et si oui, quoi...?
Il n'y a aucune raison pour que je sois le seul à me décarcasser!

Whouaahh. Je sais que nous arrivons. Au premier plan, des touristes sont scotchés devant le spectacle.
Ce ne peut être que le cratère Viti, que l'on devine, profond, à leurs pieds.
Et au second plan, c'est le cratère de l'Askja, rempli d'eau. Le lac Öskjuvatn.

Le panorama est raté à cause des contre-jours. Les raccords sont moches, mais je n'ai pas mieux pour vous le montrer en entier.

Des solfatares dans la pentes. Et ça fume. Et des sources chaudes dans le lac du Viti. Quelle nature incroyable!

Des gens se baignent. Il y en a pas mal, plus que je pensais en voir. Nous n'avons pas les maillots de bain.
Mais nous n'avons pas envie de descendre, la pente est très forte, et sans bâtons de marche, ça semble être la galère, il suffit de les voir...

Entre les deux cratères....

Vers le chemin conduisant au refuge. Ce doit être une marche éblouissante! Le temps, une fois de plus, nous est compté...

De l'autre côté du Viti. On apprécie mieux la "descente" vers le cratère...

L'Askja et un bout de son crétère. La coulée de lave est d'une beauté remarquable!

Vanessa a même emporté son pied. Une vraie professionnelle! Par contre, je crois bien que c'est Eric qui l'a porté jusqu'ici... Je dis ça comme ça....

Askja et son cratère. Extraordinaires couleurs. Fantastique coulée de lave. Beauté naturelle garantie!

Contre-jour sur le cratère d'Askja et son lac Öskjuvatn.

Allez. Retour vers le parking maintenant!

Ici, c'est le rouge qui domine! Et l'Herdubreid aussi.... Toujours là, celui-là!

Nous avons vu sur nos cartes qu'il y avait une possibilité de retourner vers Myvatn par la F910, au lieu de revenir exactement dans nos pas! Je ne suis pas très chaud, car il y a deux gués que nous ne connaissons pas, alors que nous sommes maintenant des spécialistes des deux que nous avons passés ce matin. Arrivés au refuge d'Askja, nous décidons de demander aux "rangers" comment est cette piste comparée à la F88, et comment sont les gués. Sa réponse est claire. Les gués sont plus petits. La piste est comparable.

Vanessa et Eric veulent rentrer par la F910. Je me range finalement aussi à leur opinion, car il est vrai que j'essaye toujours d'éviter d'avoir à refaire le même chemin. Nous avons une possibilité de voir encore autre chose, et nous savons que les paysages sont très différents.

,Alea jacta est...

Très vite, la F910 nous apparaît, non pas similaire, mais au contraire très différente, de la F88.
Elle traverse le Virkursandur, et est très sablonneuse. Les paysages sont, comme toujours, absolument fantastiques.

Vanessa a pris le volant, Eric s'est installé à l'arrière pour me permettre de mieux voir. Pourtant, on voit très bien depuis l'arrière de Jimmy. Merci quand même, Eric.

La piste se perd dans le paysage. Regardez ce coup d'oeil en arrière.

Et tout d'un coup, la voiture part en dérapages, plutôt bien controllés. J'éclate de rire. C'est fantastique. Vanessa ne rit pas tout de suite, Eric non plus d'ailleurs.
Pour moi, c'est venu de façon instantanée. Je n'ai pas eu peur. Maintenant, Vanessa commence réellement à se faire plaisir.
Eric rigole aussi, peut-être juste un peu moins que nous...?

Nous décidons de faire moins d'arrêts, car il est déjà 17h30, et nous n'avons aucune envie de rouler de nuit. Par ailleurs, notre expérience de ce matin nous a appris à ne pas sous-estimer l'Islande et ses pistes. On table sur 30 km/h de moyenne.
Du coup, je prends quelques photos à la volée, sans cadrage... Rgardez un peu la route. Je peux vous assurer que la conductrice s'en donne à coeur joie.
Nous nous amusons comme des fous. Nous sommes toujours autant émerveillés que lors de nos premiers kilomètres sur la F88 de ce matin.

Quelques arrêts sont tout-de-même obligatoires, car c'est trop beau. cette fois, l'Herdubreid est à notre gauche, à l'Ouest. Nous allons le doubler par l'Est, pour ensuite bifurquer vers l'Ouest et rejoindre la route n° 1 une trentaine de km au Sud-Est du départ de la F88. Nous estimons avoir une vingtaine de km de moins sur piste que lors de l'aller.

Vers le Sud, nous apercevons les glaciers du Vatnajökull. Le Dyngjujökull, le Kverkfjöll.

Malheureusement, le soir tombe déjà. Les ombres s'allongent démesurément...
Je fais part à Eric et Vanessa de ce fait, et surtout de la vitesse à laquelle les jours ici raccourcissent!

Non, ce n'est pas le premier gué. On ne rigole pas avec la Jökulsa à Fjöllum!
Il y a un pont. Ce fleuve est une véritable furie.
Je suis en admiration devant la rive Est, vers laquelle nous allons. Une immense dune de sable de lave noir, complètement vierge de toute trace.

Si Jimmy mettait ne serait-ce qu'une roue là-dedans, il serait emporté comme un fétu de paille!

Nous descendons encore un peu vers le Sud, jsuqu'au croisement avec la F903. C'est là que nous remonterons plein Nord, sur la rive droite de la Jökulsa à Fjöllum.

Voilà le croisement. 56 km de pistes. Il est 18h10. C'est bon. Sauf que nous avons encore deux gués à passer... complètement inconnus!

Le paysage est une fois de plus extraordinairement beau. Nous allons remonter cette vallée minérale, dans laquelle quelques brins d'herbe s'accrochent coûte que coûte!

Nous retrouvons alors une nouvelle zone sableuse. Incroyablement sableuse.
Les traces laissées par les autres véhicules sont de plus en plus profondément enfoncées dans le sable, et la bosse centrale de plus en plus haute.
Jimmy est ballotté d'un bord à l'autre, et a du mal à rester dans la trace. Je suis mort de rire, un vrai fou rire. Je suis incapable de m'arrêter.
Je pense que nous allons bientôt être enlisés, le petit Jimmy ne semblant pas être assez haut sur pattes pour continuer bien longtemps dans cette "poudreuse".
Mon fou rire se communique à mes deux compagnons de voyage.
Et nous voici tous les trois, à rire aux larmes, dans le désert Islandais, dans une boîte à roues secouée comme un bouchon.
Je pense que Vanessa doit commencer à moins voir, mais elle a besoin de ses deux mains. Elle contrôle comme elle peut, mais hésite à ralentir, de peur de rester sur place.
Et elle fait bien.... On passe, ça se calme.

On s'arrête, on essuie nos larmes. Quel moment intense, inoubliable. Rien qu'à le raconter, je recommence à rire.

Et notre ami l'Herdubreid, qui semble nous narguer.

La Kreppa. Qui se jette dans la Jökulsa à Fjollum un peu plus au Nord.

Je vous rassure, il y a un pont.
Mais qui nous a quand même fait stresser quelque peu. En effet, au bout du pont, il y a une barrière, et elle est fermée. Et au milieu de la barrière, il y a une pancarte.
Bon sang de bon sang, si jamais la route est fermée pour une raison quelconque, nous sommes mal.... Retourner à Askja, et refaire la F88. Nous n'aurons pas assez d'essence.
Je pense que nos trois coeurs battent fort, pendant que je marche jusqu'à la barrière.

Elle s'ouvre! Et ce ne sont pas des travaux. Soulagement général!

Nous sommes, encore et encore, émerveillés par tous ces changements de paysages dans un même désert. Il nous offre une infinité de beautés dans lesquelles nous mordons à pleines dents.
Nous ne sommes pas lassés, nous sommes juste désolés de voir le soir tomber, la lumière baisser ostensiblement.

Une nouvelle zone nous fait vivre une nouvelle aventure. Nous slalomons parmi des dépôts de lave, tantôt sur du minéral, tantôt dans du sable.

Le suspense de nouvelles découvertes est toujours présent. Il ne nous quitte pas d'un poil.

Ah ah... Cette fois, j'ai comme l'impression que le desert commence à desserrer son étreinte...

Mais c'est, une fois encore, renversant! Les pyramides d'Egypte, maintenant...

28 km. Si la route reste comme elle est maintenant, je crois que le rythme va s'accélérer.

Sauf que... ben oui, il nous reste toujours deux gués à franchir....

Tiens, en parlant de gué! Je crois bien que voici le premier, non? Vers notre gauche, vers l'Ouest.

Et vers l'Est. Oui, c'est bien notre premier gué.
Il ne paraît pas bien méchant. Bien sûr, nous descendons tous les trois.

Pas question d'attendre quelqu'un... Nous n'avons croisé qu'une voiture depuis une cinquantaine de bornes...
Mais nous sommes des "pros", maintenant -hi hi... Nous inspectons sérieusement le terrain.
Eric prend le volant. Les gués, c'est son affaire. On y va, dit-il.

Et nous y sommes allés. Et nous sommes ressortis de l'autre côté.

Youpeeee. Nous nous applaudissons nous-mêmes. De vrais gamins, je vous le disais.

Le deuxième gué ne va pas tarder, environ 4-5 kilomètres....

Tiens, quand on parle du loup.

Oh là, plus sérieux, le garçon. On aperçoit la route ressurgir des flots sur l'autre rive, où nous aimerions bien être, tout d'un coup!

Sur la gauche, on voit parfaitement les pierres. Il faut passer par là. Parce que directement en face, c'est assez profond.
Il y a juste une très grosse pierre, au début, qu'il faudrait déplacer. Je vais le faire, Vanessa est d'accord avec moi.
Eric est déjà dans la voiture. Non, non, pas de problème, montez.

Et nous montons.

Et c'est assez profond, en effet. Nous retenons notre souffle....

Puis des hurlements résonnent dans le désert Islandais.

Une explosion de joie. Trois poitrines criant à gorge déployée, voulant faire partager leur bonheur d'avoir réussi!

Bah... Personne ne nous écoute. Mais nous nous en moquons bien.

Vanessa reprend le volant. Eric retourne à l'arrière, très satisfait de ses prouesses. Et il peut l'être. Nous sommes très fiers de lui.

Le soir tombe vite maintenant. Il était quand même temps d'arriver ici. Il est 19h40 lorsque je prends cette photo.

Vanessa fonce maintenant, depuis qu'elle a son permis de pilotage de Jimmy en poche, aux alentours de 80 km/h.
Vanessa me dit qu'elle a vu deux autres rivières sur la carte. Je vérifie. C'est exact.

Bah, le ranger nous a dit qu'il n'y avait que deux gués.

Oui, mais le ranger a dit que la F910 était similaire à la F88, ce qui est totalement faux!

Au fait, j'en profite pour laisser un mot à mes amis les motards. Attention à la F910. Au moins 30 km de sable. Personnellement, je déteste rouler en moto dans du "mou"...
Je vous conseille donc, si vous avez le choix entre les deux, de prendre la F88, plus cassante, certes, mais paradoxalement moins "casse-gueule". Plus "casse-moto", par contre.

Un dernier arrêt pour, une fois de plus, un paysagle éblouissant, malgré la pénombre. L'Islande ne nous aura rien épargné, aujourd'hui!

Je vous l'avais bien dit. Les pyramides d'Egypte, je m'en doutais. On a un peu dévié de notre route, quand même...

Allez, zou, à fond la caissse...

Soudain, Vanessa s'arcboute sur les freins. Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii........ Il était temps!

Caché derrière une bosse, il y avait un gué. Oh, pas gros, le gué. Je veux dire, pas bien large. A peu près la largeur de deux "Jimmy".
Mais un beau trou quand même. Et si on s'était pris ce trou à 80, on aurait moins rigolé, c'est moi qui vous le dit!

Alors, bravo pour les réflexes. Pour le coup, elle ralentit un peu, s'attendait à en voir un autre. Et d'après la carte, c'est fort probable.

Et il y en avait bien un deuxième. Aussi vicieux que le premier. Mais... chat échaudé craint l'eau froide. En l'occurence, on pourrait bien dire aussi "chatte échaudée....".

Bon, moi, ce que j'en dis!

Bravo Vanessa.

Là-bas, nos premières maisons depuis Askja. C'est Modrudalur. Un joli hameau, avec un petit terrain de camping, entouré de superbes montagnes.

Nous sommes maintenant sur une route de graviers classique. Quelques kilomètres plus loin, nous récupérons la route numéro un.
Le changement est considérable. Vanessa se cale à 90 km/h.

La nuit tombe. Eric s'endort. Normal, il a beaucoup donné aujourd'hui. Nous arrêtons faire le plein à Reykjahlid, puis longeons à nouveau le Myvatn.

Nous arrivons vers 21h15. Crevés. Mais tellement heureux. Nous mangeons dans ma tente, qui a une grande abside.
Nous ne tardons pas à bailler de fatigue. Et nous avons froid. Nous décidons de ne pas tarder, car il n'y aura pas de grasse matinée demain!

Je dis à tout le monde que je vais certainement rouler dans le désert toute la nuit.

Et vous savez quoi? Non seulement je n'ai pas roulé, mais je n'ai rien vu non plus. je suis littéralement tombé de sommeil. D'un seul coup. A peine eu le temps de fermer le duvet et d'enlever les lunettes. Mort, le gars! Mort de n'avoir rien fait de la journée.

L'Askja m'a tué. Vive l'Askja.

J'espère que cette journée vous a plu. Vos commentaires sont toujours les bienvenus, alors prenez 5 minutes pour m'en donner, j'ai bien pris 5 minutes pour vous faire part des miens.

Quoi, vous n'avez rien demandé? C'est vrai. A vot' bon coeur, m'sieurs dames.... .

719 photos. Environ 380 km, effectués en voiture. Akitsu n'a pas bougé d'un millimètre. Elle n'a même pas ouvert les yeux!

Depuis le départ, 15.881 km
Depuis le départ, 42.007 photos
Compteur Akitsu, 29.892 km

Moyenne quotidienne depuis le départ - 125 km
Moyenne quotidienne depuis le départ - 331 photos

Page précédente: 126ème jour
Page suivante: 128ème jour


Depuis le 06/06/2005 Visites:852033 Aujourd'hui :363 Maintenant:9 (Passage du cap des 50.000 visiteurs le 09/01/2009)