136ème jour

Mercredi 27 août 2008.

Finalement, j'émerge à 9h15, soit à peu près à l'heure à laquelle je comptais partir...
Comme ça, je suis bien reposé.
Il a plu ce matin, mais il ne pleut plus.... C'est rigolo, le Français!

Ranger mes affaires. Retrouver les lieux de rangement. Remplir les coffres. Tout s'enchaîne à merveille, je n'ai rien oublié.
Je comptais mettre plus de temps, eh bien non. Pareil.
Et le pliage de la tente? Trop facile!

Je laisse une sacrée trace, là où se trouvait la tente! Mais comme je ne m'appelle pas Attila, l'herbe repoussera! Par contre, la nature travaille quand même relativement vite. Vous savez que j'avais l'électricité dans la tente. Ma rallonge courrait donc dans l'herbe. Eh bien, de nombreuses tiges s'étaient déjà enroulées autour du cable, qu'il a fallu que je casse pour le libérer.
Ainsi va la vie.

En arrière, la fumée que l'on voit n'est pas de la fumée. Ce sont les embruns générés par Godafoos. Et figurez-vous que, souvent, alors que je me penchais pour rentrer dans ma tente, je recevais de très fines gouttelettes d'eau. Or, à chaque fois, je me faisais surprendre: je regardais le ciel, bleu, et je réalisais que c'étaient des gouttelettes de la Skjalfandafljot, lorsque le vent venait de là-bas!

Il ne fait pas très chaud, 12 degrés. Pas trop froid non plus. cependant, je mets ma veste de pluie par dessus mon blouson. C'est une bonne protection contre le vent. Par contre, j'hésite et finalement décide de ne pas mettre le surpantalon. On verra bien.

J'ai le coeur qui bat fort. C'est un nouveau départ, et ça me fait vraiment de l'effet. Akitsu démarre à la première sollicitation, et s'avance lentement sur l'herbe de Fossholl pour la dernière fois!

Il est presque 11 heures! Pas mal.

Tout de suite, c'est le bonheur. Bien assis dans mon fauteuil, le dos calé sur les sacs à l'arrière, je chauffe doucement Akitsu. Vers Laugar, je la lâche.
90-100 km/h. Je respire l'air Islandais à pleins poumons. Je regarde le paysage défiler, que je connais tant!

Myvatn. La fumée de Namafjall s'élève droit dans le ciel, comme un "i". Je ne l'avais jamais vue comme ça. Pas un souffle de vent. Incroyable.

Le Hlidarfjall. Je l'aime bien, le Hlidarfjall. Je voulais le gravir, je pouvais le gravir. Je ne l'ai pas fait.
Il faut bien se laisser quelque chose pour la prochaine fois.

Le champ de lave autour de Reykjahlid. Les plaques monstrueuses, soulevées comme des fétus de paille...

Ah, le Hverfjall. Noir comme de l'encre, ce matin. Enfin, ce midi.... Il fait sombre. Je crois bien que la pluie m'attend.

 

Arrêt obligatoire à la station d'essence de Reykjahlid. Pas question de le louper, cet arrêt, sinon il y en aura un autre indépendant de ma volonté. Eh oui, entre Reykjahlid et Egilsstadir, c'est le désert. Il n'y a pas une seule ville, ni même un village. 167 km.

Je remplis à ras-bord. Il me reste encore quelques couronnes sur la carte "N1"... Je la finirai à Egilsstadir.
Bon débarras! Je ne les aime pas, les stations N1. Pas du tout. Vraiment pas, mais pas du tout. Bande de voleurs!

Je m'élance, le coeur rempli de joie. J'ai retrouvé la route. J'ai définitivement coupé le cordon qui me reliait à Fossholl.

Je suis libéré.

Namarskard, Namafjall, Hverir... Je ne m'arrête pas, j'ai suffisamment de photos. La petite rivière d'eau chaude qui passe sous la N1. Puis le désert de laves, la F862 à gauche qui part vers Dettifoss, puis la F88 à droite. Tellement de souvenirs. Il pleut, une belle averse. L'Herdubreid se devine là-bas, au Sud, plus qu'il ne se voit! Puis c'est la traversée de la Jökulsa à Fjöllum, ce terrible fleuve, qui coule toujours aussi furieusement sous le pont étroit. La 864 à gauche, vers Dettifoss aussi. Des images de la cascade défilent dans ma tête.

Puis... Ici, ce défilé. Je l'ai fait dans l'autre sens, dans le petit Jimmy, en revenant de l'Askja, alors qu'Eric commençait à dormir. Il faisait plus sombre.

 

L'herbe recouvre les dunes de sable noir. La N1 contourne ce massif et en ressort pas très loin de la route 901, celle qui conduit à Modrudalur, celle par laquelle nous étions revenus.

Majestueuses montagnes, pointues, acérées, comme je les aime! Elle me manquaient, dans la région entre Akureyri et Myvatn, beaucoup moins accidentée.

Hé hé... Quand je parlais de Modrudalur. Les fameuses pyramides d'Egypte que j'évoquais l'autre soir! Les voici.

Quelques kilomètres plus loin, après l'intersection avec la 901. Je m'arrête. Deux-trois photos.
Et aussi, j'ai faim. Il n'est que 12h30, mais ensuite, je n'ai plus envie de m'arrêter. Je dois donc m'alimenter un peu.
Et enfin, je veux mettre mon pantalon de pluie, car elle me menace de plus en plus. J'ai assez joué avec elle.

En arrière, je vois mon pote pour la dernière fois. Tout à gauche. Regardez bien. L'Herdubreid. Mais oui, c'est bien lui, garanti! Adieu, l'ami, une autre fois, j'espère...

ET je reprends la route. maintenant encore, en écrivant ces lignes, je peux encore ressentir le soulagement et le bonheur qui m'ont habité pendant que je roulais.
J'ai bien fait de mettre le pantalon. La pluie m'a rattrapé, ou bien c'est moi qui suis venu vers elle. Violente, puissante. Je chante, je siffle. C'est incroyable.

Autour de moi, le désert. Peu de circulation. Akitsu ronronne de plaisir, comme son maître. Les kilomètres défilent, comme c'est agréable.
Puis ça monte, on est sur le plateau. Le Jökuldalsheidi. La température baisse à 7 degrés. Je commence à avoir froid aux bras, aux mains! Mais ce n'est pas grave, on va bien finir par redescendre.

Effectivement, la voilà, la descente. Mais... Mais non, je ne rêve pas. je croyais pourtant ne plus avoir à le revoir, ce panneau!

FIN de la route goudronnée. Mais je rêêêêêve.... J'Haaaaaluuuucine...... Ils sont vraiment inimaginables, ces Islandais. Certaines choses me dépassent. C'est invraisemblable!
Voilà un morceau de route défoncée, non goudronnée, répertoriée depuis des années sans doute sur les cartes... Environ 5 kilomètres. Qui plus est, dans un endroit dangereux, la descente du plateau, avec une pente à 10% et deux-trois beaux virages.

Bon, passons. Je n'ai pas le choix. Je me plie donc aux volontés de la route, c'est elle qui commande. Malgré tout, je roule assez vite. Poutant, nous sommes chargés, Akitsu et moi. La pauvre, je lui fais encore des misères. Promis juré, c'est la dernière fois.

Je retrouve le goudron un peu avant Skjöldolfsstadir. Ce n'est pas un village, pas même un hameau. Une ferme. Il y a une pompe à essence.

La N1 suit maintenant une belle vallée, celle de la rivière Jökulsa à Dal. C'est la Jökuldalur.

La température remonte, et dépasse maintenant les 12 degrés du départ. 13, 14, 15, 16, 17 degrés. Je revis. Je revois le soleil.

Une petite photo quand même! Je me force, car je n'ai aucune envie de m'arrêter, tellement c'est bon de rouler, de voir les paysages à nouveau défiler sous mes yeux!

Je ne tarde pas à arriver à Fellabaer. Vous savez, le petit village en face d'Egilsstadir, là où se trouve le petit camping dans lequel j'ai passé trois jours, lors de mon arrivée en Islande. C'est là que je veux passer ma dernière nuit. La boucle sera bouclée. IL ne me restera que 25 petits km à parcourir demain pour rallier Seydisfjördur. Une paille pour Akitsu.

Avant d'aller au camping, je vais à la petite station, juste à côté. Je sais que je vais y trouver la recharge de gaz qu'il n'y avait ni à Fossholl, ni à Reykjahlid! Bingo!
Trois jours que je n'ai plus de gaz, plus de café, plus de soupe...

Et voila le travail. Les doigts dans le nez... Il est 14h30. La maison est installée. Je commence par me faire un café. Quel délice.

Puis je vais de suite à Egilsstadir faire les quelques courses indispensables pour le bateau et les prochains jours. Je vais aussi revoir le patron de l'entreprise qui m'a vendu et installé le pneu arrière, pour lui faire vérifier la pression des pneus, pas revue depuis! Je me balade un peu, heureux de revoir Egilsstadir.

Mais il est temps de rentrer, car je sens un gros orage. Pas vous?

Un de ces monstres que je n'aime pas. Il s'agit d'un vieux modèle. Les récents sont nettement plus gros! Où s'arrêteront-ils?

Dernier coup d'oeil sur le pont séparant Fellabaer d'Egilsstadir, sur le Lagarfljot.

Au camping, direction la douche. Longue, très chaude. Les touristes affluent. Il règne une ambiance sympa. Tous vont prendre le bateau demain, c'est évident. Il y a des motards Allemands. Une des bécanes est morte. Tombée à l'eau... Trop longtemps. Ils ont un 4x4 pour la transporter! Ils sont venus outillés, les gars.

Et voilà. Mon petit PC dans ma petite tente. Je suis bien, tellement bien.

Demain, je quitte l'Islande. Et je suis heureux de partir. Aïe, je crois que ça ne va pas plaire à tout le monde, mais c'est ainsi.

J'ai adoré. C'était sensationnel. Mais j'ai nassez mordu dans le gateau. J'ai besoin de nouveaux horizons.

J'ai besoin de rouler. Il me faut prendre encore un peu de patience, jusqu'à la Norvège. Mais le mouvement est relancé, et c'est ce qui me transporte.

Youpeeeeee!

 

65 photos. 223 km.

Depuis le départ, 16.123 km
Depuis le départ, 42.215 photos
Compteur Akitsu, 30.134 km

Moyenne quotidienne depuis le départ - 119 km
Moyenne quotidienne depuis le départ - 310 photos

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