Europa2014 : 12 avril

Samedi 12 avril 2014 - 200 km - 265 photos (3719-1685)
Avis de tempête...

C'est le réveil qui me fait sursauter. Où suis-je ? Ah, oui, je me souviens. Il pleut... La guigne ! Je dégage, pas question de passer ma journée dans ce bout de champ. Même si le patron m'a installé une petite table, ce temps rend le lieu un peu sinistre. Et puis, pas d'Internet...

Le patron vient me voir, et me dit que c'est aujourd'hui son anniversaire : 70 ans !

Lorsque je sors des sanitaires, il y a une éclaircie. Je fonce. Et en fait, je vois même du ciel bleu. Pas possible !

Départ à 8h30. Et voilà ce que je vois. Absolument incroyable ! Par contre, il y a du vent assez fort, mais ça va.

Thurso, la grande ville du nord. L'essence y est chère, je me dis que j'en prendrai plus tard. Mauvaise idée. Je vous avertis, si vous venez là-haut, il y a très peu de stations, beaucoup ont fermé, et j'ai eu de la chance d'en trouver une petite encore plus chère (1,45 £ le litre de SP95 au lieu de 1,30 £ habituellement... Une petite commerçante tient cette pompe, et elle se frottait les mains de joie en me servant, elle rayonnait. Tant mieux, faut bien faire plaisir de temps à autre.). Par contre, je refais le plein de croquettes, par sécurité. 'Scusez, la photo penche un peu, le vent, sans doute...

 

Et à la sortie de Thurso, des souvenirs remontent soudainement... Là-bas, en face, c'est Scrabster et son embarquement, où j'ai embarqué en 2008 pour l'Islande avec ma Transalp Akitsu la libellule. Cette ligne est d'ailleurs désormais fermée, c'était la dernière année qu'on pouvait partir en Islande d'ici. Et juste à côté, le camping où j'ai dormi... C'était bien, j'étais jeune.

Très vite, la A836 s'éloigne du littoral, et on retrouve les paysages classiques. C'est assez montagneux. Le vent forcit sérieusement, et dans certaines côtes, lorsqu'il est de face, la miss Serparti a un peu de mal. Là, on voit bien qu'il lui manque quelques chevaux...

Bettyhill, là où j'ai fait le plein, est un magnifique village, sur la côte à nouveau.
La mer est agitée, normal, vu le vent...

Je quitte la route principale pouir faire un tour près de la côte, car j'avais repéré de belles plages.
Effectivement, celle-ci est tout simplement splendide. Si j'avais le temps, je lui consacrerais une demi-journée sans hésiter !

Au bout de la petite route, un endroit sauvage d'une grande beauté. Cette côte à elle seule mériterait une semaine de vacances. En effet, c'est touristiquement peu exploité, et il faut s'inviter sur les petites routes pour trouver des perles, mais elles sont bien là.

Retour vers la route principale. Comme vous pouvez le voir, nous sommes instantanément dans le grand "sauvage", et pourtant, à deux pas de la grande route. C'est ce qui est absolument incroyable, ici. Vous pouvez aller partout, ce sera l'aventure, la découverte, l'inconnu.

Retour sur la A836. Bon, ok, je vous l'accorde, elle est magnifique, pas besoin de la quitter non plus, pour ceux qui sont pressés.

Grandiose, l'arrivée à Tongue, où l'on découvre le sensationnel Kyle of Tongue.
J'assiste d'ici au merveilleux spectacle des crêtes des vagues giflées par les rafales de vent. Instants de grâce, que je romps bien trop vite.

Juste avant Tongue, la A836 file vers le sud. Je la suis, pour remonter plus tard vers le nord et retrouver la A838 plus à l'ouest.

De plus en plus sauvage, on ne se croirait certes pas sur des voies principales, mais cette péninsule du nord de l'Ecosse recèle des trésors.

Par contre, je commence à être inquiet, car les rafales deviennent plus violentes. C'est tellement dommage, car je bénéficie d'une lumière inimaginable ce matin en me levant. Pas de pluie, ou à peine trois gouttes, le ciel est majoritairement bleu. Ainsi, c'est l'inverse d'hier, l'Ecosse apporte toujours le contraire de ce qu'on attend. Mais vous savez bien ce qu'on dit ici : "il ne pleut pas ? Attendez 5 minutes...". On peut inverser la phrase, ça marche aussi bien : "pas de soleil ? Attendez 5 minutes...".

Quoi qu'il en soit, j'en prends plein les mirettes.

Dommage, je roule maintenant en contre-jour !

C'est ici que mon inquiétude grandit. Le vent a encore forci, regardez les rides sur le loch. Par moments, les rafales sont très violentes.

A cet endroit précis, j'ai vraiment pris conscience du danger. J'ai pris cette photo alors que je me trouvais perpendiculairement au vent. J'étais assis sur la bécane, mais j'avais pris la précaution de béquiller, car je me méfiais déjà. Comme j'ai bien fait, ça m'a sauvé de la chute. Je me suis alors mis en mode vidéo, pour filmer les rafales. Eh bien, là, j'ai eu peur, j'ai failli tomber sous le coup de boutoir d'une rafale plus vive que les autres, et l'appareil-photo m'est tombé des mains, ou plus exactement, mes mains l'ont lâcher pour cramponner le guidon. Là, je décide de partir, et de m'éloigner de cette zone. En passant le pont, j'ai failli être projeté contre le parapet. Terrifiant.

J'ai réussi à poser la moto, mais je fais les photos très vite, inquiet malgré le fait de l'avoir placée face au vent. De profil, ce n'est plus possible de la laisser, elle ne tiendrait pas deux minutes. Les fortes rafales ne sont pas continues, heureusement, mais reviennent de plus en plus souvent.

A tel point que j'arrête de photographier pour rouler le plus possible, et le plus vite possible. Je prends peur. En effet, si ça forcit, est-ce une tempête qui se prépare ? Je commence très sérieusement à penser que oui. C'est mon expérience de bord de mer, c'est exactement comme ça que ça commence, et il ne faut pas rigoler avec le vent, surtout en moto ! Les bikers ayant roulé sous le grand vent me comprendront. Chaque photo que vous voyez à partir de maintenant a été prise en situation de risque. Je sais, ce n'est pas bien, mais j'enrageais. La région traversée est belle à pleurer, sans aucune exagération. J'ai vu les paysages qui me font rêver, vous savez, ceux qui vous dressent les poils sur la peau tant ils sont pleins d'émotion.

Et, en plus, ce sont les plus longues zones inhabitées traversées depuis le début de ce voyage, il y a là de quoi faire des milliers de photos.
Et les conditions de lumière étaient tout bonnement exceptionnelles !

J'ai soudain l'idée de mettre la caméra, ce qui me permettra de rouler tout en filmant.
Comme ça, j'aurai des photos...

Totalement désertique, pas un chat, pas une maison, pas une voiture, pas même un... mouton ! Cette fois, je suis seul dans l'adversité.
Je me fais une grande violence pour freiner, m'arrêter et faire une photo.

Le vent a encore forci. Des brins d'herbe traversent le paysage, s'accrochent au guidon, derrière la bulle, à côté de ma poignée d'embrayage, ça volle de plus en plus. Je longe une clôture qui coimmence à avoir plein d'herbe pliée sur les grillages, c'est incroyable. Je roule le plus vite possible, car je sais maintenant qu'une tempête arrive, et il me fait trouver un camping le plus vite possible, et quitter la route.

Et comme de par hasard, je vous le disais, ce coin est presque inhabité. Je sais que je remonte vers la A838 laissée ce midi, mais en même temps, je sais aussi que je m'approche de la mer. Et donc, je devrais trouver un vent encore plus fort.

Comme c'est beau ! Allez, encore une photo. La dernière, après je roule pour de bon.

Et j'atteins la A838. Elle est bien plus large, mais pas toujours, il y a encore des zones de "single track", avec les "passing places". Lorsque je croise une voiture, j'ai les boules de me prendre une rafale de travers qui me ferait foncer vers elle.

La mer est démontée. Avec ça, la pluie revient, cinglante. Et ma peur prend de grandes proportions, à la mesure des événements, car je manque tomber trois ou quatre fois dans la zone du loch sous le vent de travers. Je vois une ferme, et quelqu'un sur un engin agricole. J'explique la situation, il me dit que oui, le vent va forcir, et il y en a au moins pour jusqu'à demain dans la soirée. Moi, je suis fatigué et terrifié au point que je veux bien coucher ici, dans l'herbe. Il me dit : "si c'était à moi, ce serait avec grand plaisir, mais je ne suis qu'ouvrier ici, et la patronne est partie en week-end... Il y a un camping à 15 miles d'ici, et il n'y a que les fonds de loch où ça craint, après, vous aurez vent de vent ou de dos, sans problème".

Et j'y vais, à contre-coeur, et la peur au ventre, je vous le garantis. Effectivement, les secousses ont été très violentes au fond du loch, mais là, sur cette photo, j'avais vent arrière. Serparti grimpait comme une malade, et j'avais l'impression qu'il n'y avait plus de vent !

Mais en haut, ça a repris, forcément, puisque j'attrapais à nouveau les rafales transversales. Terribles.

Enfin, Durness. Les trois derniers kilomètres ont été un calvaire, le tout dernier kilomètre s'est déroulé dans le déchaînement des éléments : une pluie dilluvienne sous des rafales sournoises, mais j'ai réussi. Camping ouvert. Cool.

Ouverture de la réception à 18 heures, et il est 15 heures.

Bon, je suis sauvé, c'est un bon point. Je vais faire le tour du camping, et trouve un endroit où poser Serparti à l'abri, près des toilettes. Ah, il y a une cuisine, avec tables et chaises, entièrement couverte. Je viendrai bosser ici.

Bon, maintenant, où poser la tente. J'ai beau chercher, je ne vois pas. L'herbe est superbe, le camping est beau, mais... les rafales sont monstrueuses, je suis par moments poussé en avant ! Un gars vient me voir, qui est dans un "van" et qui m'a vu arriver. Il fait le tour avec moi, et on trouve deux endroits où je pourrais me mettre. Terrain en pente, exigü, difficile d'y caser ma tente. C'est bien sûr près d'un bâtiment. Il s'en va, je décide de me mettre ailleurs. En fait, je me bats prendant un quart d'heure comme un fou, et je n'ai réussi quà planter un seul piquet, et je vois ma tente voler dans tous les sens, s'entortiller, se... J'ai peur qu'elle ne se déchire sous la violence des chocs qu'elle supporte. Un gars me voit, qui promenait ses chiens. Il va les rentrer pour venir m'aider. Il nous faut presque une demi-heure à deux pour mettre deux des trois tringles qui tiennent la tente, et planter tous les piquets à fond. Et malgré ça, elle s'aplatit comme une crêpe, j'ai même vu une tringle presque se retourner ! Le gars me dit que ce n'est pas sérieux. Je pense que si. Il me dit de l'appeler si j'ai besoin de lui, et me montre son "van", lui aussi. Et vous savez quoi ? Je n'ai même pas pensé à filmer cette tente qui se tordait dans tous les sens, j'en aurais eu un souvenir... Quel dommage ! Mais dans ces cas-là... Il a raison, ce n'est pas possible. Je l'appelle, il revient. Ma décision est prise : je dormirai dans la cuisine, elle est assez grande pour ça, ce sera le paradis à côté de l'enfer. Impossible de retirer les tringles, je propose au gars de transporter la tente comme ça dans la cuisine, je m'en débrouillerai après. Ce fut très dur, mais nous y sommes parvenus. Une fois seul, j'ai tout défait et rangé, suis allé me laver les mains, et j'ai pris l'ampleur de ma fatigue. Enorme !

En fait, c'est normal, car avec tout ça, j'en ai oublié de manger ! Je n'ai dans l'estomac que quelques bouts de pain et une ou deux cuillérées de céréales, mangées vite fait vers 7h30 ce matin... Et depuis, nada. Rien. Que dale. Nothing. Nichts. Normal, le coup de pompe, non ?

Le stress se retire lentement, je suis sauvé, à l'abri. Je m'asseois, me fais chauffer un grand grand bol de café -il y a avait longtemps...-, et je mange. Et la forme revient. Il est 17h30 lorsque je me sens vraiment bien. Je m'habille en motard pour aller faire des photos, car il ne pleut plus.

Le camping est au bord de la falaise. A gauche, cette plage.

Et celle-ci à droite. Quel cadre enchanteur !

Les pancartes qui ballotent sous les rafales, près du bistrot dans lequel je viens ce soir faire mon boulot, bien au chaud, avec une prise de courant.

Le patron est un jeune extrêmement sympathique. La cuisine ? Elle est à vous, vous n'êtes pas le premier à me le demander, et vous ne serez certainement pas le dernier. Alors, la météo. "Today is shit, tomorrow will be more shit.". Demain, vent plus violent et pluie assurée pour la journée complète. Très fortes rafales, je vous déconseille de sortir. Bingo, je m'en doutais ! Le vent va se calmer dans la nuit de dimanche à lundi, il fera beau temps lundi, avec un vent faiblissant pour devenir normal lundi après-midi.. OK, je prends deux nuits.

14 £ les deux nuits, ça va, comme tarif ! De toute façon, j'aurais pris à n'importe quel prix... Par contre, Internet, au café, et gratuit, dans quinze jours !

Dommage, j'espère que ma famille ne va pas trop s'inquiéter. Heureusement que je les ai habitués !

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