De Ainazi (Lettonie) à Klaipedia (Lituanie)

Jeudi 8 juin 2006 - 42ème jour - environ 360 km - 95 photos

De Ainazi (Lettonie) à Klaipedia (Lituanie)

Je suis réveillé plusieurs fois dans la nuit, à chaque fois par les jeunes qui passent près de ma tente -je suis sur le chemin des leurs- et comme ils se couchent très très tard... D'abord, ils sont partis, alors que j'étais déjà endormi. Ensuite, ils sont revenus, il y en a même un qui s'est cassé la figure, j'ai très distinctement entendu les chairs cogner le sol, comme dans un film, puis les grogrements de douleur ont suivi; il a dû se faire très mal, car j'ai bien compris qu'il est parti en clopinant, soutenu par d'autres, et que je l'entendais encore se plaindre bien plus tard... Peut-être était-il un peu trop rempli de vodka... Bref, ce matin, réveil vers 7h30, et départ à 9 heures à peine!
Direction Riga, dont je ne suis qu'à quelques 25 km. J'y vais, j'y vais pas? Bon, si je n'y vais pas et que je critique les villes, je vais me faire allumer, du genre: facile de critiquer, t'y es même pas allé... Bon, et puis, j'en ai lu tellement d'éloges, allez, je m'y risque, vu que je démarre plutôt tôt...
Oui, eh bien j'aurais dû me méfier, quand j'ai vu les pancartes avec des horaires pour les camions, et la route "Riga centers" qui commence au moins 13-14 km avant la ville! Bouchons, les amis, bouchons de bouchons! Détestable, horrible, minable... Je vais me payer du gaz carbonique gratuitement pendant au moins 12 km, touche-touche avec un gros car, et pas moyen de le doubler. Heureusement, il fait beau, ce qui me donne le courage de continuer, faute de quoi je crois que j'aurais fait demi-tour. Et en plus, je crois que j'aurais mieux fait!
Alors, pour les ceusses qui y viendraient en voiture, inutile d'espérer stationner facilement! Même pas en rêve! En camping-car? Je n'ose même pas imaginer...
En moto, ce n'est pas facile, mais j'ai réussi plus ou moins à me mettre là où c'était interdit, histoire de "voler" deux-trois photos. mais toujours, toujours, avec le sentiment d'être une sorte de paria extra-terrestre, et avec la peur de voir un flic sortir de derrière un buisson -quoi, il n'y en a pas? Bon, de derrière un mur, alors... Et les sirènes des ambulances, c'est un bruit absolument infernal! Même les sourds doivent les entendre, c'est obligé. Bref, j'ai donc vu, dans le centre, quelques rues bordées de magnifiques immeubles -enfin, l'adjectig magnifique se rapporte ici à ce que ces immeubles ont dû être, car ce n'est plus le cas. On devine leur ancienne splendeur, à la vue des statues restantes, mais ils sont abîmés de partout... Voilà. Puis au centre, ou tout près, le parc, l'immense statue de type "travail-famille-patrie-gloire", deux-trois églises, et c'est tout. Il faut que je passe un pont, car je dois traverser la rivière, la Dauvaga. Ah, en voilà un, je prends, je m'insère dans le flot malodorant. JJ souffre le martyre: ben oui, entre les pavés, les trams, les rails, les nids de poule, les bosses, les creux, les trous... Affreux! Puis je m'arrête à une station demander mon chemin! Horreur. Le gars me dit: achetez un plan, vous n'allez pas vous en sortir, Riga est une très grande ville, avec plein de voitures. Oui, j'avais remarqué. Mais pourquoi suis-je venu malgré tout? Je le savais pourtant... Bon, à la vue de sa carte, j'enfile une grande artère se situant assez près, et je la suis, je finirai bien par voir un panneau... Car dans cette ville pourrie de circulation, complètement entravée par les bagnoles, puante à souhait, il n'y a AUCUN PANNEAU de signalisation des villes, RIEN! Enfin, je finis par voir des villes, et par comprendre à peu près où je suis. Mon but était le sud-ouest, et je roule nord-ouest. Il faut que je rattrape une ceinture qui entoure Riga à une quinzaine de km. Un gars à qui je demande sur un parking me dit :"suis-moi", et il démarre à fond les gamelles. Je le suis beaucoup moins vite, il finit par ralentir. Et il me met sur la ceinture, dans la bonne direction pour rattraper ma route. Merci, l'ami. Je me suis bien payé 20 bornes de rallonge, et dans ce pays, aux routes défoncées, c'est beaucoup... Allez, JJ, courage, on va y arriver.
Puis c'est le passage de la frontière entre la Lettonie et la Lithuanie. Là, il n'y a que des femmes aux postes de contrôle, je n'aime pas ça. Excusez-moi, mesdames, je vous adore, sauf au boulot! Vous travaillez trop bien! Le règlement avec vous, c'est le règlement! Un point est un point, jamais une virgule; un homme composera assez facilement là où la femme ne composera jamais! Bon, de toute façon, il faut faire avec. Sourire, je coupe le moteur, j'enlève mon casque; elle me demande mes papiers, du moins je suppose. Bon, j'avais bien supposé. Pas de sourire, enfin, si, peut-être? Ou est-ce un rictus? Bon, elle revient vers moi: where do you go? Où allez-vous? En France. Ah. Et d'où venez-vous? De France. Ah, oui. Oui, ça semble logique. Eh bien, bon voyage en Lithuanie. Merci m'dame. Finalement, ce fut très bref. A propos des contrôles, ils me demandent TOUS le passeport, mot international que j'entends toujours parmi les mots de leur phrase. Je l'ai, un beau passeport tout neuf, fait dans l'intention d'aller en Russie, ce qui ne s'est pas fait. Bref, eh bien, mon beau passeport tout neuf, je ne le donne JAMAIS. Je file à chaque fois la classique CNI -carte nationale d'identité- qui est absolument affreuse, d'ailleurs -en noir et blanc, quelle misère-, mais je suis bien content de la donner, celle-là, je suis sûr que ça va trois fois plus vite qu'avec le passeport. Et c'est la communauté européenne, après tout, alors qu'elle serve à quelque chose!
Me voici donc en Lithuanie. Je n'irai pas voir la capitale, Vilnius. Le gars du camping d'Estonie, à Pärnu, avait dit: les routes en Lithuanie sont super. Ouais, les 5 premiers kilomètres, c'est vrai. Ensuite, eh bien non, pas super du tout. Très bosselées, elles aussi.

 

Bon, direction Sciaulai, je vais voir la colline des croix. C'est pratiquement sur la route, et j'en ai tellement entendu parler, et ça attire ma curiosité, ce genre de "monument" humain. En fait, il s'agit d'un lieu où les gens plantent des croix, très en rapport avec la religion catholique. Il faut savoir que la Lithuanie est très très catholique; d'ailleurs, je l'ai vu de suite, par la taille de ses églises, et par leur splendeur! Elles sont entretenues, c'est clair. Dans la première ville traversée, peu après la frontière, je suis allé changer de l'argent; eh oui, c'est donc le seul état balte dans lequel je fais du change; et en plus, je leur file également les billets norvégiens qui me restaient. Bref, j'en prends trop, je m'en rends compte ce soir; du coup, c'est décidé, demain, je vais m'offrir le restaurant pour la première fois depuis mon départ, na! Non mais des fois!
Bon, où en étais-je? Ah oui, la colline des croix; chacun y va mettre qui sa petite croix, qui sa grande, qui son chapelet, qui sa sainte vierge, mais globalement, ce sont surtout des croix. Et le pape y est venu faire un de ses petits voyages, en plus, alors je peux bien y aller, non?
Et je passe devant, sans rien voir, sans m'arrêter. Et j'arrive aux portes de Sciaulai, et je me dis que j'ai dû louper quelque chose. Il y a là un immense cimetière, devant lequel sont assis des marchands de fleurs de tombes. Je demande; oui, oui, c'est par là-bas, à 5 km. Effectivement, je retourne donc sur mes pas, et 5 km après, je vois une petite pancarte indiquant ce que je cherche, à encore 2 km à droite.
En fait de colline, oui, c'est bien une colline, mais vraiment minuscule. Je m'attendais à voir une grande colline, et c'est ce que je cherchais des yeux en roulant. Donc, si vous voulez y aller, surveillez bien les panneaux...
Bon, il est 13h50 heure locale, j'ai faim, je suis arrivé, je mange; je prendrai les photos après.
Enfin, une petite juste avant de commencer à manger...

Là, vous voyez mieux la colline, au fond.

Et, bien sûr, les marchands du temple, ceux qui vendent les objets que l'on dépose, je pense.

 

 

 

 

Une petite série. Vous savez, la colline en est pleine, il y a des milliers de croix mises sur les premières, et donc maintenant, les responsables du coin ont permis de commencer à s'étirer sur tous les côtés, donc ce n'est plus sur la colline que ça s'agrandit, mais ça continue, je vous rassure. Et alors, compte tenu des quantités énormes de croix de toute espèce, je peux vous garantir qu'un bon photographe, en y passant quelques heures, peut se faire un assortiment extraordinaire de photos. J'aimerais assez le faire, car il y a de quoi faire des thèmes passionnants, car il y a là toute une part de la nature humaine à saisir.

J'en ai bien pris une grosse centaine, oh oui, tel que je me connais, quand mon appareil photo se bloque! En fait, c'est la carte qui est bloquée, en write-error. Et impossible de m'en sortir! J'étais au sommet de la colline -il y a des petits chemins parmi les croix, c'est très intéressant. Je dois retourner voir JJ, en train de se faire bronzer, pour prendre une autre carte! Mais je veux savoir si je dois refaire les photos de la colline ou pas, et pour celà, je dois sortir le PC. Et je le fais, pas sans mal, car il est dans le top-case, lui-même bloqué par les sacs, mais j'y arrive! En plus, avec le soleil, je ne vois rien. Horrible; mais j'arrive à lire la carte, du moins un petit peu, et je copie une quinzaine de photos sur le PC, puis ça se bloque. Je me dis: pas grave, je verrai ça ce soir, je sais que j'en ai perdu quelques unes, mais le principal sera sauvé. Je remballe, je retourne en faire quelques unes, et il faut repartir, car j'ai encore 150 bornes à faire.


Oui, eh bien, pas de chance, ce soir, pas moyen de lire la fameuse carte, impossible! Je me dis qu'il reste un peu d'espoir à la maison, avec d'autres matériels, donc je la ramasse avec précaution, mais c'est pour ça que vous n'avez rien vu de Riga -j'ai fait plein de photos, de plein de bâtiments, et pas forcément ceux qu'on photographie habituellement, en plus... Pourvu, pourvu que je puisse les restaurer!
Donc, c'est pour ça que j'ai si peu de photos... Il m'en manque en gros près de 200... Je savais que c'était grave, pour cette carte, je ne sais pas pourquoi j'ai insisté...

 

J'ai écrit ce texte en 2006, forcément. Il m'a fallu plus de 4 années pour le mettre en ligne.... Et je vous confirme ce point : je n'ai jamais réussi à relire ces photos, et je possède toujours cette fameuse carte mémoire. Peut-être, un jour, mes descendants y parviendront-ils....?

 

Une cérémonie a lieu sous ce petit chapiteau.

Cette fois, je file vers le bord de mer, vers Palanga; je change complètement de route, direction plein ouest. La route est belle, enfin, légèrement gondolante, mais pas de trous, c'est le principal. Le paysage est plat, très plat; cultures, quelques fermes, de temps à autre des villages, que l'on voit très bien, à moins de un kilomètre de la voie principale, avec toujours ces mêmes maisons et ces mêmes lotissements, en plus des quelques bâtiments de type HLM un peu moins délabrés que dans les deux autres états baltes.

L'état de la route se dégrade de plus en plus

Il y a même des trous, je ne compte plus les fissures, c'est pénible, j'ai mal pour JJ à chaque secousse, et ilo y a continuellement des secousses.
Je fais le plein, 1 euro le SP95, donc même prix qu'en Estonie.
Puis, tout d'un coup, panneau 50 km/h, travaux sur 6 km. Eh bien, mes amis, des travaux comme ça, sur les routes françaises, la voie est fermée. Des cailloux de gros calibre recouvrent la route complètement, sur une bonne épaisseur, je manque tomber, je roule au pas, les camions me doublent comme des malades, des voitures doublent carrément les camions aussi, tout ce beau monde m'envoie carrément des projectiles dans la figure -heureusement que j'ai mon casque-, bref 6 km dans cet enfer, c'est l'enfer...
J'aurais peut-être dû mettre une croix, j'y ai pensé après,avec un petit texte du style "www.allersretours.com", cétait intelligent, mais c'est là-bas que j'aurais dû avoir cette idée, il est trop tard maintenant!
Je reprends la route de fort méchante humeur. Je vois de très nombreuses fermes, avec quelques vaches, et, soudain, je vois un tableau que je n'avais pas vu depuis au moins 40 ans: une femme est assise dans un champ sur un tabouret en train de traire sa vache, et une amie sans doute, avec sa fillette, lui dit au-revoir avec un bouquet de fleurs champêtres dans les mains, en riant parmi les fleurs. Superbe, très bucolique. Je n'ai pas osé "piler" et les prendre en photo. J'en ai vu d'autres après aussi, dont une qui remontait avec les seaux de lait...

Bon, je commençais à oublier le mauvais épisode des travaux, et j'avançais finalement assez bien, quand une autre série de travaux est arrivée! Là, j'ai juré, pesté, hurlé... Au minimum 15 km sur une route dont l'asphalte a été entièrement enlevé, où de gros cailloux bien pointus ont été mis, tassés plus ou moins, puis grevés de nids de poule créés par les énormes camions qui ne cessent de passer... Non, je ne vous fais pas de dessein, je n'ai pris aucune photo, si ce n'est au moment où j'ai retrouvé l'asphalte: j'étais crevé, épuisé physiquement et moralement, car en fait, le pire, c'est que j'esqueinte mon moyen de transport avec ça...

Je reprends la route, pas très belle en plus!

Puis tout d'un coup, j'aperçois un oiseau en haut d'un poteau: mais c'est une cigogne, ça...

Demi-tour pour la photographier, mais j'étais un peu loin!
Une belle église, un peu avant d'arriver à Palonga.

Ah, Palonga, une ville comme je les aime.... Non, je plaisante, comme je les hais! Je vais vous dire pourquoi: je hais les villes de bord de mer dont il est absolument impossible de voir... le bord de mer! Rien, aucune route n'y conduit, ou alors elle est bien cachée. Beaucoup de villas, on sent le poignon, ici, la bourgeoisie Lithuanienne doit y avoir ses places, c'est évident. Mais c'est nul! Et alors, il y a pleins de maisons qui louent des chambres; quand je demande, ils me regardent un peu comme un pouilleux: 60-70 Lat, soit entre 17 et 20 euros
Je refuse, mais je crois que j'ai tord. Trop tard. Puis cette ville me gonfle, je pars, direction Klaipeda, ma destination initiale. En quittant Palonga, une énorme pancarte, camping. Mais c'est super; j'y vais, la route est de suite un chemin crasseux plein d'ornières, je ne le sens pas du tout, et je tombe sur un... dépotoir! Bref, là encore, je repense à la République Dominicaine... Il y a des choses qui ne sont pas tout-à-fait finies, pour être poli! Je me sauve de cette ville en courant; une voiture qui vient de me doubler fait un écart! Ce n'est pas normal, il doit y avoir quelque chose, car quand je vois comment ils foncent sur les cailloux et les routes pouilleuses... oui, il y avait un trou, mais pas n'importe quel trou! Vous prenez un parpaing de 20, vous voyez ce que je veux dire, 20 de profondeur, et 50 de longueur: c'était ça, le trou! Bien rectangulaire, le genre de trou dans lequel le pneu de JJ rentre bien, mais ne ressort pas! Et le pilote fait un salto avant par-dessus! Et il y en a d'autres, comme ça, sur 4-5 km... En fait, ce sont des troux préparés pour recevoir le bitume, car j'en vois plus loin, mais remplis, eux... Non, je vous le dis, c'est pas tout-à-fait fini, ici. Alors les motards, gaffe...
Bon, finalement, la route devient très belle -c'est normal, Klaipeda, c'est une ville pour la haute société Lithuanienne, avec golfs et compagnie... Et, et, et, je vois "camping" à 4 km, sur une route à droite. Allez, après ce que j'ai vu aujourd'hui, j'y vais. Je n'ai pas confiance, je ne sais pas pourquoi....
Et finalement, ça va. La route a été presque bien, je suis bien reçu. Prix 15 LTL, 20 avec électricité, ce qui fait à peine 6 euros, on ne va pas chipoter! Je vous dis, demain, c'est le restau à Klapeida. Je n'y suis pas tout-à-fait. Et la mer, ici, est à 200 mètres. J'irai demain matin, le soleil sera bon, car ce soir, je l'aurai dans les yeux.


Ah, si: les toilettes. Normales pour l'assise; mais le papier dans le sac en plastique...

Bilan:
Environ 360 km, et 97 photos.
Pour les photos, tout espoir n'est pas perdu...

 

N.B.... Eh si, comme je vous l'ai dit plus haut, c'était bel et bien perdu....

 


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