De Klaipedia à Jurbarkas (Lituanie)

Vendredi 9 juin 2006 - 43ème jour - 236 km - 162 photos

De Klaipedia à Jurbarkas (Lituanie)



Alors là, dormi d'une traite, même pas réveillé. Il est 7h10, j'aperçois le soleil, je suis aussitôt debout.



On aime la nature, en Lituanie. Il y a des parcs naturels de protection partout, en témoignent les pancartes.



Je vais sur la plage, c'est ce que j'avais décidé. C'est bien à 2-300 mètres, mais alors, aucune indication, vous vous trouvez en face de plusieurs chemins, lequel prendre? Je me suis fié au son de la mer que j'entendais hier soir -pas ce matin, curieux. Et je la vois.




Il y a deux camionettes sur le sable, je suppose que ce sont des pêcheurs...



C'est très joli, avec les premiers rayons de soleil.



Le bout de cette plage.



Retour au camping après cette mini-marche qui m'a fait le plus grand bien!

Et j'ai la mauvaise surprise de voir des dizaines et des dizaines de gros moustiques autour et sur JJ. Comme il est près de la tente, je décide de l'en éloigner: désolé, JJ, mais je te laisse avec tes compagnons. Je crois savoir pourquoi ils sont tous sur lui: la rosée s'est déposée sur la selle qui est trempée, et chacun sait qu'ils adorent l'eau. Oui, mais ça ne suffira pas; il y en a de plus en plus à venir sous la tente. Non, je ne peux pas rester, je me sauve...
Sauve qui peut, comme on dit, larguez les amarres. Car en ce qui me concerne, s'il y a des bestioles que je déteste, ce sont bien les moustiques!



Joli vélo datant de 1875, si j'en crois la pancarte. Vu près du camping.



De nombreuses maisons en construction.



Un genre de lotissement, finalement comme chez nous !



Alors, direction Klaipeda (ancienne Memel), enfin surtout en face de Klaipeda, cette immense bande de sable qui barre complètement la baie; immense, car elle fait en gros 100 km de long pour souvent moins de un kilomètre de large, phénomène incroyable! Et cette bande de sable est coupée en deux, politiquement: le sud appartient à la Russie (l'enclave soviétique de Kaliningrad) alors que le nord appartient à la Lituanie.

C'est l'isthme de Courlande, enfermant la lagune de Courlande.

Je croyais que ce serait assez facile, eh bien, une fois de plus, je me suis trompé. La route est infecte, je me re-paye des travaux, mais heureusement pas longs -ils sont si terribles que même courts, c'est toujours une épreuve. Puis c'est l'arrivée dans Klaipeda. Moche, sale, route défoncée, je suis très très surpris; je poursuis, puis petit à petit, le paysage urbain change: les avenues s'élargissent jusqu'à devenir immenses, et les noms des grosses sociétés européennes et américaines commencent à occuper l'espace urbain; et je roule, et je roule. C'est complètement disproportionné! On pourrait mettre 5 voitures de front de chaque côté, il y a du gazon, des centres commerciaux énormes, bref, on a l'impression d'avoir changé de planète, mais ce n'est pas mieux! Et la mer, dans tout ça? Comme d'habitude, aucun panneau, du moins rien qui n'indique en gros caractères "plages, ferry...", car pour passer sur la bande de sable, il faut prendre le ferry. Mais c'est peu large, comme un fleuve. Bon, je finis par demander mon chemin, et je comprends tant bien que mal. Et deux minutes après, réel, je suis devant le ferry! Bref, une chance énorme, je me trouvais tout près sans le savoir.




Et en face, le bras de mer qui me séparent de Neringa -nom d'une des petites villes se trouvant sur la presqu'île, et qui a donné son nom à la bande de sable (du moins pour les Lituaniens).



Plusieurs ferries font la navette.



Ce sera le mien !



Il va bien lui falloir 20 minutes pour traverser, le temps de charger tous ses véhicules, et de faire les manoeuvres, et de décharger!



Il fait beau, mais seulement 14 degrés sur Neringa, alors qu'il faisait 16-17 sur le continent, si je puis dire.



Quelques panneaux explicatifs pour les touristes.



Réserve naturelle, une fois de plus.



Il y a eu un incendie ici...



Mais la nature finit toujours par reprendre ses droits !



Une seule route, toute la zone est déclarée au patrimoine mondial, pas de droit de s'arrêter n'importe où, etc. Et la forêt de sapins, partout, et les dunes de sable, que l'on voit à peine, puisque recouvertes de sapins. Ce petit bout de sable est en train de recevoir des milliers de touristes, il y a beaucoup de fric à se faire, donc...



Justement, à propos de fric, on voit beaucoup de flics sur Neringa... L'un serait-il lié à l'autre? Toujours est-il qu'en voici un qui m'arrête, et me fait signe de ranger mon véhicule, et sans aucun sourire! Que se passe-t-il encore?

C'est tout simple. Il faut payer pour l'entretien de la route; c'est 5 LIT pour une moto. ben voyons! Là, je suis en colère! C'est décidé, je vais jusqu'au premier village, et demi-tour, car si je vais au bout de la partie lituanienne, c'est 50 bornes, multiplié par deux, soit 100 bornes de sable et de sapins.



Certains conseils avisés sur internet le disaient: pas trop d'intérêt. Mais j'aime la mer, j'avais envie de voir. J'ai vu, et je vous le dis, ben allez voir autre chose... Enfin, pour moi, je reviens à la Vendée que je connais bien: les dunes de Saint-Hilaire-de-Riez sont largement aussi jolies, il n'y a pas de taxe pour une route beaucoup plus belle, on peut marcher partout, et s'arrêter partout...



Voilà ma première ville, Juodkrante, et un beau personnage qui nous accueille. Ah oui, il faut savoir qu'en Lithuanie, il y a beaucoup de sculptures sur bois, de style totem, et certains noms de lieux ou poteaux indicateurs sur les routes sont extraordinairement beaux et sculptés; je n'ai malheureusement pas eu la présence d'esprit de les photographier en passant, et pas eu le courage de faire demi-tour... à cause de l'état des routes, c'est vrai!



Bon, alors là, on entre dans une ville purement touristique, je dirais même qu'elle n'a plus rien d'original: belles pelouses, hôtels sur front de mer, restaurants, interdictions totales de stationner sauf sur les parkings autorisés... J'ai eu vite fait le tour: un kilomètre de front de mer, en gros.



La lagune de Courlande.



Mon fidèle canasson, vraiment chargé !



Une belle église.



Finalement, je continue un peu.



Ah, un truc authentique, des nasses de pêcheurs en train de sécher.



Demi-tour effectué, comme promis.



Je vous avais parlé des sculptures sur bois. En voici une.



Je vous le disais bien : JJ Jolly Jumper est chargé comme une mule.



Quelques maisons sur le bord de la route.



Certaines parties du bord de la lagune sont marécageuses.



On aperçoit le continent de l'autre côté.



Nettoyage de la zone brûlée, sans doute pour replanter. A moins que ce ne soit pour construire villas et autres hôtels ?



Vue sur Klapeda et son port.



Des dizaines de grues alignées sur les quais... Les ferries traversent sans arrêt, ce qui fait que l'attente n'est pas très longue. Bref, je traverse en moins de 20 minutes, attente comprise. Et maintenant, comment sortir d'ici, et quelle route prendre pour Kaunas, tout à l'est, en direction de la capitale Vilnius. Car les travaux de voirie rencontrés hier, j'ai vraiment une peur atroce d'en retrouver! Vous savez quoi? Je demande à un garage -le vendeur super sympa m'indique la route, et me promet qu'il y a partout de l'asphalte-, je suis déjà sur la bonne route, et je ne connaîtrai aucun problème de circulation ou de ville: direct sur les grandes voies d'accès ou de sortie. Ce qui fait que je suis super heureux! Bon, maintenant, je fais le plein et à la première petite ville, je vais au restaurant, comme promis, bien mérité. J'ai donc pris un axe pas vraiment secondaire, mais pas le grand axe non plus, et la route est ma foi correcte; ça danse bien un peu, mais comment l'empêcher?



La petite ville du restau sera Priekules. L'attente a été un peu longue. J'ai mangé de la viande panée -pas vraiment ce que je voulais, mais je n'ai rien compris à ce que la serveuse m'a dit- avec des légumes, assiette bien remplie -vous avez deux prix, selon la quantité. J'ai pris le plus cher, j'avais très faim, mais l'attente m'a fait un peu passer mon gros appétit, ce qui fait que j'en ai finalement laissé. C'était très bon. Le prix cher, donc: 10 LIT, soit 3,50 euros... Franchement, dans les Etats Baltes, les prix se tiennent un peu -l'essence est aussi à 1 euro ici- et on peut dire que c'est moitié moins cher que chez nous, voire 3 fois (camping, restau...). Donc, économiquement, ça vaut vraiment le coup, surtout si vous prenez la peine de découvrir l'arrière-pays et les gens. Mais munissez-vous de pneux tous terrains et d'amortisseurs tous-terrains aussi!




En attendant mon repas, je peux à loisir observer la population locale. Il y a une petite épicerie-bazar à côté, plein de voitures s'arrêtent acheter toutes sortes de trucs -je suis allé voir ensuite. J'ai vu des camions datant très certainement de juste l'après-guerre, une charette avec cheval en pleine ville, un gars en vélo portant sa faux -oui, oui, il allait sûrement couper de l'herbe-, bref, très intéressant.



Bon, le temps a passé, et je repars pratiquement à 15 heures... Les routes sont très souvent bordées d'arbres magnifiques, c'est génial! Il faut vous dire que j'adore les routes bordées d'arbres, et je suis très désolé qu'on ait coupé ceux qui bordaient les nôtres, de routes, en France...



Je vois aussi des cigognes dans les prés bordant la route -c'est très très très très plat...





Je vous le disais bien.



Zone un peu marécageuse, car proche du delta du... Niemen.



A Silulé, je décide de tenter de longer le Niemen -un grand fleuve de Russie, qui se jette ici dans la Baltique; pour ça, je prends la petite route. Il avait dit qu'il y avait de l'asphalte, et c'est vrai. Donc direction la Russie -enfin, l'enclave russe de Kaliningrad. Je me trouve dans le parc régional du delta du Niemen.



Et ça me fait un peu penser à celui de la Loire, ces immensités plates d'herbe verte et de paturages. Une ferme.



Mais ma route, qui longe le Niemen, perd son asphalte! Arrgrrr... Prochaine ville, Plaskiai, à 29 km. J'y vais, j'y vais pas? Allez, c'est l'aventure, j'y vais. Un km, c'est en gros la distance que je vais tenir... Non, il faut être sérieux, je ne peux pas faire 29 bornes dans ces conditions, qui peuvent être suivies de 20 autres pour rejoindre la route "normale": il y a trop de cailloux et de sable, j'enfonce par moments, je manque de tomber, j'ai beaucoup de mal à faire mon demi-tour... Pourtant, c'était la nature: silence total, de chaque côté des marais, pas un chat...



Et voilà le Niemen, et la zone frontalière.





Le 25 juin 1807, c’est sur un radeau flottant sur le Niémen que le tsar Alexandre Ier et Napoléon Ier signèrent le traité de Tilsit. Le 23 juin 1812, la Grande Armée, sous le commandement suprême de Napoléon Ier, franchit le Niémen, acte hautement symbolique marquant définitivement le début de la campagne de Russie, qui devait quelques mois plus tard échouer de manière dramatique dans les rigueurs de l’hiver russe. L’escadrille française Normandie-Niémen fut engagée dans la région aux côtés des forces soviétiques de 1942 à 1945.



Retour donc à Silulé, où je trouve un accès internet -très mauvais débit, mais bon- qui me permet de donner des nouvelles et d'envoyer mes récits et photos -du moins j'espère, car je n'ai pas eu le temps d'attendre de réponses à mes mails... Et c'est finalement à 17 heures que je repars, après avoir demandé des renseignements sur les terrains de campings en Lituanie... Apparemment, il n'y en a pas plus d'une dizaine dans tout le pays... J'en ai un dans 250 km... Au galop, Jef! Oui mais, vous connaissez JJ, pas question de rouler vite maintenant! Je traverse la plus jolie région depuis que je suis dans les Etats Baltes, un peu de relief, enfin, vraiment un peu... et toujours ces beaux arbres.



Je prends très très peu de photos, car je n'ai pas envie de coucher dehors, surtout avec les prix pratiqués ici, ce serait trop idiot. Mais le soir tombe assez vite finalement, maintenant que je suis tant descendu, et pas mal à l'est.



Je vous le disais, j'adore les arbres.



J'aperçois des clochers dans les petits villages.



Mais je ne vais pas visiter.




Une dame assise sur son tabouret en train de traire ses vaches, les bidons de lait à côté.
Ces images, gravées dans ma mémoire, m'enchantent totalement. Je rajeunis complètement. Je suis impressionné. Les enfants courent dans les champs avec leurs grands parents, ou montent dans les carrioles tirées par un cheval -je n'en ai pas vu beaucoup, mais deux ou trois encore-, roulent sans casques sur de vieilles pétoires, me font bonjour ou rigolent quand je passe, des poules traversent la rue principale du village, j'adore ça. Et je me dis que j'aurais dû demander à la dame en train de traire si elle ne pouvait pas me laisser planter ma tente sur ses terres...



J'avance doucement, l'heure tourne, et je prends conscience que je n'atteindrai pas le fameux camping avant la nuit. J'arrive enfin à Jurbarkas, ville dans laquelle je dois bifurquer vers le sud et la Pologne, qui est en-dessous de moi. Si je roule vers l'est, c'est tout simplement pour contourner l'enclave soviétique que je ne peux traverser sans visa... Je vois tout d'un coup, en pleine ville, le signe caractéristique et international d'une tente, à côté d'un non moins surprenant B&B ici... J'arrive dans le quartier, ça tourne un peu, et je suis accueilli par trois chiens qui se mettent à aboyer comme des malades, tous attachés, et heureusement, vu leur hargne! Je n'ai qu'une envie, faire demi-tour, mais un monsieur s'avance, oui, oui, tente, oui.

Je coupe le moteur, une belle pelouse est devant moi. Une dame arrive, me prend par le bras -je déteste ça, qu'on me touche, comme ça...- et elle m'entraîne dans la maison, prenez une chambre, beaucoup mieux que la tente, bien plus confortable, regardez comme c'est bien, allez, installez-vous. C'est combien: 35 LIT avec douche et petit déjeuner. Eh bien, mes amis, que croyez-vous qu'il fit? Il se laissa tenter, une fois que la dame lui eut montré le livre d'or seulement. Pourquoi, tout simplement par méfiance, je suis toujours très méfiant envers les gens qui s'accrochent tout sourire... Mais vu leur livre dor, je n'hésite plus. En fait, ce sont des gens charmants; la maison est en fait à moi, ça me rappelle aussi ma jeunesse, mes oncles louaient leur maison l'été, et logeaient dans un petit garage-atelier attenant à leur maison... Et c'est pareil. Et je retrouve la nappe en plastique sur la table, et les prises électriques d'autrefois, bref, ce sentiment de revivre des moments perdus... Et ce prix: ça fait exactement 10 euros, j'aurais tort de me priver, c'est véritablement une chance!
Vous voyez, le voyage, comme ça, c'est tous les soirs une surprise, c'est énorme, c'est un amoncellement de souvenirs qui vont me tenir des mois et des mois. Je suis donc comme un coq en pâte! Mais vous savez quoi? La tente, elle me manquerait presque! Non, je ne plaisante pas, j'adore rentrer dans le duvet...


Bon, je suis heureux, ce soir, une fois de plus. Mais demain j'ai encore de la route avant la Pologne. On verra.
Et, au fait, vous savez quoi? Le propriétaire, il a hissé le drapeau français, en mon honneur! IMPRESSIONNANT, NON?


Ah j'oubliais, pour finir: la température était presque printanière ce midi, au restaurant: environ 18-19 degrés; plus tard, dans le delta du Niemen, il y avait beaucoup de vent, frais, qui a fait chuter de 2-3 degrés; en quittant Silulé et internet, il faisait 15 degrés mais, surtout, il s'est mis à pleuvoir, et j'ai eu droit à deux-trois "saucées" comme on dit, mais rien de bien méchant. Et je suis arrivé chez mes hôtes, ce soir, avec du soleil et 18 degrés! Génial.


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