De Weiler im Allgäu (Allemagne) à Huningue (France). 55ème jour

Mercredi 21 juin 2006 - 55ème jour - 261 km - 117 photos

De Weiler im Allgäu (Allemagne) à Huningue (France).


Lever 6h00, départ 7h20... Décidément, je suis de plus en plus matinal! Terrible. Il semblerait que je n'aie pas envie de louper la frontière française...

Et il fait déjà 21 degrés.



Je reprends donc la fameuse Deutsche Alpenstrasse. Mon premier village : Scheidegg.

En fait, j'arrive très vite à Landau, mais en roulant, j'ai changé mon plan. Ben oui, le Bodensee coté allemand, c'est le lac de Constance ou Konstanz côté suisse. Ce qui veut dire... que je peux tout aussi bien passer par la Suisse. Et c'est même mieux. Et comme je suis allé beaucoup plus rarement en Suisse qu'en Allemagne, la décision est très facile à prendre. Je ne rentre pas dans Lindau, mais file directement à Bregenz, et là, quelle surprise! Ce n'est pas en Suisse comme je le pensais que j'atteris, mais en ... Autriche, qui possède elle aussi un morceau de ce lac!

Et là, c'est une Autriche très moche, sale, et tout et tout. De surcroît, la voie de chemin de fer est entre la route et le lac: je déteste ces bords de plage ou de lac où la voie ferrée doit être traversée pour accéder à l'eau, car les passages sont rares, très réglementés, etc... C'était comme ça pour le lac de Hongrie, le Balaton. C'est aussi comme ça en Espagne, à Barcelone, c'est horrible... Donc, Bregenz, pleine de stations service -tous les allemands et suisses du coin viennent s'y servir, ce sont eux les moins chers...- et ville d'eau un peu comme ces vieilles villes thermales. La seule chose qu'on a du mal à voir, c'est justement ce pourquoi on est venu: le lac. Je déteste. Que des propriétés privées, et rien à voir. Et en plus, la brume est énorme, ce qui enlève toute possibilité de bonne photo!




Du coup, n'ayant rien d'autre à me mettre sous la dent, je me photographie dans la vitrine d'une banque... à Höchst, en Autriche, à deux pas de la Suisse.



Clocher d'église à Höchst. Remarquez l'oeil sur le toit. Je trouve ça très joli.



Gaissau : douane, frontière : mesdames et messieurs, la Suisse.



Et le clocher de Gaissau.



Enfin, je peux accéder à la rive du Bodensee, à Staad. La circulation est infernale, c'est limité partout entre 40 et 60, je n'avance à rien...



Une petite pause, histoire de respirer le lieu. Et de savourer un peu de calme.



Rorschach, la ville suivante.



Rorschach toujours.

Bon, ça me prend la tête, j'arrête de longer ce lac qui ne m'apporte rien de ce que je cherchais. Stop! Etude de la carte, et la décision est vite prise: direction Basel -ou Bâle en français- pour ensuite descendre côté suisse vers le lac de Neuchâtel et le Jura. Bon plan.

Mais la circulation est infernale. Surtout de Rorschach à Saint-Gallen, Gossau, Wil, une horreur totale, par la route n° 7!



Puis ça s'arrange un petit peu, et je revois de la campagne, ce qui est mieux que des voitures et des camions, et c'est également beaucoup mieux pour l'odorat... Je préfère sentir le fumier que le gaz d'échappement, oui! Ici, juste avant d'arriver à Hegi.

Je suivais depuis un moment un camion qui m'empestait, mais je n'arrivais pas à le doubler, à cause des virages et de sa vitesse supérieure en descente... Or, voici qu'il tourne vers une ferme. Je me déporte à gauche, la voie est libre, je m'engage et double mon camion. Alors que j'arrive à son arrière, une voiture surgit de la droite et va me prendre en plein flanc. Je me suis vu mort! Et, je ne sais comment on fait tous, toujours est-il que seule ma sacoche droite frôle le pare-choc du véhicule, et je ne tombe pas, par miracle. Je m'arrête 50 mètres plus loin, les jambes flageolantes, et je vois la voiture arrêtée. Une femme -ben oui, je n'y peux rien, moi, c'est la vérité- en sort et se dirige vers moi, les bras levés vers le ciel, en s'excusant...

Trop tard, quand on ne voit pas tout, on attend, vous vous rendez compte que vous auriez pu me tuer.

Oui oui, je regrette, excusez-moi... na na na.

Bon, je suis vivant, tout va bien. On se calme. Décidément, la Suisse, pas facile pour moi!




Je repars, et ma foi, ça va mieux. J'avance à nouveau correctement. Soudain, je prends conscience du fait que le fleuve que j'aperçois sur ma droite, et dont la route suit les méandres, c'est le Rhin. Ah, ce Rhin, dont j'ai tant entendu parler dans mes lectures d'enfant. C'est comme pour le Danube, c'est un fleuve mythique, historique. Il sert ici de frontière entre la Suisse et l'Allemagne.

Il faut que je fasse une photo.
Juste avant Rekingen, Je vois une route qui se dirige dans sa direction, il y a des travaux, puis un chemin non goudronné mais bien stable. J'y vais.



Le voilà. Splendide, sauvage, mystérieux, puissant.



Je pose Jolly Jumper à l'ombre d'un bel arbre, il y sera bien en m'attendant.



Le courant est assez important.



Un petit chemin longe le grand fleuve. La rive est très escarpée, il faut être prudent pour s'en approcher.



Je reste un moment à regarder passer ces masses d'eau. En face, la rive allemande est couverte d'une forte végétation.



Silence, si ce n'est ce léler bruit de l'eau en mouvement.



Un moment de paix.



La nature vit, intensément.



Je savoure chaque minute.



Soudain, j'entends des cris. Je retourne au pied de l'eau.

En face, côté allemand, des gamins s'amusent à descendre le fleuve sur des objets bien fragiles. Ils passent très vite sous mes yeux. Je sais le courant fort, je ne pensais pas qu'il était aussi puissant. Les gosses crient, descendent sur la berge, remontent à pied, et retournent à l'eau.

Ils sont insouciants, heureux, et vivent littéralement la nature. C'est bien. Belle enfance. Ils auront d'excellents souvenirs.



Bon, ces quelques minutes passées ici m'ont fait du bien, après ce stress de circulation. Mais j'aimerais passer Basel avant de manger.

Je démarre, et de suite, je trouve que ça cloche, Jolly Jumper part à gauche puis à droite, je ne le dirige plus. Il marche à cloche-pied, mon canasson, il boite. Mais je remarque que le chemin est complètement bombé, ce doit être ça. Non, j'arrive sur la route, et ça continue. Mais, mais... mais je suis en train de me dégonfler, ce n'est quand même pas possible!

Je stoppe, pas moyen de le mettre sur la béquille latérale, il tombe... béquille centrale, dur dur. Mais j'en suis sûr maintenant...



OUI je suis à plat. Aïe aïe aïe, la taille de la visse qui est dans le pneu, impressionnante!
Bon, il fait... 33 degrés, pas d'ombre, personne sur la route.



En face, à trois cent mètres environ, la gare de Rekingen; le long de ma route, à 300 mètres, 2-3 maisons. J'y vais.

Je regarde la sonnette, il y a une fillette dans le jardin: Mustafa... Je sonne; un jeune homme -environ 30 ans- vient m'ouvrir, un turc sans doute; son allemand est difficile à comprendre, mais il me comprend, va chercher son portable pour que j'appelle Mondial Assistance. Vous pouvez parler le temps que vous voulez. Gentillesse parfaite!

Bon, ok, on vous cherche un dépanneur, pas de problème, retournez à votre scooter, me dit le gars de l'assurance. J'y suis depuis 15 minutes quand Mustafa vient me chercher avec sa voiture -oui oui, super sympa- car l'assistance a appelé et va rappeler.



Bon, si vous voulez, on vous a trouvé un dépanneur en France, qui vous emmènera dans un garage de motos, ce sera mieux, êtes-vous d'accord? Ils sont à 80 km, et peuvent être à votre lieu de panne à 14h30. En fait, je ne suis pas trop chaud, mais ok, je dis oui, je serai en France, ce sera peut-être plus simple, après tout, que la Suisse... Je retourne au scooter.

En fait, le dépanneur, c'est encore Mustafa qui m'emmène à lui: il était perdu, et m'attendait depuis une demi-heure -soi-disant- à la poste de Rekingen.

Merci Mustafa, pour ton aide, vraiment merci beaucoup.



Le dépanneur! Un corse. Bon, je n'ai rien contre les Corses, sincèrement, mais contre celui-ci, précisément, alors oui !

Déjà, je vous attends depuis une demi-heure, j'allais faire demi-tour... Grande goule. Il m'attache Jolly Jumper vraiment très très très mal. Je n'ai pas pris une seule photo, pas pensé, trop stressé, c'est sûr. On repart vers 15h45... J'avais les boules de me retrouver devant un garage de motos fermé, ou ayant autre chose à faire que de me réparer. Mon Corse m'a vraiment pris la tête tout le long de la route, a mis son GPS en route, n'arrêtait pas de rouspéter quand la voix lui disait de tourner à droite et qu'il n'en avait pas envie, m'a conduit sur des routes absolument impossibles, un chemin même sur 3 km, a pris une route interdite et a du faire demi-tour, bref il m'a tout fait.

Même JJ est tombé pendant un virage, tellement il était bien sanglé. Minable. Mon dieu, quand je pense que ce sont des entreprises agréées, je vous assure que ces agréments, c'est vraiment du bidon! Mes sangles: ce sont les derniers modèles américains, les nouvelles normes, qu'il me dit, mon Corse. Elles étaient tellement pourries, ses sangles, qu'il ne pouvait même pas les déplier correctement. Me prend vraiment pour un con, le Corse !

Je n'ai rien dit, car j'aurais dit des bêtises. J'ai pris mon mal en patience, et il m'en a fallu, car on n'est arrivé à destination dans la ville de Hésingue, tout près de Bâle, qu'à 18 heures...



Et là, c'est le miracle.
Après le bras cassé du dépanneur corse minable, les pros de la mécanique, de la gentillesse et de l'accueil client.

Bref, de démoralisé, ils m'ont requinqué à mort.
Ils m'ont tout réparé, offert un café, discuté en travaillant dans l'atelier, bref, un dépannage que je qualifierais de ROYAL.

La bonne équipe, sur la photo. Merci les gars, vous m'avez complètement remis sur les rails.



J'ai même eu droit au plan imprimé issu d'internet pour aller sur le terrain de camping où je suis ce soir, à 7 km du garage, au bord du Rhin, à Huningue.

Un camping comme je les aime, petit, pas cher, et sympa.
Le monsieur m'a même laissé son PC, chez lui, avec internet, pour que j'envoie mes fichiers, et ça GRATUITEMENT. Chapeau!

Ce soir, après une telle journée, je suis encore heureux.
Et vive l'aventure humaine, avec ses qualités et ses défauts.
C'est la fête de la musique, et c'est l'été. C'est merveilleux.


 


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