De St-Jean-Pied-de-Port vers l'Est - 3ème jour

Mardi 16 Septembre 2003

Etape de 309 km - 274 photos prises et 159 sélectionnées

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Vous connaissez l'heure ? Non, vous ne pouvez pas savoir, c'est évident ! Il est, au moment où je prends cette photo, exactement 7h43. Oui, et si la photo est claire, c'est que je l'ai éclaircie, car elle était trop sombre ! Et attendez, il y a mieux. Lorsque je prends ce cliché, je suis prêt à partir, j'ai fait ma toilette, j'ai payé, mes bagages sont sur le scoot! Quand j'y repense, je m'impressionne moi-même, car je ne suis pas très matinal. J'avais rentré le scooter dans le garage de la dame, il a donc dormi à l'abri, et il est en pleine forme. Par contre, je n'ai pas mangé. J'ai décidé de déjeuner plus loin sur la route.

Voici ma maison d'une nuit. J'étais au premier étage, mais de l'autre côté de la rue.

Les couleurs sont faussées et il n'y a pas mal de "grain" sur l'image, car c'était très sombre. Quoi qu'il en soit, vous pouvez voir la petite sculpture au-dessus de la porte témoignant de l'âge du bâtiment. Pas mal du tout.

Et l'autre côté de la rue.

Cette fois, je suis parti. Je prends la D933 jusqu'à Saint-Jean-le-Vieux (photographié hier soir depuis la citadelle de Saint-Jean-Pied-de-Port), puis je tourne à droite sur la D18, direction les Pyrénées et de ... l'Espagne bien sûr. Eh oui, c'est le voyage des cols, je vais encore passer des cols aujourd'hui. Il est 8 heures.

Et j'assiste au lever du soleil sur les montagnes voisines.
Pour ma part, je suis toujours dans l'ombre, et il ne fait pas plus chaud que ça.

Voilà la D18 dans toute sa splendeur. Dans le champ à droite, un berger rassemble ses moutons. Au loin, une montagne pointue (turlu-tuttu. Non, ce n'est pas drôle, je sais, mais je la garde quand même). Le bleu du ciel commence à s'imposer sur l'orange clair, nous nous inclinons devant notre étoile.

L'altitude est de 208 mètres.

Le beau fronton de pelote basque de Lecumberry. Un restaurant se trouve ici, sur le bord de la route. Je décide d'y tenter ma chance pour prendre un grand petit-déjeûner. Je ne suis pas déçu. C'est royal.

Là, l'altitude est de 261 mètres.

Maintenant, c'est la grande forme. Il fait encore froid, mais je vois que le soleil ne va pas tarder à montrer le bout de son nez.

La route, comme vous pouvez le constater, est pratiquement toute "neuve", et c'est un plaisir de glisser avec le x9 sur un asphalte de cette qualité. Par contre, comme je vous le disais hier, il faut vraiment rouler calmement, car il y a plus de circulation que je ne le pensais. En effet, les animaux ont envahi la chaussée. Mais je suis très heureux de les voir.

C'est une de mes photos préférées. Comme vous pouvez le constater à gauche, ça commence à grimper dur. Pour moi, ce n'est pas un problème: confortablement assis, au ralenti, je profite du spectacle offert par le x9 et par dame nature, et je vous confirme que je ne suis pas déçu de la manoeuvre !

Dans de tels moments, je pense aux cyclistes qui souffrent tant, mais bon, personne ne les oblige...


Je viens de passer le lieu-dit Bordes, à 432 mètres d'altitude.

Plus j'avance vers l'Est, plus je m'éloigne du pays Basque, plus je pénètre dans la chaîne Pyrénéenne, et plus les sommets sont élevés.

Ici aussi, elles sont plus heureuses qu'à l'étable. Cependant, quand il fait très froid...

Quand je vous disais qu'il y avait du monde sur la route... En tout cas, je ne croise pas d'humains.
Soit ils dorment, soit ce n'est pas leur coin !

Il y en a partout, et c'est très agréable.

J'approche du soleil... Je passe aussi un col sans même m'en apercevoir, le col d'Haltza, à 782 mètres.
La route suit plus ou moins la ligne des crêtes. C'est merveilleux.

L'oratoire et la chapelle de Saint Sauveur.
Et je suis enfin au soleil. Quel bien-être, car j'avais complètement fermé la veste pendant la grimpette: il faisait un peu frais.

Puis je reprends la grimpette; la chapelle Saint Sauveur est déjà bien plus bas. Je traverse le bois de Saint-Sauveur.

Col de Burdincurutcheta, 1135 mètres. Dur à prononcer, hein ?

Puis c'est une magnifique descente, mais de pente modeste.

Je suis descendu à 1003 mètres. Il y a là un petit barrage.
Ceux qui ont "fait" le GR10 connaissent cet endroit, car il passe ici sur la D18 sur un petit km.

Là, je bifurque complètement et je prends la D19, qui remonte immédiatement. La descente a été de très courte durée.

Je pénètre maintenant dans la forêt d'Iraty. Et la grimpette reprend de plus belle. Je ressens la fraîcheur et l'humidité stockée par les arbres la nuit dernière.

Je passe le col Héguichouria à 1319 mètres. Le GR10 rejoint à nouveau la D19 ici.

Et c'est le col Bagargiak, 1327 mètres. Et c'est le nouveau record du x9.

Et c'est l'émerveillement. Regardez tous ces sommets à l'horizon. Cette fois, ce sont des plus de 2000 m que je vois.

Col d'Orgambidesca, 1284 mètres. La photo est en contre-jour, mais il vous est facile d'imaginer le ravin qui se présente sous mes yeux émerveillés. On aperçoit la route plus bas, et le x9 se réjouit d'avance, il trépigne d'impatience.

Ouahhh, quelle descente; pas question de couper le moteur ici.

Beaucoup d'inscriptions sur la route, en blanc, en rouge. J'essaye de lire, mais je ne comprends rien du tout. Politique ? Si c'est le cas, ils devraient mieux écrire, les gars, s'ils veulent qu'on les comprenne. Quand on a des revendications, il faut les exprimer clairement, faute de quoi, je ne vois pas l'intérêt.

J'paerçois le fond de la vallée. Et la route qui m'attend, à flanc de montagne. Quel bonheur. Les paysages sont absolument fantastiques, d'une sauvage beauté. Là encore, comme d'habitude, je vous avoue que je devrais y rester quelques jours, fouiller bien davantage la région. En effet, en montagne, le paysage change de virage en virage, et j'ai toujours été émerveillé par cette capacité apportée par les reliefs.

Un petit regard en arrière. Admirez l'herbe sur la pente de droite, juste au-dessus de la route. On dirait une chevelure.

Voilà. Bien qu'en contre-jour, vous avez sous les yeux l'impression exacte que j'ai en roulant. La pente est très raide, et je me souviens parfaitement de cette descente. Il y a là peu de virages, ce qui fait que la pente est raide et la vitesse croît à vive allure... J'ai une petite pensée: si j'étais en vélo, dans l'autre sens ? Franchement, amis cyclistes, si vous me lisez, n'y voyez aucune malice. Je suis très admiratif devant ce que j'appelle les exploits que vous réalisez. Mais je ne voudrais pas avoir à les faire. Je pense que j'ai fait trop de vélo étant jeune, et j'ai été en quelque sorte vacciné. Mes parents n'avaient pas les moyens de me payer une "mobylette". Lorsque j'en ai eu une, le peu de temps que ça a duré, j'ai tellement adoré que j'ai de suite eu envie de partir loin avec. je ne l'ai pas fait, ou très peu (une centaine de km, guère plus). Mais je n'ai jamais oublié, et j'ai toujours rêvé du "vélo avec moteur". C'est désormais chose faite, et non seulement je ne suis pas déçu, non seulement ce n'est pas une lubie, mais au contraire un plaisir d'enfourcher ma monture et de la lancer au trot ou au galop... ou tout simplement de la laisser glisser comme maintenant !

Oh, quelle maigreur. Enfin, je les trouve bizarres, à la fois grasses et maigres. Mais je ne suis pas spécialiste non plus.

Pratiquement une demi-heure que je descends. Bon, c'est vrai, je m'arrête continuellement faire des photos.

Mais c'est tout de même une superbe chute de plus de 800 mètres de dénivelé. En effet, je me retrouve ici à l'altitude de 500 mètres, et j'étais à plus de 1300 mètres en haut du col.

Ne vous y trompez pas. Ici, je viens de photographier derrière moi. En effet, je viens en fait de rentrer sur le territoire de Larrau, et non d'en sortir. Et il se trouve, pour ceux qui ont de la remarque, que je suis à nouveau en pleine grimpette ! Que s'est-il donc passé ? Eh bien, tout simplement, après la grande descente, il y a eu un petit replat de moins d'un kilomètre (sur lequel passe d'ailleurs une variante du GR10), puis la route s'élève à nouveau vers Larrau qui se trouve perché à 627 mètres.

Mais je ne vais pas à Larrau. Juste avant (mais après la pancarte), je change de direction: je prends à droite la D26, la route d'Espagne (c'est son nom) qui va me conduire... en Espagne pour la première fois aujourd'hui.

C'est tellement beau que je suis obligé de m'arrêter. J'ai envie de jeter un coup d'oeil en arrière, de façon à ce que rien ne puisse vous échapper. La montagne ici est assez aride; je pense qu'il y a eu ici déforestation, mais je me trompe peut-être. En tout cas, les bouquets d'arbres que l'on voit ici et là me font penser à des toisons mal tondues sur le dos des animaux. On dirait qu'une tondeuse géante est passée par ici, oubliant quelques touffes au hasard des creux et des bosses du terrain.

Tout en haut dans le ciel, la lune apparaît, splendide.

Encore un petit coup d'oeil en arrière.

Je m'élève dans le ciel, lentement mais sûrement, et ça grimpe toujours. Mais tout ceci se fait sans aucune fatigue, évidemment. Seul mon cheval bosse, et encore, il adore ça; de plus, je ne le pousse aucunement, désireux que je suis de profiter de chaque courbe, émerveillé des nouveaux paysages se dévoilant presque à chaque virage. Oh montagne, je t'adore, car tu offres tellement de beautés à mes yeux, des paysages en quantités presque infinies. Je pourrais passer ici des semaines entières, elles ne me suffiraient pas pour faire le tour complet de tes richesses.

Au premier plan, un petit champ de chardons. Je m'arrête toutes les 5 minutes, voire encore plus souvent, et le x9 râle un peu. Mais je sais qu'au fond de lui, il est très content de souffler. Il ne veut pas me le montrer, mais chaque photo que je prends lui laisse du temps pour, à son tour, admirer le paysage. Ce qui est désagréable avec le x9, c'est que je ne peux pas mettre la béquille latérale sans couper le moteur. Le seul moyen, pour le laisser "tourner", est de le mettre sur la béquille centrale. D'un autre côté, c'est également plus sûr, car la route en forte pente le rend très instable sur la seule petite béquille.

Il reste encore de l'herbe verte ici, après plusieurs semaines de soleil ininterrompu. Par contre, les chardons sont complètement grillés par les rayons brûlants de notre astre favori. Mon balcon s'élève toujours, et les ravins sont de plus en plus profonds.

Encore une vue vers l'arrière. Je le fais car je ne vais pas repasser par ici; en effet, vous le savez, je continue ma route toujours vers l'avant, et je reviendrai en France par le prochain col à l'Est. Au loin, les petits points blancs sont des moutons.

On voit très bien ici l'énorme érosion dûe aux torrents qui dévalent à chaque printemps les pentes de la montagne. Là où les arbres ont disparu, la terre s'en va aussi, laissant la place au monde minéral.

Je viens de passer un col, mais sur le territoire français: c'est le col d'Erroymendi, à 1362 mètres. Quelle grimpette !
Regardez les arbres à droite: on dirait qu'ils partent eux aussi à l'assaut de la montagne, comme une armée d'invasion.

Derniers efforts avant la frontière, dernier regard sur la terre de France que je vais maintenant quitter.
Et voilà le travail... Port de Larrau, le mot "port" issu directement du mot espagnol "porto", qui signifie col.
En basque, cela donne: Uthurzéhétako Lépoua... ça ne s'invente pas !
C'est un nouveau record d'altitude pour mon petit x9. Et je n'ai même pas une carotte à lui donner.
Il y a plus d'arbres du côté espagnol. Regardez comme on voit parfaitement bien les plaques d'érosion, les zones entièrement dénudées, la terre arrachée. L'herbe ne pourra pas y repousser.
Et c'est parti pour une longue, très longue descente. La pente est beaucoup plus douce que celle de la descente vers Arrau tout-à-l'heure, et les freins sont bien moins sollicités.
Une jolie rencontre nous attendait, peu de temps après le sommet. C'est magnifique de voir ces animaux s'ébattre dans ces immensités; ils ont là une grande liberté, et c'est un plaisir de les voir ainsi, presque libres.
La végétation est ici très dense, si on la compare à celle qui se trouvait du côté français.
Je prends ici à gauche, vers Uztarroz et Isaba.
La route suit exactement les méandres du ruisseau qu'elle longe; je traverse cette magnifique forêt de sapins.
Je m'arrête ici près de ce pont et j'y rencontre un motocycliste anglais, qui voyage seul également. J'essaye de discuter un peu, mais notre ami britannique n'est pas très "causant". Une chose le préoccupe particulièrement: un chien est attaché ici sur un tronc d'arbre, et il pense qu'il a été abandonné. Pour ma part, je ne le crois pas, mais allez savoir. En tout cas, je repars le premier, et je pense que le chien n'est pas resté attaché longtemps...

Arrivée à Uztarroz. Il est 11h45, et je commence à avoir une petite faim.

Je ne suis pas le seul à avoir faim...
Je me plie facilement à son désir, d'autant plus que je ne sais pas quand se présentera le prochain bistrot.
"Sin Plomo 95" -sans plomb 95-, c'est justement ce qu'il lui faut.
Comme vous pouvez le constater, je continue à suivre le torrent. Admirez l'arche de ce pont, qui tient encore. Je me dois de l'immoraliser sur cette photo, car je ne sais pas combien de temps elle va encore tenir. Je suis admiratif de ce magnifique travail effectué, toutes ces pierres si parfaitement assemblées les unes aux autres, sans colle, sans mortier, depuis des siècles certainement. Mais il suffit qu'une seule tombe...
Je pénètre maintenant dans des gorges. Ce côté est vraiment très différent du côté français.
Et tout d'un coup, que vois-je ? Des skieurs sur la route ! Décidément, les hommes me surprendront toujours. Ils ne savent pas quoi inventer pour passer le temps ! Alors là, dans les descentes, il doit falloir faire très attention de ne pas tomber, sinon "bonjour les dégâts" sur les jambes... En tout cas, mes deux sportifs espagnols sont très sympas, car en fait, ils roulaient dans le même sens que moi. Je les ai dépassés tranquillement, mais comme ils sont arrivés vite, j'ai raté la photo, et ils ont fait demi-tour pour que je puisse la reprendre. Merci à vous, les amis. Et bonne route.
La vallée s'élargit imperceptiblement.
Que c'est beau ici aussi. Il me vient une furieuse envie d'aller m'allonger dans l'herbe pour profiter à fond de ce moment.

Après les chevaux, après les skieurs, ce sont les vaches qui se promènent... Où s'en vont-elles ainsi ? Allez savoir. En tout cas, elles ne m'ont même pas regardé, tout occupées qu'elles sont à se rendre là où elles vont. Je pense qu'elles doivent être en retard à leur rendez-vous, car aucune ne relève la tête, et je sais que mon petit scooter, qui a ralenti pour les saluer, est vexé dans son amour-propre... Mais bon, que puis-je y faire ? En tout cas, tout ceci confirme qu'il faut absolument rouler en père peinard, dans le coin !

Mais quel est ce bruit soudain au-dessus de ma tête ?

Fantastique. Quelle grace !
Emerveillé, je suis émerveillé par tous ces cadeaux offerts par dame nature, et tout ceci en rafale !
J'ai peut-être bien fait de ne pas aller m'allonger... Ou j'aurais au contraire dû m'allonger. Ils seraient venus plus près.
Ils sont splendides. Je suis sous le choc. Emotion totale. Vous voyez les autres très haut dans le ciel ? Ils viennent eux aussi me saluer. Merci à vous, merveilles de la nature.
A chaque fois que je regarde ces images, je les revois comme si j'y étais. C'est pour moi une grande première. Jamais je n'avais vu ces oiseaux ailleurs que dans des zoos, donc complètement anémiés, blottis dans un coin, sur un bout de branche, immobiles pendant des heures.
Alors qu'ici, libres, fiers, qu'est-ce qu'ils sont beaux ! Merci les amis, pour ce spectacle, merci mille fois.

Mon petit x9. Est-ce toi qui a attiré les vautours, est-ce pour t'observer de plus près qu'ils sont venus jusqu'à moi ?

Au fond, sur la montagne, à mi-hauteur, juste au-dessus de la forêt, et au pied des paturages, vous distinguez une habitation. C'est un refuge militaire, et la route y passe, c'est la NA-137.

Zoom maxi sur le refuge militaire dont je vous parlais, sur la route de la France, à près de 1.400 m d'altitude.
Cette vallée est absolument superbe.
Après avoir longé la vallée pendant quelques kilomètres, j'attaque à nouveau la montagne.
Ceci est une "épingle à cheveux".. C'est le signe que ça grimpe encore et encore...
Superbe vue sur la vallée que je viens de parcourir. C'est là-bas, tout au fond de la vallée, que les vautours me sont apparus.
Juste après le refuge militaire dont je vous parlais. "Attention, en période hivernale, chasse-neiges en action".
Voilà le deuxième refuge, situé peu apès le premier.
Je suis désormais arrivé dans la zone de paturages, au-dessus de la forêt. Un dernier coup d'oeil sur la vallée.
Le berger avec ses moutons. C'est le premier humain que je croise depuis mes skieurs... C'est vous dire qu'ici, dès le mois de septembre, la paix est revenue.
C'est ici le domaine des moutons.
Et pas n'importe quels moutons ! Des J.E. Au début, j'ai cru que c'étaient des J.F. comme votre serviteur, et j'étais près à aller les saluer... Mais ils n'ont même pas levé la tête, trop occupés à manger !
La bergerie. Tous les minuscules points blancs sont des moutons...
Au zoom, vous pouvez constater l'immensité de leur jardin. Eux aussi, comme tout le monde dans cette région, ont une grande liberté et beaucoup d'espace à leur disposition.
Le paysage change brusquement, et je rentre dans une zone très tourmentée, et presque froide.

C'est vraiment étrange ici, presque lugubre. Je ne saurais définir pourquoi, mais je ressens presque une envie de fuir.

C'est la Cuma de Ansu.

Et voici la vue juste après le col de la Pierre Saint Martin. . La D132, la France, à nouveau.

Vue en arrière vers le col et la frontière.

Le col de la Pierre-Saint-Martin est à 1.760 mètres d'altitude. Nouveau record pour mon petit cheval...

Tous les ans se déroule à La Pierre St Martin, à la frontière franco espagnole, la cérémonie du plus vieux traité d'Europe :
Le tribut des trois vaches , une histoire incroyable !


Encore un coup d'oeil en arrière; là-haut, le col que je viens de passer. Déjà une belle descente !

Un peu en-dessous du col se trouve la station de ski de La Pierre-Saint-Martin. Hors du contexte hivernal avec la neige, c'est franchement moche, et je continue ma descente en admirant plutôt les paysages naturels, évidemment. Ces stations, ces villages seraient construits en matériaux traditionnels, du moins en apparence extérieure, ce serait tout de suite beaucoup plus joli. Mais le profit, toujours....

Il n'y a personne, c'est le silence total, hormis le doux ronronnement du x9 qui se laisse aller tranquilement vers le bas; celà dit, c'est un peu normal, car il est déjà 13h30. Je commence d'ailleurs à avoir une petite faim... Comme vous pouvez le constater, je ne planifie absolument pas mes horaires de repas, et tout se passe comme ça vient. J'ai toujours dans mes sacoches de quoi subvenir à un besoin urgent, du style casse-croûte, chocolat, pain, et au moins une bouteille d'eau. Par conséquent, je ne suis pas inquiet, et cette façon de procéder ajoute encore à mon confort de voyageur. J'ai cette chance de n'attacher aucune importance à la qualité de mes repas, l'important étant de couper la faim. En un mot, liberté totale, pas de souci matériel, pas de besoin spécifique, la totalité de mon esprit est occupée par le plaisir des lieux, le plaisir du voyage.

C'est un vrai délice de se laisser glisser sur l'asphalte; la vue porterait très loin sans cette brume de chaleur.

Quelques forêts s'accrochent sur les flancs montagneux. La descente est longue, avec une superbe série de lacets en épingles à cheveux. Du vrai bonheur, mais je négocie les virages avec prudence, une chute ici serait sinon fatale, du moins fort grave. Après cette belle série, la route s'étire paresseusement vers le fond de la vallée. Lorsque j'arrive à Arette, à 415 mètres, j'ai vraiment l'estomac dans les talons: il faut que je mange. Un bistrot m'attendait, dans lequel je me fais servir un magnifique sandwich avec un énorme jambon fumé, et un grand boc de bière. Oh, ça fait du bien, croyez-moi sur parole.

Arette est situé à l'épicentre d'un fort tremblement de terre qui s'est déroulé en 1967.

C'est un gars complètement ragaillardi qui remonte vers 14h30 (déjà !) sur le scooter, qui n'en revient pas. Il sent de suite la différence, plus nerveux, plus incisif. Mais ça ne dure pas longtemps, pas même un kilomètre. Il faut vous dire que la beauté du spectacle que nous avons sous les yeux nous force à "butiner" la route plutôt qu'à l'avaler. De plus, la D918 démarre par une belle série de délicieuses courbes à consommer sans modération. Puis je prends la D241 qui longe le gave de Lourdios. C'est une magnifique petite vallée, habitée seulement de quelques fermes plus ou moins isolées.

Cette route est une petite merveille.
La couleur bleu-vert très prononcée du gave de Lourdios a attiré mon attention. Je suis bien obligé de faire une photo pour ramener des preuves, sinon personne ne me croit. Quelques kilomètres plus loin, je reprends vers l'est sur la D241.

Traversée de Lourdios-Ichère. Il n'y a personne dans les rues, personne sur la route. Le soleil brille, le ciel est d'un bleu profond. Où sont les habitants ? Dans les champs, à faire la sieste à l'ombre d'un arbre ? C'est bien possible. Et j'ai une petite pensée, très petite, pour les Parisiens coincés dans les embouteillages de notre capitale, et je les plains. Ils viennent de rentrer de vacances, ils étaient encore ici il y a un mois; ils sont tous partis pour une nouvelle année, pour onze mois de travail, onze mois d'oxyde de carbone, onze mois de stress... Et tout ça pour quoi ? Pour pouvoir revenir ici deux ou trois semaines ? Ne serait-ce pas plus intelligent de rester ici ? Oui, mais pour quoi faire ? Pour gagner quoi ?

Rien, justement. Rien gagner, rien dépenser... Utopie ? Allez, je remonte en selle, pas le temps de réfléchir à tout ça...

Ici, c'était le pays de l'ours.
Lisez cet article, qui, je pense, explique parfaitement la controverse de l'ours dans les Pyrénées, et remet tout le monde à sa place... Quand je retournerai à Lourchios, mon regard sera encore plus admiratif, encore plus humble.

Un petit coup d'oeil vers l'arrière. Ici, pas de stress, c'est sûr.
La D241 est une de ces petites routes de rêve pour un motard.
Elle me conduit au col d'Ichère, superbe, à 674 mètres.. étape du tour de France 2005, et de sa pollution...
Puis c'est la descente vers la N134, en provenance d'Oloron-Ste-Marie, et qui longe le gave et la vallée d'Aspe pour pénétrer en Espagne par le tunnel du Somport.
Une belle plongée ! Attention, le parapet n'est pas très solide...

Et la voilà, la N134, dans la vallée d'Aspe. Le changement est total: grandes, très grandes lignes droites, pratiquement plus de virages. C'est une belle vallée, et j'aimerais faire des randonnées tout autour. Mais ce n'est pas le but de ce voyage... Une autre fois, promis !

J'arrive à Bedous, premier village rencontré sur la nationale.

Je viens de dépasser Borce, que vous apercevez dans l'échancrure, là-bas.
La route commence maintenant à s'élever vers l'Espagne et le tunnel du Somport. Admirez ci-dessous cette barrière !
Puis tout d'un coup, j'arrive au tunnel du Somport . Un gendarme est à l'entrée, j'ai d'abord crû qu'il s'agissait d'un contrôle. En fait, c'est une grosse surprise: je ne l'avais pas vu sur mes cartes, trop vieilles. En effet, le tunnel est ouvert depuis le 17 mars 2003, donc depuis quelques mois seulement. Et je n'ai AUCUNE envie de m'engouffrer sous terre et de respirer des odeurs de gaz carbonique. Le gendarme me rassure et m'indique la route qui va me conduire au col du même nom. Ouf, je l'ai échappé belle... Elle est tout près, je viens juste de la dépasser. Bien sûr, désormais, la route principale, c'est le tunnel... Mais c'est toujours la N134 qui me conduit en haut. Vous voyez ci-dessus le scooter faisant la pose photo pendant la grimpette...Les photos précédentes ont été prises au zoom depuis cet endroit.
Et vous, qu'auriez-vous fait, entre le tunnel et ça ?
Reconnaissez qu'il n'y a pas photo, enfin si, il y a photo, mais je m'comprends...

Quelques minutes avant d'arriver au col du Somport, situé à 1632 mètres d'altitude. Je ne prends pas de photo du col tellement c'est affreux, je parle des bâtiments construits en haut. Il est déjà 16h20, et je ne m'attarde pas. Je traverse Canfranc sans m'arrêter, et je ne savais pas qu'il y avait une curieuse visite à y faire ! Dommage.

Il me reste pas mal de route à "faire" en Espagne, et je veux dormir en France.

Ce côté espagnol me semble beaucoup plus sec. Je roule sur la N330, qui conduit à Huesca puis à Saragosse. La vallée s'élargit très vite, et je me retrouve sur de grandes lignes droites sur lesquelles je lâche un peu la bride de ma monture. Il est content, le scooter, de se dégourdir enfin les jambes, et il en profite, croyez-moi. Le changement est considérable, et je suis loin, très loin de l'ambiance dans laquelle je roulais il y a une heure à peine. Ici, tout le monde est pressé, je croise de gros camions, il y a de la circulation; bref, je retrouve le monde soi-disant "civilisé". J'en suis déjà fatigué, et j'ai hâte de reprendre le chemin de la France, pour me "refaire" une traversée des Pyrénées !

En tout, j'ai 85 km à faire en Espagne. En effet, il n'y a aucune route qui longe de près la chaîne Pyrénéenne. Je descends d'abord plein Sud sur environ 27 km (à vol d'oiseau), en m'éloignant donc de la montagne. Puis je roule plein Est sur environ 17 km, pendant lesquels je longe les Pyrénées. Puis c'est le retour plein Nord, vers la France, sur environ 25 km, avant d'obliquer vers Ouest-Nord-Ouest pour passer la frontière.

Ici, je suis dans la partie la plus au Sud de ce trajet, à hauteur de Cartirana.
Je vais bientôt tourner à gauche pour rejoindre la montagne, enfin...

Je m'approche à nouveau de la montagne... La route est déjà bien plus agréable, et la circulation a chuté autant que la température. En effet, je sens le soir venir, et je remonte en altitude: il fait de suite plus frais. Je suis ici à la hauteur d'Escuer.

En fait, je remonte la Valle de Tena, qui va de Sabiñanigo au Sud au col du Pourtalet au Nord. C'est ainsi que je traverse ensuite Biescas, Bubal, Sandiniés, Escarilla.

Et voici Lanuza, devant le lac artificiel généré par la construction du barrage de Lanuza (Embalse de Lanuza). Le lac se situe à 1284 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les habitants furent expropriés et les maisons basses du village furent inondées en 1975. Une association s'est créée et est en train de restaurer les maisons.

Lanuza et son lac artificiel.
Les piquets de neige ont fait leur apparition sur les bords de la route, me donnant une idée de la hauteur pouvant être atteinte.
Comme vous pouvez le voir, ça grimpe à nouveau.

Ci-dessus une de mes photos préférées. C'est splendide. Le fait de m'élever en altitude me permet de retrouver le soleil, qui était tout-à-l'heure complètement caché par les hautes parois rocheuses. D'un seul coup, il fait plus clair, et je suis plus serein.

Je passe devant la station de ski de Formigal, véritable sujet explosif depuis plusieurs années dans cette région des Pyrénées. J'aurais évidemment tendance à vouloir détruire toutes ces infrastructures humaines, pour la bonne raison que nous sommes ici, en montagne, dans les dernières terres vierges de notre Europe de l'Ouest, où chaque être humain peut encore se confronter à la nature, la vraie nature. Malheureusement, le "bourrage de crâne", l'endoctrinement de masse, ont déjà porté leurs fruits, et nombreux sont déjà les êtres humains persuadés, convaincus, jusqu'au plus profond de leur être, que ces stations apportent du travail et permettent à la région de vivre. Ils permettent surtout aux gros investisseurs de devenir encore plus riches, au détriment de la masse qui se laisse faire comme un troupeau de moutons, puisque les membres du troupeau ont reçu la merveilleuse piqûre qui leur fait croire que c'est merveilleux d'aller faire la queue derrière les autres, de payer son ticket pour quelques minutes de descente parmi la foule. Quelle misère ! Je passe sans regarder...

Le paysage change très vite, et devient de plus en plus désertique.
Première apparition du pic du midi d'Ossau, qui culmine à 2884 mètres.

C'est absolument sauvage, grandiose. Je vous laisse admirer en silence.

Arrivée au col du Pourtalet à 1794 mètres d'altitude. C'est un nouveau record pour le x9.

Pour la petite histoire, la distance à vol d'oiseau entre les deux cols (Somport et Tourmalet) est de 9 kilomètres.
Mais elle m'aura "coûté" 85 km de distance pour y parvenir par la route... Enorme différence, mais fort agréable à effectuer !

J'entame désormais une longue descente. La route suit les méandres du gave du Brousset. C'est superbe.
Rustique, ce pont de fer sur deux pierres...

La vallée, la route, le gave. Le scooter est heureux, son pilote aussi. Dommage que le soir et la fraîcheur tombent.

Vous voyez très distinctement l'ombre envahir la vallée et remonter la pente opposée.

Arrivée à Laruns. Recherche d'un gîte, que je trouve après avoir demandé dans un café. Après visite des lieux, il ne me plait pas, trop cher et surtout trop "guindé", trop "chic" pour moi. Je décide de "pousser" plus loin. Pourtant, je ne dois pas traîner, car il est déjà 19 heures. Je retourne sur mes pas -pardon, sur les traces de pneus du x9- pour prendre à gauche la D916, vers l'Est et le village des Eaux-Bonnes.
Un coup d'oeil sur le village d'Aas que j'aperçois de l'autre côté de la vallée, éclairé par les derniers rayons de soleil.

Une grande côte, qui se termine en cul-de-sac, et une grande descente de l'autre côté.

Voilà Eaux-Bonnes : des hôtels à plusieurs étoiles, des établissements thermaux, des cures. Pas vraiment le genre de ville que j'aime, mais je ne pense pas avoir le choix. Je me retrouve donc dans le "Richelieu", vieux style type années 20, mais "retapé". La chambre, bien que d'un style ne me plaisant pas, est très propre (encore heureux). Le prix est pour moi bien trop élevé (45 euros), rien ne me plait mais, au moins, je ne serai pas obligé de parler avec la tenancière -ce qui me "pendait au nez" dans le "Bed and Breakfast" à Laruns... Le haut du lit comporte de hauts barreaux très espacés, la table de chevet, minuscule et haute, est recouverte d'une table de marbre. Une autre époque. Ce fut beau, ce fut à la mode...

Le voici, en haut de la côte. C'est là que je dors. Je décide de m'offrir un bon repas dans le restaurant situé à une vingtaine de mètres: une bonne côtelette avec des petites pommes de terre. Il n'y a pas grand monde, 4 à 5 personnes sont venues manger. C'est néanmoins délicieux, mais il faut dire que je ne suis pas ce qu'on appelle un fin gourmet. Aussi, ne vous y fiez surtout pas. D'autant plus qu'en ce qui me concerne, je peux trouver délicieux un repas très banal, juste parce que je n'ai rien eu à faire pour le préparer, ou juste parce que j'avais faim...

L'ambiance de cette petite ville est toutefois beaucoup moins agréable que celle qui régnait hier à Saint-Jean-Pied-de-Port. Ici, c'est carrément tristounet, mais ce n'est pas la même clientèle. Ici, ce sont les "curistes", donc les personnes âgées, et à 20 heures, il n'y a plus un chat dans les rues. Pourtant, les hôtels sont assez pleins...

Puis c'est le retour dans la chambre, afin de visualiser mes photos, les transférer sur le PC, les "légender", puis préparer mon itinéraire pour demain. Hum, ça va être délicieux, comme balade. J'en rêve déjà. Eh bien, c'est justement ce que je vais faire.

 

Les deux dernières photos de ce récit ont été prises le lendemain matin, avant de partir, mais leur place est ici.

 

Bon, et alors, me direz-vous? Quel est le bilan de la journée?

Au risque de me répéter, il est tout bonnement excellent. La journée a été grandiose, à tous les niveaux. Le temps, d'abord, est toujours de mon côté: tempête de ciel bleu, comme d'habitude! Incroyable dans les Pyrénées, quand on connait leur réputation de grande humidité... Ensuite, la nature, les paysages, la montagne, le calme, le scooter, l'air que j'ai respiré, tout ce que j'ai vu, tout était merveilleux. Je suis une fois encore parfaitement content de ma journée. Inoubliable.

 

Mais ce qui restera à jamais gravé dans ma mémoire, de cette journée de balade dans les Pyrénées, c'est la rencontre des vautours, en Espagne. Ces grands oiseaux, dans le ciel bleu azur des Pyrénées, étaient majestueux, et, croyez-moi, de les voir descendre silencieusement, en spirale, comme des planeurs, était superbe. C'est un spectacle gratuit qui m'a été offert par dame nature, merci à elle.

Je suis encore sous le charme!

 

Et plus de 300 kilomètres de montagne en scooter, sans se presser, c'est plus de 300 km de bonheur.


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