Scandinavie 2012, étape 062

Jour 062 - Dimanche 3 juin 2012 - 145 km - 103 photos
(Total : 6630 km - 11887 photos)
De Tverrvik à Rognan (Norvège)

Souvenez-vous, je suis venu hier soir m'installer près de l'église de Moldjord, aussi appelé Beiarn. C'est en fait juste à côté de Tverrvik. Je suis réveillé à 8 heures par de nouvelles douleurs dans le bas-ventre ! J'ai pourtant très bien dormi, et je pensais le problème réglé : une petite infection passée avec quelques cachets d'aspirine. Le ciel est gris ce matin, pas un souffle de vent. On dirait.... le calme avant la tempête. C'est ce qui m'est de suite venu à l'esprit. Je ne pensais pas si bien.... penser !

Rigolo, ce portail à Moldjord, sans aucune autre palissade que ça !

A Storjord, je quitte la 813 (ah oui, je vous avais dit hier que c'était une variante de la 812, mais non, c'est la 813) pour aller au bout d'une route qui file sud-sud-ouest jusqu'au bout de la Beiardalen (la vallée de la Beiarelva qui se jette, comme on l'a vu hier soir, dans le splendide Beiarfjorden). Voici la Beiarelva, peu après Storjord.

Et ici en arrivant à Trones, village limitrophe du Parc National Saltfjellet-Svartisen.

Une piste démarre d'ici et s'enfonce dans le parc sur 6 kilomètres. Je la prends, parce qu'elle est belle. Je rencontre des rennes. Ces deux-là ne voulaient absolument pas me laisser pas, et j'étais contraint de les suivre. Il faut dire qu'ils sont un peu chez eux...

Enfin, je finis par avoir le droit de passer. Merci l'ami. En réponse, il s'est sauvé en courant....

Comme ça grimpe, je retrouve évidemment la neige, et les bouleaux encore tout nus et tristes !

C'est ce qui se dégage de l'endroit : une immense tristesse.

Je pense qu'en été, ce doit être terriblement joli, ainsi qu'en plein hiver. Là, c'est juste la mauvaise saison !

Evidemment, nous sommes en Norvège. Il y a donc, au bout de la piste, quelques maisons et chalets.... Admirez les hautes montagnes à l'horizon.
Retour à Trones.

Deux solutions : soit je retourne maintenant sur Storjord pour rejoindre la 812 puis la E6.... Soit je vais au bout de la Beiardalen. Il reste pas mal de km, et je souffre de plus en plus. Néanmoins, ça me fait mal de partir sans aller voir au bout ! Alors, je continue.

Une petite église se trouve ici, complètement perdue, à Hoyforsmoen.

La route est étroite, mais jolie. Elle longe donc la Beiarelva à gauche, et traverse de nombreuses forêts. A ma grande surprise, elle est habitée jusqu'au bout par des fermes, et quelques chalets. Attention, quand je dis habitée, c'est au sens norvégien : habitat très dispersé, mais toujours présent.

J'arrête ici, je viens de faire demi-tour. En effet, un panneau indiquait "route en construction, à vos risques et périls", et je n'ai pas osé traverser un pont, dont la rampe d'accès était bien abîmée. Je suis sûr que ça passait sans problème, mais les douleurs que je ressentais ne m'incitaient pas à poursuivre. Vous savez, dans ces cas-là, l'intérêt change, et je commençais à avoir de moins en moins l'esprit photographique et aventurier.

Je roulais donc à vive allure sur la route du retour (environ 70 km/h, je m'en souvien parfaitement), lorsque je sursautai et appuyai à fond sur la pédale de frein ! Deux élans venaient de traverser la route sous mon nez, et je dois dire qu'ils m'ont fait très peur ! Les voici juste après leur méfait, comme ils le font toujours : ils se mettent à une distance qu'ils jugent respectable, et se retournent. Ce sont des animaux curieux. Je leur ai parlé un peu, ce qui a eu pour effet de les faire partir.... en courant ! J'en conclus qu'ils n'ont pas aimé ma voix.

Un peu plus loin, un troupeau de rennes, tout près des habitations.

Et encore un autre, peu avant d'arriver à Storjord. Ils étaient assez loin de la route, puisque je suis ici au zoom maximum.

Ensuite.... eh bien ma foi, c'est la montée au Grand Blanc, le plateau sous la neige que je vous ai montré hier. Je ne fais aucune photo parce que je ne suis pas en forme, sinon, je me connais, j'en aurais bien fait une dizaine... Puis je retrouve en bas la 812, que je continue cette fois vers l'est pour rejoindre la E6.

En fait, la 812 grimpe elle aussi sur un plateau, et je retrouve la neige là aussi. Le Svartvatnet, encore sous la glace, alors qu'il ne se trouve qu'à... 306 mètres d'altitude ! C'est fou de voir ça, à une altitude si faible, début juin. C'est quand même un pays froid, je confirme.

C'est bien le dégel ici aussi, mais il est quand même temps. Il va bien falloir encore deux à trois semaines pour que les bouleaux aient retrouvé leurs feuilles, soit fin juin. Et les premières neiges tombent... en septembre ? ou octobre ? Ce qui fait, grosso-modo, trois mois sans neige. Je comprends pourquoi, dans les pays nordiques, la végétation va si vite : elle a peu de temps, et elle le sait !

J'ai trouvé ça magnifique, ces mares d'eau qui apparaissent à la fonte de la glace, elle-même recouverte de neige. Et regardez bien : les deux premières sont d'une teinte vert pâle, et la petite en arrière-plan est bleue. La photo est fidèle : ce sont les couleurs que je voyais, et c'est la raison de la photo.

Puis c'est une longue descente vers la E6.

Et la petite ville de Rognan, blottie au fond du Saltdalsfjorden : eh oui, forcément, on retrouve la mer, après la neige.

Norvège, toujours !

 

De mon côté, ça ne va pas du tout. Je n'ai plus aucune envie de poursuivre. Il y a un terrain de camping. Et je pense que je vais y aller, par sécurité. De plus, j'ai pas mal de linge à laver, j'en profiterai pour me mettre à jour avec toutes mes affaires. Je trouve en ville un spot WiFi pour joindre mes proches, et leur demander leur avis, qui est formel : il ne faut pas rester comme ça, il faut consulter. Il est 14h, j'arrive au camping. La dame qui me reçoit est fort sympathique. Le prix ? 200 couronnes ! 28 euros.... Les boules, quand même; je lui demande si elle peut me le faire à 100 couronnes -oui, je sais, je discute toujours, malgré le mal de ventre... Elle me dit non, mais me propose le tarif motard, soit 130 NOK. C'est déjà mieux. La machine à laver, ce sera 45 couronnes supplémentaires. La douche, ce sera 10 couronnes pour 4 minutes ! Eh oui, c'est la Norvège, les ami(e)s. Le sèche-linge, c'est 45 NOK aussi.... J'étendrai donc mon linge ! Et le médecin, demain matin, à moins d'un kilomètre, je vous indiquerai, me dit-elle.

OK, c'est parti. Je mange pendant que la machine à laver bosse pour moi. Des allemands arrivent en même temps que moi, on discute un peu. Après manger, les douleurs augmentent sérieusement. Je vais étendre mon linge avec beaucoup de courage, car je dois dire que je souffre de plus en plus. Puis je vais m'allonger dans Mygoo, incapable d'en faire davantage.

Et là, je peux vous dire que j'ai douillé ! J'ai cru m'évanouir sous la douleur, la sueur est venue d'un seul coup, le besoin de vomir par-dessus ! Impossible de trouver une position, impossible de me reposer, je ne sais plus combien de temps ça a duré, mais c'était intolérable. Au premier répit, je suis sorti pour voir la patronne : personne. Je rencontre un des allemands et lui demande s'il sait où elle loge. Je peux à peine marcher, et je suis plié en deux. Il comprend immédiatement que ça ne va pas, déboutonne son pantalon, soulève ses vêtements et me montre une énorme cicatrice : "je connais, on m'a enlevé la moitié de l'estomac l'an dernier, cancer", me dit-il en souriant... Vous pensez que ça m'a fait rire - jaune, très jaune ! Mais il était très serviable, et a cherché la patronne, et l'a trouvée chez elle, un peu plus loin. Elle est aussitôt venue me trouver, et a appelé un médecin.

C'est comme chez nous : on passe par un central, qui pose plein de questions -nom, prénom, date de naissance... elle m'a passé le téléphone, et me traduisait quand je ne comprenais rien-, avant de contacter un médecin du lieu où l'on se trouve, qui appelle plus tard, et vous questionne aussi.... Bref, ça dure longtemps, la patronne est rentrée chez elle et est revenue me trouver lorsque le médecin a appelé. Entretemps, mon allemand est revenu me voir : je restais dehors, debout, incapable de m'asseoir, absolument incapable de conduire à ce moment-là ! Et mon allemand qui me dit : "Ah, la Norvège ! Ils sont quand même bien nuls. En Allemagne, la même histoire, vous seriez déjà à l'hôpital de Trondheim en ce moment; un hélicoptère aurait atterri ici dans le camping 5 minutes après le coup de fil..." etc, etc.... Puis la conversation dévie très vite sur tous ces étrangers qui viennent vivre "chez vous en France, et chez nous avec les turcs... Puis "Mais ce que j'adore avec vous les français, c'est que lorsque vous n'êtes pas d'accord, vous le dites, vous allez dans la rue, alors que nous, que des minables, on accepte tout, on ne dit jamais rien, on est de vrais esclaves comparé à vous..". Bref, il me fatigue, mais en même temps, je dois bien admettre qu'il m'occupe l'esprit !

Enfin, longtemps, très longtemps après, le médecin appelle. C'est une femme. Elle me pose à nouveau plein de questions, puis me donne rendez-vous au centre de soins de Rognan à 20h15. Je trouve enfin la force -je ne pouvais pas avant- d'aller prendre ma douche, et de me rendre présentable. J'y suis allé -difficilement- avec Mygoo, la patronne du camping me devançant en voiture afin que je ne me perde pas. Je dois dire ici qu'elle a été admirable de gentillesse et d'efficacité, et qu'elle m'a énormément aidé. Je ne regretterai jamais d'être venu dans ce camping !

Surprise : le médecin est une jeune femme de moins de 30 ans, extrêmement belle. Mon premier sentiment a été : mince, une jeune, pas d'expérience.... Mais en fait, elle s'est avérée fort compétente. Analyse d'urine, analyse de sang, précise, rapide, et en même temps très simple, sans aucun "chichi", bref, un bon médecin. Elle a très vite diagnostiqué : calcul(s) rénal(aux) ! Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas dangereux. Votre analyse de sang est excellente. Elle m'a préparé des médicaments dans son laboratoire. M'a tout expliqué patiemment et très consciencieusement. Et m'a dit, sans rire : 4 litres d'eau par jour, je vous l'ordonne comme traitement principal. Le reste, c'est contre la douleur, et anti-inflammatoire. Non, il ne faut pas interrompre votre voyage, voyons ! Demain, si vous avez de la fièvre, venez impérativement me voir, mais je serais surprise. Sinon, allez-y, continuez ! Le prix de la consultation : 276 couronnes, le prix que payent aussi les norvégiens. Elle me fait cadeau des médicaments. Pour ce qui est du remboursement -carte sécurité sociale E311-, elle ne sait pas, je dois payer. OK, j'ai payé, c'est logique, surtout que j'ai été fort bien soigné !

Je repars soulagé. Car évidemment, je pensais "cancer, prostate, rein, etc....". Psychologiquement, elle m'a bien remonté le moral. La douleur revient, il est temps que je rentre à la maison.... La patronne du camping attendait pour avoir des nouvelles, et me dit de ne pas hésiter à aller sonner à sa maison si ça ne va pas ! Merci beaucoup, madame.

J'avale ce que "ma doctoresse adorée" a appelé "la pastille rouge" en souriant : "c'est très puissant contre la douleur". Je bois une grosse gorgée d'eau par-dessus. Je m'allonge : je suis mort de fatigue, je n'ai qu'une envie : dormir. Et malgré la grosse douleur, je m'endors rapidement -vers 21h-. La pastille devait être puissante, car je me suis réveillé au cours de la nuit pour aller au petit coin, j'avais encore mal, mais je me suis aussitôt rendormi.

Douze heures, j'ai dormi douze heures d'affilée, pratiquement ! Mais je vous raconterai ça un autre jour !

 


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