Scandinavie 2012, étape 065

Jour 065 - Mercredi 6 juin 2012 - 158 km - 598 photos
(Total : 6967 km - 12827 photos)
De Styrkesvik à Leirvikbogen (Norvège)

Une belle nuit bien paisible. Je suis réveillé de bonne heure par le propriétaire du magasin, qui fait des travaux d'aggrandissement. Marteau, scie.... sur fond de cris de mouettes et de huîtriers-pie, très bruyants et nombreux ici. Mais c'est agréable. Il fait plutôt beau, plutôt doux, je me sens bien, alors que demander de plus ? Allez, zou.... départ vers 8h15.

Ce matin le soleil éclaire les montagnes blanches situées de l'autre côté du Sorfolda. Toujours aussi magnifique.

Par contre, la remontée du Lirfjorden se fait en contre-jour. Pas grave, déjà photographié hier. Je prends mon petit déj' face à la vue entière du fjord, et dehors car il fait très bon. Un grand bol de café, histoire de boire, pour les petits cailloux. Ceux qui ne comprennent rien doivent aller lire les jours précédents ! La route redescend ensuite nettement plus bas, on la voit bien sur cette photo.

Ensuite, au lieu de retourner de suite sur la E6, je prends une route secondaire qui la rattrape plus au nord; elle est à peu près parallèle.

Et c'est une véritable merveille pour les yeux ! Ces montagnes sont d'énormes blocs rocheux absolument fascinants. Le Horndalsvatnet, au pied du Bläfjellet, altitude de 1000 mètres pile poil !

Puis le Eiavatnet, pas complètement dégelé, au pied de la même somptueuse montagne. J'entends des cailloux rouler sur l'immense mur de pierre, et le son se répercute tout autour de moi. C'est prodigieux de beauté et de sauvagerie !

Eiavatnet toujours.

Et c'est presque toujours le même spectacle dans le monde. Les montagnes s'effritent, le roc se fissure et se détache sous les actions, combinées ou non, des agents d'érosion tels que l'eau et le vent, le gel et le dégel, puis se détache de la masse globale, morceau par morceau, petit ou gros, et descend vers le bas sous l'action inévitable de l'attraction terrestre. Ces morceaux s'accumulent en bas de la pente et finissent par former d'énormes tas au fil des siècles, des millénaires, des dizaines et centaines de milliers d'années qui se suivent.... La nature prend son temps, elle avance à son rythme, mais elle avance bel et bien ! Et, sur ces amas, la végétation s'installe, les herbes, puis les arbustes, et aussi les arbres. De temps à autre, une masse plus importante détruit un morceau, mais ce n'est pas grave, ce sera un jour ou l'autre réparé, et il n'y paraîtra plus ! Regardez sur cette photo, comme on voit bien ce processus. Un jour, la montagne aura disparu, il ne restera qu'une colline. Nous ne serons plus ici. Dommage que nous ne vivions pas mille fois plus longtemps, on pourrait comparer avec les photos prises par nos ancêtres.

De même, les eaux s'assemblent en bas... La jolie rivière qui se jette dans le Morsvikbotn, qui est la queue du Morsvikfjorden.

Avant de rejoindre la E6, je fais un crochet pour aller au bout de la piste longeant le fjord rive ouest.

J'en prends encore plein les yeux pour pas un rond !

Je vais au bout de la piste, puis effectue le traditionnel demi-tour. La E6 passe sous cette montagne et débouche ici, près du Sildhopen, nom donné par les norvégiens à cette "sous-crique" du fond du Morsvikbotn.

Vue arrière depuis le Sildhopen, justement. A gauche, l'énorme mur droit du Lisjeidtinden (765m), et vers la droite, la rive que je viens de vous montrer.

Toujours depuis le Sildhopen, vue sur la rive opposée.

Juste un peu plus loin, une petite auberge, des tables de pique-nique face à ce magnifique spectacle et... deux gars qui me font des signes. Je pensais justement à eux depuis ce matin, me demandant où j'allais les trouver. Les voici. Will et Arthur. Quel bonheur de les revoir. Leur accueil est à la hauteur de notre environnement : royal. Arthur me fait deux grosses tartines recouvertes d'une grosse couche de chocolat aux noisettes : un délice. Ces moments que nous passons ensemble resteront longtemps gravés dans ma mémoire, car ils sont humainement très chaleureux, et nous sommes si heureux tous les trois de savourer un soleil enfin généreux qui nous fait oublier les galères du mauvais temps. Surtout pour eux ! Ils ont passé la nuit au bord du lac, au pied de la grande roche. Arthur a pu réaliser une aquarelle sur son carnet, c'est sa passion. Will dit qu'il a aussi fallu faire une grande lessive... J'aimerais beaucoup les retrouver encore, mais je n'y crois guère, car ils vont bien plus vite que moi et, surtout, il suivent la E6 jusqu'au Cap Nord, leur cible, celle qui les fait avancer, alors que je vais bifurquer sur les Lofoten. Le temps que je visite les Lofoten, et ils seront déjà en Finlande... Mais si vous lisez ces lignes, les gars, sachez que je serais enchanté de vous rendre visite et d'écouter avec délectation le récit de vos aventures ! Will, je te le confirme, ce fut une très belle bulle.

Je retrouve donc la E6, grande, belle, longue, sauvage.

Et ses camions....

Partout, la végétation a avancé. Je suis certain qu'il y a deux ou trois semaines, ces bouleaux étaient encore en mode "noir et blanc".

Tiens, je ne croyais pas si bien dire ! Comme ça grimpe, on retrouve monsieur "hiver", pas encore tout-à-fait rentré dans ses pénates ! Je m'écarte de... 20 mètres de la route, seulement, et je me retrouve au coeur d'un paysage absolument grandiose, le genre de spectacle que l'on trouve après quelques heures de marche intensive et douloureuse. Et là, j'entends le coucou, et je retrouve le silence. Un grand moment de joie pure et totale.

Dans un mois, ce sera méconnaissable !

Une petite vers l'arrière, je ne peux pas m'en empêcher.

On voit bien la limite, très douce, entre le vert et le noir et blanc. A droite, le Kräkmotinden, ce grand "haut-de-forme" de 923 m.
En arrière-plan, un grand lac, le Rekvatnet.

En redescendant, je retrouve donc lentement une forêt plus dense.

Toujours le majestueux Kräkmotinden. Je suis scotché devant la majesté de ces roches.

Sandnesvatnet. A propos, désormais, les panneaux sont en deux langues. Le norvégien, bien sûr, et peut-être la langue des Sames -il semblerait que le terme "Lapons/Laponie" soit désormais injurieux, alors qu'autrefois, ils étaient connus sous ce seul vocable. Bref, ce lac, en "same" -du moins, je le suppose- se nomme Sattonjärgjävrre... A moins qu'il ne s'agisse de la deuxième langue norvégienne, ce qui est peut-être plus logique. Car la Norvège possède deux langues officielles, et ils ne parviennent pas à avoir une seule langue !

La E6 passe en forêt entre montagnes et lacs, tous plus beaux les uns que les autres. Vous pourriez rester ici une semaine et visiter la région, grimper les montagnes, pêcher dans les rivières et les lacs, bref... je vous le dis sans cesse, partout, absolument partout, vous pourriez stationner et vous éclater !

Le Kräkmotinden encore, vu de plus loin et sous un autre angle. C'est le "seigneur" du secteur. Et figurez-vous qu'il est à ce point impressionnant que je me souviens parfaitement de ma première rencontre avec lui, lorsque je suis passé ici en 2006 !

Et dans mon dos, le Ronna, 980 mètres. Vous constatez partout ce que je vous racontais plus haut : la forêt a poussé sur les dépôts rocheux entassés aux pieds des mastodontes...

Là, c'est le Strindvatnet.

Puis le Nervatnet, et l'arrivée sur... la mer et le fin fond du Sagfjorden, appelé Hopen. Mais ici, à Tommerneset, le lac s'écoule via un étroit goulet vers la mer. Et ce goulet, encadré de rochers laminés, lisses et bien ronds, est occupé depuis fort longtemps par la race humaine ! Les hommes préhistoriques ont dessiné sur ces immenses dalles ce qui était à leurs yeux le plus important : les animaux ! Cet art unique en Nordland est appelé l'art du roc poli. Parce que les lignes tracées dans le rocher ont été si bien polies par leurs géniteurs qu'elles ont empêché le lichen et autres espèces végétables de pouvoir s'y cramponner. Cet art est unique au monde -c'est du moins ce qu'écrivent les norvégeins sur le panneau explicatif. Ces images ont été dessinnées à l'âge de pierre, et peuvent donc avoir plus de 9000 ans d'existence ! Ici, sur ce site du bord de la Sagelva, on peut voir deux rennes en position parfaitement naturelle, en train de brouter, et en taille réelle.

Il y a là un grand parking de pique-nique, avec tout ce qu'il faut. Et comme il est déjà 13h30....

Bien, une petite étude de carte est également nécessaire. Il y a là, tout près, à ma droite, donc vers l'ouest et le sud-ouest, une énorme pince d'écrevisse, une grosse péninsule allongée et globalement orientée ouest-sud-ouest, qui porte le nom de sa commune principale : Steigen. En examinant la carte topo, je vois que les sommets sont élevés, et j'en conclus que ce doit être au minimum beau, plus sûrement très beau, sans doute magnifique. Mais... car il y a toujours un "mais", ce sera obligatoirement un nouvel aller-retour. La porte d'entrée est un long tunnel de plus de 8 km, et ce même unnel constitue également la porte de sortie de Steigen. Je n'en ai jamais été si près, ce serait idiot de n'y point aller !

Des hollandais en camping-car prennent la même direction : des connaisseurs, pensais-je, car les touristes poursuivent sur la E6 pour une écrasante majorité d'entre eux. Eh bien, que nenni, ils font demi-tour en voyant ce long tunnel. Dommage pour eux, mauvaise décision !

Aussitôt après le tunnel, le ton est donné, et je sais que je ne regretterai pas ma décision. Le Straumfjorden que vous voyez là est une crique de l'immense Sagfjorden. Et c'est pour moi une grande claque : c'est la première fois depuis que je suis en Norvège que je retrouve une telle ressemblance avec les fjords islandais ou ceux des îles Féroé. Exactement pareil.

Cette photo est prise excatement du même endroit, mais vers l'avant, alors que la précédente l'était vers l'arrière. Au premier plan, l'autre rive du Straumfjorden. Au loin, les îles Finnoya, Hamaroya et Lundoya, les joyaux plantés de l'autre côté du Sagfjorden.

Qui n'aimerait pas passer ici quelques jours de vacances, quand le soleil est là ? Au bord du Sagfjorden, face à Finnoya.

Et loin derrière, entre les deux îles, on distingue un bout de la longue chaîne aux sommets magiques des... Lofoten, la perle du Nord.

J'ai suivi une petite piste pour m'approcher du rivage, à Skranstad. Toutes les maisons occupent les points-de-vue !
Retour sur la route principale. Au fait, il s'agit de la 835, j'avais oublié de le préciser.

Juste après, je peux descendre sur le rivage, où je fais fuir un petit groupe d'huîtriers-pie, au cri si caractéristique.

Paradisiaque, une fois de plus !

Dypingspollen. C'est quoi, ce pays ? Pourquoi est-ce si beau, partout ? Un festival de tableaux naturels, tu ne sais même pas où tourner la tête, car tu es entouré de beautés, tu es envahi par une nature semblant directement sortie de la tête d'un artiste peintre surréaliste et spécialiste exclusif du "beau" !

Le petit crochet sur Dyping valait son pesant d'or ! Les montagnes que vous voyez sont celles que je viens de longer sur la 835....

Et tout le long, au large, les îles.

Une petite idée de la route telle que je la vois; les îles sont sur ma droite. Dur dur de regarder la route !

Après avoir suivi le Skjettenfjorden, la route longe désormais l'étroit goulet appelé Holmäkfjorden.
Derrière moi, un bout d'Engeloya.

Holmäkfjorden vu depuis Holmväg. Loin derrière, vers le nord, les montagnes enneigées d'Amaroya.

Je viens de contourner le Holmäkfjorden.

Oups ! Une sacrée belle ferme, n'est-ce-pas, en face du Holmäkfjorden ?

Je poursuis la remontée du Holmäkfjorden vers Leirvikbogen, ou plus simplement Bogen. Au nord de cette petite ville se trouve une île que l'on atteint via un pont, et dont on peut faire le tour. C'est ce que je me propose de faire, à moi-même, après une âpre négociation, acceptée, avant de bivouaquer.

Au loin, les montagnes et le Sagfjorden que je viens de suivre sur la 835.

Je viens de passer le pont et suis en approche d'Engelsoya. Vue vers le sud-est et la rive est du Sagfjorden.
Qui, je vous le rappelle, est la porte d'entrée et de sortie obligatoire pour Steigen ! J'ai déjà vu des portes plus moches.

Dernier détroit à franchir avant Engelsoya. Si "engel" a la même signification qu'en allemand -ange-, alors, c'est l'île des anges.

Je viens de mettre le peid sur Engelsoya, et me retourne. On voit la partie centrale du système de ponts permettant de franchir les détroits. En effet, comme souvent, les norvégiens utilisent avec raison la configuration du terrain pour franchir les passages longs. Ainsi, il y a un grand et haut pont pour la partir la plus étroite, puis ces suites de ponts pour les paries moins profondes, s'appuyant sur les avancées de roches et isthmes naturels pour effectuer le franchissement total des eaux séparant l'île du "continent".

Sur ma droite, le dernier goulet d'eaux transparentes aux reflets enchanteurs, tel un lagon des mers tropicales !

Älstad. Une fois de plus, je me retourne pour admirer encore et encore ce dont je ne parviens pas à me lasser !

Je fais le tour d'ouest en est, voulant terminer avec le soleil dans le dos à l'approche des autres îles. Je longe ici le Flagsundet.
Sur ma gauche, donc au sud, le continent.

Et sur ma droite, les montagnes d'Engelsoya. Ici, le Prestkonetinden, 846 m d'une très grande beauté.

Et voici Steigen, qui a donné son nom à la péninsule. La montagne est terrible !

L'église de Steigen est... en pierre, fait rarissime en Norvège ! Juste à côté, des toilettes parfaites, jusque dans le chauffage. Du coup, j'hésite un moment à rester ici. En effet, il est déjà 17 heures, et j'ai même capté un bon spot WiFi à deux pas d'ici. Allez savoir pourquoi finalement je continue ? L'avenir dira que j'ai eu bien tord. A droite, je me trouve désormais pratiquement sur la mer ouverte.

Vers le sud, une des pinces montagneuses de Steigen, la centrale. On verra ça demain.

J'arrive maintenant à la pointe nord-ouest de l'île Engelsoya, à Steigberg, devant le Steigbergtinden, 342 m seulement, et pourtant très impressionnant.

Steigberg.

Coup d'oeil arrière, pour vous montrer que je longe une longue plage de sable. Loin derrière, les montagnes sud-ouest de Steigen.

Les Lofoten réapparaissent, malheureusement dans une brume vespérale épaisse, cachant leur éclatante lumière. Prenez une carte et essayez de voir par vous-même. La chaîne des Lofoten est un long ruban étroit incliné NE-SO avec la partie finale de sa pince s'incurvant davantage vers le sud. De l'endroit où je suis, les Lofoten se trouvent entre 60 et 80 km de distance, ce qui est considérable !

Petite baie juste après le virage à 90 degrés, la Ytre Steigbergvika, où paissent des moutons peu sauvages. En effet, une mère et ses deux petits est carrément venue vers moi, et j'ai été contraint de lui dire "stop", faute de quoi elle venait me faire un gros calin, ce dont je n'avais pas envie. Ses deux petits la suivaient docilement, comme toujours. En face de moi, une saisissante montagne, la Mjelberget, 470 m. Et en arrière-plan, les montagnes enneigées d'Amaroya....

Le longe donc la Ytre Steigbergvika.

Coup d'oeil arrière sur les sommets incroyablement découpés des petites montagnes de Steigen.

Devant moi, Mjelberget à gauche, et Ludoya à l'horizon de droite !

Mjelberget et ses deux sommets.

Je vous passe ici bien des photos; je vous garantis ici bien des choses à visiter, des plages, de longs sentiers de randonnées sur la côte ou à l'intérieur, des paysages d'une diversité insoupçonnable sur des distances aussi faibles, bref, encore tout un monde féérique dont mes photos ne rendent qu'une bien pâle idée.

Mjelberget, encore, qui est au minimum étonnante, et que je qualifierais d'extraordinaire !

Et me voici déjà sur la pointe nord-est de l'île Engelsoya, avec, enface de moi maintenant, Lundoya.

Et à l'horizon nord-ouest, les Lofoten.

Le goudron disparaît pour faire place à une piste plus ou moins bonne. En effet, elle est par endroits truffée de nids de poule fort désagréables.
Vue arrière. Si vous faites gaffe, vous devriez distinguer la longue ligne des Lofoten à l'horizon. A droite, c'est Lundoya.

Retour vers le sud ! Cette ligne de montagnes, c'est évidemment celle longée cet après-midi sur la 835, après le tunnel, pour arriver jusqu'ici.
Et, plus près de moi, le magnifique Saetertinden, 560 m.

Les vaches paissent, et font accessoirement leurs besoins, au bord de la crique et de l'eau pourtant transparente....

Zoom sur le cirque du Saetertinden. Curieusement, je me demande si ces montagnes n'auraient pas une origine volcanique ?

Côté mer, sur ma gauche -donc au nord désormais-, je longe toujours Lundoya.

Une photo arrière montrant les montagnes de Engelsoya que je viens de contourner.

Dernier virage à 90 degrés, je redescends désormais vers Älstad, point de départ au centre-sud de l'île.
La route longe de multiples criques; ici, le Saeterosen.

Quelques maisons à Älstad, face à Leirvikbogen, où je vais donc bivouaquer. Il ne me reste plus qu'à franchir le détroit, ce qui ne me prend que 5 minutes, me refusant de nouveaux arrêts-photos. Pourtant, croyez-moi, c'était toujours aussi féérique ! Je m'installe devant le petit magasin. Des femmes papotent pendant plus d'une heure, comme chez nous. C'est une donnée universelle... Le ciel est bien couvert ce soir, j'espère qu'il fera beau demain.

 


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