Scandinavie 2012, étape 071

Jour 071 - Mardi 12 juin 2012 - 124 km - 327 photos
(Total : 7962 km - 14409 photos)
De Lodingen à Kabelväg (Norvège)

Il est près de 9 heures lorsque je démarre, après avoir été réveillé par le bruit des moteurs du ferry. Par contre, une nuit fort tranquille sur ce parking que j'ai trouvé tout bonnement parfait. Le ciel est encore lourd de nuages, mais il ne pleut pas. Du moins, pas encore ! Je rejoins la E10 qui commence par traverser un bout de la péninsule sur laquelle je me trouve. En conséquence, petits lacs et marais.... à moins d'un kilomètre du rivage marin !

Puis très vite, retour sur un fjord, le Kanstadfjorden, long et étroit dans sa partie supérieure, à droite, que longe la E10.

Plein nord sur le Kanstadfjorden.

Au-delà du Kanstadfjorden, la E10 contourne des massifs montagneux par deux jolies vallées, la Austerdalen puis celle-ci, la Sordalen, suivie par la Hestedalen, en ayant à chaque fois effectué des virages importants. Au final donc, je me retrouve à rouler sud-ouest, alors que je montais plein nord ! J'ai particulièrement aimé cette dernière vallée d'une grande beauté sauvage. Le fait d'y retrouver des bouts de ciel bleu ont-ils participé à mon admiration, c'est également possible, car lorsque la lumière de notre astre daigne se montrer, tout est tellement sublimé ! Je suis désormais à mois de 50 kilomètres des îles Lofoten.

J'ai eu bien du mal à "comprendre" cette route, la E10. Souvenez-vous, je cherchais à passer SANS ferry depuis Narvik, et mon logiciel Autoroute Express me trouvait donc la E10. Pour en avoir une vue plus topographique, je prenais alors mon atlas de la Norvège, acheté en 2006 lors de mon voyage en scooter, et rien ne correspondait. J'ai mis un moment avant de comprendre, en avançant étape par étape et en comparant la carte du PC avec la carte papier, pour finalement constater qu'entre-temps, les norvégiens ont construit cette portion de la E10, toute nouvelle donc, qui traverse Hinnoya d'est en ouest, au moyen de plusieurs tunnels, en permettant de s'affranchir du moindre ferry ! Et en conséquence, ils ont débaptisé l'ancienne E10, qui passait plus au nord, de l'archipel des Lofoten vers celui des Vesterälen, par le ferry Fiskebol-Melbu, et que j'avais pris en scooter pour poursuivre vers le nord ! Cette ancienne E10 est désormais la route 82, puis devient la route 85 jusqu'ici, point de départ de cette nouvelle portion ! Et tout ceci pour mon plus grand bonheur !

La route en elle-même est donc parfaite puisque quasi neuve, les tunnels sont en excellent état, et c'est un plaisir de rouler ici. Mais, en plus, je peux vous garantir que la beauté naturelle des lieux est largement au niveau de la beauté de l'ouvrage. D'autant plus que la région est pratiquement inhabitée, au coeur d'Hinnoya, étant encore récemment totalement inaccessible, si ce n'est à pied et par bateau. Ici, arrivée sur le Oksfjorden en sortie du premier tunnel.

La E10 franchit l'étroit Oksfjorden sur un pont et se poursuit vers l'ouest, là-bas.

On longe ensuite un lac qui se déverse dans le Ytterfjorden, ici, le tout encastré au creux d'une longue vallée étroite au fond de belles montagnes.. Ici, juste avant un nouveau tunnel, j'aperçois au loin un groupe de rennes.

Je descends au bord du Ytterfjorden. Terrible !

Plus loin en sortie de tunnel, le Ytterfjorden s'élargit en un petit golfe et débouche dans un fjord plus large, le Ingelsfjorden, lequel débouche dans le grand et large Hadselfjorden. Ici, un petit village : Ingelsfjord.

Zoom sur le Hadselfjorden, au-delà du Ingelsfjorden. Je vous rappelle que la E10 est ici sur une île, Hinnoya, permettant de passer sur l'archipel des Lofoten, lequel est orienté NE-SO et s'éloigne donc du continent norvégien au fur et à mesure que l'on descend vers le sud.

Hinnoya est séparée de l'île suivante, Austvägoya, par un très long détroit, le Raftsundet, que la E10 franchit par un large pont. C'est ici que se termine cette nouvelle portion, le pont était là bien avant. J'ai laissé Mygoo au pied de l'ouvrage après l'avoir franchi, et y suis retourné à pied pour faire quelques photos. Il fait froid sur ce pont, en plein vent, mais c'est tellement splendide que ça vaut le déplacement. De toute façon, je vous l'ai déjà dit cent fois, en Norvège, ça vaut toujours le déplacement ! Vue vers le nord, sur l'Ingelsfjorden. Au loin se profile l'archipel des Verterälen, avec Langoya, la plus grande de ses îles.

Zoom sur le Raftsundet à sa sortie dans l'Ingelsfjorden, donc côté nord.

Petite maison au bord du Raftsundet, côté sud. En face, Hinnoya que je viens de quitter.

Petit crochet sur Hanoyvika, où un ferry permettait de rejoindre Kaljord et la route 822 sur Hinnoya, plus au nord du passage de la nouvelle E10 qui, elle, a été construite au coeur d'Hinnoya pour rejoindre le pont. Ce passage en ferry pouvait être une alternative à celui de Fiskebol, mais il semble désormais abandonné (information à vérifier).

Le terminal du ferry d'Hanoyvika.

Rorbu à Hanoyvika. Endroit magique : un cadre olympien, le chant des mouettes entrecoupé par les aigus perçants mais adorables des huîtriers-pie, le tout accompagné dans les basses par les cris rauques des corbeaux, au coeur d'eaux calmes et transparentes chargées de goëmon et emplissant mes narines de cette merveilleuse odeur de l'iode que j'adore. Dieu, que c'est beau !

Désormais, la E10 longe plus ou moins l'Hadselfjorden séparant les Lofoten des Vesterälen, s'éloignant de temps à autre du littoral en retrouvant aussitôt marais, lacs et rivières comme ici, au sud du Falkfjorden (baie donnant sur l'Hadselfjorden), ou s'affranchissant des difficultés du relief en passant simplement sous les montagnes au moyen de long tunnels.

D'un côté les rocs immenses sans cesse lavés par d'innombrables cascades dévalant leurs pentes verticales....

et de l'autre, l'Hadselfjorden et les îles et îlots longeant la côte, comme ici Holdoya.

Et, en face, l'archipel des Verterälen.

C'est par un tunnel sous-marin que l'on franchit un nouveau fjord s'enfonçant dans les entrailles d'Austvägoya, le Sloverfjord. On ressort au bord d'une très belle baie, sur le Arnoysundet. Je me souviens parfaitement bien de cette baie longée avec Jolly Jumber, mon scooter x9. C'était le 27 mai 2006, il faisait à peu près le même temps, cherchez sur le site, le trentième jour de ce voyage. Mes photos de l'époque, avec pourtant un réflex dépassé, sont très hautement supérieures à celles-ci. Si vous saviez à quel point ça me désole, j'essaye de ne pas y penser, mais je prends une claque en regardant ces anciennes photos, qui plus est prises avec un ciel encore plus sombre, avec une moindre lumière.... Ah, misère de misère.

Passons, il y a bien plus grave sur cette pauvre terre, n'est-ce-pas ?

Le Sloverfjorden, vu vers le nord, est une nouvelle merveille !

La E10 longe désormais le Sloverfjorden qui, après s'être élargi, se rétrécit fortement et devient plus au sud le Higravfjorden.

Je vous garantis qu'on est ici dans un environnement féérique.

Magique.

Fantastique.

A couper le souffle.

Que voulez-vous ? Le mieux, ici, serait de louer un kayak et de pagayer le long des fjords. Si je devais revenir, ce serait avec des amis, et c'est ce que je leur suggérerais de faire ! Naturellement, avec le soleil, ce serait... parfait, mais les nuages apportent une touche mystérieuse et envoûtante non négligeable, l'imagination pouvant deviner à sa guise ce que cachent les vapeurs cotonneuses s'accrochant sur les pentes acérées et les sommets enneigés.

Budalen, sur le Higravfjorden.

Puis deux trois petits lacs, au sud du Higravfjorden, pour aboutir, très vite, sur un autre complexe de fjords, appartenant désormant au littoral sud des Lofoten, celui situé face au continent. Il s'en fallait de bien peu pour couper Austvägoya en deux îles !

Donc, arrivée sur le Austnesfjorden, qui débouche au sud sur la Hola, le vaste bras de mer séparant les Lofoten du continent norvégien, et Svolvaer, la capitale des Lofoten. N'anticipons pas trop.

La pluie se met de la partie au moment où j'atteins le Austnesfjorden, à Laupstad. Il est midi. Je prends alors une piste descendant la rive est vers Liland, et me pose là, face au fjord et à la rive suivie par la E10 de l'autre côté. Après avoir mangé, la pluie continuant de plus belle, je me couche pour une petite sieste, merveilleux passe-temps lorsque les gouttes tambourinent sur mon hublot et me bercent si agréablement, transformant une triste météo en un délicieux souvenir. Merci encore à Mygoo qui me permet de réaliser de telles prouesses.

15h15. J'avoue que ça m'a fait du bien. En même temps, le ciel s'est éclairci. je viens de rejoindre la E10.
En face, maintenant, c'est Liland, là ou je me suis si bien sustenté et reposé.

Juste après Vestpollen, le fjord s'élargit pour se rétrécir aussitôt, formant une petite presqu'île sur laquelle se trouve une église et un terrain de camping. C'est Sildpollneset. Juste là se trouve un beau parking avec un bel aménagement autour d'un point de vue admirable. C'est ce que vous montrent les photos suivantes.

Vers le sud.

Zoom plein sud vers la sortie du Austnesfjorden sur la Hola.

Voici donc Sildpollneset.

Son camping et son église.

Plus au sud, une petite baie forme le Vatterfjorden.

Avec quelques rayons de soleil, tout devient encore plus magique.

Zoom sur Stormolla, au sud-est. Je rencontre ici un groupe de quatre cyclistes français, un couple qui achève un tour du monde (eh oui !), plus deux jeunes filles rencontrées sur la route et avec lesquelles ils ont sympathisé. Toujours aussi adorables, les voyageurs cyclistes !

L'endroit est sublime. Encore plus beau que je que je viens de voir, si c'est toutefois possible. Mais en tout cas, je le ressens ainsi. Alors que le fjord s'élargit en un vaste golfe à son embouchure dans la Hola, sur ma gauche (donc à l'est, puisque je roule plein sud... vous suivez ?), un bras de mer s'est inséré sur ma droite (donc à l'ouest, et par conséquent et malheureusement en contre-jour total à cette heure de la journée) au pied de magnifiques montagnes. L'endroit est d'une très grande sauvagerie !

Malheureusement si mal retransmise ici. Allez-y, notez le nom de cette baie : la Husvägen.

C'est ici que les eaux pénètrent dans la Husvägen, en face de l'île dont je vous parlais plus haut : la belle Stormolla.

De nombreux pêcheurs sont ici, un fort courant de marée passant entre le golfe pour remplir et alternativement vider Husvägen, comme un peu plus au nord entre le Vatterfjorden et le Vatterfordpollen. Le retour du soleil fait apparaître les fonds transparents pour ma plus grande joie.

D'autres îles au sud-est : ici, zoom sur Litlmolla.

Et Husvägen de l'autre côté.

Husvägen encore, vers le nord.

Ensuite.... C'est l'arrivée à Svolvaer. Je vais voir la ville, faire quelques courses, visiter l'office de tourisme. Il y a du monde. C'est la ville, quoi ! Le fonds montagneux, la mer tout autour, cette ville est située dans un environnement naturel extraordinaire. Mais je n'y trouve pas le bivouac que j'y recherchais. Le camping est interdit sur les parkings des magasins, il n'y a aucun emplacement gratuit. La municipalité a réservé un endroit pour les camping-cars, dans un lieu plutôt moche. Bien entendu, c'est payant, ce qui n'est pas très choquant. Il y a des toilettes et des douches. Mais ce qui est inacceptable, c'est le prix demandé : 250 NOK pour 24 heures........ Gloups ! 35 euros pour poser un camping-car. Certes, il y a la douche et les toilettes. Mais voyez-vous, on pourrait aussi bien appeler ça une arnaque, non ? Au secours, fuyons ! Figurez-vous que je n'y ai vu que très peu de camping-cars, et tous norvégiens. Même les allemands et les suisses, pourtant riches, se sauvent. Il y a des limites que les norvégiens ne semblent pas très bien comprendre ! Plus au sud, j'ai vu un camping extrêmement bien situé face à un joli fjord, le long de la E10. Le propriétaire de ce camping, fort intelligent, a inscrit ses tarifs de façon très visible : 140 NOK pour les camping-cars. Voilà un commerçant qui a tout compris : depuis la route, je pouvais voir tous les véhicules qui s'y trouvaient, il faisait le plein, forcément. Si je possédais un terrain bien situé sur les Lofoten, je proposerais même l'emplacement à 100 NOK, et je suis sûr que je ferais le plein de mai à septembre...

Je vais sans doute vexer, mais je constate que les norvégiens n'ont pas, globalement, une fibre très commerçante. J'entends par là qu'ils n'étudient pas bien les besoins des touristes, qu'ils ne savent pas bien répondre à la demande, ou du moins, qu'ils l'analysent plutôt mal. Je parle de la clientèle européenne, pas de la clientèle autochtone qu'ils maîtrisent certainement très bien. Le norvégien est extrêmement traditionnaliste et innove très peu. Tous louent les "rorbuer" dans les campings, lesquels sont évidemment presque tous de couleur rouge, tous mettent les douches payantes en plus du prix, tous diminuent la durée de la douche (j'ai même vu un camping qui mettait la douche à 3 minutes et demie -pour dix couronnes-, à Sortland, sur les Vesterälen), il y a de moins en moins de terrains de camping qui acceptent les tentes, etc. Et c'est pareil dans tous les domaines. Vous visitez une petite ville, et c'est suffisant pour toutes les connaître : c'est partout le même plan, les mêmes couleurs, les mêmes tarifs, les mêmes prestations, les mêmes magasins, les mêmes articles en vente. Je me trompe peut-être, mais je ne le pense pas. C'est mon ressenti de ce voyage, qui m'attriste quelque peu. D'ailleurs, soit dit en passant, je trouve les campings bien vides, alors que nous sommes presque à la mi-juin. Néanmoins, depuis quelques jours, je croise une forte quantité de camping-caristes, et je suis très surpris par le nombre très élevé de français sillonnant ce coin. Ils sont largement, avec les allemands, les touristes les plus nombreux ici.

La cathédrale des Lofoten, comme l'appellent les norvégiens, est à Kabelväg, la petite ville juste au sud de Svolvaer. Vous noterez au passage que le soleil revient ! Je cherche un coin pour poser Mygoo cette nuit. Pas facile. A Kabelväg, justement, je prends une ènième petite route secondaire descendant vers la côte quand je vois, soudain, deux camping-cars installés sur un parking près de l'entrée d'un musée, manifestement installés pour la nuit. Ni une ni deux, je pose la petite Mygoo à côté, et ce sera très bien. Après tout, la vue extérieure m'est totalement indifférente quand je suis dans ma chambre à coucher. Il est 18h30, grand temps de débaucher.

Depuis plusieurs jours, je ne suis pas assez en forme pour trier les photos, les formatter pour le site, écrire les textes, etc. Trop dur en ce moment, j'ai besoin de m'allonger, de me détendre, de reprendre doucement des forces. Je vais mieux de jour en jour, je retrouve le bonheur d'admirer les paysages sans arrière-pensée sur la santé, et c'est déjà si appréciable.

 


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