Scandinavie 2012, étape 092

Jour 092 - Mardi 3 juillet 2012 - 112 km - 1171 photos
(Total : 10534 km - 21443 photos)
De Aisamjunni/Repparfjorddalen à Repväg (Norvège)

Pluie, vent et froid. Pas gâté, le garçon, pour son arrivée au Cap Nord. Du coup, je ne vais pas me presser ! Départ à 10h30.

On voit les gouttes de pluie sur le pare-brise... Comme je vous le disais hier soir, la E6 commence sa lente descente du plateau, le long de la belle rivière qu'on entrevoit à peine ici à gauche sur la photo. Ce qui est plaisant, c'est de voir comment fonctionne la mémoire. Il y a des endroits que je reconnais immédiatement, alors que je n'y suis pas venu depuis 6 ans, des endroits qui m'ont marqué. Celui-ci en est un. Sans doute en raison du changement apporté par les gorges, après la longue traversée monotone du plateau ? Hier par contre, il y en a eu un que j'ai également aussitôt reconnu, mais qui m'a beaucoup moins plu que la première fois. Allez savoir pourquoi ! Eclairage différent, autre état d'esprit au moment du passage...

Skaidi est le village situé en bas du plateau. Là, deux options. Vers l'ouest, la route 94 monte vers Hammerfest. Vers l'est, la E6 poursuit son bonhomme de chemin vers Kirkenes et la Russie, rien de moins ! Malgré cette mauvaise météo, je vais quand même jeter un coup d'oeil sur la 94. J'avance jusqu'au Reppafjorden. Les paysages sont parfaitement conformes à ce que j'en attendais. Montagnes rondes et relief peu accentué. Et en plus, malgré des altitudes autour de 650 mètres, les montagnes sont sous les nuages tant le plafond est bas. Ici le Reppafjorden, vu vers le nord_ouest depuis le hameau appelé Oyen. Je fais demi-tour. Je discute avec un pêcheur de saumons tout excité à Indrevoll, à l'embouchure de la rivière dans le fjord. Il parle bien anglais, me dit "viens voir, viens voir" en m'entraînant vers sa voiture, puis ne me montre finalement rien du tout, et repart vers le fleuve sous la pluie ! Sans doute n'ai-je pas compris ? Donc, retour à Skaidi. Aucun spot WiFi détecté, je poursuis donc sur la E6.

La route suit plus ou moins une vallée parsemée de lacs, marais et forêts. Bref, du grand cvlassique norvégien. Ici, à peu près au centre de la péninsule, entre les deux fjords (le Reppafjorden à l'ouest et le très grand Porsangerfjorden à l'est). A gauche, le Smorfjordvannet.

Donc, la E6 arrive sur le Olderfjorden, à Olderfjord. Un camping, une station essence, une boutique de souvenirs, pas de spot WiFi.... Le Olderfjorden n'est qu'une crique débouchant sur le Porsangerfjorden, qui débouche au nord sur le large et... le Cap Nord.

Donc, la E6 continue vers l'est. Et cette fois, je vais au Cap Nord, je prends donc l'autre route, la E69, qui va longer le Porsanger sur sa rive ouest. C'est un cul-de-sac, bien évidemment, un long détour, mais je suis bien décidé à y aller cette fois. Il y a six ans, j'avais dénié cette visite, parce que c'était trop cher, et qu'on voyait le même genre de paysage sur les péninsules suivantes. Ce n'est pas faux, mais le Cap Nord est en même temps un lieu mythique où se rejoigent tous les voyageurs du Nord, venus chercher le bout de la route Nord, là où elle s'arrête. Après, c'est la mer. C'est un peu comme le but d'un pèlerinage, le Graal. Bref, je suis comme les autres, je pars vers cette quête, qui n'est pas le but ultime de ce voyage (c'est Grense Jacobselv, mon but final, mon "bout de route" à moi, mon point de demi-tour de ce Scandinavie 2012 que je vous fais partager). Néanmoins, le Cap Nord est un des points marquants que je ne veux pas louper cette fois-ci. Ici, j'arrive à Smorfjord, un hameau situé au nord du Olderfjorden déjà dépassé, et situé au fond d'une petite baie actuellement vidée de ses eaux pour cause de marée basse. En face, la presqu'île de Brinna, ou Bringnes.

Vous voyez donc la face nord de Brinna (395 m au point culminant), qui correspond à la rive sud du Smorfjorden, que la E69 longe maintenant.

Et la sortie du Smorfjorden dans le vaste Porsanger.

Un cap s'avance dans le fjord, le Guoskatnjarga Neset, en face de Solberg, et recouvert de jolies maisons.

Litleng, juste après le cap. Des poissons sont encore en train de sécher ici, alors que tout est terminé partout ailleurs.

Vue arrière sur la petite baie, vous permettant de constater que le vent souffle déjà violemment.

Cette vaste péninsule que remonte la E69 sur sa rive "est" se nomme la Porsanger Halvoya. La route va la suivre au plus près de sa côte déchirée, dans un univers où les arbres ont disparu, et où seuls quelques arbustes tentent de survivre aux terribles vents et froids qui sévissent ici presque toute l'année.

La côte est marquée de nombreux petits caps et de nombreuses criques et petites baies, lesquels sont en général occupés par quelques maisons plus ou moins isolées dans lesquelles je ne voudrais surtout pas vivre !

Seljenes.

Vue arrière sur la E69, depuis Seljenes.

Je plains les motards qui doivent constamment rester sur leurs gardes, et bien davantage encore les malheureux cyclistes.
En face, le Skarvberget, 394 m, situé juste après Nordmannset.

Sur ma droite, en face, la péninsule suivante à l'est, et le Porsangerfjorden qui nous en sépare, et qui fait la bagatelle d'une vingtaine de km de largeur, ce qui est considérable.

Au zoom, on voit nettement l'entrée du Skarvbergtunnelen permettant de franchir ce cap.

Nordmannset, avec le plus joli magasin de souvenirs que j'ai pu voir dans le nord. Vous savez, pour prendre les photos avec un petit compact numérique, on le tend à bout de bras en regardant sur l'écran de vision pour effectuer le cadrage avant de déclencher. Eh bien, je peux vous dire que j'ai eu bien du mal à faire cette photo tant le vent était fort. Je ne parvenais absolument à rester sans bouger. Par ailleurs, je ne vous cache pas que j'étais frigorifié le temps de faire la photo !

L'accès à la petite boutique.

Avec une superbe décoration. A l'intérieur, de très beaux objets, tous très chers. J'ai juste regardé, car je n'achète jamais rien pendant mes voyages. mes proches le savent, et ne s'en offusquent pas, du moins personne ne me dit jamais rien. Je sais que les souvenirs passent leurs vies sur des meubles, et terminent leur vie dans les poubelles lorsque vos descendants héritent de vos biens à votre disparition. C'est donc sans intérêt, et je les laisse là où ils sont. Les malheureux commerçants ne sont pas gâtés avec moi, heureusement que tout le monde ne réagit pas ainsi.

Oui, je sais, c'est "pour faire plaisir".

Je comprends.

Le tunnel se trouve au-delà de ce petit cap.

Regardez la mer. C'est un phénomène que j'avais rarement vu, et je vous assure que j'ai vu un paquet de tempêtes sur nos côtes vendéennes. Mais la configuration géographique étant différentes, les conséquences du souffle d'Eole diffèrent d'un lieu à l'autre. Ici, dans le Porsanger, le vent passant en très fortes rafales soulève l'eau de mer du fjord qui s'élève alors en tourbillonnant, formant des mini-tornades d'eau un peu partout à la surface. C'est d'une grande beauté, mais ces tornades sont petites et très éphémères; par contre, elles se reproduisent en grand nombre.

Juste en sortie de tunnel, je vois un renfoncement où je peux poser Mygoo, car je tiens à observer ça de près. Je ne suis pas le seul. Au même endroit se trouvent deux charmants cyclistes suisses, Michel et Yvonne, avec lesquels je vais discuter pendant une heure dans le froid glacial et sous le vent violent. C'est vous dire si nous avons de suite sympathisé. Michel parle peu le français, mais Yvonne se débrouille fort bien. Ils parlent tous les deux très bien l'anglais, et leur allemand suisse est extrêmement difficile à comprendre, voire totalement incompréhensible, même pour moi. Mais ils savent aussi parler ce qu'ils appellent le Hochdeutsch ("haut-allemand"), qui est en fait l'allemand. Regardez leur magnifique sourire, alors qu'ils sont dehors sous les pires conditions météorologiques. Je vous le dis, les cyclistes, ce sont les meilleurs et les plus forts. Ils ont une force de caractère au-delà de la normale, ils sont au-dessus du lot commun, ils sont plus forts que leurs congénères. On peut les comparer aux navigateurs qui partent seuls à la voile traverser les océans. Au-dessus du lot, vous dis-je. Et ce que j'apprécie encore plus avec Michel et Yvonne, c'est leur formidable bonne humeur et joie de vivre. Merci beaucoup à vous deux pour cette heure passée en votre compagnie, ici, au bout de l'Europe.

Après leur départ, je reste à filmer les éléments déchaînés. Voici deux photos extraites du petit film.

J'ai trouvé cent mètres plus loin un renfoncement de la route côté mer, juste de la taille de Mygoo. Je m'y suis posé pour manger (il est 14h45....). Mygoo était ballotée comme un bouchon sur l'eau, j'entendais les embruns giffler régulièrement la carrosserie, c'était dantesque, mais formidable. Je voyais passer les motards, les pauvres ! Yvonne et Michel ont trouvé refuge juste un peu plus loin, au fond de la Skarvbergvika, à l'abri des murs d'une boutique de souvenirs same. Ils ne pouvaient plus avancer, ils sont restés là toute la soirée et toute la nuit. Heureusement, les propriétaires samis ont été formidablement gentils et accueillants, et leur ont apporté aide et protection.

C'est la Skarvbergvika. Les malheureux arbres plient, ploient, mais ne se rompent pas !

C'est quand même un monde essentiellement minéral, d'une tristesse absolue.

Un autre tunnel, là-bas, au-delà de cette nouvelle petite baie.

J'ai vu des motards arrêtés près de cabanes, prenant des forces pour la suite. Plus aucun cycliste ne circule, ils ont tous été obligés de se mettre à l'abri.

J'adore la forme des pierres ici, en pâte feuilletée.

C'est superbe, et c'est ainsi pratiquement jusqu'en haut de cette péninsule.

Molvika. Regardez, malgré le temps couvert, la pluie et le vent, on voit des reflets bleu-verts dans l'anse de cette crique.
Par temps ensoleillé, ce sont sûrement des eaux totalement transparentes !

Les mouettes se sont elles aussi mises à l'abri. Enfin.... chacun sa notion d'abri. Pour elles, c'est à mi-pente de la plage, parmi les gros galets, les unes à côté des autres. Aucune ne se risque à voler dans de telles rafales.

Ici, les rivières creusent de petit canyons dans cette roche friable.
Voici la Molvikelva qui descend d'un lac situé un peu plus haut et se jette dans la mer juste au bord de la route.

Cette tempête n'empêche aucunement les marins de partir à la pêche! Ils sont incroyables, eux aussi. Beaucoup y laissent leur vie. Je n'oublierai jamais la mort du père d'un de mes collègues de travail, dont le bateau (de pêche) a coulé au large des Sables d'Olonne, incapable de rentrer au port ! Nous suivions la tragédie en temps réel ! Comme les alpinistes, ils sont là, à portée de main, on les voit à la jumelle. Mais c'est comme s'ils étaient sur une autre planète; ils sont réellement dans un autre monde, terrifiant, tout près mais si loin en même temps, car les deux mondes perdent parfois la passerelle qui permet de les joindre. Alors, ont-ils raison de sortir par ce temps ? Je dis non. Ils ont tord. La vie vaut bien la perte d'un jour de pêche. La vie vaut bien une course en montagne ratée. A chacun de peser la valeur de sa vie.

Rien de tout ceci ne gêne Mygoo. Elle avance sereinement, comme si de rien n'était.

Regardez ce monde de cailloux, presque entièrement dénudé.

Sur la grève, parmi les galets et les lichens, des ossements.... de renne ?

Par endroits, la pâte feuilletée plonge dans la mer.

Les camping-cars sont les rois de cette péninsule. Ils forment assurément plus de la moitié des véhicules que j'y croise.

C'est bien joli, tout ça, mais je n'ai aucune envie de poursuivre ce soir jusqu'au Cap Nord. Je ne suis pas pressé, je vais me chercher un bivouac. Sur la carte, je vois une presqu'île, et un village, Repväg, à l'écart de la E69. Je vais voir. Je passe devant la petite église, bien misérable, et son minuscule cimetière entouré de grillage.

Le village est bâti sur les deux côtés d'une anse étroite et allongée. Les mouettes sont là, à mi-pente, attendant que le vent se calme.

Repväg dans la tempête, Repväg sous les embruns.

Une petite place, rare en Norvège. Un bon spot WiFI. Très rare dans le nord de la Norvège. Décidément, je suis veinard, et j'ai bien fait de pousser jusqu'ici. La soirée sera longue, à l'abri de Mygoo. Un peu de chauffage pour être bien à l'aise, le PC sur les genoux : c'est "Bizance" ! Dehors, les éléments se déchaînent, mais je suis à l'abri de ma petite voiture, et je suis heureux, une fois de plus, de mon choix.

 


Depuis le 06/06/2005 Visites:891383 Aujourd'hui :91 Maintenant:8 (Passage du cap des 50.000 visiteurs le 09/01/2009)