Scandinavie 2012, étape 094

Jours 094-95 - Jeudi et Vendredi 5 et 6 juillet 2012 - 6 km - 190 photos
(Total : 10627 km - 22023 photos)
Nordkapp (Norvège)

Deux jours pleins passés sur ce lieu mythique.

Ce matin, c'est bien sûr l'émerveillement face à un beau ciel bleu et un soleil qui va essayer de réchauffer un peu cet air glacial. Il est 9h45, et je m'en allais tout bêtement aux toilettes dans le grand bâtiment. Ah, mais non, c'est fermé. L'immeuble ouvre ses portes de 11 heures à 1 heure du matin, point final. Ce qui signifie qu'il n'y a pas de toilettes pour tous les touristes stationnés là, et qui ont payé cher leur emplacement, entre 1 heure et 11 heures du matin. Vous allez encore dire que je suis un râleur...

Bien, je profite d'être ici pour aller près du globe. J'ai mon appareil-photo en mains, et une touriste me demande si je désire qu'elle me fasse une photo. Que voulez-vous, j'accepte ! A l'horizon, cette tache sombre n'est pas celle d'une montagne ! Il n'y a plus rien, au-delà de ce point, vous le savez bien. C'est tout simplement une grosse brume qui, j'espère, en restera là !

Envie pressante ? Je vais à tout hasard demander au gars qui se trouve au poste de péage s'il n'y aurait pas des toilettes ailleurs. Il me confirme qu'il n'y en a pas, et il me dit textuellement : "j'ai honte pour mon pays, ce n'est absolument pas normal". Et tac ! Enfin quelqu'un qui me comprend. Bref, la seule possibilité restante est celle offerte par l'espace naturel, n'est-ce-pas ? Pas facile, vu le nombre d'arbres présents dans le secteur pour se dissimuler des regards indiscrets ! Mais comment font les motards, les cyclistes, les trekkeurs ? Je prends Mygoo et je pars en chasse...

Troupeaux de rennes dans ces solitudes glacées.

Partout, absolument partout, il y a de l'eau. Souvent invisible de loin, mais pas lorsque l'on marche sur le terrain. Il faut marcher sur les pierres, heureusement nombreuses, car sinon, le terrain est mouvant, et bien humide. On le voit bien sur cette photo, les rennes sont dans le marécage.

De loin, on ne s'en rend absolument pas compte.

Les motos sont, après les camping-cars, le deuxième moyen de locomotion le plus utilisé pour parvenir ici. Par contre, pour ce qui est du nombre de voyageurs transportés, les bus remportent la palme. Ils arrivent le soir, et repartent généralement avant une heure du matin. Ils ne viennent que pour le soleil de minuit. Ils laissent bien sûr du temps à leurs voyageurs pour dépenser un peu de sous dans la boutique de souvenirs...

Au loin, Mygoo sur un petit parking le long de la E69.

Pour tous ceux qui se demandent à quoi ça ressemble, voici un paysage typiques des terres nordiques, tout là-haut.

Et le long ruban que j'aime tant suivre, puisque lui seul me permet d'atteindre les lieux que je désire voir. Je ne remercierai jamais assez tous les travailleurs qui ont participé à sa construction, permettant aux hommes de se rencontrer, ou tout simplement d'avancer. Les avions, à mon grand désespoir, ont enlevé à beaucoup de touristes le goût de la découverte quotidienne vers l'inconnu, ce que piétons et cyclistes connaissent si bien. Petit à petit, jour après jour.

Retour sur le grand parking. Bien sûr, je ne repasse pas par la case "départ", et je passe sans payer.
Surprise, une deux-chevaux commerciale. Finlandaise, de surcroit. Magnifiquement bien entretenue, bravo.

Je traine un peu partout, je vais voir le musée (je vous l'ai dit, ça ne casse pas trois pattes à un canard). Puis le film. Il ne dure que dix minutes, mais les images et la musique sont très belles. Il s'agit d'un court-métrage sur ce lieu même, le Cap Nord, dur une année. On le voit donc pendant les quatre saisons, et c'est fort intéressant. Je discute avec des gens d'un peu partout, j'adore ça. Evidemment, je vais manger dans ma petite voiture, les prix de la restauration étant bien au-dessus de mes modestes moyens.

15h30. Me voici revenu sur les lieux. Les vents ont viré à 180 degrés, exactement à l'opposé d'hier. Je change Mygoo de position, afin de lui mettre le nez dos au vent, les batteries n'aimant pas le froid. Et je vous garantis que rester ici face au vent est une épreuve, malgré le soleil. Il suffir de regarder cet homme et son blouson pour le comprendre !

Explication de la statue et des sept médaillons.

Je vous propose la tarduction suivante. "En juin 1988, sept enfants originaires de différents coins du monde ont été rassemblés au Cap Nord. Ils sont restés ici pendant une semaine et ont créé ce ensemble le monument "Enfants de la Terre", symbole de partage, d'amitié, d'espoir et de joie".

Une brume épaisse s'élève de temps à autre. Les nuages se forment en quelques minutes, puis disparaissent tout aussi vite.
Pourvu qu'ils ne s'incrustent pas !

Quelqu'un m'appelle. C'est Yvonne, la cycliste suisse, qui m'aperçoit. Quel bonheur de se retrouver là. Ils me racontent leur périple depuis notre entrevue près du tunnel, prendant la tempête. Je ne suis pas du genre à m'incruster et à déranger les autres. Mais il faut croire que nous nous entendions particulièrement bien, puisque nous allons passer le reste de ces deux journées ensemble. Ce sera donc pour nous trois une merveilleuse "bulle de vie"

Je retourne au cinéma avec eux. Nous irons voir le film quatre fois, avec Michel !

21h20. Les premiers bus commencent à arriver. Un parking spécial leur est attribué, le plus proche du centre. Nous, les touristes classiques, sommes relégués un peu plus bas dans la pente. Ne voyez aucune malice dans ma remarque, ce n'est qu'une description de la situation. Il leur fallait bien faire des choix, et je comprends que les bus soient placés ici, c'est logique.

21h23.

23h19. Yes, nous aurons droit au soleil de minuit, les nuages ne sont pas revenus. Youpeeeeh.

Les bus sont bien plus nombreux.
Je remarque que nos ombres sont particulièrement longues.

Forcément, pour prendre un coucher de soleil, et à fortiori lorsqu'il ne va pas se coucher, on se trouve en position de contre-jour. Par conséquent, si vous trouvez certaines photos sombres, voire très sombres, il s'agit d'un choix volontaire de ma part. En réalité, il fait clair, et il a toujours fait clair ! Par ailleurs, pendant que je suis sur le chapître des photos, j'ai effectué des post-traitements sur toutes, en y ajoutant de la saturation, entre autres. je pense que ça ne plaira pas à tout le monde, mais c'est mon choix. J'espère que ça vous plaira majoritairement. Il est toujours difficile de partager ce que l'on a ressenti sur un lieu, j'aurai une fois de plus essayé.

C'est la luminosité telle qu'elle était en réalité. Il est 23h21.

23h27.

23h31.

23h41

23h46

L'ambiance est extraordinaire. Certains se précipitent, de peur de rater l'instant magique.

6 juillet 2012. 0h00. L'astre du jour reste bien au-dessus de l'horizon, en fait beaucoup plus haut que je ne l'imaginais.

En fait, rater l'instant magique n'est pas un problème. Entre 23h50 et 0h10, qui voit la différence ?

Mais déjà, là, il remonte !

Nous nous prenons en photo.

Au coeur de la nuit polaire !

0h26. Les bus sont repartis, il ne reste plus que les autres.

0h42.

0h43, face au bâtiment.

0h48, à l'intérieur, peu avant la fermeture.

Le centre se vide. Ils vont fermer les portes.

0h55.

Pendant ce temps, le spectacle continue.

Tout se passe autour du globe.

Certains ont préparé leur forfait depuis longtemps....

Chacun son tour. C'est magique.

Les quelques spectateurs applaudissent. Le globe reste inoccupé entre deux attractions. La bonne humeur règne en maître. Chacun attend la fin du spectacle du précédent. Certains montent en groupe. Un groupe de trois jeunes allemands y sont montés tout en souplesse, avec des gestes lents mais beaux, pendant qu'un autre faisait "LA" vidéo. C'était magnifique.

A son tour, Michel est monté. Il trépignait d'impatience.

Le voici, heureux comme un prince.

Il a ensuite aidé Yvonne à monter. J'ai fait les photos avec leur appareil. C'était génial. Soudain, une femme se met devant moi et m'invective assez fort. Je souris, persuadé qu'elle plaisantait, me déplace un peu et reprend la série de photos. Pas facile à faire, il faut se concentrer, car Michel veut absolument avoir le soleil, et m'a expressément demandé de faire des contre-jours. Il faut donc pointer d'abord vers le soleil, puis conserver le choix de l'appareil et recadrer comme on le désire, en jouant aussi avec le zoom. Et cette femme m'empêche absolument de continuer. Non, elle ne plaisante pas. Elle s'exprime très mal, je reconnais de l'allemand. Elle me dit grosso-modo d'arrêter, que je ne suis pas seul au monde, qu'elle veut aussi faire des photos, etc. Bref, je n'en reviens absolument pas, et j'ai sincèrement mis un moment à comprendre ce qui se passait. Des personnes présentes sont alors venues lui dire de nous laisser tranquilles, mais rien n'y a fait, elle était devenue à moitié hystérique, et surtout devenait franchement agressive.J'ai alors arrêté, Michel et Yvonne sont redescendus. Michel a essayé de lui parler gentiment, que c'était ici un lieu de paix, où tout le monde s'entraide pour les photos, où nous avons tout le temps devant nous, toute la nuit, que personne n'est pressé, mais rien n'y fit. Le compagnon de cette malade restait en arrière, l'appareil-photo en mains, la tête baissée, et ne disait pas un seul mot. Puis elle a dit à Michel de retourner dans "sa Suisse de merde".... C'est la seule fois que je l'ai vu en colère. C'est un garçon extrêmement calme et courtois, incroyablement serviable et aimable, mais là, cette femme l'a fait "disjoncter". En fait, il ne pouvait tout simplement pas comprendre comment l'on pouvait se comporter ainsi, et tout particulièrement ici !

Bref, les spectateurs ont gentiment laissé la place à cette furie pour qu'elle puisse faire ses photos. Tout le monde a attendu gentiment, tout le monde tenait à conserver cette atmosphère d'amitié. Nous en avons tous parlé, en anglais, en allemand, nous étions tous très étonnés de voir une telle personne. Puis le spectacle a continué, agréable, sympathique. La magie du lieu a repris le pouvoir, c'était merveilleux.

01h44

Michel et Yvonne sont remontés pour que je puisse faire des photos avec mon propre appareil. Les jeunes allemands présents ont aidé Yvonne à remonter, avec beaucoup d'attention. C'était magnifique. Et je vais vous dire que j'ai un immense regret : il ne m'est même pas venu à l'idée d'y monter ! Physiquement, je suis trop nul pour atteindre la sphère à la force de mes biceps, mais il y avait là plein de monde prêt à m'y aider.

Juste pas pensé !

C'est ballot, hein ?

2h41.

Ky vient à son tour de grimper tout en haut.

Ky est venu ici en scooter. Il est sur la route depuis plusieurs mois, et arrive d'Islande, si j'ai bien compris. Il est suisse, lui aussi. Et vous savez quoi ? Nous avons passé la nuit à discuter, Michel, Ky et moi, de philosophie, de religion, de l'existence d'un dieu... En anglais, en "hoch deutsch", en suisse parfois... Ky, il voyage pour apporter l'amour aux êtres humains qu'il rencontre. Nous sommes restés courtois, bien que d'avis différents. En fait, Michel et moi étions du même avis. Bref, peu importe. Ky nous a avoué dormir depuis trois années (été comme hiver) sur le balcon d'un appartement loué par ses amis, qui lui laissent le balcon gratuitement. Du coup, il était prêt physiquement pour cette grande quête qu'il entreprend. Un peu mystique, notre compagnon de cette nuit.

Ce fut une "nuit" en tous cas extraordinaire, et aussi une nuit blanche (hi hi hi...). A six heures, quelqu'un a ouvert la porte de l'immeuble. En fait, c'est juste pour accueillir un car de touristes grecs venus prendre ici le petit déjeuner. Touristes VIP.... Mais, lui aussi, trouvant "honteux" le manque de toilettes sur le parking, nous a autorisés à y aller, merci à lui. Dehors, nous rencontrons un autre couple de jeunes cyclistes suisses, partis eux aussi depuis trois mois. Ils ont également arrêté de bosser, et sont sur la route pour une durée indéterminée. Nous entamons une nouvelle discussion.

6h56. Je vais rejoindre Mygoo, et plonger dans le duvet. J'ai froid, je suis fatigué. Mais je suis heureux.

Michel s'en va rejoindre Yvonne qui nous a abandonnés depuis fort longtemps. Et Ky s'en va monter sa tente quelque part sur le parking.

Et la vie continue.

J'ai dormi jusqu'à 14 heures. Je retrouve Yvonne et Michel dans l'immeuble. Ce dernier n'a pas réussi à dormir, ou si peu, trop "excité" par ce qu'il vient de vivre. Je profite du spot WiFi du centre pour changer la page d'accueil de mon site allersretours.com, pour vous présenter le soleil de minuit. Puis je retourne me coucher, comme font aussi mes deux compagnons.

Il est 16h25. Voici leur maison...
Au coeur de Mygoo, je replonge instantanément dans les rêves.

La météo a totalement changé. La pluie est déjà revenue.
Il fait froid et humide, le vent souffle à nouveau... C'est le retour à la dure condition climatique du lieu, à son aspect le plus ordinaire.

21h34

Cette fois, j'ai terminé ma nuit, je suis en pleine forme.

J'aime bien cette image, reflet de l'humeur du moment, après la grande excitation de la veille !
Le soleil fait une timide apparition.

J'assiste au large à un curieux phénomène. L'eau de mer est aspirée et se transforme en nuage.

C'est absolument magnifique, et je reste un moment scotché par le spectacle.

J'ai retrouvé mes amis cyclistes. Michel n'est toujours pas parvenu à se reposer. Yvonne a besoin de mon PC pour écrire son compte-rendu afin de l'envoyer à tous ses amis. Nous allons au café, où Yvonne m'offre un délicieux chocolat bien chaud, et où elle peut travailler. En effet, elle a tout griffonné la nuit dernière, alors que nous discutions avec Ky, sur l'enveloppe cartonnée de sa boîte "allways"... Un gros travail, qu'elle ne parvient pas à terminer à temps pour la fermeture du centre, à une heure du matin. Mais elle peut sauvegarder son travail sur son mail. Je retourne au cinéma voir le film. Puis Ky nous rejoint plus tard dans la soirée, et nous poursuivons nos discussions. Pendant ce temps, Yvonne essaye de se concentrer sur la transcription de sa prose nocturne (heuh.... nocturne, au Cap Nord....), alors que nous parlons plus ou moins fort autour d'elle.

7 juillet 2012. 0h16.

La magie n'y est plus. Le soleil a disparu.

Je retourne au Centre avec mes compagnons. Nous nous séparons lorsque les portes se ferment.

Chacun reprend désormais sa route. Vers son domicile du Cap Nord, d'abord.

Puis demain sur les routes.

J'espère être parvenu à vous faire vivre un peu la magie de ce lieu. En souhaitant avoir donné envie à certains d'entre vous d'y aller, et avoir rappelé de bons souvenirs passés aux autres. Vos impressions sont toujours les bienvenues. Vos encouragements également !

 


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