Scandinavie 2012, étape 097

Jour 097 - Dimanche 8 juillet 2012 - 253 km - 160 photos
(Total : 11177 km - 22501 photos)
De Karasjok à Lonkuselv/Kirkenes (Norvège)

Ce matin, il fait doux et beau. Formidable. Je vais à la station à côté pour utiliser les toilettes, mais une pancarte m'arrête : "réservé à la clientèle" (en anglais, of course). Je vais au comptoir où se trouve un homme, sans doute le boss vu sa tête désagréable. Non, je vous assure. Mon intention est de lui demander le prix pour les non-clients, et par politesse, comme toujours, je demande d'abord s'il parle anglais (ce qui est tout-de-même plus correct que d'attaquer d'emblée avec la question, enfin je trouve). Tout ça, comme toujours, après avoir salué, et accompagné d'un sourire. La réponse fuse, instantanée : "no", sans aucun sourire. OK, au-revoir. Désagréable, pour un commerçant. Je pars donc, il est 9h30. A la station suivante, les toilettes sont à l'extérieur, et il faut demander la clef au comptoir. Ce que je fais. On me la donne avec un sourire. Très bien. Un commerçant sympathique.

La Karasjohka, qui traverse Karasjok. C'est ce qu'il y a de plus joli dans cette ville. Je pars.

Direction la Finlande. Tiens, mais pourquoi ne suit-il pas la E6, le garçon ? Oui, c'est vrai, vous avez raison de poser la question. Je vais à Kirkenes. Mais mon intention, au moment où je prends ma décision, est également de repasser par ici au retour. Comme j'essaye toujours de voir un maximum de choses, j'aimerais revenir par une autre route, et justement, ce sera par la E6. C'est pourquoi je passe par la Finlande à l'aller, via la route 92, qui conserve d'ailleurs le même numéro côté finlandais. Mais il y a aussi une autre raison. La route finlandaise qui remonte vers Kirkenes, je l'ai déjà parcourue pour moitié sur mon scooter en 2006, et pour l'autre moitié assis dans la dépanneuse.... Il s'agit donc pour moi, en plus, d'un pèlerinage sur un lieu chargé d'émotions, un de mes grands souvenirs du voyage avec Jolly Jumper. Je demande à un routier finlandais, sur le parking, où est le poste d'essence finlandais le plus proche (je suis presque à sec et je ne veux pas m'engager sans certitude, surtout un dimanche). A la frontière, me dit-il, j'en suis certain. OK, je m'en doutais aussi, merci l'ami.

Donc, vous voyez : juste sorti de Karasjok, et me voici déjà de retour dans l'antre du monstre : la grande forêt.

Si je n'aime pas cette région, comme je l'ai expliqué hier, j'ai quand même omis de vous signaler un élément du décor naturel que j'adore : les rivières, les torrents, les fleuves qui traversent ces immenses régions presque vides d'humains. La Karasjhoka ne déroge pas à cette règle : elle est absolument splendide. Sur sa rive sud, la route 92. Sur sa rive nord, en face et parallèllement, la E6, qu'on aperçoit d'ici à travers les arbres.

Mais le gros problème avec ces régions, c'est que les rivières y sont très souvent inaccessibles, la forêt s'avançant jusqu'à leurs rives. Heureusement, ici, la route surplombe la vallée creusée par l'eau, et un parking non entouré d'arbres (souvent le cas) permet de voir. Si vous regardez bien, vous voyez que les abords de la rivière sont particulièrement inaccessibles, en ce sens qu'une zone marécageuse s'est formée de ce côté-ci. Pour ce qui est de l'autre rive, il faut pénétrer dans la grande forêt, avec tout ce que ça implique : marécages également, quantité astronomique de moustiques, difficulté à se repérer, etc. Bref, la nature, ici, est difficile à dompter !

La frontière est à une bonne vingtaine de kilomètres de Karasjok, à Karigasniemi. Ici, une autre rivière, affluent de la Karasjohka, descend plein sud, et c'est elle qui sert de séparation entre les deux pays, Norvège et Finlande. Et j'ai bien rigolé, ici. Je suis à deux pas du pont qui franchit la rivière, et passe en Finlande. ce qui fait que sur cette photo, vous voyez, à gauche, des pêcheurs norvégiens et, à droite, un pêcheur finlandais. Et le saumon qu'ils prennent, il appartient à quel pays ? En tout cas, les norvégiens viennent en force....

Et voilà. Finlande. L'euro est ici la monnaie du pays, ça me fait tout drôle ! Regardez la pancarte, à gauche, indiquant le Cap Nord à 277 km. Je fais le plein à 1,589 € le litre, ce qui est tout de même très cher pour du diesel. Les norvégiens présents font leur plein. Les magasins sont remplis de clients norvégiens, les prix sont moins élevés que chez eux, et tous les prix sont indiqués dans les deux monnaies. Ce qui me fait penser aux "ventas" du Pays Basque espagnol, là où tous les français vont acheter leurs cigarettes et leurs bouteilles d'alcool... Pour ma part, en dehors de l'essence..... c'est bien plus cher que chez nous, c'est sûr !

Sitôt passée la frontière, le ton est donné. Je me retourne : en bas, le poste-frontière. Tout autour..... vous voyez !

Et devant, même combat.

La route est monotone; la vitesse est limitée à 100 km/h. Il faut faire attention, car il y a des rennes qui peuvent surgir à tout moment. Heureusement, de temps à autre, une belle rivière se présente. Ici, la Kielajoki.

Elles me font penser à ces grandes rivières canadiennes.

Vers midi, je fais une halte sur un terrain de camping, qui m'accepte pour la douche, au tarif prohibitif de 5 euros ! Encore plus chers que les norvégiens, eux ! Néanmoins, durée illimitée. Et elle est chaude, très chaude. Et j'en profite. Par contre, je ne suis pas seul sous la douche, ce qui est quand même gênant. J'avais avec moi une bonne vingtaine de moustiques, et il ne fallaist pas trop s'éloigner du jet.... Et la patronne qui me dit : "mais il n'y en a pas du tout, cette année; c'est rien, ça !". Alors, je me suis dit que les gens qui venaient passer leurs vacances habituellement ici, ben, ils sont différents de moi et n'ont assurément pas la même culture ! Parce que la culture du moustique est totalement bannie de ma religion personnelle, je vous le garantis !

Un peu plus tard, je quitte la 92 pour remonter vers le nord-est via la 971, ma route du scooter.

Qui dit Finlande, dit forêt. Mais encore ?

Lacs !

C'est beau, c'est vrai.

La forêt aussi est belle, surtout les forêts de sapins. Mais voyez-vous, ma première impression, positive, s'envole dès les premiers pas effectués sur le sentier. Vous savez pourquoi, je pense. Non ? A cause des moustiques qui se jettent sur ma viande qu'ils jugent très savoureuse !

Inutile de vous dire que je n'ai pas mangé dehors. Et pourtant, il fait bon ! Saletés de bestioles !

Mais ils n'ont donc pas de prédateurs ?

Deux rennes sur la route. Oui oui, je vous le garantis, il y en a bien deux.

Leur chaud pelage hivernal est en train de partir.

Boîte aux lettres finlandaise. Très souvent, sans la boîte, il est impossible de soupçonner qu'une habitation se trouve là, sur le côté, dans cette forêt. Rien, pas une seule maison n'est visible pendant des dizaines de kilomètres. Quelques boîtes aux lettres comme celle-ci. Point.

Je le répète : pour habiter ici, il faut y être né. Sinon, tu meurs. D'ennui, de tristesse, ou bien saigné par les moustiques, si ce n'est pas par un ours.

Le grand, l'immense Inarijärvi. A perte de vue, comme une mer intérieure.

Au zoom, on voit... des forêts. Etonnant, non ? Et sur ses rives, il y a des... moustiques. Etonnant, non ?
Aucun relief, c'est plat à perte de vue. A devenir neurasténique !

En Finlande, il y a du sable.

Des langues à la lecture difficile. A la prononciation.... espagnole ! En effet, je les écoute parler à la radio, et c'est très chantant, et ça parle vite. Totalement différent du norvégien, bien plus guttural. Non, je n'ai pas dit que c'était teuton non plus.

Et pendant ce temps, comment évolue le paysage ?

Ah, d'accord. Bien, pas mal du tout.

Ah, faut faire gaffe, quand même, et surtout ne pas laisser le pilote automatique prendre le volant.

Je ne retrouve pas le lieu où mon pneu arrière avait explosé. mais c'est un peu normal, vu la taille de la forêt, et l'homogénéité des paysages. Il m'aurait fallu avoir les coordonnées géographiques précises, mais je ne les ai pas. peu importe après tout, je suis quand même heureux de repasser ici.

Tiens, un lac !

Ah, celui-ci est très différent. Il y a une grande plage de sable. On se croirait presque dans les Landes, en France.

Art pictural finlandais moderne, sur un panneau touristique.

Par endroits, sur des kilomètres, le sol est jonché de pierres, parfois très grosses. Je ne sais pas quels sont les phénomènes géologiques ayant conduit à celà, mais j'aime bien voir ça, car c'est différent. Et tout ce qui est différent, dans ce pays, est bon à prendre, pour tuer l'ennui.


Et finalement, me voici de nouveau arrivé près de la frontière, mais norvégienne cette fois-ci. Un peu avant, je retrouve les magasins finlandais à l'usage des norvégiens. C'est absolument bondé. Je refais le plein d'essence... Il faut payer à l'intérieur. La serveuse est particulièrement désagréable. Malgré ça, je suis retourné voir ce qu'il y avait en nourriture, et j'ai pris du poulet rôti tout chaud, encore en train de griller. Rien qu'en y pensant, aujourd'hui encore, j'en ai l'eau à la bouche ! Ici, les prix sont en euros, cool.... A la caisse, je tombe sur la même, elle refuse de me servir et m'envoie à l'autre caisse ! Absolument inconcevable, ça ne m'était encore jamais arrivé. Décidément, ces scandinaves sont bien difficiles à "avaler".


Suite à cet incident, je suis presque heureux de retourner en Norvège.

Mais non, je plaisantais. Vous avez eu peur ?

Attendez voir, vous allez rigoler. Si si, je vous jure.

 


Douane norvégienne.

Vitesse limitée à 30 km/h. Je roule... à 30 km/h.
Deux douaniers, un homme et une femme, sur le bord de la route. L'homme s'avance sur la chaussée, lève la main, et me fait signe de m'arrêter.

Je m'en doutais, je regrette de ne pas avoir mis mon clignotant plus tôt pour m'arrêter de moi-même ! Derrière moi, des norvégiens avec caravane passent, aucun contrôle, sourire au conducteur, il leur fait signe d'y aller. J'ai déjà envie de le baffer, vous ne pouvez pas savoir !

Vous allez où ? En Norvège. Puis là, je me suis dit de ne pas trop les faire chier, alors j'ai rajouté à Kirkenes. Vacances ? Oui. Vous venez d'où ? De Norvège.... je rajoute aussitôt, Karasjok, sinon, ils vont penser que je me fiche de leur tête (intérieurement, oui, à 100%). C'est quoi ? en me montrant l'écran. Mon GPS (pas envie de dire "un PC", ça pourrait l'exciter). Ah, GPS, ok. Là, c'est plus simple, et tellement courant et nécessaire désormais, qu'il est évident qu'il vient de chez moi, et que je ne l'ai pas acheté en Finlande. Il n'insiste pas, comme je m'en doutais. Heuhhh. Avez-vous de la marchandise à déclarer ? Je montre les cuisses de poulet bien chaudes que je viens juste d'acheter, il sourit, mais "jaune", je le sais bien. Je dis "Ah oui, aussi, j'ai fait le plein de carburant" ! Exprès, mais c'est aussi la vérité !

Il me dit alors qu'il veut voir l'intérieur. Je m'en doutais ! J'ouvre, il regarde. Ce n'est pas très propre, l'intérieur de Mygoo, c'est même un peu le bazar en ce moment. Mais c'était très bien comme ça, j'étais content que ce soit le souk. Il regarde, cherche quelque chose à dire. Je dis "matériel de camping". Vous faites des photos ? Ben oui, quelle question ! S'il croit que j'ai acheté l'appareil en Scandinavie, il n'est pas bien futé, le gars ! Il se retourne vers la fille, qui doit être la "chef", et dit "OK ?". Elle dit oui. C'est bon, merci. Au revoir.

Je ne réponds pas, je referme mes portes arrière, je vais au poste conducteur, démarre et pars sans les regarder. Je suis dans une colère noire. Deux km avant la frontière, les finlandais ont créé un centre commercial, forcément, vu que c'est nettement moins cher pour les norvégiens. Comme au pays basque espagnol, vous savez, là où tous les français vont acheter leur alcool et leurs clopes. Eh bien, s'il y a des gens à contrôler au passage en douane, ce sont les norvégiens eux-mêmes, forcément ! Au lieu de ça, on emmerde, une fois de plus, le touriste. Jamais, de tous les pays visités en Europe, on ne m'a emmerdé comme les norvégiens le font. Je suis sidéré, et je ne les comprends absolument pas. Je ne vois qu'une explication : ils ont un "grain" dans le ciboulot. Ou alors, ils nous envient, nous jalousent ? Mais là non plus, je ne comprends pas : leur niveau de vie est tellement supérieur au nôtre que ce devrait être le contraire ! Or, et j'aurais pu leur dire, mais j'étais tellement énervé : que voulez-vous qu'on vous achète, ici, ou en Finlande, tout est deux fois plus cher que chez nous, vous nous prenez pour des débiles mentaux ? Je n'ai pensé qu'à ça pendant au moins une demi-heure, et j'ai hésité à faire demi-tour pour aller leur dire ce que je pense d'eux, mais je me suis sagement ravisé. Je lui aurais bien dit qu'à partir de maintenant, il est absolument exclus que je paye quoi que ce soit d'autre que les indispensables postes de nourriture et d'essence. Et encore, concernant l'essence, je vais m'arranger pour tout prendre en Suède et Finlande, puisque je redescends en "tricotant" entre ces pays. Je ne mettrai de l'essence norvégienne que si je ne puis faire autrement, je suis bien décidé à faire la grève maximum de toute dépense en Norvège, ce sera ma vengeace personnelle. Donc, musées, places de parking, etc.... je ferai tout pour ne pas prendre !

 


Comment ?

Musées, parkings, je n'ai jamais pris ?

Ah tiens, c'est vrai.

Alors, je vais continuer comme ça, na !

 

Les chuttes d'eau de la Skoltefossen, en arrivant à Neiden. C'est drôle, car je me souviens parfaitement être allé voir l'église avec Jolly Jumper, sur une mauvaise piste. Comme j'ai changé, car au cours de ce voyage, si je photographie de temps à autre des églises, c'est parce qu'elles sont sur mon chemin, et seulement dans ce cas ! Quoi qu'il en soit, les rapides sont magnifiques, et c'est là le principal. Ah, non, il y a encore une bien meilleure nouvelle. Il n'y a pratiquement plus de moustiques. Je ne dirais pas qu'il n'y en a pas, mais c'est sans aucune comparaison !

Et la rivière se nomme la Neidenelva. Logique, comme d'habitude, et si simple.

Et un peu plus loin, la Neidenelva se jette dans le Munkefjorden.

Ah, je retrouve les paysages norvégiens. Et la route E6, par la même occasion.
Bien sûr, c'est le faible relief du nord, mais c'est tout de même plus attractif que cette sempiternelle forêt pleine de lacs, non ?

Enfin, les goûts et les couleurs....

Puis je remonte le Munkefjorden vers le nord-est le long de sa rive ouest. Il devient un peu plus haut le Neidenfjorden, que voici.

UUn peu plus loin, je stoppe sur un parking aménagé, avec toilettes. Un camping-car britannique s'y trouve déjà. Rares, ils sont très rares, les angalis, en Norvège. Pour ma part, je décide d'en rester là pour aujourd'hui.

Le beau temps est là. Les beaux paysages aussi. L'air frais est exempt d'insectes volants.

Que demande le peuple ?

Je vous le demande !

 


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