Le circuit du Vigeant

Un 14 juillet bien chaud

 

C'était prévu depuis longtemps, en fait depuis Noël.

 

Un de mes fistons est propriétaire d'une magnifique Kawasaki 750 noire.

Il aime la vitesse, évidemment, comme énormément de garçons.
Je ne sais pas pourquoi on a ça dans le sang, mais j'ai ma petite idée. En fait, je pense que ça fait partie de notre système de gènes masculins qui nous font rechercher la compétition, le "toujours plus loin"...

Or, vous le savez tous, les vitesses autorisées sont limitées; et, vous vous en doutez bien, atteindre ces limites avec de telles machines est un jeu d'enfant, une affaire de quelques secondes...

 

Comme je déteste le voir sur cette bécane, mais que je veux aussi lui faire plaisir, je lui ai offert une journée sur un circuit de vitesse, le circuit du Vigeant, ou circuit du Val de Vienne, journée organisée et encadrée par un magasin de motos "Moto Expert" de La Rochelle.

 

 

Il y a peu de journées dans une année, 3 ou 4 je crois.
La seule journée qui correspondait à nos emplois du temps respectifs était le 14 juillet 2005.

Nous avons 230 km à parcourir pour nous rendre sur le circuit. Comme le rendez-vous avec les responsables de Moto Expert est à 8 heures du matin (... eh oui ..., un 14 juillet, faut vraiment en vouloir...), il n'était pas question de se lever à 3h30 et de se taper la route avant. Et ce d'autant plus que pour le pilote, ce n'est absolument pas recommandé, car il a besoin d'être frais et dispo pour être au top de sa forme.

 

Par conséquent, il nous faut dormir sur place la veille au soir. Sur le site du circuit figure l'adresse d'une chambre d'hôte à l'Isle Jourdain, petite ville située à proximité du circuit. La réservation se passe par e-mail. Le propriétaire, M. Desage, ne me demande pas d'arrhes et me fait confiance. Je n'ai pas regretté mon choix. Nous avons été chaleureusement accueillis, les prestations sont parfaites, le petit déjeuner royal, le prix de 38 euros pour la chambre et les deux petits déjeuners très correct, bref génial.

 

 

 

Conclusion: le départ devait se faire au plus tard mercredi 13 juillet vers 14h, ce qui ne nous faisait poser qu'une demi-journée de congé. Evidemment, il y va avec sa Kawa, et moi avec mon fidèle Piaggio 125, le rescapé d'Espagne.

 

14h15, je suis devant chez lui, assis sur le Piaggio. Le moteur tourne, blouson fermé (malgré la forte chaleur, 34 degrés), casque et gants ajustés. Le fiston vient de fermer son garage; il est assis sur sa bécane, et met son petit sac à dos. Un faux mouvement, et ... la moto lui échappe et se couche assez durement sur le goudron du trottoir, côté gauche. Je stoppe le moteur, il se redresse, on relève tous deux la Kawa pour constater les éventuels dégâts.

Et là, c'est la stupeur générale! Le sélecteur de vitesse/cale-pieds git par terre, relié à la moto par une petite tige métallique: le support sur lequel il est fixé, une épaisse platine d'aluminium, a été sectionnée net dans la chute.

Conclusion: moto inutilisable, alors qu'on n'a même pas fait un mètre vers notre destination. C'est la catastrophe.

Ce week-end attendu depuis des mois s'achève avant même d'avoir démarré. Que faire? Un 13 juillet après-midi, comment avoir une pièce aussi capitale et particulière. Le conscessionnaire Kawa le plus proche est à plus de 50 km, on ne peut même pas y aller avec la moto, elle est HS.

Téléphone! En 4 coups de fil, je trouve l'entreprise bénie qui accepte de faire la soudure. Sur le port de commerce des Sables d'Olonne, un atelier de réparation-soudure. La secrétaire charmante, toutes les personnes rencontrées sympathiques et de bonne humeur, franchement impressionnant. Et pour clôre le tout, le gars qui fait la soudure de la pièce est un passionné de motos. Le travail effectué, il lui dit que ça ne risque pas de bouger! En deux heures chrono, aller-retour aux Sables d'Olonne en voiture compris, démontage et remontage de la pièce, nos machines roulent vers le week-end! Ouf, sauvés. Et à un prix défiant toute concurrence par rapport à la pièce d'origine. On se renseigne, et je vous tiendrai au courant. Si vous avez de la casse, allez les voir de ma part, ce sont des champions!

 

 

Arrivée à l'Isle Jourdain vers 20h15. Fatigués, car il a fait très très chaud, entre 35 et 36 degrés tout le long de la route. Et nous avons roulé avec tout l'équipement, pas en bras de chemise: en effet, en cas de chute, nous préférons rayer nos beaux blousons plutôt que rayer nos belles peaux... Pizzas sur la place, à deux pas de la chambre, bonne douche, un peu de lecture (10 minutes), et le pays des rêves.

Je suis réveillé en sursaut par des coups de canon qu'on dirait tirés de la place d'armes située au bas de la fenêtre. Le temps d'émerger pour me rappeler qu'on est à la veille de la fête nationale, que c'est sûrement le feu d'artifice, qu'il est sûrement très joli et qu'il faudrait que je me lève pour le regarder, et... pas le courage, je m'endors définitivement!

 

 

 

Lever à 7h. Petit déj à 7h15 dans la salle à manger chargée d'histoire et de tableaux. Un grand bol de café chaud, les pots de lait (un chaud, un froid), les 4 pots de confiture maison, la carafe de jus d'orange, les yaourts, le croissant, les tartines de pain, le beurre. Hum, délicieux. Mais il faut se presser... Quelle horreur. Je regrette de ne pas avoir demandé à 7 heures! Le fiston, de son côté, n'a pas faim! Lui, le gros mangeur, il est stressé. Il trempe ses lèvres dans le café, boit son jus d'orange, avale son yaourt et file faire le plein de son engin. Je termine tranquillement. Enfin, presque, car il revient vite, et je sens bien qu'il faut y aller... Je laisse à regret la table, il me restait encore bien des choses à y faire! Snif.

 

 

Franchement, je regrette d'avoir fait vite ce matin! En fait, RDV à 8 heures, oui, mais on aurait pu venir à 8h45 sans aucun problème. Il a fait la queue pour valider l'inscription et signer la feuille de décharge en cas d'accident (ce qui stresse un peu quand même...), car tout le monde était présent à l'heure! Par contre, si on s'était pointés à 8h45, on aurait pu faire les démarches de suite, sans attendre. Eh oui, c'est bien toujours la même chose avec les humains...

 

La pression des pneus vient d'être faite. Il était sur-gonflé, et c'est une grosse erreur. Là, c'est l'angoisse totale.
Les pilotes sont classé en 4 catégories: débutants (auxquels appartient le fiston), moyens 1, moyens 2 et confirmés. Chaque groupe prend la piste séparément, dans l'ordre indiqué. Et chaque groupe roule pendant 20 minutes sur ce beau circuit; chacun peut alors se faire plaisir, doubler, freiner, se pencher, se coucher, tomber... Etant débutant, il fait partie des premiers à prendre la piste en ce matin du 14 juillet, à 9 heures tapantes!

 

Je prends donc aussi la piste, avec mon matos. J'ai emmené le gros téléobjectif (zoom 50-500 mm, une merveille) crocheté sur le corps de mon Canon numérique 20d, avec une carte de 4 Go de mémoire. Franchement, j'ai de quoi faire une très grosse pellicule...
Et comme à chaque fois, c'est parti. Je bombarde, j'essaye le programme sport avec prise de vue automatique en rafales (on dirait une mitrailleuse, c'est le pied). Bref, je reviendrai le soir avec la bagatelle de 878 photos... Toujours la démesure en photos, avec moi. Et encore, je me suis retenu, sérieux!

 

Et toutes les photos sont en 8 Mo pixels, donc pour les développements, très facile...
Format poster possible sans problème!

 

Je ne vous en mets donc qu'un petit échantillon. Si des pilotes se reconnaissent ou étaient à cette journée, je me ferai un plaisir de leur envoyer quelques images...

 

Première pause. Les suivants commencent à se mettre en ligne pendant que leur groupe précédent tourne.
Le fiston commence à se lâcher un peu. Il est peu satisfait de la façon dont il prend ses virages, mais il prend son pied et c'est le principal. De plus, il est prudent, et ma foi, il a raison.

 

Pratiquement 34 degrés toute la journée. Avec leur équipement, les pilotes ont beaucoup souffert.
Cela dit, on ne leur avait rien demandé non plus...

 

On se retrouve derrière? Oui, mon gars! Je t'emmène la bouteille d'eau... chaude, vu la température ambiante!
Les confirmés ne pourront pas faire leur tour avant midi, comme c'était prévu. Un malheureux pilote confirmé 2 a fait un tout droit, son casque semi-intégral s'est ouvert, donc menton et visage dans la moto pendant la chute, très mauvais. Multiples fractures au visage, fracture de l'épaule, trois côtes... Hélicoptère pour le rapatrier plus vite. Voilà qui est bien triste, pour une journée de loisirs... Mais ça, ce sont les sports mécaniques!

 

 

Nouvelle rentrée aux stands.

 

Et nouveau départ. Les pilotes d'un même groupe ne sont pas tous lâchés en même temps dans l'arène. On les y envoie par petits paquets. Je dois dire que l'organisation est très bonne, la sécurité prise très au sérieux, et tout a l'air d'être très bien rôdé. C'est tout de même très rassurant.

Quand même, à chaque fois que le fiston reprenait le départ, j'avais hâte que son temps se termine. Et bizarement, autant il était, de son côté, de plus en plus à l'aise, autant je l'étais de moins en moins. En effet, un organisateur avec qui j'avais discuté m'avait dit ce matin que la plupart des accidents avaient lieu l'après-midi et le soir: les pilotes commençaient à se lâcher, et en plus, avec une telle chaleur, la piste était de plus en plus glissante...

 

 

Vers 16 heures, il termine son parcours. Une nouvelle heure d'attente. Je me renseigne: le prochain tour sera le dernier. Là, tout le monde est lâché sur la piste, tous groupes mélangés. J'explique à mon gars, qui me dit qu'il est très content de sa journée, que tout s'est déroulé sans aucun incident, et qu'il n'a pas trop envie d'attendre encore une heure dans cette chaleur. De plus, on a nos 230 km à faire. La décision est vite prise: on rentre.

 

Le retour s'est très bien déroulé. Il a fait très très chaud, et nous étions évidemment très couverts... La traversée de Niort restera dans ma mémoire: nous sommes passés par le centre, et attendre le feu vert par 38 degrés (le thermomètre du Piaggio est très fiable, je l'ai très souvent testé en le comparant avec de nombreux thermomètres dans de nombreuses villes) en plein soleil, avec manteau et gants, c'est une méthode très efficace pour faire fondre la graisse...

Du moins je le croyais, car rien n'a fondu...

 

En conclusion, le week-end était génial. La réparation a très bien tenu, merci au soudeur!

 

Enfin pour clôre mon discours, je dirais que de voir tous ces gars (et ces quelques nanas, il y en avait un tout petit peu) passer leur journée dans le bruit, dans les gaz d'échappement, dans la peur de "casser" ou de "tomber" me faisait tout de même un peu pitié pour eux. Pitié qu'ils aient attrapé cette maladie! Pitié que cette société de consommation leur ai inoculé ce virus.

Car en fait, ils bossent la semaine pour jeter les fruits de ce boulot dans leurs machines, et pour se faire mal...

Alors que s'allonger dans l'herbe ou sur le sable et piquer une petite tête dans l'eau toutes les demi-heures ou toutes les heures ne coûte rien, RIEN, c'est GRATUIT....

 

Enfin, bon, quand c'est dans la tête... J'aime bien les motards quand même, ce n'est pas de leur faute!

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